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Développement solidaire

Les ouvriers d’Asie se révoltent ?

Dans son édition du 10 août 2010, Le Monde a publié un éditorial d’une rare indigence. Sous le titre « Bonne nouvelle: les ouvriers d’Asie se révoltent », il y est question des luttes sociales en Chine et au Bangladesh, prenant pour exemple les salariés de Foxconn et de Honda ou les ouvriers du textile.

Faisant appel à un marxisme de collégien (ou tel un tract du Nouveau Parti Anticapitaliste), la rédaction veut nous persuader que la capacité de la classe ouvrière à se révolter n’est pas morte et qu’elle met fin à l’illusion des économistes et des chefs d’entreprises occidentaux qui voyaient en Asie un réservoir inépuisable de main d’œuvre.

Dans les faits, tout d’abord, la révolte justifiée de quelques milliers d’ouvriers n’est pas la révolte d’une classe ouvrière. Et ils sont encore plusieurs centaines de milliers de paysans à quitter leurs terres pour se vendre sur les chantiers des grandes villes. Ils sont encore plusieurs milliers à être rejetés, sans dire un mot, lorsque les chantiers sont achevés (JO ou Expo Universelle) ou lorsque la crise frappe la construction.

Mais admettons que ces révoltes soient l’hirondelle qui fait le printemps et qui annonce un temps nouveau pour la classe ouvrière. Marx n’y sera pour rien, qui n’a fait qu’écrire une explication des luttes économiques et sociales en contrepoint de celle d’Adam Smith, l’un voyant en blanc ce que l’autre voit en noir ! Il est d’une évidence absolue que la montée de la richesse dans les pays d’Asie entraîne déjà et entraînera davantage encore une évolution du niveau de vie de la population. Et seules des caricatures d’économistes ou de capitalistes, comme savent en produire les marxistes naïfs, ont pu s’imaginer que les masses asiatiques seraient soumises à perpétuité !

Le niveau de vie s’élève et s’élèvera, la qualité des produits s’améliore et s’améliorera, la sécurité des installations et des process grandit et grandira, l’environnement gagne déjà à être respecté et le sera davantage encore, et cela nous amène à la seconde partie de cet éditorial.

Où il est dit que la résultante de ces conflits (l’augmentation des salaires) est une bonne nouvelle économique et morale. Parce que la mondialisation ne peut être durable que si elle est équitable et parce que l’augmentation du coût salarial va rendre la délocalisation des emplois occidentaux de plus en plus coûteuse. Ce qui protègera nos emplois et permettra à nos industries de vendre “des sacs à mains et des automobiles”.

Que faut-il admirer le plus ? l’optimisme béat de cet éditorial ou sa naïveté ?

Les travailleurs chinois, indiens ou bengalis ne travaillent pas pour sauver nos emplois, mais pour capter l’essentiel de l’activité industrielle mondiale. Qu’ont-ils à faire de nos sacs à main, nécessairement de luxe, et qui ne satisferont que l’extrême-bourgeoisie de leurs pays ? De même, qu’ont-ils à faire de nos voitures que, dans un ou deux couples d’années, ils auront remplacées par les leurs ?

La mondialisation, ça ne se résume pas à la délocalisation ! La mondialisation de l’économie, en marche depuis les routes de la soie, de l’encens, du sel, (ce n’est donc pas d’aujourd’hui), c’est une rationalisation des circuits commerciaux: matières premières, fabrication, distribution, ventes. La délocalisation des entreprises occidentales vers l’Asie est sans doute le chant du cygne de ces entreprises.

Demain, nous aurons en tête de pont les entreprises capitalistes indiennes, chinoises. Avec elles, elles auront la force de travail par le nombre et par la jeunesse (nous, nous serons vieux et lutterons encore contre l’immigration clandestine), elles auront la capacité d’inventer et de TOUT remettre en cause (regardez donc cette histoire de bus géant (http://www.umiwi.com/video/detail1541) en 3D), elles auront les matières premières qu’elles exploiteront sur place ou bien en Afrique ou bien en Amérique Latine, elles auront l’eau, elles auront les terres agricoles, elles auront les énergies alternatives. Et nous n’aurons que nos paysages et nos monuments que des tour-operators asiatiques feront visiter comme vestiges de l’Ancien Monde, après en avoir âprement discuté les conditions financières.

