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Connaissez-vous Bétove ?

Tout débute par un entrefilet de moins de 20 lignes, sur une colonne, dans « Le Cri de la Vallée ». Cet hebdomadaire local n’en est qu’à son sixième numéro puisqu’il ne paraît que depuis le 30 septembre 1944, après avoir pris la place du « Journal de Saint-Marcellin ». « Le Cri de la Vallée » est l’organe des Comités de Libération issus de la Résistance. Dans ce sixième numéro, publié le samedi 4 novembre 1944, se trouve donc un petit pavé intitulé « Merci, Saint-Marcellin » et signé « Bétove ».

Qui est donc cet homme qui vient de passer deux années à Saint-Marcellin, en tant que réfugié, et qui s’en retourne à Paris ? Bétove est le pseudonyme de Maurice Michel Lévy, né à Ville-d’Avray, actuel département des Hauts-de-Seine, le 28 juin 1883.

Acte de naissance de Maurice Michel Lévy – AD 92

Atteint par la poliomyélite, qui lui laisse quelques séquelles, il se consacre à la musique et devient pianiste de la troupe de Diaghilev, compositeur et librettiste d’un drame lyrique issu d’un poème d’Emile Verhaeren; « Le Cloître », accompagnateur d’Isadora Duncan, voire chef d’orchestre. Il commet quelques histoires musicales comiques: la SACEM conserve dans ses catalogues la musique d’un petit film burlesque de 1909, « Un Monsieur qui a Mangé du Taureau ».

La variété de ses talents le conduit jusqu’à l’entrée en guerre de notre pays. C’est alors qu’il découvre le cinéma, muet à cette époque, et s’oriente vers la composition musicale destinée à accompagner les films. Abel Gance lui confie en 1918 la bande son de son film « La 10ème Symphonie ».

Mais tout cela ne correspond pas à ses envies et à ses ambitions. Après la guerre, Lévy traverse une période de doute et, pour la combattre, se transforme en comique musical, se produit dans les cabarets et music-hall, compose des parodies de musiciens célèbres. Il rencontre un vrai succès, sous le pseudonyme moqueur de Bétove, déguisé avec une chevelure ébouriffée, une fausse barbe et un chapeau avachi. Bétove fait des tournées en France, en Europe, en Afrique du Nord.

Autoportrait de Bétove
Michel-Maurice Lévy-vers 1920- Photo Henri Manuel
Bétove en 1926-Publié dans Comoedia

Il n’en oublie pas pour autant sa créativité plus sérieuse ! En 1922, il compose la musique du film « Vingt Ans Après », de Henri Diamant-Berger. Puis réalise, en 1926, un roman musical, « Dolorès », qui ne sera créé à l’Opéra-Comique de Paris que le 7 novembre 1952. En 1927, Henri Diamant-Berger lui confie la musique de « Education d’un Prince », qu’il compose sous le nom de Bétove.

Bétove en 1927

Il intervertit définitivement ses deux prénoms pour devenir Michel-Maurice Lévy, ainsi qu’en témoigne son dossier de Légion d’Honneur (Chevalier le 14 octobre 1927 et Officier le 27 février 1954).

Maurice Michel Lévy, par Kees van Dongen
(les prénoms ne sont pas encore intervertis)

L’acte de naissance de Maurice-Michel Lévy ne porte aucune trace d’un mariage de jeunesse. Ce n’est qu’âgé de 56 ans, qu’il se mariera le 11 juillet 1939, à Paris, avec Louise Emilie Gaullier, elle-même âgée de 52 ans.

Bétove en 1933- Photo Studio Walery (Charles-Auguste Varsavaux)
1938 – Musique de Bétove

Michel-Maurice Lévy a un frère aîné, André, né en 1881. Il est journaliste, romancier, sous le pseudo d’André Arnyvelde, anagramme de son nom. Dès le début de la seconde guerre mondiale, ses amis lui conseillent de quitter Paris, face aux menaces qui pèsent sur les Juifs. Il refuse. Le 12 décembre 1941, il est arrêté et interné dans le camp de Royallieu, près de Compiègne. Il y meurt d’une pneumonie le 2 février 1942.

