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Une réhabilitation du régime syrien est-elle possible ?

Voici notre traduction du dernier billet d’Azmi Bishara (Egypte:-les-analyses-d-Azmi-Bishara), publié le 12 octobre (https://www.facebook.com/Azmi.bishara.en?fref=ts). Il est consacré à la situation syrienne.

 »Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, il n’y a que deux questions en Syrie qui intéressent les Etats-Unis et Israël : les armes chimiques et le chaos que pourrait apporter avec elle la « terreur islamiste ». La souffrance du peuple syrien, même par suite de l’utilisation d’armes chimiques, ne les concerne pas vraiment ».
 »L’enthousiasme et l’efficacité avec lesquels le régime syrien a déposé ses armes chimiques a même suscité des éloges américains. Ce même régime se présente, depuis bien avant le début de la révolution, comme étant le meilleur allié contre le terrorisme islamiste et comme ayant combattu cette menace bien avant que l’Occident ne la réalise. Cette rhétorique présentée à l’Ouest diffère de celle qui a été présentée aux peuples arabes avant la révolution. Lorsque le régime syrien a aidé les djihadistes en Irak, il l’a fait pour montrer à l’Ouest la menace qu’ils constituaient et prouver qu’il était le seul à pouvoir les combattre. »
 »La possible réhabilitation d’Assad ne devrait alors être une surprise pour personne, dans la mesure où il a remis ses armes chimiques et a prouvé qu’il était capable de lutter contre la « terreur islamiste » ».

 »Empêcher que se produisent ces évènements, et achever la libération de la tyrannie, ne sera possible que si les révolutionnaires syriens réalisent ceci : »
 »- 1) Ils doivent modifier l’équilibre des forces sur le terrain par une véritable réorganisation sous une stratégie militaire unifiée. Tandis que le régime est faible, le chaos accompagnant la lutte armée, sera leur source principale de puissance. En attendant, les actions des djihadistes qui ne partagent pas les objectifs de la révolution fournissent au régime une raison d’être. »
 »- 2) Les forces révolutionnaires syriennes doivent fournir une alternative politique forte et démocratique au régime. »
 »- 3) En s’adressant à l’opinion publique occidentale et arabe, ils doivent se présenter comme en révolution contre la tyrannie, et rien d’autre. »

Une Syrie dévastée (C)Maxppp
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Egypte

Egypte, les analyses d’Azmi Bishara

Azmi Bishara est un homme politique. Il est l’actuel Directeur Général de l’Arab Center for Research and Policy Studies, à Doha, au Qatar.
C’est un homme complexe. Palestinien d’origine chrétienne, il a été membre de la Knesset en Israël. Un Parlement dont il a été banni.
(http://en.wikipedia.org/wiki/Azmi_Bishara) Wikipedia fournit une note biographique acceptable dans sa version anglaise (la version française est famélique !).

Azmi Bishara écrit beaucoup. Il tient plusieurs blogs et une page Facebook en arabe (https://www.facebook.com/Azmi.bishara) et en anglais (https://www.facebook.com/Azmi.bishara.en?fref=ts).
Nous avons traduit certains de ses récents commentaires en français. Sans revenir sur le calendrier des évènements égyptiens, nous vous les livrons ci-après, avec mention de la date d’écriture.

Azmi Bishara (DR)

Réflexions sur le dilemme présent en Egypte

Ecrit le 4 juillet 2013

 »1) Les Frères Musulmans n’ont pas compris la nature de la phase transitoire. Ils n’ont pas saisi que la question n’était pas de savoir qui était le plus fort pour avoir le droit de diriger le pays, mais comment tout groupe impliqué pouvait assumer son devoir et sa responsabilité dans la gestion de l’Egypte. Ce devoir partagé de gouverner signifiait qu’ils auraient pris part à toutes les composantes de l’administration du pays. Ils n’auraient pas dû tomber dans le piège du monopole, et porter de ce fait le blâme pour leurs échecs et difficultés. Au lieu de refuser la participation aux factions politiques qui les ont soutenus pendant le deuxième tour des élections présidentielles, la Confrérie aurait dû insister sur la participation de ces groupes pendant la phase transitoire dès le début . Le rejet des généraux Tantawi et Annan (des SCAF) a fourni aux Frères Musulmans un moment de conviction dont elle avait bien besoin pour amener les autres à ses cotés. Au lieu de cela, les Frères Musulmans ont annoncé la Déclaration constitutionnelle (en Novembre 2012), et avec elle, une grande partie de la crédibilité gagnée par Morsi a été perdue. Le résultat final a été que d’autres groupes ont commencé à éviter de participer à la phase de transition. Déjouer les tentatives des Frères Musulmans à la gouvernance est devenue leur nouvel objectif. La situation leur a donné toutes les justifications pour le faire. »

 »2) Les adversaires des Frères Musulmans n’ont pas réalisé que c’était des institutions dominées par l’ancien régime ; les médias, le système judiciaire et d’autres organismes d’État, qui étaient les principaux obstacles à l’œuvre du Président. »

 »3) Dans le même temps, les Frères Musulmans n’ont pas saisi qu’il fallait s’allier avec d’autres forces révolutionnaires dans le but de faire face aux vestiges de l’ancien régime qui sont restés ancrés dans l’État. Ces autres forces, qui ont exclu d’assumer toute responsabilité, sont venues soutenir les restes du régime de Moubarak, comme le Procureur Général, au motif que les mesures prises contre eux n’étaient pas juridiquement valables. Pourtant, par des actions «révolutionnaires» et «extra-légales», ou un changement de la loi, il aurait été possible d’éliminer ces personnes. Les Frères Musulmans, invités à prendre ces mesures révolutionnaires, sont restés attachés aux formalités alors que d’autres voulaient se joindre à eux. Pourtant, ils ont aussi violé quelques formalités lorsque celles-ci se tenaient sur le chemin de leurs objectifs ! »

 »4) Les restes du régime de Moubarak ont saisi leur chance et déployé leur agitation contre le président élu dans un climat de récriminations contre les Frères Musulmans par d’autres factions révolutionnaires. »

 »5) La déposition d’un président élu, de cette manière, grâce à une intervention militaire, présente le risque d’une spirale d’événements qui peuvent compliquer une transition démocratique. Une autre série de dangers provient des conclusions possibles que les islamistes pourraient tirer de la politique électorale, étant donné qu’ils ont été exclus de ce qui avait été pour eux une expérience importante. Vont-ils suivre l’exemple de l’AKP en Turquie, devenant de plus en plus démocratiques après chaque acte de répression militaire ? Ou vont-ils réagir plutôt contre toute forme de participation démocratique ? Ces questions sont au cœur de l’expérience démocratique et de son avenir, ainsi que du comportement de larges pans de la population à son égard. Elles doivent être posées par toutes les personnes responsables, et ne sont pas à prendre à la légère. »

 »6) Une autre problématique, c’est quand de vastes courants des mouvements révolutionnaires défendent un système judiciaire qui émet constamment des décisions en faveur de l’ancien régime, au lieu d’exiger que cette justice soit réformée. »