Qui est l’auteur de cet éditorial simpliste ? Pas le service économique, espérons-le ? Alors, le Service Politique abandonné aux mains de quelques stagiaires d’été ? Le service minimal d’été n’excuse pas tout et la pauvreté de ce texte fait honte au lecteur fidèle.

Ouvriers chinois en Côte d’Ivoire (DR)
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Ma photo de la semaine 30: Mont-Blanc

Une vue du Mont Blanc (partielle) depuis le Désert de Platé.

Mont-Blanc depuis le Désert de Platé
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Ma photo de la semaine 29: Platé

Pour la semaine 29: une image de lapiaz dans le Désert de Platé.

Désert de Platé, Haute-Savoie
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Immigration

Les migrants du Mali

Sous le titre général de « Bamako World Wide », Carine Fouteau a publié récemment sur Médiapart une série d’articles consacrée aux migrations maliennes et surtout au dramatique devenir de ces migrants.

En quelques mots, le cadre est tracé: la faiblesse des revenus (36% des habitants vivent avec moins de 1 dollar par jour), ajoutée aux aléas du climat et à l’explosion démographique (13,7 M d’habitants aujourd’hui, 40 millions en 2050 ??) fait que les maliens, déjà traditionnellement enclins à la migration, partent encore plus nombreux.

C’est ainsi que les commerçants préfèrent le voyage sud-sud, notamment avec Dubaï ou l’Arabie Saoudite. Un bilan de la BCEAO indiquerait que la part des exportations vers l’Europe serait tombée de 83,5% en 2002 à 5,6% en 2006. Que valent ces chiffres stupéfiants qui n’ont de valeur que s’ils sont rapportés au volume d’affaires. Le dernier rapport connu des comptes extérieurs du Mali (09/04/2010) précise que les exportations ont atteint 935 milliards de Francs CFA en 2008, dont 70% pour l’or, 10% pour le coton et 5,5% pour les animaux vivants. Les zones destinataires de ces exportations étaient l’Afrique pour 86,7%, l’Asie pour 7% et l’Europe pour 5%. D’où il ressort que des chiffres incomplets ne peuvent rien signifier ! Quant au reste du commerce dont parle l’article, il relève avant tout des importations. D’une part sous la forme d’une activité qui échappe à tout contrôle et à toute réglementation, aussi bien à la sortie d’Arabie Saoudite qu’à l’entrée au Mali. D’autre part, dans le cadre d’un commerce unilatéral consistant en l’importation de matériels ou de pièces détachées d’origine chinoise via Dubaï ou Charjah. Cette “mondialisation par le bas” comme l’appelle l’auteure n’est en fait qu’un aspect de la mondialisation tout court.

L’article suivant aborde le choix des étudiants qui préfèrent poursuivre leurs études aux USA plutôt qu’en France. A n’en pas douter, il s’agit là de la conséquence de deux mouvements. Le premier est la volonté des élites africaines issues des classes supérieures de s’exprimer en anglais et de s’orienter vers des professions dites d’avenir: informatique, économie, … Le second est à chercher dans les très mauvaises conditions d’attribution des visas par la France, conditions qui ne peuvent que jouer un rôle d’épouvantail. « L’état des lieux des relations diplomatiques entre le Mali et la France est désastreux ». Et la dernière incursion de l’armée française au Nord Mali, sans en avoir prévenu ATT et sans son accord, ne va pas arranger les choses.

De tels faits sont bien plus graves qu’un discours encore une fois cité dans ces articles, celui de Dakar. Il a pu certes heurter quelques intellectuels, sans doute avec raison. Mais il est impensable d’accuser ce discours d’être raciste. Il n’est en fait qu’une imagerie datée, traditionnelle et paternaliste de l’Afrique. C’est un discours vieux de plusieurs dizaines d’années. C’est en fait une manière de dire que l’Afrique n’a pas pris le train de la mondialisation. Pourtant, d’autres tiennent, sans s’en rendre compte, le même discours. A commencer par les écolos radicaux, tenant de le décroissance, qui veulent vouer l’Afrique à un développement agricole auto-centré. A continuer par les milliers d’associations charitables qui consacrent leur quelques sous, en toute bonne foi, à l’apprentissage de la langue française, à la récupération et au recyclage de matières diverses, bref à l’acceptation d’une vie faite de misère et de soumission …

La série des articles s’oriente alors vers le descriptif apocalyptique des conditions d’expulsion des maliens, des ghanéens, des tchadiens ou nigériens depuis la Libye. Le postulat de départ est qu’ainsi la Libye répond favorablement aux attentes des pays européens avec lesquels elle a normalisé ses relations.Elle se comporte comme un “chien de garde” de l’Europe.Tout comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie ou la Mauritanie.

