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McPhy entre en bourse

Ce blog n’a pas vocation à défendre les industriels et à mobiliser les investisseurs en leur faveur. C’est pourtant ce que nous faisons aujourd’hui. Il y a quelques temps déjà, à propos de production d’électricité (Plus-on-est-riche,-plus-on-est-heureux) à partir de sources renouvelables, à propos de Jeremy Rifkin, nous avions cité la Société McPhy Energy (http://www.mcphy.com/fr/).

Le premier intérêt à parler de cette entreprise, c’est qu’il s’agit d’une entreprise dont le Siège Social se trouve à proximité immédiate de notre « pays », à La Motte-Fanjas très exactement, département de la Drôme.

La seconde raison est que cette entreprise, à rayonnement international, a choisi de se spécialiser dans les techniques de stockage de l’électricité. Chacun sait et répète que les éoliennes, les panneaux solaires, les générateurs d’électricité par des moyens mécaniques (roulement, houle, flux divers, …) présentent le gros inconvénient de produire une électricité intermittente et non adéquate aux besoins. La seule solution capable de faire avancer la production d’électricité verte en faveur d’une alternative crédible aux productions actuelles (thermique ou nucléaire) passe par le stockage de l’électricité produite.
Pour être crédible, ce stockage doit être également « vert », c’est à dire peu producteur de CO2. McPhy Energy apporte une réponse à cette exigence: la production d’hydrogène (H2) par électrolyse de l’eau, et le stockage de celui-ci sous forme d’hydrures métalliques (hydrure de Magnésium).

Enfin, le troisième raison est que cette société a décidé d’entrer en bourse et que cette introduction a pris effet le 13 mars et se poursuit jusqu’au 18 mars à 17 heures. Il y a longtemps qu’aucune introduction boursière ne s’est présentée en France. Les entreprises de caractère écologique, durable, alternatif, en faveur d’une nouvelle économie, sont encore plus exceptionnelles. Et, point non négligeable, cette valeur McPhy est éligible aux Plan d’Epargne en Actions (PEA).
La valeur d’introduction des actions offertes au public est comprise entre 6.75 € et 8.25 €.

McPhy, entrée en bourse (DR)
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Génération Y, génération quoi ?, génération sacrifiée, …

Ce n’est pas France 2, mais France Télévision (http://generation-quoi.france2.fr/) qui a initié cette formidable enquête concernant les jeunes de 18 à 34 ans. 210000 participants ! On est loin, très loin, des sondages représentatifs réalisés avec un panel de 990 personnes !

Il est bien difficile d’en rendre compte en quelques lignes tant les résultats en sont riches et abordent toutes les facettes de la vie quotidienne des participants.
« Le Monde » (associé à l’enquête) a récemment publié une synthèse de quelques données, sous le titre « Frustrée, la jeunesse française rêve d’en découdre » (http://www.lemonde.fr/emploi/article/2014/02/25/frustree-la-jeunesse-francaise-reve-d-en-decoudre_4372879_1698637.html).

Dans la continuité de notre dernier post, consacré aux yuppies malheureux de la génération Y, nous avons retenu ce soir quelques chiffres de ce sondage quasi grandeur nature.

« On nous dit d’être autonome et responsable. Mais on ne peut pas prendre en main son destin à cause des contraintes sociales. »

Pour 85% des jeunes, il y a de plus en plus d’inégalités en France.
Ils ne croient plus au progrès.
Pour 75% d’entre eux, le multiculturalisme ne leur pose aucun problème.
« On joue le jeu de la compétition éducative mais on n’y croit plus parce que la méritocratie est morte ».
A 51%, ils affirment que ce sont les générations précédentes qui sont responsables de la situation dans laquelle ils vivent.
86% d’entre eux n’ont pas confiance dans la politique, et 90% pensent que c’est la finance qui dirige le monde.
71% affirment que la société française ne leur donne pas les moyens de montrer ce dont ils sont capables.

25% des élèves entrés en 6° en 1995 ont décroché de l’enseignement secondaire (INSEE), dont plus de la moitié n’ont strictement aucun diplôme.
71% des jeunes pensent que l’immigration est une source d’enrichissement culturel.
27% des jeunes diplômés envisagent de chercher un emploi à l’étranger.
Si on leur demande de citer les trois préoccupations majeures qui les concernent, on obtient les 3E: l’Emploi pour 59%, l’Environnement pour 32% et le système Educatif pour 29%.