 »7) La pierre d’achoppement des Frères Musulmans a été leur partialité qui est en fait plus extrême que leur religiosité. Ceci les a empêchés de permettre aux intérêts de la nation et de la société de remplacer ceux du Parti. Le fait qu’ils n’ont pas vu que les restes de l’ancien régime ont exploité ceci à des fins contre-révolutionnaires est un problème. »

 »8) Une autre questionnement est le silence qui a fait face au discours absurde des médias de l’ancien régime, riche en mensonges et en mythes. L’agitation injustifiée contre les Palestiniens n’est pas sans rappeler la façon dont le régime de Moubarak s’est comporté pendant la guerre 2008/2009 sur Gaza. »

 »9) Les révolutionnaires démocratiques doivent maintenant tracer un chemin à travers l’ensemble de ces problèmes et les défis qu’ils soulèvent, ils ne peuvent pas stagner lorsque vient le temps de faire la distinction entre ce qu’on peut appeler « la révolution dans la révolution », sur la voie de la démocratie, et une contre-révolution. »

 »10) La déposition d’un président élu est maintenant un point discutable: avec un gouvernement d’union nationale, la date des élections présidentielles et parlementaires peut être reportée. L’acte de s’entendre sur des élections anticipées est lui-même une procédure fondamentalement démocratique. Le point important à ce stade est de savoir comment la volonté d’une grande et importante partie de la population a remplacé une autre avec force, et l’a brisée. Le désir d’une forte rupture d’une partie de la population conduira à un schisme social profond, ce qui posera un défi à la transition démocratique. Les bénéficiaires en seront les ennemis habituels de la démocratie. »

 »11) Le chemin vers la démocratie est long, il ne peut être décidé en l’espace de deux jours. Il n’est pas nécessaire de se précipiter sur les barricades. La chose importante est que la génération de la révolution du 25 Janvier reste sur la bonne voie. Cette génération détient la clé de la démocratie, l’avenir arabe de l’Egypte, et non la vieille garde qui vit aux crochet des efforts de la jeunesse et se chamaille sur le butin. »


Un retour au tunnel

Ecrit le 8 juillet 2013

 »1) Il y a un problème structurel derrière les événements actuellement en cours en Egypte. Ce problème a ses racines dans la faiblesse, simultanément, des institutions de la société civile et du corps politique qui, autrement, serait en mesure de mener un débat rationnel sur l’avenir du pays. Cela signifie également que libre cours a été laissé aux actions de rue spontanées. Une deuxième facette est la faiblesse de l’appareil civil de l’Etat, contrairement aux services de sécurité, qu’il s’agisse des forces de police et auxiliaire ou des Forces de la défense nationale. »

 »2) L’influence de la révolution sur le rouleau compresseur de l’appareil d’Etat de l’Egypte a été limitée aux seuls individus qui pouvaient être affectés sentimentalement ou en termes de morale. En conséquence, ce mastodonte n’a respecté aucune des mesures de réforme révolutionnaires. L’unité de tout le spectre révolutionnaire aurait été le seul moyen pour que ces mesures soient imposées à l’Etat. Pourtant, cette unité ne s’est jamais matérialisée. Les forces au sein de la révolution ont préféré submerger l’autre de récriminations à l’encontre des actions perpétrées par la vieille garde au sein de l’Etat. »

 »3) Les personnes qui ont ouvert le feu sur des manifestants au cours des deux derniers jours en Egypte sont les mêmes personnes qui ont ouvert le feu sur un groupe de manifestants à Maspero, et Mohammad Mahmoud Street. Au cours de ces incidents antérieurs, la Confrérie a gardé le silence, en concentrant toute son énergie sur les élections législatives. Aujourd’hui, ce sont les adversaires de la Confrérie qui s’entendent dans le silence. Dans les deux cas, ceux qui ont ouvert le feu jouissent de l’impunité, que ce soit les forces de police ou de l’armée. L’une ou l’autre de ces institutions a-t-elle fait l’objet d’une quelconque réforme en termes de structure interne, morale ou idéologique depuis la révolution de 2011 ? »

 »4) Comme si cela ne suffisait pas, les victimes des tirs antérieurs de la police sont maintenant alliés avec les services de sécurité contre les nouvelles victimes. Chaque fois que cela se produit, la responsabilité est davantage attribuée aux complices silencieux qu’aux auteurs effectifs. »

 »5) Certaines (pour ne pas dire la totalité) des forces laïques en Égypte ont seulement respecté superficiellement la démocratie et les principes de la démocratie. Certaines ont encore beaucoup à faire. Tout comme de nombreux groupes religieux, elles n’ont pas encore vraiment intériorisé le respect de la démocratie et de ses principes fondateurs. Nous avons vu comment ces groupes laïques aspirent à un régime militaire, dont ils imaginent qu’il les portera au pouvoir. On peux dire que ni les forces laïques, ni les forces religieuses se sont distinguées en termes de respect de la démocratie ou de sensibilité aux droits de l’homme. »

 »6) Je vais le répéter: il est impératif que tous soient d’accord sur les bases d’une démocratie. Tout comme de nombreuses autres vérités d’une importance vitale, cet impératif est devenu simple et incontestable. »


Les producteurs magistraux et sans scrupules de la haine

Ecrit le 16 août 2013

 »La haine est habituellement bavarde, mais toujours sourde et aveugle. La haine est aussi stupide, en fermant les esprits et transformant les cœurs en pierre. Elle ne peut jamais être le fondement de la coexistence, en fait, elle empêche même la coexistence avec soi-même. »

 »La compétence experte démontrée par ceux qui s’expriment dans l’industrie productrice de haine provoque l’angoisse aussi bien que la perplexité : nous avons attendu fort longtemps pour qu’il y ait la maîtrise arabe de n’importe quelle industrie. Dans ce cas cependant, l’explication de cette maîtrise de la production de la haine est que le produit fini est utilisé pour accorder sans scrupules la légitimité à des crimes. »


Sur la rhétorique employée pour soutenir la junte contre-révolutionnaire d’Égypte

Ecrit le 19 août 2013

 »1) Dans son contenu et dans sa tonalité, dans son soutien inégalé pour l’assassinat et l’exclusion des autres, la rhétorique de soutien à la junte est bien pire que tout ce qui a été rencontré pendant l’ère Moubarak. »

 »2) En général, la rhétorique d’une contre-révolution est pire que la situation avant la révolution: elle est vindicative et vise à inciter à la violence. »

 »3) Une personne qui appelle à l’exclusion d’un million de personnes sur terre au motif qu’ils sont tous des terroristes aura des soupçons sur dix autres millions. Si vous suspectez dix millions, vous devrez surveiller 100 millions de personnes: le résultat final sera la tyrannie et la fin de la liberté d’expression. »

« 4) Il y a des gens qui soutiennent les assassinats et la répression qui ont lieu en ce moment, mais qui émettent des critiques sur certains détails. De tels gens ne peuvent pas être convaincus par le dialogue : leur but n’est pas de déterminer la vérité, mais plutôt de justifier le meurtre. »

 »5) Il est inutile de débattre de la réalité et de la vérité avec des gens qui croient que la fin justifie les moyens. En ce qui concerne ces personnes, le mensonge est le moyen le plus facile pour une fin donnée, et cette fin devient l’unique vérité. »

 »6) Les gens qui prétendent que les actions méprisables comme des incendies criminels contre des églises sont un complot contre leur crédibilité doivent lutter contre ces actes. Ils doivent faire ceci sans regarder si ces actions sont en effet l’œuvre de provocateurs ou d’extrémistes dans leurs propres rangs. Même au cœur d’une contre-révolution, il n’y a pas à se dérober à la lutte contre les extrémistes chauvins qui sont nombreux au sein de nos propres sociétés. Ce dernier groupe, par ses actes et déclarations, fait partie intégrante de la contre-révolution. »

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Mais où est passée la gauche anti-guerre ?

