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Ecriture

Atelier d’écriture I

16 septembre 2013

Nous étions le 14 juillet. Le temps était maussade sur l’ile de Sein, les baigneurs n’étaient pas légion sur la plage découverte par la marée basse. Au loin se brisaient de nonchalantes vagues dont le son nous parvenait feutré.
Impossible de dire que le paysage avait quelque chose de magnifique ! L’atmosphère semblait davantage emplie d’une sorte de crasse poisseuse et les contours de la baie étaient noyés dans la brume.
C’est alors que je l’aperçue. Seule, debout au bord de l’eau, enroulée dans une longue serviette de plage, les yeux cachés par une casquette de marin. Tout de suite, j’ai eu le sentiment que cette fille pleurait, sans bruit, comme en douceur.
Je me suis approché et, sous un prétexte bien peu solide, j’ai engagé la conversation et l’ai invitée à remonter sur la digue et, si elle le désirait, aller boire une bolée de cidre.
Elle a accepté.
Je ne vous raconterai pas tous les détails de son chagrin. Sachez seulement que celui qu’elle appelait encore son amour venait de la quitter, qu’elle était écrasée par ce départ, par l’absence de ses caresses, par ses désirs …
Nous avons parlé longtemps avant de nous séparer sur un baiser.
Demain, j’ai à nouveau rendez-vous avec elle.

Hier, nous nous sommes retrouvés pour ce second rendez-vous.
Comme pour la Saint-Jean, un bûcher avait été dressé sur la place du village.
La foule jetait parmi les flammes toutes sortes d’objets dont elle voulait se défaire. C’est ainsi que s’approchant de la chaleur et des braises rouges, elle jeta son couvre-chef; une vieille casquette de marin imprégnée de crasse poisseuse.
Alors nous primes place dans une gigantesque farandole qui tournoyait autour du feu.

Tempête bretonne (C)Fabrice Penhoet



7 octobre 2013

Quand on a dix-sept ans, on garde les poings dans les poches crevées.
J’ai longtemps ressenti cette injustice. Alors qu’autour de moi s’étalaient l’or, le platine, le palladium ou le manganèse, tous métaux plus précieux les uns que les autres, alors que la foule affichait son euphorie, sa jubilation et paraissait enchantée, j’avais l’impression de rechercher quelque miel devant le portail et de déboucher sur l’envers, là où, sous le noir, il y a l’odeur.
De limite en limite, j’ai cherché les mondes dans lesquels je pouvais croire au bonheur.
Point de territoire aux odeurs de thym ou de romarin, point de manèges de foire, d’euphorbes enchantées ou de matins avec pain chaud et brioche pralinée.
Non, trop longtemps, je me suis senti comme encagé.

Quand on a dix-sept ans, on garde les poings dans les poches crevées.
Trop longtemps, je me suis senti comme encagé.
J’ai pleuré et essuyé les larmes de mon chagrin, j’ai été bousculé par des foules dont roule la houle, j’ai passé mes nuits à rêver de songes et de mirages, j’ai épuisé ma hargne comme une chaine de haine, j’ai été considéré comme un étranger venu d’une autre frontière, j’ai coulé comme un noyé coincé dans une épave.
Et puis, un jour, j’ai changé, j’ai reconstruit mon image et cessé d’être régenté.
Je n’avais plus dix-sept ans …


4 novembre 2013

Ce n’est pas un homme comme les autres,
chaque jour qui passe, il crée des mélanges,
rassemble les oreillers et les rêves,
les tissus de coton et les festons,
les sourires, les nuages et la jalousie,
les topiaires et les aubépines.

Harmonieusement, parfois symétriquement,
dans le dessin d’une trame colorée
et placée de biais,
il cherche à tout prendre
et il construit sa vie comme une mosaïque.

 »Mais quel est son métier ? »
Il écrit des centons !

 »Il écrit quoi ? »
Il apprivoise (tu sais, comme la rose et le renard chez Saint-Exupéry)
les textes des autres,
s’en fait son miel et ses provisions.
Même les plus farouches ne lui résistent pas.
Alors, avec affection, il confectionne, il bâtit, il coud,
il décore au point de croix
tous les confettis recueillis
et en fait un nouvel écrit.

 »Et tu nommes cela comment ? »
Un centon !



Merci à SC pour le travail d’initiation à l’écriture créative.

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