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Journée Mondiale de la Santé

Alors que (parce que ?) la moitié de la France s’essaie à théoriser son aversion-répulsion anti-sarkozienne, la Journée Mondiale de la Santé (7 avril) est passée totalement inaperçue. PERSONNE, ni télés, ni journaux, n’en a dit un mot. Il est vrai que se jouait à Londres une étape importante du grand happening financier.

Au sujet de cette journée, j’ai cherché à savoir quels pouvaient être certains des sujets majeurs en matière de santé au Mali. Notamment, en allant au-delà des discours de circonstance.

Logo de l’OMS

Un premier thème: le SIDA.

Les dernières statistiques en la matière ont été publiées fin 2008, mais elles remontent à 2006. Elles font état d’une diminution nette du taux de prévalence du Sida dans la population totale du pays, ce taux passant de 1,7 % en 2001 à 1,3 % en 2006. Bamako reste à l’écart avec un taux de prévalence de 2 %. Le nombre de malades était estimé à 28 000 dont plus de 77 % suivent des traitements spécifiques, en particulier antirétroviraux (ARV). Ce “succès” est attribué au gros et coûteux travail de sensibilisation, information et éducation.Seule ombre au tableau, laquelle jette un doute sur la portée réelle des chiffres annoncés; le taux de dépistage du Sida est extrêmement faible: moins de 100 000 personnes en année pleine (2008) dont 40 % de femmes enceintes. (Chiffres donnés par le Ministère malien de la Santé).

Un second thème: la POLIO.

Les chiffres viennent d’être communiqués par le CDC (Center for Disease Control and Prevention). Le nombre de cas de poliomyélite a augmenté de 26 % en 2008 dans le monde. La plus forte progression est enregistrée au Nigeria où le nombre de personnes atteintes est passé de 285 en 2007 à 801 en 2008. La maladie frappe huit autres pays de l’Afrique de l’Ouest dont certains où elle avait été éradiquée: Bénin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Togo et … Mali. Or, la poliomyélite est une maladie virale infectieuse et contagieuse qui se transmet par voie digestive à partir d’eaux et d’aliments contaminés (contamination oro-fécale). Comme le paludisme (Le-Mali-enregistre-un-taux-d-incidence-de-paludisme-de-191-pour-1000), seul un assainissement réel des cités maliennes permettra de venir à bout de ce fléau, sans oublier une couverture vaccinale totale.

Enfin, troisième thème: l’EXCISION.

Cette fois-ci, c’est le Ministère malien de le Femme, de l’Enfant et de la Famille qui a publié ces chiffres courant février. 92% des femmes maliennes de 15 à 45 ans ont subi l’excision. Des variations importantes d’amplitude sont notées entre villes (Tombouctou, Gao: 34 %) et entre ethnies (Tamasheq: 16.5 %, Peuls: 98.4 %, Bambaras: 98.9 %, Songhaï: 47.8 %, …). La lutte contre ces pratiques rencontre de très fortes résistances. J’en veux pour preuve une déclaration récente d’Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture et du Tourisme, dynamique présidente du Forum pour un Autre Mali, qui aborde cette question avec un certain “recul”. “Ces pratiques anciennes conféraient un statut à l’homme et à la femme. Aujourd’hui, elles ne sont plus nécessaires. En Afrique, les gens qui ont un certain niveau d’éducation, qui ont conscience que le monde va au-delà de la communauté, du village, comprennent que des pratiques telles que l’excision ne sont plus nécessaires. Ce qui bloque avec l’excision, c’est que la recherche de coupables, la criminalisation, ne sont pas les bons moyens de résoudre le problème. En Afrique, à travers le dialogue, si on explique aux gens que ce n’est plus une nécessité et que la fille qui n’est pas excisée ne sera pas montrée du doigt, des progrès remarquables se font”. (Amphitéa Magazine)

Acceptons-en l’augure ! Il n’en demeure pas moins que si le “dialogue” est réservé aux “gens qui ont un certain niveau d’éducation“, la solution au problème des mutilations génitales féminines n’avancera pas vite. Cela est si vrai que le Ministère malien de la Femme, de l’Enfant et de la Famille a déclaré que 80.3 % des maliens pensent que l’excision (Excision-vaste-campagne-de-sensibilisation-au-Mali) est une pratique qui doit être maintenue.