« Please don’t sink the country in a spiral of violence JUST BEFORE the Legislative Elections…Please let the people express their will even if it is distorted…Democracy is not an instant remedy, it needs time to mature…ENOUGH with the hysteria… Stop the violence because, in an armed conflict, the Jihadi Islamists (the likes of Zomor and his killer squads) will prevail…And then what? The Army AGAIN ???!!! »

Tel est le texte qu’une amie égyptienne nous fait parvenir. Un texte qui, non satisfait d’exprimer une grande lassitude, fait part d’une grande peur: celle de l’anarchie.

En ce qui concerne la situation en Egypte, mais aussi en Tunisie, au Mali maintenant, demain en Syrie à n’en pas douter, tous les médias et toutes les organisations politiques, depuis la gauche (hors PC et FG) jusqu’à la droite instruisent le procès de l’islamisme.

En Egypte, les Frères Musulmans, régulièrement élus, se voient contester en permanence leur légitimité. Ils sont accusés d’avoir volé la révolution, d’incapacité à gérer l’économie du pays, de soumission à la fraction activiste des islamistes, de manipulation de la justice, d’élaboration bâclée et imposée de force d’une Constitution conservatrice, d’organisation du viol en tant qu’arme politique, etc, etc … on en passe et des meilleurs.
Arrêtons nous un instant sur cette question du viol au sujet duquel Le Monde (par exemple, mais il n’est pas le seul, avec Claire Talon et maintenant Hélène Sallon) nous ressort régulièrement une explication en faveur d’une manipulation du pouvoir. Cette idée, elle est celle des « révolutionnaires » qui cherchent toutes les idées aptes à mobiliser leurs troupes, tout comme celle qui a fait long feu appelant à boycotter les activités civiles des Forces Armées. Or, c’est méconnaître totalement ce fléau qui, depuis des décennies, se développe dans la société égyptienne dès que l’impunité est assurée par la foule et la promiscuité: métro, tramway (dans les wagons mixtes), places publiques, manifestations, fêtes populaires comme Sham el Nessim (ce sera le 6 mai) et Place Tahrir ! D’ailleurs, « Le Monde » lui-même en administre la preuve dans un article de son « Académie » signé par Yitong Shen !

En Tunisie, la légitimité d’Ennahda, pourtant régulièrement appelé au pouvoir, est contestée parce que le Gouvernement est incapable d’assurer un décollage économique, parce qu’il est soumis aux fractions activistes des islamistes et parce qu’il traîne à rédiger et mettre en œuvre une nouvelle Constitution !
Dans ce pays, l’assassinat récent de l’opposant Chokri Belaïd soulève l’indignation à juste titre. Cela donne-t-il le droit à Manuel Valls de dénoncer ainsi, en distribuant les analyses et les sanctions qui vont avec, »un fascisme islamique qui monte un peu partout » et en affirmant qu' »il garde espoir dans le rendez-vous électoral pour que les forces démocrates et laïques, celles qui portent les valeurs de la révolution, demain, l’emportent ».

En fait, tout est dit (re-dit) là-dedans.

  • Globalement, toute expression de l’Islam relève du fascisme.
  • La preuve en est que les islamistes (régulièrement élus et portés au pouvoir) ne sont pas légitimes et qu’ils ne portent pas les valeurs de la révolution.
  • Et que doivent être préparés au plus vite le retrait de ces imposteurs et la réalisation d’un nouveau RV électoral.
  • Sur lequel il faudra bien veiller afin qu’il assure la victoire des forces démocrates et laïques qui doivent l’emporter. (Laïque, en Islam, ça veut pas dire grand-chose, sécularisé oui …).

    Au Mali, dont on a déjà beaucoup parlé, les choses sont encore plus simples. Il y a des « terroristes islamistes » qu’il convient impérativement de « détruire » ! Et s’appuyant sur l' »appel » d’un Président non légitime (cette fois-ci pour de bon !), la France, ses forces politiques, ses médias, son peuple à 75% ont choisi d’aller faire la guerre. Sans anticiper beaucoup de choses, au point que les Maliens poursuivent leurs divisions en refusant que les Casques Bleus prennent le relais des forces françaises, en agitant le spectre d’un affrontement entre Africains noirs et MNLA, en désignant le capitaine putschiste à la tête d’un comité de réforme de l’armée ! Et par qui, on vous le demande ? Par le Président intérimaire qui ne doit sa place qu’à la « bienveillance » du capitaine putschiste, le même Président intérimaire auquel la France a vaillamment répondu « Présent ! ».

    La France est devenue un pays va-t-en-guerre, singulièrement sur sa gauche. La gauche française est qualifiée par certains de gauche anti – anti-guerre. Mais où sont passés les anti-guerre d’antan ? Où sont passés les opposants à l’ingérence dans les « affaires » des autres pays ?
    Le seul droit d’ingérence que s’était attribué l’Occident et, avec lui, la gauche française, concernait l’humanitaire. Ce temps-là est bien loin, désormais la gauche française s’autorise le droit d’ingérence politique et militaire. Elle s’autorise la croisade anti-islamique avec l’appui de ses médias et de 75% de son peuple.
    Des preuves ? Il fut un temps où le « Mouvement de la Paix » savait réagir avec promptitude et énergie aux atteintes aux droits des peuples, en faveur de la paix et de la négociation. Le « Mouvement de la Paix » a publié le 13 janvier 2013, soit 48 heures après le début de l’intervention au Mali, un communiqué condamnant « l’état de guerre ». Depuis, plus rien, pas une pétition, pas un mot, pas de nouveau communiqué …
    Il y a également une pétition pour la paix (http://www.petitions24.net/stop_guerre_au_mali_-_des_choix_pour_la_paix), très peu remarquée, à coté d’autres pétitions soutenues par des partisans de la remise en ordre du Nord-Mali. Peut-on dire que son succès est très mitigé ?