Même s’ils se méfient des « politiques », ils sont très politiques et l’abstention électorale doit se lire comme une attitude politique.
Et si « Le Monde » a pu dire que cette jeunesse rêve d’en découdre, c’est parce qu’à 61% ils sont prêts à participer demain à un mouvement de type Mai 68. Et ceci toutes formations confondues puisque cette position est affirmée par 66% des intérimaires, 63% des chômeurs, 60% des étudiants et encore 54% des CDI.

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Pourquoi la génération Y est-elle malheureuse ?

Cet article est extrait du blog « Wait but why » (http://waitbutwhy.com/about)
Nous en avons fait une traduction complète et fidèle. Il nous a semblé intéressant et utile de le porter à la connaissance du public, ce qui n’avait, jusqu’à présent, été fait que de façon très partielle.
Bien entendu, alors que l’on parle de malaise de la jeunesse, ce texte qui s’attache particulièrement à des jeunes urbains branchés et appartenant aux classes supérieures (voire fraction supérieure de la classe moyenne), ne saurait être représentatif de l’ensemble de la jeunesse. Cependant … l’extrapolation relative n’est pas interdite et par ailleurs, nous parlerons, aussi, des classes sociales plus défavorisées. D’autant plus que la vaste enquête conduite en 2013 par France 2 est actuellement publiée (http://www.lemonde.fr/emploi/article/2014/02/25/frustree-la-jeunesse-francaise-reve-d-en-decoudre_4372879_1698637.html)

Bonjour Lucy !

Lucy fait partie de la génération Y, la génération de ceux qui sont nés entre la fin des années 70 et le milieu des années 90. Elle est également partie prenante de la culture yuppie, laquelle constitue une large partie de la génération Y.

Lucy

J’ai un terme pour les yuppies de ce groupe d’âge de la génération Y : GYPSY, c’est à dire GenY Protagonists & Special Yuppies. Un Gypsy est un type unique de yuppie, celui qui pense qu’il est le personnage principal d’une histoire très particulière.

Alors Lucy est contente de sa vie de Gypsy, tout comme elle est contente d’être Lucy. Sauf qu’il y a un problème : Lucy n’est pas heureuse.

Pour en comprendre la raison, il faut d’abord expliquer ce qui rend quelqu’un heureux ou malheureux. Et cela se résume à une simple formule :


BONHEUR = REALITE – ATTENTES

C’est assez simple : quand la réalité de la vie de quelqu’un est mieux que ce qu’il avait espéré, il est heureux. Et lorsque la réalité de la vie est moins bien que ce qu’il avait espéré, alors il est malheureux.

Pour donner un contexte à cette idée, nous allons commencer par mettre les parents de Lucy dans la discussion.

Lucy et ses parents


Les parents de Lucy sont nés au cours des années 50. Ce sont des « Baby boomers ». Ils ont été élevés par les grands-parents de Lucy, qui faisaient partie de la « Grande Génération », celle qui a vécu la Grande Dépression, parfois combattu au cours de la Seconde Guerre Mondiale et n’était assurément pas Gypsy.

Lucy, ses parents, ses grands-parents


Les grands-parents de Lucy étaient obsédés par la sécurité économique et ils ont élevé ses parents de façon à ce qu’ils parviennent à des carrières sures. Ils voulaient qu’ils aient un métier où l’herbe était plus verte que dans le leur. Et les parents de Lucy se sont installés dans des métiers qui leur apportaient la stabilité et la prospérité. Un peu comme ceci :

Herbe verte


Ils ont appris qu’il n’y avait rien ni personne qui pouvait les empêcher d’atteindre ce verdoyant gazon, mais que pour cela il fallait des années de dur labeur.

Les attentes des parents « baby boomers »


Après l’achèvement de leurs études, après avoir été des hippies insupportables, les parents de Lucy se sont attelés à leurs carrières. Les années 70, puis les années 80, puis les années 90 ont roulé tranquillement et le monde est entré dans une période de prospérité économique sans précédent. Les parents de Lucy ont fait encore mieux que ce à quoi ils s’étaient attendus. Cela les a rendus optimistes et heureux.