A son tour, Michel-Maurice Lévy est interdit de travail en raison de ses origines. Il quitte Paris pour se réfugier en « zone libre ». Certaines biographies disent qu’il s’est rendu à Toulouse. Nous savons maintenant que lui-même a déclaré avoir passé deux années à Saint-Marcellin, entre 1942 et 1944. Des témoins s’en souviennent. La famille Austruy dit qu’elle recevait parfois Michel-Maurice-Bétove à la table familiale. Jean Austruy est allé jusqu’à modeler une tête, une sculpture un tantinet caricaturale, du personnage. Elle a été malheureusement détruite après plusieurs dégradations, mais il en reste une photographie.

Bétove, par Jean Austruy – Tous droits réservés

Dès la fin de la guerre, Michel-Maurice Lévy traverse une période d’intense activité et de grande créativité: nombreuses chansons, une opérette « D’Artagnan » en 1945, un poème symphonique « Le Chant de la Terre », sur un livret de Louise Marion, en 1945 également, une œuvre chorale « Notre-Dame de la Joie », sur un texte de Juliette Hacquard, chant qui sera intégré au répertoire des « Petits Chanteurs à la Croix de Bois », du temps de Mgr Maillet, ainsi qu’au répertoire du Mouvement « A Coeur Joie ».

« Le Monde » daté du 19 septembre 1945 publie une critique du « Chant de la Terre ». Il est bon de la publier intégralement. « Sur un argument de Mme Louise Marion, M. Michel-Maurice Lévy a composé un vaste poème symphonique en quatre parties, le Chant de la terre, dont l’orchestre national, dirigé par M. Manuel Rosenthal, vient de donner la première audition. Le mouvement initial montre la terre, lourde du destin des hommes, poursuivant sa route à travers les espaces. De longues tenues, des arpèges, évoquent les douceurs de l’âge d’or et rappellent le prélude de l’Or du Rhin (M. Michel-Maurice Lévy, depuis le Cloître, n’a point renié son culte wagnérien, et qui l’en blâmerait ?). Un chant se dégage, s’élève, s’épanouit, puis s’éteint dans un decrescendo. Au second épisode, les nuages s’amoncellent ; les gémissements des vaincus et des résignés, le tourment des martyrs annoncent l’orage qui va faire le sujet du troisième mouvement ; alors, dans le tumulte des batailles, dans le fracas des usines forgeant les armes, une plainte déchirante domine le rythme hallucinant des machines. Enfin – et c’est la quatrième partie – un grand élan de fraternité rassemble les peuples ; la terre chante à nouveau : une belle phrase mélodique, confiée aux basses, passant ensuite aux violons, un cantique d’une religieuse noblesse achève l’ouvrage. Ouvrage d’inspiration généreuse, traité par un musicien habile et sincère, connaissant mieux qu’homme au monde les maîtres qu’il a, pour notre agrément, si souvent parodiés avec esprit, mais qui sait aussi, comme il vient de le prouver, traiter avec bonheur les grands sujets et faire œuvre personnelle.

Portrait de Bétove, par Marthe Antoine Gérardin
Dédicacé par Bétove

Michel-Maurice Levy est-il heureux pour autant ? Le 16 janvier 1952, voici ce qu’il écrit à un « intermédiaire » afin de plaider pour être mis en relation avec Nicolas Nabokov: « Depuis que vous m’avez fait le plaisir de me promettre que M. Dujardin me recevrait, les jours et les jours passent terriblement et la préparation musicale du mois de mai se fait ponctuellement, méthodiquement… et il va venir forcément un jour où « tout sera fait ! » … C’est un peu ainsi que Dolorès a attendu 25 ans. Après que par le « Chant de la Terre », je lui demande de bien vouloir me compter parmi les 39 compositeurs internationaux dont il jouera les œuvres. Pour la France, je me doute que ce seront bien entendu toujours les mêmes, mais peut-être pourrait-on (une fois n’est pas coutume) me faire une toute petite place afin que je ne passe pas ma vie à me dire « après tout, je n’ai peut-être pas leur valeur! ». Car vous la connaissez ma vie, et vous savez que je n’eus jamais rien – comme compositeur, pas comme clown musical – sans franchir des kilomètres de barrières et de fils barbelés […]».