    Gageons que dans les semaines, les mois à venir, le retour de bâton sera douloureux et que l’incompréhension et l’hostilité ne feront que grandir entre les deux rives de la Méditerranée et entre l’Europe et le Sud-Sahel.
    Car enfin, la situation qui prévaut dans tous ces pays n’est pas celle d’un affrontement simpliste entre le bien et le mal, entre le tout noir et le tout blanc, entre le révolutionnaire et le conservateur, entre l’islamiste et le laïque.
    D’un coté, il n’y a pas les « islamistes », mais DES islamistes travaillés par des tensions énormes entretenues par certaines puissances, allant d’islamistes modérés favorables à la sécularisation et au développement libéral de la société jusqu’à des partisans acharnés de l’ordre et de la charia.
    En face d’eux, il n’y a pas les « révolutionnaires », mais des forces travaillées, elles aussi, par de puissants courants allant jusqu’à l’anarchisme.
    Et d’abord, quelle révolution ? Y a t-il eu, parmi les militants du « Printemps », des théoriciens d’un nouveau gouvernement arabe ? Non, et le mot « révolution » est repris aussi bien par le Mouvement du 6 avril que par les Frères Musulmans.
Affiche révolutionnaire d’Egypte (DR)

Car le « Printemps arabe » est avant tout une « révolution consumériste ». Le mot n’est pas péjoratif. Il signifie que la révolution n’est pas « sociale » avant tout (revendication de la place des travailleurs dans la production, de la garantie de revenus, de l’accession à de nouveaux droits ou de la reconnaissance de droits maltraités, …), mais « libérale ».
Il s’agit de revendiquer un emploi pour les milliers de chômeurs formés par le système éducatif, un niveau de revenus pour accéder à la liberté de consommation telle qu’étalée par l’Occident, la liberté de circulation dans et hors le pays et la liberté d’expression. Evidemment que ces revendications peuvent déboucher sur des revendications plus sociales ! Evidemment qu’il s’agit là de droits fondamentaux ! Mais, malheureusement, personne n’a été capable de passer au-dessus des divisions, des combinaisons, des actions ponctuelles et partielles. Alors, la situation devient ingérable, en raison surtout de la montée en puissance des anarchistes, ces « Black Blocks » pour lesquels le pouvoir actuel doit disparaître et « peu importe par qui il sera remplacé ». Le prochain pouvoir sait déjà qu’il est condamné avant même d’être désigné.
L’anarchisme a pris une telle importance dans le débat que des leaders comme Mohamed el Baradei ont cessé d’appeler à la cohésion nationale et au dialogue: personne ne les entend, car personne ne les écoute.

A propos de l’Egypte, comme à propos de la Tunisie, comme à propos du Mali, la question qui se pose aujourd’hui est celle-ci: qu’est-ce qui peut réveiller la gauche française et la sortir de son engourdissement guerrier et de ses analyses impérialistes ?

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Journaliste ou militant: deux exemples récents, les riches et l’islamisme

La Une de Libé; « Casse-toi , riche con », a fait beaucoup de bruit mais pas nécessairement le bruit le plus utile. Beaucoup se sont interrogés sur le coté vulgaire et grossier de cette première page qui est une vraie « connerie ». Mais peu se sont interrogés sur son bien-fondé déontologique. En effet, qu’est-ce que « Libération » ? D’après Wikipédia, il s’agit d’un journal quotidien généraliste. Il s’agit, certes, d’un journal quotidien ancré à gauche, nul ne le conteste et nul ne le lui reproche. Mais lorsque son Directeur de Publication justifie le titre provocateur et grossier en disant que ce n’est qu’une juste réponse aux provocations et aux grossièretés ou insultes de Bernard Arnault, fait-il du journalisme ou du militantisme ?

Le Président de la République a assimilé cette « Une » à une recherche exacerbée du rendement économique (à défaut du « profit »), mais il y a davantage: le comportement de certains éléments de la presse s’assimile de plus en plus fréquemment à des prises de position de caractère étroitement idéologique ou partisan. Il ne s’agit point de contester les choix fondamentaux de tel ou tel quotidien ou magazine: doite-gauche, conservateur-progressiste, mais à l’intérieur de ce choix de disposer d’une information complète. Sur le sujet de la double nationalité des riches, le titre de « Marianne » s’interrogeant sur le patriotisme économique des riches (sont-ils des traîtres à la France ?) est beaucoup plus intéressant sous l’angle journalistique.

Mais ce n’était là qu’une introduction destinée à bien cadrer la réflexion qui va suivre.
Elle concerne « Le Monde » et son reporting de ce qui se passe en Egypte. Depuis plusieurs mois, le tandem de reporters formé par Claire Talon et Christophe Ayad défend une présentation tronquée de la situation politique égyptienne.

Mohamed Morsi le 13 juin 2012 (C)Levine/SIPA


Petit florilège.
En juin 2012, sitôt Mohamed Morsi élu, Claire Talon nous annonce (toute trace en a disparu …) que le risque est grand et très réel de voir les Forces Armées égyptiennes fomenter un coup d’état afin de sauvegarder leurs prétendus privilèges, leur « empire économique ».
Le 14 août 2012, le quotidien titre: « En Egypte, le coup de force du pouvoir islamiste ». Ou comment pratiquer l’art de sous-entendre beaucoup de choses à la fois. Autant qu’on le sache, Mohamed Morsi a été, aussi régulièrement que possible, démocratiquement élu. Même si l’expression a été reprise par d’autres organes de presse, le Figaro notamment, comment un chef d’état démocratiquement élu peut-il commettre un « coup de force », alors qu’il ne fait que mettre en œuvre les prérogatives dont il vient d’être chargé ? Le plus important dans ce titre n’est-il pas cependant le petit bout de phrase relatif au « pouvoir islamiste » ? La suite des commentaires prévoit la création rapide d’un état « frériste » car là est la véritable obsession de notre tandem de journalistes: le pouvoir islamiste.
Preuve en est donnée trois jours plus tard dans la cadre d’un article traitant du déploiement de l’armée dans le Sinaï à la suite de l’attaque de gardes-frontières égyptiens. Textuellement, au travers de cette action militaire, Mohamed Morsi « frappe toujours à l’improviste les pans d’un pouvoir qui lui résiste encore en Egypte, afin de renforcer la mainmise des Frères Musulmans sur l’Etat ». Le même article nous fait part d’un « fort mouvement d’opposition à l’encontre du chef de l’Etat » et d’un appel à une manifestation « géante » le 24 août contre le règne des Frères.
Le lecteur du Monde Papier ne saura (sauf erreur) rien du résultat de cette manifestation géante. Dans Le Monde.fr, on apprendra qu’elle a réuni …. deux cents manifestants !!
Entretemps, nous saurons (23 août) que « la surenchère militaire égyptienne dans le Sinaï inquiète Israël ». Israël a émis des protestations pour la forme, car il est fort probable que ces manœuvres se fassent sous le contrôle des USA et en collaboration avec les autorités israéliennes. La révision des accords de Camp David concernant la souveraineté de l’Egypte sur le Sinaï est à l’ordre du jour. D’ailleurs, depuis le 23 août, avez-vous entendu parler de cette inquiétude israélienne ?
Donc le 24 août, Le Monde.fr nous apprend que quelques centaines d’Egyptiens sont descendus sur la Place Tahrir pour manifester contre Mohamed Morsi. En fait, deux centaines de manifestants, dixit le texte lui-même. Cette poignée de manifestants cible la monopolisation du pouvoir par le Président élu, depuis que celui-ci a abrogé une « déclaration constitutionnelle » édictée par les SCAF (Forces Armées) et qui limitait les pouvoirs présidentiels. Comment des textes pondus par les forces armées peuvent-ils avoir plus de poids que les attributions traditionnelles d’un Président de la République ?
25 août, la pression continue et un nouvel article titré « Egypte: l’emprise des Frères inquiète l’opposition » rassemble une foule de suppositions, préjugés et rumeurs afin, encore une fois, de mettre en avant un anti-islamisme de fond. « Beaucoup soupçonnent les Frères de préparer des remaniements à grande échelle au sein du pouvoir judiciaire …., la désignation des Gouverneurs de Provinces promet de verrouiller un peu plus le système ….., de lourdes craintes pèsent sur le projet que l’Assemblée Constituante doit remettre fin septembre ….., d’aucuns craignent que les islamistes ne torpillent les travaux en cours pour donner au Président les moyens de désigner une nouvelle Constituante à sa botte ….., le siège des islamistes au Caire aurait été rehaussé de deux étages sans permis de construire ….., le sursaut tardif des forces libérales ainsi que des intellectuels suffira-t-il à brider les ambitions des Frères Musulmans, alors qu’une importante manifestation pour défendre les libertés individuelles et protester contre la monopolisation du pouvoir était prévue au Caire vendredi … »
On le sait: deux cents manifestants !