Une réalité encore mieux …


Avec cette expérience de vie plus lisse et plus douce que celle de leurs parents, les parents de Lucy l’ont élevée avec un sentiment d’optimisme et de possibilités illimités. Et ils n’étaient pas les seuls. Dans le monde entier, les « baby-boomers » ont dit à leurs enfants qu’ils pourraient être ce qu’ils voudraient être et ont instillé au fond de leur esprit l’idée qu’ils étaient des personnages particuliers.
Cela a donné aux Gypsy(s) énormément d’espoirs quant à leur carrière, au point qu’une pelouse verte n’était même plus leur objectif. La pelouse d’un Gypsy devait avoir également des fleurs.

La pelouse de Lucy


Cela nous amène à notre premier et important caractère des Gypsy(s).

Les Gypsy(s) sont sauvagement ambitieux

Les Gypsys sont ambitieux


Le Gypsy a besoin de beaucoup plus que d’une carrière, d’une belle pelouse verte, de la sécurité et de la prospérité. Le fait est qu’une belle pelouse verte n’a rien d’exceptionnel pour un Gypsy . Là où ses parents voulaient vivre le rêve américain, le Gypsy veut vivre son propre rêve personnel.

Cal Newport met en évidence (http://blogs.hbr.org/2012/09/solving-gen-ys-passion-problem/) que l’expression « vivez votre passion » n’apparaît qu’au cours des vingt dernières années dans le visionneur Ngram de Google (https://books.google.com/ngrams/graph?content=follow+your+passion&year_start=1985&year_end=2008&corpus=0&smoothing=3&share=&direct_url=t1%3B%2Cfollow%20your%20passion%3B%2Cc0), un outil qui montre comment une expression s’affiche dans la presse anglophone sur une période de temps (http://waitbutwhy.com/2013/08/putting-time-in-perspective.html). Ngram montre également que l’expression « une carrière sûre » (https://books.google.com/ngrams/graph?content=a+secure+career&year_start=1985&year_end=2008&corpus=0&smoothing=3&share=&direct_url=t1%3B%2Ca%20secure%20career%3B%2Cc0) est passée de mode, tandis que « une carrière valorisante » (https://books.google.com/ngrams/graph?content=a+fulfilling+career&year_start=1985&year_end=2008&corpus=0&smoothing=3&share=&direct_url=t1%3B%2Ca%20fulfilling%20career%3B%2Cc0) est devenue très populaire.

Popularité de l’expression « une carrière sûre »
Popularité de l’expression « une carrière valorisante »

Pour être clair, les Gypsy(s) désirent la prospérité économique, tout comme leurs parents. Mais, en plus, ils veulent s’accomplir dans leur carrière d’une façon à laquelle leurs parents n’ont jamais pensé.

Mais il se passe autre chose encore. Alors que les objectifs de carrière de la génération Y sont devenus plus ambitieux, Lucy, au travers de son éducation, a reçu un autre message.

C’est sans doute le bon moment pour préciser le deuxième caractère d’un Gypsy.
Les Gypsy(s) vivent d’illusions.

« Bien entendu », se dit Lucy,  »comme tout un chacun, je vais avoir une carrière enrichissante, mais moi je suis exceptionnelle et ma propre carrière et le tracé de ma vie vont se démarquer de ceux de tous les autres ». Donc, en plus d’être une génération ayant l’ambition commune d’obtenir une pelouse fleurie, chaque Gypsy pris individuellement pense qu’il est destiné à quelque chose d’encore mieux.

Une brillante licorne au sommet de la prairie fleurie

Mais pourquoi est-ce illusoire ? Tout simplement parce que c’est ce que pensent tous les Gypsy(s) et que ce fait même défie le sens du mot spécial :

Spécial (adj.) : singulier, particulier, propre à une personne ou à une chose.

Selon cette définition, la plupart des gens n’ont rien de spécial, sinon le mot « spécial » n’aurait aucun sens.

Même en ce moment, les Gypsy(s) qui lisent ce texte se disent : « Bien vu … mais moi, je suis l’un des rares qui soient vraiment spéciaux « , et c’est là qu’est tout le problème.