La SACEM lui décerne le Grand Prix de la Musique Française, en 1960.

Michel-Maurice Lévy-Bétove décèdera à Paris le 24 janvier 1965. Sa flamme brûle toujours dans l’histoire de la musique française. Puisse-t-elle brûler un peu dans le coeur des Saint-Marcellinois….

Remerciements: Groupe Rempart, familles Austruy, Dimier

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Arbre de Mai, le « Maibaum » de Saint-Marcellin

Si nous consacrons un article à l’Arbre de Mai du Champ-de-Mars de Saint-Marcellin, c’est parce que, malheureusement, il n’existe plus. En effet, il a été enlevé le 16 septembre 2022, parce qu’il commençait à vieillir et à devenir dangereux. De fait, il commençait à pencher un peu !

Une longue tradition

L’arbre planté en place publique, ou devant telle ou telle habitation ou bâtiment collectif, relève d’une longue tradition à la fois nordique, celtique, germanique … On retrouve de tels arbres dans les mythes et croyances des Vikings. L’arbre, sapin ou peuplier, est l’expression du mystère de la vie et de l’aspiration à une existence heureuse et épanouie. Ses racines plantées solidement en terre, il élève sa ramure jusqu’aux cieux. Symbole de renouveau vital, de régénération, il est également symbole de virilité et de fécondité. Ce n’est pas pour rien que sa version « mat de cocagne » populaire en Italie et dans le sud de la France était escaladée avant tout par les garçons.

Ce n’est pas innocemment non plus qu’en Bavière les hommes du village gardent jour et nuit l’arbre destiné à être planté le 1er mai. Et que les hommes des villages voisins tentent de le dérober. Si un tel vol advient, le maire du village dépouillé se doit de payer rançon au village vainqueur sous forme de bière, tandis que les jeunes filles se détournent des garçons de leur village pour aller à la rencontre de ceux d’en face ! Rassurez-vous, tôt ou tard, les rôles seront inversés, mais pendant ce temps les unions à venir limiteront considérablement les risques de consanguinité villageoise.

L’arbre de Saint-Marcellin

Saint-Marcellin a célébré son jumelage avec Grafing le 10 juillet 1993, à Grafing. Les maires des deux villes étaient respectivement Louis Ferrouillat et Aloïs Kleinmaier. Comme il est de tradition, le jumelage se célèbre deux fois, une fois dans chaque ville, à un an d’intervalle. Le « retour » de jumelage entre Saint-Marcellin et Grafing a été célébré le 10 septembre 1994, à Saint-Marcellin.

L’arbre de Saint-Marcellin a été offert à la ville en 1997 par la ville de Grafing. L’élaboration de ce projet revient à Otto Hartl qui l’a conduit du début à la fin. L’arbre a été abattu en décembre 1996 et est resté en forêt, afin de sécher, jusqu’en avril 1997. C’est alors qu’il a été transporté à Grafing pour y être écorcé, poli, poncé et peint en bleu et blanc, les couleurs de la Bavière. Dans le même temps, les 12 panonceaux qui l’illustrent ont été conçus et peints sur les deux faces, tandis qu’un coq monumental, destiné à coiffer le mat, était réalisé.

Scié en deux parties, en biseau, pour être déplacé sans devoir recourir à un transport exceptionnel, l’arbre a quitté Grafing le 21 mai 1997 et est arrivé à Saint-Marcellin le 22 mai. Une fois les deux parties réunies, l’arbre de Saint-Marcellin mesurait 26 mètres de hauteur. Avec son coq de 2 mètres, soit 28 mètres, il était l’Arbre de Mai le plus haut, le plus beau, que la France ait jamais connu ! Ce sont les randonneurs de l’Amicale Laïque qui ont assuré son gardiennage, nuit et jour, jusqu’au 24 mai, jour de son érection et de son inauguration solennelle, en présence d’une foule considérable, dont de très nombreux habitants de Grafing.