Les journalistes déplacés au Caire ont une vision partisane de la situation politique en Egypte. De façon caricaturale, ils amalgament Frères Musulmans et Salafistes, or il est d’évidence que ceux-ci sont davantage concurrents qu’alliés. Les récents évènements à propos de la vidéo anti-islamique diffusée sur le Net en apportent la preuve. L’attitude du Monde à l’égard de Mohamed Morsi n’est pas à même de comprendre et de faire comprendre cette situation et, en ce sens, nous sommes souvent loin du journalisme et proche du militantisme.
Paradoxalement, c’est un organe beaucoup plus militant, Le Monde Diplomatique, qui publie une analyse pertinente (http://blog.mondediplo.net/2012-09-10-La-revolution-en-Egypte-est-elle-finie) de la situation et de ses potentielles évolutions. Il faut lire impérativement cet article qui dit en substance que « l’armée est beaucoup moins puissante que ce que l’on a pu écrire, que les Frères Musulmans sont une force importante, qu’ils sont partie prenante de la solution aux problèmes de l’Egypte et qu’on ne peut les exclure du débat politique, que le combat politique ne s’arrêtera ni demain, ni après-demain et que l’Egypte a besoin d’une force d’opposition qui fasse des propositions sur un autre terrain que le religieux ».

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L’Egypte a t’elle un avenir démocratique proche ?

Les évènements se bousculent actuellement sur le sol égyptien: jugement de Moubarak et relaxe de certains des hommes de l’ancien régime, élections présidentielles dont le premier tour a sélectionné la candidat des Frères Musulmans et un ancien ministre de Moubarak prompt à retourner sa veste. En toute hypothèse, le candidat des Frères Musulmans devrait l’emporter les 16 et 17 juin prochain. Même si cela entraîne la fureur des militants « révolutionnaires » et « libéraux », cela n’est que normal.
Cela a été suffisamment dit et développé ici. La « révolution » égyptienne n’est pas une révolution populaire.

Hosni Moubarak lors de son procès (DR)


« Pourrions-nous considérer ces révolutions comme des mouvements populaires spontanés réunissant toutes les couches sociales de la nation. Au lieu de permettre l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle classe facilitant la domination d’un nouveau mode de production, ces mouvements viseraient à normaliser le système capitaliste. Sur le plan économique, cette normalisation consisterait à éliminer la figure du rentier, parasite et exploiteur. Sur le plan politique, elle tendrait à détruire les vestiges des partis uniques ou hégémoniques ». (Renaissances arabes-M. Béchir Ayari, V. Geisser (p.20).

La démocratie réelle n’est pas le souci premier des jeunes. Celui-ci est d’obtenir un emploi et de pouvoir prendre part au gigantesque pique-nique que notre société étale quotidiennement sur les écrans et les magazines. Cette jeunesse connectée à Internet ne transformera pas en chemin ces révolutions vers la démocratie réelle. Tout d’abord, parce que la connexion à Internet est une vaste illusion. Sur quelques 84 millions d’habitants qu’abrite l’Egypte, combien disposent d’un outil permettant d’envoyer des SMS, de Twitter, d’échanger sur les réseaux sociaux, même si pratiquement 8 égyptiens sur 10 disposent d’un mobile ? Combien ont le moyens de se payer un abonnement, alors qu’ils sont chômeurs ? Cette illusion est entretenue par 2-3 blogueurs qui ont réussi à se faire leur pub auprès d’organes de presse européens ou US: ils iront jusqu’à publier des livres. Qui les lira en Egypte ???
« Croire que Facebook a fait naître les révolutions, c’est croire que les nuages font naître le vent ». (Extrait du Magazine Là-Bas)

Depuis le début de la révolution égyptienne, les forces libérales ont accumulé les erreurs. Elles ont été incapables de s’entendre sur une plateforme constituante. Elles ont été incapables de s’entendre sur des candidats aux législatives et sur un candidat unique à la Présidentielle. Elles ont systématiquement traduit chaque évènement par un appel à la manifestation ou un appel au boycott des élections.
Elles sont allées jusqu’à dénoncer le rôle économique de l’armée, en appelant au boycott des produits qu’elle fabrique. Catastrophique erreur, car si l’armée produit des appareils ménagers, des engrais, de l’eau minérale et tant d’autres choses encore, c’est tout d’abord afin de faire vivre son million d’hommes sous le drapeau, leur femme et leurs enfants. Réussir un pareil boycott, c’est agresser l’armée dans ses besoins vitaux.
Au-delà de l’affirmation toute gratuite de l’existence d’un empire économique dans les mains des Forces Armées, personne jusqu’à présent n’a été capable d’en faire la démonstration. Il s’agit d’un empire bien fragile quand on sait que l’armée est … la première cliente de ce qu’elle fabrique !

Et prenons garde à ne pas détruire l’armée, car c’est entre ses mains que se trouve la régulation du marché de deux marchandises subventionnées: la farine et le pain (aïch baladi).

Le résultat de toutes ces erreurs ne s’est fait pas attendre: les « révolutionnaires » sont coupés de la population, ce ne sont pas les manifs de la Place Tahrir qui doivent faire illusion. Il y a beaucoup d’anarchisme dans leur comportement. L’économie est dévastée, contrairement à ce qu’une réaction « capitalistique » aurait pu laisser espérer.