Une seconde illusion entre en jeu dès que le Gypsy se retrouve sur le marché du travail. Là où les espoirs de ses parents se caractérisaient par de nombreuses années de dur labeur qui pouvaient conduire éventuellement à une belle carrière, Lucy considère qu’une belle carrière est une évidence pour quelqu’un d’aussi exceptionnel qu’elle et qu’il ne s’agit que d’une question de temps et de choix judicieux. Ses espoirs précédant la période de travail ressemblent un peu à ça :

Les attentes d’un Gypsy

Malheureusement, les choses ne sont pas aussi faciles que cela. Et les grandes carrières nécessitent des années de sang, de sueur et de larmes pour être construites – y compris pour ceux qui n’ont ni fleurs ni licorne avec eux – et même les plus chanceux font rarement quelque chose d’exceptionnel entre 20 et 25 ans.

Mais les Gypsy(s) ne sont pas disposés à accepter cela.

Paul HARVEY, Professeur à l’Université du New Hampshire et expert Gypsy, a fait des recherches (http://www.unh.edu/news/cj_nr/2010/may/lw17gen-y.cfm) sur cette question et a constaté que la génération Y a « des espérances peu réalistes, une forte résistance à accepter un retour d’information négatif et une vue un peu suffisante d’elle-même ». Il dit que « l’une des sources de frustration des personnes qui ont une haute idée d’elles-mêmes se trouve dans les espoirs insatisfaits. Elles estiment souvent avoir droit à un niveau de respect de de récompense qui n’est pas en rapport avec leurs capacités et leurs efforts réels. En conséquence, elles risquent fort de ne pas obtenir ce qu’elles attendent ».

A l’attention de ceux qui ont à embaucher des membres de la génération Y, Paul Harvey recommande de poser la question suivante lors de l’entretien : « Vous sentez-vous généralement supérieur à vos collègues ou camarades de classe ? Et si oui, pourquoi ? ». « Si le candidat répond oui à la première question, mais se trouve en difficulté pour répondre à la seconde, il peut s’agir d’un problème d’auto-référence (de référence à soi-même). Parce que la perception des droits et des privilèges auxquels on prétend est souvent fondée sur un sens infondé de supériorité et de mérite. Ils ont été amenés à croire, peut-être par excès de zèle dans le renforcement de l’estime de soi au cours de leur jeunesse, qu’ils sont en quelque sorte spéciaux, mais ils manquent souvent de véritable justification en cette croyance ».

Et puisque le monde a l’aplomb de considérer le mérite comme un facteur important, alors Lucy se retrouve, peu de temps après sa sortie de l’université, ici :

Lucy, le nez en l’air …


L’extrême ambition de Lucy, couplée avec la haute estime de soi qui est la sienne (et qui vient d’être un peu rabaissée) lui ont procuré d’énormes espérances, dès la sortie de l’université. Malheureusement, la réalité n’est rien en regard de ces espérances. Le score heureux « réalité – attentes » qu’elle attendait est devenu négatif.

Et c’est pire encore. Par-dessus tout cela, les Gypsy(s) ont un problème qui concerne toute leur génération.

Les Gypsy(s) se sentent moqués et ridiculisés.

Bien sûr, certains collègues de lycée ou d’université des parents de Lucy ont eu davantage de succès que ce que ses propres parents n’ont obtenu. Et s’ils avaient entendu parler de temps en temps de ces réussites, pour la plupart ils ne savaient pas exactement en quoi elles consistaient. Pour sa part, Lucy se retrouve constamment humiliée par un phénomène contemporain : la vie des autres étalée sur Facebook (http://waitbutwhy.com/2013/07/7-ways-to-be-insufferable-on-facebook.html).

Les médias sociaux créent pour Lucy un monde où :

a) Tout ce font les autres se fait au grand jour,

b) La plupart des gens présentent une version favorable de leur propre existence,

c) Les gens qui parlent de leur situation sont en général ceux pour lesquels tout se passe bien. Les autres ont tendance à ne pas en parler.

Tout cela laisse à Lucy un sentiment, erroné, que tout va bien chez les autres et ne fait qu’ajouter à ses souffrances.

Lucy, moquée …

Voilà pourquoi Lucy est malheureuse, ou, à tout le moins, se sent frustrée et mal à l’aise. Elle a probablement bien débuté sa carrière, mais cependant elle est déçue.

Voici mes conseils pour Lucy :

1) Rester follement ambitieuse. Le monde actuel est en ébullition, avec la possibilité pour une personne ambitieuse d’y trouver son accomplissement.