25 mai 1997-Le Dauphiné Libéré
25 mai 1997 – Le Dauphiné Libéré

Les maires des deux cités étaient Rudolf Heiler et Jean-Michel Revol, tous deux récemment élus.

Que signifient les panonceaux peints attachés à l’arbre ?

En Bavière, tous les Arbres de Mai possèdent ces fameux panonceaux qui ont pour fonction de décrire la commune au travers de ses bâtiments publics et officiels, de ses commerces et artisanats d’importance et de ses associations ou groupements de quartiers.

L’arbre offert par Grafing à sa ville jumelle se devait d’afficher de semblables panonceaux, sous l’aspect de blasons, mais il fallait tenir compte des deux villes puisque ce cadeau avait pour vocation d’illustrer un jumelage.

L’arbre de Saint-Marcellin porte 12 panonceaux répartis sur six niveaux, chaque panonceau ayant 2 blasons en recto et verso, soit un total de 24 images. Dans l’ordre ascendant, nous trouvons les hôtels de ville de Grafing et de Saint-Marcellin et, au dos, les groupes de danses folkloriques Altenthaler et Sarreloups. Au second niveau, les églises catholiques respectives des deux villes et, au dos, les métiers de boucher et de boulanger. Au troisième niveau, le temple protestant de Grafing et le kiosque de Saint-Marcellin et, au dos, les pompiers et les orchestres d’harmonie de la StadtKapelle et de la Lyre. Au quatrième niveau, les métiers du bâtiment et du bois et, au dos, les associations sportives du judo et du football. Au cinquième niveau, les clubs cycliste et photographique et, au dos, les métiers de la serrurerie-ferronnerie et la fabrication de la bière. Enfin, au sixième niveau, le club de golf du Château d’Elkofen et une edelweiss pour immortaliser les randonneurs, ainsi qu’au dos, les productions de la vigne et de la noix et l’industrie automobile. A la base de l’arbre, deux panonceaux présentent les armoiries des deux villes et, au dos, le texte en allemand et en français rappelant que cet arbre de vie a été « offert par Grafing à sa ville jumelle Saint-Marcellin en contribution à l’Amitié entre les Peuples et à l’Unité de l’Europe ».

Panonceaux peints à Grafing: la boucherie et la boulangerie
L’automobile, la bière, la ferronnerie, la vigne et la noix
Métiers du bâtiment, pompiers, métiers du bois et orchestres d’harmonie
Dédicace de la Ville de Grafing à la Ville de Saint-Marcellin

Un nouvel arbre

En Allemagne , la loi impose que les Arbres de Mai soient remplacés tous les cinq ans, et ceci pour des raisons de sécurité. Celui de Saint-Marcellin a vécu bien davantage. Cependant, il a du être raccourci après quelques années d’existence en raison des intempéries, orages et coups de vent, et surtout de la fragilité initiale due à son découpage en deux parties lors du transport.

En 2013, soit 16 ans après sa mise en place, l’arbre a été définitivement enlevé : il était devenu trop dangereux.

C’est alors que les Services Techniques de Saint-Marcellin se sont mis à l’œuvre pour fabriquer son remplaçant, son successeur. La procédure est toujours la même, l’arbre est abattu, mis à sécher, puis écalé et peint en bleu et blanc. Savez-vous que ces deux couleurs veulent représenter le ciel bavarois : « bleu avec du blanc » ? Tout le travail de finalisation du nouvel Arbre de Mai, qui s’est déroulé dans l’atelier de Antonio Pereira, aboutira à son installation, un peu à la sauvette, le 13 juin 2014. Moins haut que l’original, portant la totalité des panonceaux d’origine, cet arbre sera rapidement intégré à l’ensemble des décorations de fin d’année puisqu’une succession de couronnes lumineuses viendra l’habiller sur toute sa hauteur. Il sera inauguré de façon très officielle lors des manifestations du 20° anniversaire du jumelage le 31 août 2014, cette fois encore en présence d’une belle délégation de grafinoises et grafinois.