Y a t’il un espoir ? Très certainement, oui !!! Mais il ne viendra pas des leaders actuels, mais de quelques hommes politiques, cultivés, au fait des affrontements humains et de l’histoire. Ce seront ceux qui réussiront à construire une véritable opposition démocratique.
Il y faudra sans doute quelques années, mais le pays en vaut la peine …

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Egypte

Ferments de guerre civile en Egypte

« Aujourd’hui au moins, une chance se dessine de voir émerger des systèmes politiques n’excluant pas tout sentiment de citoyenneté. Déjà, un foisonnement d’initiatives citoyennes fourmille dans toute la région. C’est le versant caché de l’histoire, occulté par la violence de la répression, le triomphe électoral des islamistes et les grands enjeux stratégiques. Pour l’heure, les sociétés se trouvent mises à nu, transparentes à elles-mêmes et au reste du monde, et pour la première fois contraintes de faire face à leurs propres démons. Les lignes de faille des sociétés arabes sont désormais béantes et manifestes. »
 »En Occident, l’obsession de l’islamisme continue à orienter les perceptions de ces changements pourtant complexes. Le succès de tout processus de démocratisation reposera pourtant sur sa capacité à produire une image relativement fidèle et nuancée de la société. Accepter le produit de décennies d’islamisation insidieuse des sociétés arabes, encouragée par la fermeture des systèmes politiques et exploitée comme justification du statu quo, en fera partie, à moins de précipiter des conflits qui se feront au détriment de toute démocratie. »

Peter Harling, Directeur des activités de l’International Crisis Group, en Egypte, en Syrie et au Liban, a écrit ces lignes dans un texte intitulé « Le monde arabe est-il vraiment en « hiver » ? Gardons-nous d’être pessimistes trop tôt », publié dans Le Monde daté du 2 février.
Nous ne disions pas autre chose (Tunisie-Egypte-Libye-…-et-si-on-rangeait-le-romantisme-…) à peine quelques jours auparavant.

Depuis, il y a eu le massacre de Port Saïd, qui a fait 75 morts à l’issue d’un match de football.
Les révoltés ou révolutionnaires crient au complot, à la manipulation. Encore une fois, est-il vraiment besoin d’imaginer des combinaisons machiavéliques pour comprendre de pareilles haines. Les jeunes de la Place Tahrir et les foules qu’ils entraînent derrière et avec eux ne sont plus porteurs des attentes des masses. Ils se sont coupés d’elles. Parce qu’ils ont fait plusieurs erreurs, et notamment un certain anarchisme, et parce qu’ils ignorent délibérément les résultats d’un scrutin populaire qui donne la majorité aux partis islamistes.
C’est comme cela, un point c’est tout. Et ne pas en tenir compte, ce n’est ni plus ni moins que manquer à toutes les promesses faites en matière de démocratie nouvelle. Demain, ils choisiront un autre homme pour les représenter (El Baradei ou un autre) et, à la première contrariété venue, ils lui intimeront l’ordre de partir.

Port-Saïd football (DR)

En ce qui concerne Port Saïd, la victoire remporté par l’équipe locale contre l’équipe cairote soutenue par des ultras radicaux, anti-armées et anti-flics, a galvanisé des jeunes qui peinent à trouver un boulot et à le conserver, qui espèrent profondément en une accalmie politique et économique, qui sont allés voter pour les partis islamistes de leurs choix et qui se sentent quotidiennement humiliés par les discours méprisants des « révolutionnaires » du Caire. Sans doute quelques slogans ont suffi, à la suite d’une provocation de ces fameux ultras descendus sur la pelouse pour clamer leur victoire.

Le résultat en est hallucinant de violence et d’incompréhension. Tellement d’incompréhension que les « révoltés » vont encore et toujours retourner sur la place de leurs exploits, devant les télévisions du monde, alors que leur rôle désormais devrait être de contribuer à la « production d’une image relativement fidèle et nuancée de la société » et préparer avec la totalité des forces en présence la rédaction d’une nouvelle constitution et les élections présidentielles.

Faite de quoi, l’Egypte se dirigera (se dirige déjà ?) vers la guerre civile.

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Egypte

Egypte: la violence faite aux femmes

Question: Dans une manif, en France, si une fille se fait vigoureusement malmener, aurons-nous le lendemain une nouvelle manifestation pour protester contre le traitement qui lui est infligé au motif qu’elle est une femme ?

C’est ce qui vient de se passer en Egypte. Au cours d’une nouvelle (et quotidienne) manifestation demandant le départ de l’armée, une femme voilée a été violemment molestée. Sa tunique s’étant ouverte lors de sa chute au sol, on peut voir son soutien-gorge et son ventre. La vidéo permet de voir que les policiers qui la malmènent alternent les coups (de pied) et les tentatives infructueuses pour rabattre son vêtement et cacher ce qui ne peut être montré. Il n’est pas possible d’affirmer qu’il y a volonté délibérée de la dénuder, par contre il est certain que la violence exercée par la police n’est en rien atténuée par le fait que c’est une femme qui est à terre.

Egyptian army soldiers arrest a female protester during clashes at Tahrir Square in Cairo December 17, 2011. Soldiers beat demonstrators with batons in Cairo’s Tahrir Square on Saturday in a second day of clashes that have killed nine people and wounded more than 300, marring the first free election most Egyptians can remember. REUTERS/Stringer (EGYPT – Tags: CIVIL UNREST POLITICS TPX IMAGES OF THE DAY) FOR BEST QUALITY IMAGE: ALSO SEE GM1E7CJ1PFH01

Il n’y a rien d’étonnant à cette attitude dont nous avons déjà parlé (L-Egypte-la-femme-…). La violence sexuelle (physique et morale) faite aux femmes est omniprésente dans la société égyptienne et il est une « évidence » que les forces de police et de l’armée pratiquent couramment cette violence sans qu’il soit besoin de la « codifier », ni d’y « inciter » les hommes.

Alors, manifester ? D’aucuns diront (et ils le disent déjà !) que cet évènement permettra à la contestation de rebondir, alors même que les manifestations à répétition s’essoufflent, tandis que les électeurs votent pour les Frères Musulmans et/ou les salafistes.

Soulignons cependant quelques contradictions d’importance. Peut-on manifester en déclarant que les femmes sont une « ligne rouge » ( »khat ahmar ») et qu’elles ne peuvent être battues, ce qui est, à contrario, reconnaître que les hommes, eux, peuvent être battus ?!
Ou, en d’autres termes, peut-on exprimer des revendications sur le droit des femmes alors que les droits de l’homme ne sont pas respectés ?!
Voici 48 heures, la télé nous montrait le frère de la victime déclarant que celle-ci « avait honte » et vivait « cachée chez elle ». Il faut toujours se méfier des frères et savoir que dans ces cas-là, ils expriment avant tout leurs sentiments (voire ressentiments) à eux. Quoi qu’il en soit, cet évènement nous ramène encore une fois aux révolutions fondamentales que devront bien affronter les démocrates arabes: la laïcité, c’est à dire la séparation du religieux et du civil, et, dans le cas présent, la place de la femme dans la société, égale de l’homme et non derrière une « ligne rouge » !

Le divorce entre les manifestants et les électeurs fait l’objet des analyses du journal Al Ahram. Celui-ci énonçait la semaine dernière que « les libéraux perdent beaucoup de temps à faire des manifestations plutôt que de se faire des réseaux. Renverser Moubarak ne garantit aucune légitimité électorale et ça n’a rien à voir avec gagner des élections ». Cette semaine, le même magazine parle de l’échec des libéraux (http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2011/12/21/doss1.htm) et de la victoire d’Al Nour, le parti des salafistes.

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Démocratie

Egypte, Tunisie, le retour du « religieux »

Le Caire, Egypte. Encore une fois des coptes meurent sous les coups et sous les balles de fanatiques et, cette fois-ci, de l’armée. Au départ, une nouvelle fois, une église incendiée, sans doute suspectée d’abriter une fictive femme musulmane convertie de force au christianisme. S’ensuivent l’absence de protection de cette partie de la population, ses protestations dans le vide, l’exaspération, et enfin la riposte des hommes les plus fanatisés.