2) Cesser de penser que vous êtes spéciale. En ce moment, vous n’êtes pas spéciale. Vous n’êtes qu’une jeune personne, encore totalement inexpérimentée et qui ne dispose pas de tout ce qu’elle pourrait offrir. Vous ne pouvez devenir spéciale qu’en travaillant pendant de longues années.

3) Ignorer tout le monde. Que l’herbe des autres semble plus verte n’est pas un nouveau concept, mais dans la représentation du monde d’aujourd’hui, l’herbe des autres est assimilée à une glorieuse prairie. La vérité est que tous les autres sont aussi indécis, doutent autant d’eux-mêmes et sont aussi frustrés que vous l’êtes. Si vous faites juste ce que vous avez à faire, vous n’aurez aucune raison d’envier les autres.

Le texte original est ici: (http://waitbutwhy.com/2013/09/why-generation-y-yuppies-are-unhappy.html|http://waitbutwhy.com/2013/09/why-generation-y-yuppies-are-unhappy.html)

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Mali

Une guerre d’un an

Avec un peu de retard (mais il permet d’approfondir la réflexion), parlons du premier anniversaire de la guerre au Mali (Guerre-au-Nord-Mali:-une-décision-grave). En effet, le 11 janvier 2013, la France déclarait la guerre aux « terroristes » djihadistes implantés dans le nord du Mali.
Il est singulier de noter que peu d’organes de presse se sont livrés à une analyse détaillée de la situation à l’occasion de cet anniversaire. C’est peut-être parce qu’une autre intervention, en Centrafrique celle-ci, a pris la place dans les colonnes des journaux. Mais c’est peut-être aussi parce que fêter ou célébrer cet anniversaire aurait soulevé davantage de questions que cela n’en aurait solutionné.
Nous l’avons dit ici déjà; il n’y a pas eu de victoire au Nord-Mali. Tout au plus, les djihadistes ont été éparpillés aux alentours du territoire malien, mais ils sont toujours présents et toujours prompts à utiliser la moindre faiblesse. Les évènements de ces tous derniers jours qui ont vu la mort de deux dizaines de combattants d’Al Qaïda en sont la preuve.
Le propre d’un anniversaire, c’est cependant de susciter quelques réflexions qu’en l’occurrence il faut aller chercher !
Tout d’abord, voici une réflexion d’ordre militaire. Elle provient du blog « Défense » de Laurent Touchard (http://www.jeuneafrique.com/Article_ARTJAWEB20140109170210_terrorisme-aqmi-armee-francaise-mujaomali-serval-la-france-a-t-elle-piege-les-jihadistes-en-janvier-2013.html), dans Jeune Afrique. Celui-ci se pose la question de savoir si l’armée française n’aurait pas piégé les djihadistes en janvier 2013 en les poussant vers Bamako. Rappelons-nous: le Ministre de la Défense, François Hollande, la presse derrière eux (d’une seule voix) a défendu le bien-fondé de l’intervention française en prétendant que Bamako était en danger. Bref rappel historique.
En octobre 2012, François Hollande affirme que la France n’interviendra pas: « Il n’y aura pas d’hommes au sol, pas de troupes françaises engagées ». Le 21 décembre, il réaffirme: « le temps de l’intervention n’approche pas. S’il y a toujours une occupation du Nord-Mali, ce sont les Africains qui mèneront cette opération avec le gouvernement malien ».
Pendant ce temps, les combattants d’Ansar Eddine se regroupent au vu et au su de tous les observateurs et amorcent leur descente vers le sud. Le piège est là. Ils font montre d’une attitude agressive et « provoquent » l’intervention à laquelle ils ne croyaient pas: celle des troupes françaises qui sont prêtes depuis bien longtemps !
Cette analyse est probablement exacte. Tout le reste n’est que mise en scène. Tout comme nous le disions moins d’une semaine avant le déclenchement des opérations, les combattants islamistes n’ont jamais été en mesure de s’approcher de Bamako situé à près de 700 km du lieu où l’armée les attendaient: Kona. Globalement, ils n’ont même pas occupé cette ville, se contentant de faire des ronds dans le désert avec leurs 4 X 4. Ils n’étaient pas 5000 comme la presse et la TV le répétaient à satiété, mais 1200. Et la France préparait son intervention depuis longtemps déjà !