13 juin 2014 – Le second Arbre de Mai est mis en place
31 août 2014-La Stadtkapelle inaugurant le nouvel Arbre de Mai

Un troisième arbre ?

Ce deuxième arbre de mai aura donc vécu huit ans, une durée inconcevable en Bavière. Si l’on voulait le remplacer le plus rapidement possible, c’est dès demain qu’il conviendrait d’aller en forêt couper un arbre respectable (en prononçant la prière qu’il est d’usage de formuler avant de se permettre d’achever la vie d’un bel arbre et en lui promettant une nouvelle vie de témoignage). En effet, c’est à l’entrée de l’hiver que l’arbre doit être coupé, bien avant la montée de sève.

Alors pourquoi ne pas patienter pendant un an et préparer le troisième Arbre de Mai de Saint-Marcellin pour l’ériger lors du 30° anniversaire du jumelage entre les villes de Grafing et de Saint-Marcellin, dont les cérémonies « de retour » auront lieu en 2024 ?

Laissons les deux villes et leurs Comités de Jumelage respectifs discuter de cette hypothèse, ou d’une autre, mais espérons que cette belle tradition venue de la nuit des temps et forte de ses valeurs de renouveau, sera perpétuée à Saint-Marcellin.

Nous te saluons humblement, arbre magnifique !

Nous nous tenons devant toi sans oser te présenter notre prière ;

Permets-nous, dans ta miséricorde de t’abattre

Pardonne-nous de porter les mains sur toi,

.

Nous espérons que grâce à ta force, tout prospérera autour de nous :

Champs, plants, animaux, hommes .

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Bateau Ivre

Chronique du Bateau Ivre, de Saint-Marcellin (sept) .

Une crédence éparpillée…

Dans la cuisine de la maison du Bateau Ivre, à Saint-Marcellin,se trouve une œuvre signée de Pierre et Véra Székely et André Borderie. La signature est formée de la griffe SZ, pour Pierre et Véra, les deux lettres étant réparties de part et d’autre d’un axe vertical. A la base de cet axe se trouve le lobe du B, en minuscule, de Borderie. Cette signature est caractéristique du travail accompli par ces trois artistes du temps de leur communauté, soit entre 1948 et 1957. Son aspect général tient de la clef et de la croix.

La cuisine du Bateau Ivre en 2021-Photo ME-Droits réservés

Cette signature se trouve gravée dans le carreau de mosaïque inférieur gauche d’un ensemble composé de soixante carreaux qui forment un dessin abstrait que l’on pourrait considérer comme singulier et entier.

Photo JB-Droits réservés
Photo JB-Droits réservés

Or, cela n’est pas le cas ! Ainsi que nous avons eu le loisir de l’expliquer précédemment ( http://chronique-du-bateau-ivre-de-saint-marcellin-chapitre-cinq), une cuisine contemporaine a été exposée en 1954 au Salon des Arts Ménagers, dont « Paris-Match » n° 257, daté du 27 février au 7 mars 1954, a rendu compte en publiant quelques photographies. Le magazine n’explique nullement qui sont les auteurs de la crédence de l’une des quatre cuisines présentées. Une crédence constituée d’un carrelage de céramiques sur six rangs de carreaux parmi lesquels il est possible de reconnaître notre motif saint-marcellinois.

1954-Paris Match N° 257-Droits réservés
1954-Photo Paris Match-Droits réservés
1954-Photo Paris Match-Droits réservés

Trois ans plus tard, en février 1957, la revue « Arts Ménagers » publie un article consacré à une maison commandée aux Székely et située face au massif du Vercors. Les photographies sont nombreuses ( signées Horak), dont celle de la cuisine. Les placards de rangement ne sont plus les mêmes qu’en 1954, mais le mur de fond séparant les éléments bas des éléments hauts nous est déjà connu. Il est très facile d’y retrouver notre motif et, dans cet article, les artistes sont nommément cités.