Tunis. Encore une fois, une chaîne de télévision est attaquée et incendiée parce qu’elle a diffusé un film. Il s’agit cette fois de Persepolis (film de Marjane Satrapi, d’une très grande qualité) auquel il est reproché de présenter une image de Dieu (ou d’une représentation des pensées d’un enfant qui voit Dieu !), ce qui est considéré comme un blasphème par les islamistes radicaux. Mais quelques semaines auparavant, il s’agissait de s’opposer à un film traitant de la laïcité.

L’image de Dieu dans le film Persépolis de Marjane Strapi (C)

Plus nous approcherons des élections, pour une assemblée constituante en Tunisie le 23 octobre, pour l’assemblée et le sénat en Egypte le 28 novembre, plus ce genre d’affrontements va se produire. Ce n’est pas une simple hypothèse; il s’agit d’une certitude.
Parce que le « religieux » relève du blocage majeur de ces sociétés, celui sur lequel peuvent agir avec toutes les chances de réussite tous les manipulateurs et tous les provocateurs. Certes, il en est d’autres, comme la place des femmes ou la reconnaissance des différentes communautés, par exemple. Mais ce blocage-là permet de désigner sans coup férir les boucs émissaires de la société en crise: ceux qui ne croient pas comme il faut, ceux qui blasphèment, …

Encore une fois, les analystes et commentateurs qui ont vu, dans les évènements de Tunis ou de la Place Tahrir, des signes encourageants d’évolution dans ce domaine se sont lourdement trompés. Ils ont vu l’aspiration du peuple à vivre en paix, comme tous les peuples veulent vivre en paix. Mais ils n’ont pas vu le début d’un renoncement à des positions intenables en démocratie. Et ils n’ont pas vu les seules forces organisées, celles des Frères Musulmans et/ou des salafistes, ou celles d’Ennahda, se taire, garder le silence et se glisser dans tous les interstices de ces sociétés démantibulées.
Une amie écrit ce soir: « O Dieu Tout-Puissant dans les Cieux, s’il Vous plait, protégez l’Egypte et son peuple, musulmans et chrétiens… Faites que les regrets ne prennent pas la place de la fierté que nous ressentions tous en janvier et février. Laissez votre Soleil briller sur l’Egypte la Bien-Gardée ».

Oui, certes, sans doute faut-il prier le Dieu des musulmans et le Dieu des chrétiens (le même !), mais que faisons-nous des athées, des libre-penseurs, de tous ceux pour qui Dieu n’est pas une évidence ?

Dans son Rapport Stratégique Annuel, l’IISS ([Institut International d’Etudes Stratégiques (http://www.iiss.org/publications/strategic-survey/) estime que: « les transitions qui ont eu lieu jusqu’à présent restent à moitié achevées, et la promesse de résultats démocratiques reste liée aux risques que font peser les sectes, des institutions militaires ou d’autres groupes qui pourraient détourner le processus ».

Aucune révolution ne se parachève du jour au lendemain. Il en est même qui sombrent totalement sous la contre-révolution. Mais dans le cas présent, il ne s’agira d’une démarche révolutionnaire qu’à partir du jour où le peuple aura décidé de lever définitivement ce blocage de la religion. Celle-ci n’est qu’affaire individuelle, elle n’est pas affaire d’état. Celle-ci relève d’une croyance personnelle et, aussi respectable soit-elle, elle ne peut légitimer ou servir de base à une action sociale, politique et collective.

Point de vue d’un laïc français ? NON, ce sont les bases de la Constitution turque !

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Mondialisation

Indignation et résistance: des mots attrape-tout

La méthode est connue qui consiste à regrouper des revendications proches les unes des autres sous forme de « convergence » pour, en principe, leur donner plus d’ampleur et d’efficacité. Bien souvent, elle ne réussit qu’à aboutir à un plus petit commun multiple dans lequel, à la fois, chacun croit se reconnaître, mais où personne ne se retrouve. Depuis plusieurs mois, à la suite du fascicule de Stéphane Hessel (2011-ou-la-tentation-totalitaire), c’est l’indignation et les « indignés » qui bénéficient de ce traitement.
Des « indignés », il y en a eu dans les pays du Maghreb et du Proche-Orient, quand bien même les situations de la Tunisie, de l’Egypte, de la Libye et de la Syrie n’ont pas grand-chose en commun (Révolution-arabe-ou-révolte-arabe).
Des « indignés », il y en a en Grèce, pays proche de la faillite et soumis à une redoutable cure d’austérité.
Des « indignés », il y en a en Espagne, où la situation économique fragile entraîne un taux de chômage exceptionnellement élevé parmi les jeunes.
Des « indignés », il y en a en Israël, pays dont l’économie est totalement phagocytée par les besoins de la « défense » contre les Palestiniens. Curieux paradoxe, ces indignés-là sont des sionistes qui attendent de meilleures conditions de vie de la part de leur gouvernement mais qui ne posent pas la question des coûts comparés de la guerre et de la paix, préférant parler des coûts du fromage blanc ou du loyer.

Et maintenant, des « indignés », il y en a en Grande-Bretagne. Ils n’en portent pas le nom (pas encore …), sont plus jeunes, et surtout n’appartiennent pas aux classes sociales qui manifestent à Athènes ou à Tel-Aviv. Leurs luttes rejoignent celles de nos cités et de nos banlieues en 2005.
Si les premiers parlent volontiers de « démocratie directe », les seconds pensent avant tout à casser et à se servir. Mais dans un cas comme dans l’autre, le moteur de leur indignation est bel et bien une fureur à l’encontre de l’étalage d’une richesse capitaliste inaccessible à cause du chômage, à cause de la ségrégation sociale, à cause des peurs de notre société.
Curieusement, tous ces indignés en appellent à cette fameuse convergence, synergie des luttes, comme une forme de mondialisation, alors qu’ils honnissent ce terme et ce concept lorsqu’il s’applique à l’économie, et singulièrement à l’économie financière. Les indignés n’en sont pas à une contradiction près !

Les espoirs de liberté des uns (Tunisie, Egypte, …) n’ont rien de commun avec les espérances économiques des autres (Grèce, Espagne, …). Quelques soupçons d’analyse politique permettraient même à ces derniers (en Israël notamment !) de comprendre que leurs espérances économiques se construisent sur le dos des espoirs de liberté des premiers !
Indignés et indignation ne sont que des mots attrape-tout dans lesquels on peut fourrer aussi bien la démondialisation, la dénonciation de l’euro et de l’Europe, que les migrations, la classe politique corrompue, les patrons-voleurs, le sionisme ou l’oligarchie régnante …. bref une forme de poujadisme à la sauce Internet.
Il est un autre mot attrape-tout qui rejoint celui des indignés. Il s’agit de la résistance ! D’autant plus que l’on résiste aux mêmes choses que celles contre lesquelles on s’indigne. On en arrive même à s’indigner et à résister, ici en France, contre la « barbarie » ! Oh, pas celle qui peut régner dans certain pays en voie de développement, soumis à un dictateur implacable ! Non ! La barbarie d’Hadopi et de Loppsi, symboles d’un état « totalitaire » !!!