Ce n’était là que trois sujets qui font débat au Mali, trois sujets plus ou moins en rapport avec la Journée Mondiale de la Santé… dont on n’a pas entendu parler en France.

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Les migrations du Mali vers la France

Ce début d’année 2009 a été marqué par un évènement significatif, sinon important, qui n’a pas rencontré, ni dans la presse écrite, ni dans l’audiovisuel, un grand retentissement. Pour la quatrième fois, Amadou Toumani Touré (ATT), Président du Mali, a refusé de signer l’accord dit de “Gestion concertée des flux migratoires”. Certes, il y a eu quelques articles, mais une fois la chose acquise, plus personne n’en a parlé.

Nombre de ces articles sont inspirés par un faisceau d’associations qui ont en commun une analyse partielle et militante. Le simple rappel des chiffres illustre cet aspect des choses.

Remettons de l’ordre dans les données.

Combien de maliens vivent en France ? Les chiffres vont de 80 000 à … 300 000 selon les sources. 80 000 pour “L’Humanité”, 120 000 pour “Le Monde”, 150 000 à 200 000 pour Panapress, 170 000 pour la Compagnie des Phares et Balises pour présenter un spectacle, 200 000 pour « Libération », mais il est vrai dans un article de Catherine Coroller qui cite 200 000 et 80 000 dans le même papier (02/01/2009) !!

Ces chiffres sont probablement exagérés et ont avant tout pour but de « dramatiser » la situation. On peut raisonnablement s’arrêter sur 80 000 à 100 000 maliens résidant en France, dont 30 00 à 45 000 en « situation irrégulière« .

Quel est le montant des fonds que ces maliens transfèrent dans leur pays ? Cette question n’a pas pour but de préparer une main-mise sur ces sommes, comme l’a imaginé une association. Mais, au contraire, une bonne connaissance permet d’apprécier l’effort des maliens vers leur pays.Le chiffre couramment admis est de 180 millions d’euros par an. Il est extrait d’un rapport (http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/064000739/0000.pdf) de Charles Milhaud, Président du Directoire des Caisses d’Epargne, daté de septembre 2006 et intitulé “L’intégration économique des migrants et la valorisation de leur épargne”, étude réalisée sur un ordre de mission signé de Nicolas Sarkozy.

Mais d’aucuns parlent de 200 millions (RFI), 295 millions (Tiebilé Dramé, ancien ministre des Aff. Etr.) … Dans quel but ?

1°) Celui d’établir une comparaison entre ce chiffre et le PIB du Mali. C’est ainsi que “Libération” annonce que ces 180 millions représentent 4,4% du PIB, tandis que Tiebilé Dramé déclare que les 295 millions représentent 11% du PIB. Calculez vous-même, chacun a son PIB ! Et c’est bien vrai ! Le PIB du Mali est de 5 400 millions $ en 2004 soit 4 355 millions € (Tx=1,24), 6 840 millions $ en 2007 soit 4 995 millions € (Tx=1,37). 4,4% représenteraient des transferts à hauteur de 220 millions, et 11% représenteraient … 549 millions !!

Plus honnêtement, les 180 millions d’euros transférés par les migrants maliens font entre 3 et 4% du PIB du pays natal.

2°) Celui d’établir une comparaison avec le montant de l’Aide Française au Développement consacrée au Mali. AfriqueJet déclare que ces 180 millions représentent 3 fois l’aide ! RFI nous dit que l’AFD est de 156 millions d’euros ! Or, source gouvernementale, (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/Note_68.pdf), l’Aide Publique au Mali en 2005 a été de 72,37 M€ (annulation de dette comprise) ou de 51.30 M€ (hors annulation de dette).

Mais en fait, quelle importance peut bien avoir ce chiffre ? En quoi la France serait-elle tenue de verser à un pays donné une somme en rapport avec ce que lui adressent ses propres ressortissants ? A ce petit jeu stupide, combien la France devrait-elle donner au Pakistan, au Sri Lanka ou à Djibouti ?

A l’examen de tous ces chiffres, nous apprenons que la France a procédé à une annulation-conversion de la dette du Mali à l’égard de la France, à l’automne 2007, pour un montant de 109 millions € pour la période 2008-2019.

Pourquoi cette mobilisation des associations ?

