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Alexandrie – Excision

Sujet difficile, grave et délicat que celui d’aujourd’hui. Il s’agit de l’excision, cette mutilation génitale féminine (MGF) largement pratiquée en Egypte (mais pas qu’en Egypte). A vrai dire, rien ni personne n’est à même de préciser sérieusement quel est le pourcentage de femmes égyptiennes victimes de cette pratique.

“Le Courrier International” N° 210, en date du 10-16 novembre 1994 parle d’une mutilation qui toucherait 91% des égyptiennes.

En 1996, l’UNICEF publiait le pourcentage de 80% des femmes égyptiennes qui étaient excisées. Et dans le même temps, le Ministère de la Santé déclarait que ce pourcentage était de 97%, s’appuyant sur une enquête conduite en 1995 auprès de 14779 femmes mariées ou ayant été mariées. Ce chiffre de 97%, qui représente donc la quasi totalité des femmes de l’Egypte, a été repris sans discussion, sans commentaire aucun, pendant des années par toutes les organisations internationales et par la presse (Le Monde 23/12/2005 “ »Femmes mutilées au bord du Nil »“, “Al Ahram 06/04/2005 “[ »Les chiffres muets de l’excision »|http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2005/4/6/femm0.htm]“ ).

Sans revenir sur ce chiffre, une autre étude nationale conduite en 1998 « a montré les premiers signes du déclin de cette pratique. Il y a au moins 10% des jeunes égyptiennes qui risquent moins de subir cette mutilation que leurs mères, même si l’excision continue d’être pratiquée sur la grande majorité des adolescentes » (Barbara Meusch; The Population Council).

Fin 2002, Egypt Almanac 2003 (Egypto-file Ltd Edition) publie une synthèse d’une enquête effectuée en 1997 et diffusée en 1999 (la même que ci-dessus ??), réalisée par le Population Council auprès de 9000 adolescents de 10 à 19 ans. Quant au sujet qui nous concerne, il en ressort que 86% des jeunes filles non mariées de 16 à 19 ans sont excisées et que 42% d’entre elles croient que c’est nécessaire. La précision relative aux jeunes filles non mariées est importante car 12% des adolescents de cette tranche d’âge sont déjà mariés !

En 2000, une enquête similaire à celle de 1995, réalisée auprès de 15573 femmes mariées ou ayant été mariées aboutissait à nouveau à ce chiffre fatidique de 97 %. Enfin, en 2005, une étude du Bureau Gouvernemental de la Démographie parvenait au pourcentage de 96,6% des femmes de 15 à 49 ans qui ont subi une excision. On admire la précision du pourcentage !

Car, en effet, ces enquêtes sont essentiellement déclaratives puisqu’à peine moins de 10% des femmes interrogées l’ont été lors d’une consultation de gynécologie-obstétrique. Comment peut-on valider les déclarations des intéressées alors que la pression sociale, culturelle, familiale, est énorme ? Comment dire que l’on n’est pas excisée quand tout pousse à l’obligation de l’être ? Les études de 1995 et de 2000 mettent en évidence de façon flagrante que moins la mère est scolarisée, plus la fille court le risque d’être excisée (or, l’éducation secondaire ne concerne que 5% du panel étudié). Elles montrent également que 80% des femmes excisées envisagent de poursuivre la pratique sur leurs filles.

Jeunes élèves à Rachid (Rosette)

Les tentatives de lutte contre l’excision en Egypte ne datent pas d’aujourd’hui. L’excision avait même été interdite dans les hôpitaux égyptiens en 1928. Et en 1996, un décret (aboli par la suite) interdisait aux médecins de pratiquer l’excision dans les hôpitaux publics. La réglementation déclarait que l’excision ne devait être réservé qu’aux “cas d’urgence”. Il faut croire que le corps médical a su trouver beaucoup de cas d’urgence puisque les interventions sont passées (en 1995) de 80% en milieu traditionnel et 17% en milieu médical à (en 2000) 38% en milieu traditionnel et 61% en milieu médical.

En 1995, la CNN avait diffusé un documentaire montrant une fillette en train d’être excisée par un barbier. Ces images avaient été reçues comme une provocation et une atteinte à l’honneur des femmes, sans compter sur l’accusation faite aux pays occidentaux d’ingérence dans les affaires du pays.

Depuis, cependant, des efforts ont été réalisés, une campagne a été menée contre l’excision. Quelques enquêtes voudraient témoigner que les résultats sont spectaculaires. Dans la ville de Der al-Barcha, on a supprimé l’excision ! Comment croire de tels sondages ? Comment ne pas voir, à l’inverse du cas général, qui s’il devient “bien” de ne pas être excisée, alors oui, chacune répondra que “moi, je ne suis pas excisée” ? Le Conseil National de la Maternité et de l’Enfance veut créer 60 “villes sans excision” dans 6 gouvernorats. Et l’on nous donne l’exemple de Nadia, 5 ans, qui est la première fille dans sa famille à n’avoir pas été excisée ! Alors que l’on sait parfaitement que 42% (46% en 1995) des filles ont entre 5 et 9 ans et que 50% (43% en 1995) ont entre 10 et 14 ans lors de leur excision ! Dans les villages des environs de Minya, le nombre de filles excisées aurait baissé de 1500 en 2004, à 137 en 2007 !! Qui va nous faire croire que de telles statistiques sont tenues à jour par les chirurgiens affairistes ?

Tous ces chiffres signifient cependant deux choses:

  • quel que soit le pourcentage, cette pratique est très répandue dans toute l’Egypte !
  • l’excision n’est pas un acte religieux. Les coptes, qui représentent 10 à 15% de la population (7 à 10 millions de personnes) sacrifient également à cette tradition.

Un évènement récent fait peut-être bouger les choses. Bodour, une fillette de 13 ans, est morte récemment dans une “clinique” du sud de l’Egypte. Il est probable que la cause en soit davantage l’erreur d’anesthésie que l’acte chirurgical lui-même. Quoi qu’il en soit, la réaction a été vive dans le pays. Des images du type de celles de CNN ont été diffusées. Le Ministre de la Santé a interdit “définitivement” aux médecins de pratiquer cet acte, que ce soit dans un établissement public ou privé. Le Grand cheik d’Al-Azhar, Mohamed Sayed Tantawi, a déclaré que “c’était interdit” !

Mais Bodour n’est pas la première à mourir. Elle ne sera probablement pas la dernière. Le poids des traditions qui font rimer excision avec honneur, chasteté et hygiène, le manque de culture générale de la population, tout simplement l’analphabétisme, le discours de certains islamistes extrémistes qui perpétuent l’exploitation et la domination de la femme, et la montée de la religiosité accompagnée de signes extérieurs volontairement exagérés et agressifs, tout ceci ne plaide pas en faveur d’une éradication rapide de ce fléau.

L’Union Africaine a adopté en 2003 le Protocole de Maputo qui condamne toutes les mutilations génitales féminines. Actuellement 41 pays africains ont signé ce texte afin qu’il entre en vigueur. Mais pas l’Egypte …

Sur le sujet, voir ça|http://www.rfi.fr/actufr/articles/075/article_42824.asp et ça|http://www.nytimes.com/2007/09/20/world/africa/20girls.html?_r=1 et encore ça|http://www.measuredhs.com/pubs/pdf/CR12/CR12-Fr.pdf .

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