Indignation et résistance, voilà encore des mots récupérés par l’extrême-droite qui n’en rate pas une, surtout quand le contexte flou et généraliste le lui permet. Déjà des tentatives d’entrisme ont eu lieu (Paris, Place de la Bastille). Mais l’amalgame se pratique quotidiennement, à la radio, sur les TV, sur Internet.

Indignés – Paris, le 29 mai 2011 (C)Ibuzzyou

Alors, que faire ?

  • Favoriser un meilleur partage des richesses en taxant les transactions financières (Tobin), en limitant les hauts revenus, en imposant lourdement les commissions des banquiers et traders … et en redistribuant pour …
  • Investir dans la formation et dans la création d’emplois verts, d’emplois technologiques, d’emplois d’innovation et d’avenir, dans nos villes et leurs banlieues, sans autre idée préconçue que celle d’économiser l’énergie et notre planète.
  • Changer progressivement notre personnel politique. La fonction d’élu (quel qu’il soit) ne doit plus appartenir à ceux qui ont les moyens de faire campagne en permanence. Le cumul des mandats et la réélection sont à proscrire. Le nombre d’élus (et donc celui des structures administratives) doit diminuer considérablement. L’âge moyen des élus doit s’abaisser.
  • Sortir de la crise par le haut, avec plus d’Europe, plus de fédéralisme, avec plus de solidarité entre continents, avec plus de liberté à nos frontières (pour des Maliens, comme pour des Roms, citoyens européens) …
  • Faire autre chose que s’indigner et/ou résister et mettre un contenu politique derrière ces mots attrape-tout …
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Droits de l'homme

Révolution arabe ou révolte arabe

« Les coptes décident une trêve ». Tel est le titre d'[Al-Ahram Hebdo (http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2011/5/25/egypt1.htm) que l’on pouvait lire fin mai. Nous ne savions pas les coptes en guerre au point de décider d’une trêve ! Il s’agissait en fait de la suspension jusqu’au 13 juin (qu’en est-il à ce jour ?) d’un sit-in organisé au Caire afin d’obtenir des engagements de la part du Gouvernement sur la réouverture des églises fermées, l’arrestation des provocateurs et incendiaires de l’église d’Imbaba, la promulgation d’une loi concernant la construction des lieux de culte et la promulgation d’une autre loi contre les discriminations envers les coptes. Bien des commentateurs ont voulu voir un signe de cohésion nationale dans le fait que la question copte n’a pas fait l’objet de tensions lors des évènements de la Place Tahrir et d’ailleurs.

Il n’en est probablement rien. Cette question, tout comme la question juive et les relations avec Israël, est restée une question non abordée, donc non réglée. Ce n’est pas un signe favorable. Tout comme en France le fait que la question de la guerre d’Algérie et de l’indépendance de ce pays ne soit jamais abordée, ne signifie aucunement qu’il n’y a aucun problème.
En Egypte, les élections législatives auront lieu en septembre. D’aucuns réclament déjà leur report au motif que les organisations porteuses du mouvement ne sont pas prêtes à affronter un tel scrutin qui verra la victoire probable des Frères Musulmans. Ils voudraient qu’auparavant soit décidé d’une nouvelle Constitution. Il y a fort à parier que cette situation débouche sur une impasse, car les formations jeunes, libérales ou plus ou moins révolutionnaires ne pourront acquérir l’expérience souhaitée qu’au travers d’affrontements, lesquels, malheureusement, sont grandement joués d’avance.
Les mêmes journalistes et commentateurs répètent à l’envie que les Frères Musulmans ne « veulent pas du pouvoir, qu’ils limiteront le nombre de leurs candidats aux Législatives, qu’il ne présenteront pas de candidat à la future Présidentielle » … Qui peut croire cela ? A t-on déjà vu un groupe politique, quelle que soit sa nature, renoncer délibérément à son pouvoir ? Si les Frères Musulmans limitent volontairement leur représentation, il faut se demander en échange de quoi ils feraient cela. Quelle promesse ont-ils déjà obtenue ? Quels engagements leur ont déjà été donnés ?

La Tunisie, de son coté, suit le même itinéraire et l’on voit le parti islamique Ennahda prendre une importance au moins médiatique de plus en plus grande, profitant de l’émiettement des nouveaux parti politiques (près d’une centaine !). Des affrontements tribaux ont désormais lieu entre diverses couches de la population. La situation économique en est souvent la cause. Le pouvoir chassé est considéré comme menant une contre-révolution. Mais est-il vraiment besoin de cela ? Ou est-ce simplement l’effet des tendances naturelles de la société qui reprend le dessus, masquées qu’elles étaient par un pouvoir fort et centralisateur ?

Libye, Yémen, Syrie, partout ailleurs et même si cela reste incompris de l’occident, il s’agit avant tout de conflits entre tribus, entre communautés. En Libye, certains partisans de Kadhafi sont considérés comme des mercenaires: ils ne sont que les membres de tribus qui ont fait depuis toujours (ou presque) allégeance à la tribu détentrice du pouvoir. Ne pas comprendre ceci, c’est ne pas comprendre le conflit, lequel, comme il était prévu, s’éternise et s’enlise et ne s’achèvera qu’avec des négociations (et des soumissions !) qui auraient du le sanctionner depuis longtemps si l’orgueil occidental ne s’en était pas mêlé.

Alors, révolution ou révolte ?
Dans la mesure où le motif essentiel est celui de la revendication d’une autonomie économique (avoir un emploi, être libre de circuler, pouvoir consommer, …) et que l’élimination des « despotes » est surtout l’élimination de ceux qui interdisent cette autonomie et qui, au contraire, se servent bien, on ne peut parler que de révolte.
Et des révoltes, il y en aura d’autres puisque les évènements, élections ou pas, ne traduiront pas, ou si peu, cette revendication. Dans le même temps, les nouvelles couches sociales feront leur apprentissage politique. La Turquie est citée, bien souvent, comme modèle d’une société musulmane moderne. A vrai dire, les pays arabes du Maghreb ou du Proche-Orient sont loin, très loin de ce modèle.
Il leur reste à apprendre ce qu’est une société mixte, dans laquelle la femme dispose des mêmes droits et devoirs que l’homme, à commencer par celui de circuler librement et de converser dans la rue ou ailleurs avec qui bon lui semble.
Il leur reste à apprendre ce qu’est une société laïque, dans laquelle le Coran, la Bible ou le Tanakh (Torah) ne sont que les livres saints de ceux qui veulent les reconnaître comme tels. Ils ne sont pas les fondements d’une société, d’une constitution, d’un pays …
Enfin, il leur reste à apprendre (aux Turcs également !) ce qu’est une société de tolérance traversée par plusieurs ethnies, plusieurs tribus, plusieurs courants culturels, que l’origine en soit historique ou religieuse. Les intolérances entre tribus libyennes, tunisiennes, yéménites …, les rivalités entre chiites et sunnites, les conflits avec les Kurdes ou les divisions de Chypre, tout cela devra être abordé et surmonté.

Mixité à la Faculté d’Istanbul – 30 mai 2011

Ce n’est qu’à ce prix que la vraie révolution se fera.