Outre que cette affirmation très “politique” fait peu de cas de l’identité de chacun de ces pays, elle s’appuie sur une affirmation “erronée”. Tous les maliens expulsés de Libye déclarent s’y être rendus pour y travailler ! Ont-ils le choix de dire autre chose lorsqu’ils sont emprisonnés et battus ? La vérité est qu’ils sont en Libye (ou en Algérie, ou au Maroc, …) pour rejoindre l’Eldorado européen. Et qu’ils sont des centaines chaque jour à grossir le flux. Ils ne viennent pas pour travailler en Libye, car cela relève d’une insupportable soumission envers les arabes. La migration africaine des maliens se fait avant tout vers le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Burkina Faso, … elle ne se fait pas vers le Maghreb.

Migrants maliens de retour de Libye (C)France24

En lieu et place de développer une thèse fausse, il serait sans doute plus constructif de comprendre l’émigration des Africains, de comprendre la difficulté à les recevoir de la part de pays comme le Niger ou le Maghreb, de favoriser une meilleure circulation des gens, des richesses et des talents là-bas comme ici chez nous.

Très curieusement, et comme en écho avec la volonté des étudiants maliens d’aller poursuivre leurs études aux Etats-Unis, la série d’articles s’achève par l’expulsion d’une malienne depuis l’état de l’Ohio. Les titres de la presse d’aujourd’hui nous apprennent que les républicains veulent faire de la lutte contre l’émigration leur prochain cheval de bataille. Les hispaniques sont visés en priorité, certes, mais un jour viendra où les noirs non américains seront inquiétés à leur tour.

En conclusion, la série est intéressante, très intéressante, mais trop souvent construites sur des idées préconçues, alimentant la désormais traditionnelle opposition entre tenants d’un contrôle dur de l’immigration et partisans d’un humanisme qui ne solutionne rien.

Ce sont 200 nouveaux émigrants qui arrivent chaque jour à Agadès, au Niger. Certains restent, certains repartent, certains reviennent, certains disparaissent, … Les passeurs font leurs affaires et les bandits de tous ordres ont organisé le “marché”.

Le Niger, c’est aussi le pays où Michel Germaneau a été capturé et où il est probablement mort de maladie et de grand âge. L’équipée franco-mauritanienne, à visée de reconnaissance, a donné l’occasion aux ravisseurs d’annoncer une exécution pour venger cette expédition. Il est sans doute plus facile d’annoncer une “vengeance” que de reconnaître que l’otage est décédé de mauvais soins ou d’absence de soins dans les mains de ses ravisseurs. A l’appui de cette thèse, l’absence de revendication publique et officielle et l’ignorance complète dans laquelle se trouvaient les “intermédiaires négociateurs” maliens.

Alors, faire la guerre à AQMI ne résoudra rien. Et Nicolas Sarkozy serait mieux inspiré de faire la guerre à la pauvreté en Afrique, de faire la guerre pour le développement de l’Afrique. C’est facile (ou presque). Il lui suffit de réduire la dette de ces pays, de donner sa part du PIB promises dans le cadre du Millénaire pour le Développement, d’appeler l’Europe à ses cotés, de favoriser des initiatives locales d’associations ou d’entrepreneurs locaux et de confier le contrôle de ces actions à des organismes internationaux comme l’UNESCO, l’UNICEF, la FAO, le BIT, l’OMS, l’ONU, et d’autres encore, en fonction de la nature du projet.

Additif du 10 janvier 2011,
Compte tenu des commentaires exprimés sur ce post et relatifs à la disparition de Michel Germaneau, je ne peux manquer de signaler cette info de “Marianne » (http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/AQMI-l-otage-Michel-Germaneau-est-mort-de-maladie-faute-de-medicaments_a93.html) publiée ce jour.