Nous n’allons pas nous éterniser sur cette analyse qui rejoint nos vieilles convictions. Il y a plus important.
Nous parlions ci-dessus d’Ansar Eddine qui s’est lancé dans une aventure guerrière après avoir rompu avec le MNLA. Pour bien comprendre ce qui reste aujourd’hui une énorme épine dans le pied du gouvernement malien (et de la France également mais qui n’en dit rien), il faut savoir que Kidal constitue une position très incertaine, dans laquelle les touaregs sont en position de force et où l’armée malienne ne peut quasiment pas intervenir. Les escarmouches y sont quotidiennes. L’intégration de Kidal dans l’unité du Mali devient de plus en plus une question primordiale pour nombre de politiciens et pour les maliens eux-mêmes. Le 17 janvier, à l’occasion de ce fameux anniversaire, Hama Ag Mahmoud, l’un des ténors du MNLA, mais également ancien ministre de la fonction publique sous la présidence de Moussa Traoré, a donné son point de vue (http://maliactu.net/la-france-nous-avait-donne-son-feu-vert-pour-lindependance-de-lazawad/) sur l’intervention française dans Le Courrier du Sahara.
Dans cette interview, Hama Ag Mahmoud soutient que c’est la France qui a incité les touaregs du MNLA a occuper le Nord-Mali, et qui leur a promis l’indépendance de l’Azawad en échange de l’aide apportée pour faire s’évader tous les combattants touaregs qui étaient dans l’armée libyenne. Il soutient également qu’aucune solution militaire n’est à même de mettre fin au terrorisme. Seuls, le développement économique et l’autonomie politique de cette région pourraient y parvenir.

Kidal (DR)


Troisième volet de cette analyse du premier anniversaire. Aminata Traoré (http://www.20minutes.fr/monde/mali/1271957-20140109-mali-pourquoi-devrions-nous-dire-merci), dont nous avons souvent parlé ici, militante opposée à l’intervention française au Mali dès le premier jour, a publié début janvier (hasard ?) un livre d’entretiens avec Boubacar Boris Diop: « La gloire des imposteurs, lettres sur le Mali et l’Afrique ». Inlassablement, Aminata Traoré y reprend son analyse anti-colonialiste et persiste dans son affirmation que la France n’est au Mali que pour prendre place dans la future conquête des richesses minières du pays (c’est également le point de vue d’Hama Ag Mahmoud qui y ajoute la richesse de l’eau) et affirme qu’il n’y a pas lieu de dire merci à la France (http://www.politis.fr/Mali-Nous-avons-le-sentiment-d,25215.html) qui ne conduit au Mali (et en Centrafrique) ni plus ni moins qu’une guerre coloniale.

Faisant un peu la synthèse de tout ces points de vue, le Nouvel Observateur a publié en janvier un article intitulé « Serval: une opération pas si réussie ». Cet article s’achève par le terrible point de vue de l’ONG Survie: « l’action de la France (http://tempsreel.nouvelobs.com/guerre-au-mali/20140110.OBS2015/mali-serval-une-operation-pas-si-reussie.html) s’apparente à une mise sous tutelle du Mali, à l’opposé d’un processus de reconstruction institutionnelle dont aurait besoin le pays aujourd’hui ». Lorsque l’on connait le dernier avatar des relations franco-maliennes, il y a tout lieu de penser que ce jugement est bien exact.
« La France agira selon ses besoins s’il s’agit officiellement de mieux échanger le renseignement. Cela n’ira pas jusqu’à informer au préalable les autorités maliennes des actions entreprises ». C’est la France qui a fait cette déclaration à propos du projet imposé à IBK d’accord de défense entre les deux pays et dont la signature avait été fixée unilatéralement par la France au 20 janvier. Or, il se trouve que le 20 janvier correspond à la date anniversaire du départ de l’armée française en 1961, départ imposé par le Président Modibo Keita. 53 ans plus tard, l’humiliation a été ressenti: depuis cette date, il n’est plus à l’ordre du jour de parler d’accord de défense ! A propos, avez-vous entendu parler de ce projet devant le Parlement français ?

PS: Peux-t-on, naïvement, poser la question de savoir où en est l’enquête relative à l’assassinat des deux journalistes de RFI ?