1957-Photo Horak-Droits réservés

Cette photographie est précieuse car elle nous donne une représentation fidèle de ce qu’était la cuisine du Bateau Ivre lors des premiers jours de la maison. Plusieurs constatations s’imposent. En tout premier, cette photo ne permet aucunement de distinguer la moindre signature. Malheureusement, si elle devait se trouver en bas à gauche du motif qui est resté à Saint-Marcellin, elle serait cachée par les casseroles placées sur la gazinière ! Seconde constatation, les images de 1954 laissaient supposer que le motif qui nous intéresse était un peu plus conséquent: sur la droite du cercle bleu, rouge et blanc se trouve une ligne noire, épaisse, donnant naissance à deux antennes verticales. Ce détail a disparu, le panneau de Saint-Marcellin ne présentant que le tout début de la ligne noire et épaisse, interrompue par un carreau de la couleur du fond. Enfin, troisième constatation, un examen attentif de cette photographie permet de découvrir deux zones de ce carrelage de céramique qui n’existaient pas en 1954. Elles se situent de part et d’autre de l’angle droit de la cuisine, globalement sous la hotte, là où se trouvent quelques bocaux, chaque zone étant sensiblement de 36 carreaux (six rangs de six). Ces ajouts ont-ils été créés spécialement pour Saint-Marcellin ?

Pour une ou plusieurs raisons qui nous restent inconnues, cette crédence en carreaux de céramique a été supprimée par les Gelas. Besoin de trésorerie ? Impératifs liés à l’installation d’une nouvelle cuisine plus fonctionnelle ? Toujours est-il que l’aluminium a pris la place de la céramique et que seul a été conservé, et déplacé, un motif, celui qui comporte la signature commune des créateurs.

Où est passé le reste de l’œuvre ? L’essentiel de sa partie droite, composé de cent quatorze carreaux, regroupant notamment les niches de différentes couleurs destinées à recevoir le savon, la brosse, l’éponge, …., monté dans un cadre de bois noir, a été exposé par la galerie Artrium Fritsch, de Paris, en 2021, à Bâle, dans le cadre d’une exposition consacrée au design, « Design Miami ». La notice en est, encore actuellement, lisible sur Internet (a): elle précise qu’il s’agit d’un œuvre de Véra Székely, Pierre Székely et André Borderie, non signée, pièce unique, élément central d’un décor mural.

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Nous pouvons ainsi résumer l’évolution de cette crédence avec le schéma ci-après:

Reconstitution JB

… en souhaitant que l’avenir permette de reconstituer l’histoire, et les aventures, de cette œuvre.

a) – https://www.designmiami.com/product/vera-szekely-pierre-szekely-andre-borderie-central-wall-decor-element

Reproduction, même partielle, interdite sans accord avec l’auteur.

Une copie .pdf de l’ensemble des articles consacrés au « Bateau Ivre de Saint-Marcellin » est disponible ici par téléchargement.

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Françoise Sagan

Premières « Journées Françoise Sagan » à Saint-Marcellin

« Sucette » promotionnelle des « Journées Françoise Sagan ». Droits réservés – JB.

Françoise Quoirez, alias Françoise Sagan, a plus ou moins vécu dix ou quinze années de son enfance et de son adolescence à Saint-Marcellin, entre 1940 et 1955. Sans doute, était-il temps que la ville pense un peu à elle. C’est chose faite depuis les 13 et 14 mai 2022. Sur un programme serré de 48 heures, en la présence de Denis Westhoff, le fils de Françoise Sagan, et de Cécile Defforey, la fille de sa sœur Suzanne, ces premières « Journées » ont fait date.

Le Dauphiné Libéré – Jeudi 12 mai 2022.

Vendredi 13 mai – 10 heures – Echange avec les lycéens.

Accompagné de Benjamin Armand, conseiller municipal délégué aux spectacles et expositions, Denis Westhoff part à la rencontre de lycéennes et lycéens. Véritable initiation, tant il est vrai que ceux-ci ne connaissent guère l’écrivaine et encore moins son œuvre.

Entre le Principal du Lycée et le Maire de Saint-Marcellin, Benjamin Armand et Denis Westhoff – Droits réservés
Denis Westhoff – Droits réservés – JB
devant des participants attentifs – Droits réservés – JB

Vendredi 13 mai – 14 heures 30 – Conférence.