Toutes les associations (Droits de l’homme, CIMADE, Droits Devant, RESF, … ) se sont exprimées au sujet du Mali, mais très peu lors des signatures accordées par le Sénégal, le Gabon, la République du Congo, le Benin, la Tunisie, l’Ile Maurice, Cap Vert et le Burkina Faso. Tout simplement parce que, dans le cas du Mali, le résultat des discussions était pratiquement connu d’avance et qu’il était bon d’accompagner ce résultat afin de crier victoire !

Amadou Toumani Touré a une attitude extrêmement réaliste avec l’émigration de ses citoyens. Il connait ces fameux 180 millions d’euros, dont près de 60 % vont dans la seule région de Kayes, et il ne peut l’en priver. « Entre le tout humanitaire revendiqué par certains et le tout sécuritaire par lequel l’Europe lui répond, il faut trouver un moyen terme salutaire ». Il est prêt à discuter de visas permettant d’aller travailler dans un pays européen et de revenir, il l’a fait avec l’Espagne. Il est prêt à entendre parler de régularisations. Mais il n’aime pas que l’on se moque de lui et que, là aussi, on trafique les chiffres, mais dans l’autre sens.

Les dernières négociations entre la France et la Mali ont été basées sur un nombre de maliens en “situation irrégulière” de l’ordre de … 22 000. Et sur ces 22 000, la France ne proposait que .. 1500 régularisations par an, là où le Mali en demandait au moins 4 à 5000. Et puis, il y avait cette grotesque liste limitative des métiers autorisés pour les migrants. La migration des maliens est une donnée officiellement incluse dans la politique de population du Mali. Il existe un Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur qui a pour ambitions d’aider les maliens de l’extérieur, d’informer les candidats à l’émigration, de favoriser la coopération décentralisée, mais aussi d’obtenir des migrants qu’ils consacrent leurs envois de fonds à des investissements.

Il existe au Mali des dizaines d’associations (ONG) qui se sont données pour but d’organiser et de valoriser les envois de fonds et d’apporter une aide au retour et à la réintégration des maliens de l’extérieur. Il existe également des dizaines d’associations qui cherchent à circonvenir l’émigration clandestine.

Il est bien certain que, tôt ou tard, les discussions reprendront. Il est à souhaiter que la France les engage sur des bases à la fois plus réalistes (les vrais chiffres, une meilleure connaissance de la politique du Mali, …) et plus généreuses (davantage de régularisations, des visas aller-retour, des visas sur la base d’un plan éducatif ou professionnel, des frais de transferts financiers allégés, des aides au retour et à la création d’entreprises personnelles, … tant de choses peuvent être imaginées).

Bamako Commune V, quartier de Daoudabougou, d’après Google Earth

Pour compléter votre réflexion:

  • le travail (http://www.delmli.ec.europa.eu/fr/guide/Etude_Migration_Merabet_Gendreau_Rapport_final_15_05_07.pdf) de Omar Merabet et Francis Gendreau sur “Les questions migratoires au Mali”. A vrai dire, ce document, je n’ai vu nulle part qu’il ait été cité !! Il date de janvier 2007.
  • un commentaire glané sur un forum, il est un peu “radical” mais mérite l’attention: « Un malien en France, ce sera toujours un immigré. Un français au Mali, ce sera toujours un coopérant ! »
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Excision: vaste campagne de mobilisation au Mali

« Le Bureau de l’UNICEF au Mali, en collaboration avec le Programme national de lutte contre l’excision (PNLE), organise du 27 janvier au 10 février 2009 une vaste campagne de sensibilisation dans les régions de Kayes (ouest), Sikasso (sud) et Koulikoro (centre) contre la pratique de l’excision, a appris la PANA auprès des initiateurs.

Cette campagne, qui se déclinera en une série de productions de théâtre-forum, s’inscrit dans le cadre du programme général de l’UNICEF visant à renforcer l’impact des actions de changement social par l’utilisation de moyens de communication à base communautaire et de proximité.

Quelque 90 sites vont accueillir 9 jeunes troupes de théâtre-forum avec pour thème: “Le Dernier Couteau”. La pièce se jouera sur les places et endroits publics selon la technique du théâtre-forum qui laisse une grande place au dialogue après la représentation.

« Au moins 180 fora de discussion seront organisés après les représentations et lors de ces espaces d’échanges, les spectateurs peuvent prendre la place des acteurs et rejouer la scène de leur point de vue », ont souligné les organisateurs.

Selon les résultats de l’Enquête démographique et de santé 2006 (EDSM-IV) du ministère malien de la Santé, 69% des femmes enquêtées, ayant au moins une fille, avaient déjà fait exciser leur fille ou au moins l’une de leurs filles et 14% avaient l’intention de la (ou les) faire exciser. En somme 82% des filles des femmes enquêtées sont ou seront excisées, c’est-à-dire un niveau légèrement inférieur à celui des mères (85%).

Le Mali fait partie des pays où la pratique de l’excision est très répandue, avec son taux de prévalence de 85%. Il occupe la troisième place sur le continent après l’Egypte (97%) et le Soudan (90%).

Dans le monde, chaque année, au moins deux millions de jeunes filles sont menacées de mutilations génitales et leur nombre est estimé à 150 millions en 2006. Globalement, l’excision est répandue dans 28 pays d’Afrique, avec un taux de prévalence variant entre 5% et 97%, selon le pays.

Bamako – 26/01/2009 Pana »

1ère observation: si j’ai choisi de reprendre ce texte in extenso, c’est parce que j’avais déjà parlé de ce sujet (Alexandrie-Excision) à propos de l’Egypte.

2ème observation: ce texte provient d’une agence de presse africaine et il est particulièrement intéressant de noter la franchise et l’évidence avec laquelle la question est abordée.

3ème observation: contrairement à l’Egypte, le Mali a ratifié le Protocole de Maputo (http://www.aidh.org/Biblio/Txt_Afr/instr_prot_fem_03.html), mais les associations maliennes concernées souhaitent qu’une loi vienne renforcer cette ratification et organiser la lutte contre les mutilations féminines.

4ème observation: le premier mot du titre de ce post va, comme de bien entendu, attirer toute une meute de chacals du Net. Qu’ils passent leur chemin !

Bamako: enfants dans la rue
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Le Mali enregistre un taux d’incidence du paludisme de 191 pour 1000

Selon des projections les plus optimistes, le Mali va enregistrer une incidence de 83 pour 1000 en 2021, alors que les exigences des objectifs du Millénaire pour le développement recommandent ce taux pour 2015. En outre, les statistiques cliniques indiquent que ce sont les enfants de 0 à 5 ans et les femmes enceintes qui sont les principales victimes de cette maladie qui, avec 48% des motifs de consultation, est la première cause de mortalité (15%) et de morbidité (13%).
L’incidence malienne est par ailleurs encouragée par la faiblesse de l’accessibilité de la population au centre de santé et le goût généralement prononcé pour des traitements communautaires du paludisme.
Le RSAM vise à impulser une dynamique de lutte efficace contre le paludisme en privilégiant la prévention. Cette démarche, selon le réseau, est susceptible de fléchir la tendance évolutive de la maladie, l’offre thérapeutique n’étant pas la seule condition à remplir pour parvenir à la circonscription du paludisme.
Dans cette démarche, la volonté des populations à un changement d’habitude de soins et d’hygiène est également sollicitée.

Anophèle – (C) James Gathany

Cet article, publié ce jour dans Afrique en ligne, montre du doigt l’une des conséquences d’une salubrité totalement insuffisante: caniveaux à l’air libre, marigots servant de dépotoirs, latrines s’écoulant dans la rue, eaux domestiques utilisées et répandues dans les voies publiques, … toutes conditions largement suffisantes pour une prolifération du moustique vecteur du parasite.

Le caractère “provisoire” des pulvérisations d’insecticide (efficacité limitée dans le temps), le coût élevé des traitements préventifs, l’impossibilité même de les utiliser au long cours, les contraintes et les limites techniques des moustiquaires ou des répulsifs, enfin le caractère de lutte “toujours à refaire”, tout ceci explique que les populations concernées se “résignent” bien souvent au sort pour éviter cette maladie.

Seule une vigoureuse action en faveur de la collecte des déchets solides et liquides et de leur traitement pourra convaincre les populations de se protéger plus efficacement. Nous noterons également que l’on dispose, par ce taux d’incidence, d’un indicateur précieux pour évaluer l’efficacité d’une politique de propreté. Et sans doute serait-il utile de disposer de mesures plus fines; par régions, par villes, afin de mieux en appréhender les résultats.