Cette conférence, présentée par l’auteur de ces lignes, d’une durée de deux heures reprend de façon assez simplifiée tous les sujets traités dans les articles précédents consacrés à l’enfance et l’adolescence de Françoise Sagan à Saint-Marcellin. A savoir, les origines de sa famille, le rôle de son père à la tête des usines de la FAE, la maison de la Fusilière, les amis, la guerre et la Libération. En cadeau au public a été projeté un court-métrage réalisé en 1974 par Françoise Sagan et dont elle a écrit le scénario: « Encore un hiver« .

Debout, à droite: Cécile Defforey – Droits réservés – VT
Droits réservés – VT
Droits réservés – CG

Vendredi 13 mai – 17 heures 30 – Conférence de presse.

C’est avec chaleur et générosité que les propriétaires du Château de La Sône ont reçu Denis Westhoff et Cécile Defforey. Et c’est sur la terrasse de ce château que s’est tenue une conférence de presse regroupant publications et radio.

Denis Westhoff, à gauche – Droits réservés – JB
Denis Westhoff -Droits réservés – JB
14 mai 2022 – Dauphiné Libéré, édition départementale

Vendredi 13 mai – 19 heures – Soirée cinéma.

Complices d’un soir, le cinéma « Les Méliès » et la librairie « Le Marque-Page » se retrouvent autour de la projection de « Sagan, l’élégance de vivre« , un fin documentaire réalisé en 2015 par Marie Brunet-Debaines. La projection est accompagnée d’une discussion entre les spectateurs et Denis Westhoff, lequel dédicace ensuite les ouvrages parlant de Françoise Sagan auxquels il a contribué.

Benjamin Armand, conseiller municipal, animant les échanges avec Denis Westhoff – Droits réservés – JB

Samedi 14 mai 2022 – 10 heures – Inauguration de la rue Françoise Sagan.

Il ne s’agit encore que d’une petite rue, appelée à grandir, mais elle a le considérable avantage de se trouver à proximité immédiate de La Fusilière, la maison de l’enfance saint-marcellinoise de Françoise Sagan. Entourés d’un petit public, le maire de Saint-Marcellin, Raphaël Mocellin, l’adjointe à la culture, Nicole Nava et le président de la Communauté de Communes, Frédéric de Azevedo, ont successivement pris la parole pour honorer l’héroïne du jour, dévoiler la plaque à son nom et faire une petite visite aux lieux de son enfance.

Raphaël Mocellin dévoile la plaque dédiée à Françoise Sagan – Droits réservés – CG
Denis Westhoff et Raphaël Mocellin, maire – Droits réservés – ME

Samedi 14 mai – 11 heures – Lecture d’oeuvres de Françoise Sagan en médiathèque.

A l’issue de cette inauguration, toutes et tous se retrouvent à la médiathèque pour une nouvelle célébration de la femme libre, indépendante, en avance sur son temps, engagée quand nécessaire, que fut Françoise Sagan. Soyons satisfait que cela ait été fait et dit et ne regrettons pas trop qu’il ait fallu attendre aussi longtemps …

Dans le même temps qu’elle met à jour son « rayon Sagan », la médiathèque engage une réflexion afin de se donner un nom en rapport avec l’écrivaine. Mais peut-il être autre chose que médiathèque, espace, voire centre culturel Françoise Sagan ?

Frédéric de Azevedo, Raphaël Mocellin, Denis Westhoff, Nicole Nava – Droits réservés – JB
Lecture en médiathèque par Denis Westhoff – Droits réservés – JB
Mémorial N° 3874, du 20 mai 2022

Droits images: Jean Briselet, Marc Ellenberger, Catherine Guery, Valérie Treilleford.

L’intégralité des articles consacrés à l’ « Enfance et l’adolescence de Françoise Sagan à Saint-Marcellin » est éditée sous forme de .pdf que vous pouvez télécharger ici.

Reproduction, même partielle, interdite sans accord préalable avec l’auteur.