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Développement solidaire

Pétrole, riz, …spéculation

Alors que les cours du pétrole sont en hausse constante, voici que les chaînes de télévision et la presse (y compris parfois votre “quotidien de référence”) nous ressortent la vieille antienne de la faute aux spéculateurs. Certes il s’agit là d’une chanson facile, qui ne fait de mal à presque personne, même pas aux potentiels spéculateurs, qui simplifie à l’extrême les explications pédagogiques que l’on peut donner et qui satisfait le peuple des électeurs.

Sarkozy ne s’en est pas privé lorsqu’il à tancé vertement les économistes européens venus présenter à Davos un rapport sur le rôle de la spéculation dans la volatilité des cours. Comme ce rapport concluait à un rôle mineur, pour ne pas dire négligeable, comparable à « l’écume de la vague », Sarkozy leur a intimé la consigne de revenir présenter leur rapport le … 1er avril ! Le 1er avril c’est bientôt et nous n’allons pas nous priver de réfléchir encore une fois (voir post Pétrole-le-retour] et là (Prix-du-petrole-fondamentaux-physiques-ou-financiers-…) sur cette question du rôle de la spéculation dans la fixation du cours des matières premières.

Retour sur l’évolution des cours du pétrole. Après le sommet historique de juillet 2008 (145 $), le cours du pétrole brut est retombé à .. 34 $ en début d’année 2009, un chiffre impossible à tenir puisque inférieur au simple coût de production de la matière. Mais un chiffre qui peut s’expliquer par une réaction exagérée après les “excès” de l’année écoulée. Cela est si vrai que le cours n’a pas cessé depuis de remonter pour atteindre 68,75 $ le 25 mai 2010. Le prix du pétrole avait donc déjà quasiment doublé depuis son cours plancher de début 2009, mais qui vous en a parlé ?

Le 14 décembre 2010, jour considéré comme le signe de naissance de la révolte tunisienne, le cours du pétrole brut était de 88,17 $, soit 159 % d’augmentation depuis février 2009, ou 28 % depuis le cours de mai 2010 ! Un petite rémission s’est instaurée puisque le cours n’était que de 84,53 $ le 15 février 2011. Aujourd’hui 10 mars 2011, il est de 102,60 $, en baisse de quelques points depuis deux jours, mais en augmentation de 49 % depuis mai 2010.

(C) La Documentation Française

Tableau extrait de: (http://prixdubaril.com/|http://prixdubaril.com/)

Quelles en sont les causes ? Tout d’abord, la même cause que celle qui a conduit à la crise de 2008: il n’y a pas assez de pétrole en réserves connues ou “hypothésées” pour répondre aux besoins de la planète terre ! La consommation a repris sa croissance après l’essentiel de la crise que le monde a vécue en 2008-2009. La croissance des pays occidentaux reste mesurée, il n’en est pas de même de celle des pays “émergents”, lesquels n’ont plus rien d’émergent. A la demande croissante répond une offre qui n’évolue pas malgré les proclamations souvent tapageuses des pétroliers: les réserves ne suffisent pas pour assurer une croissance soutenue. Loi de l’offre et de la demande: les prix augmentent.

Cette redoutable question du « peak oil » (http://aspofrance.org/) est dans les esprits de tous nos dirigeants, lesquels se gardent bien d’en parler car, pour le coup, l’inflation du cours du pétrole serait exponentielle. Tous nos économistes également s’abstiennent d’aborder cette notion, qu’ils soient vrais économistes au service des politiques ou journalistes-économistes.

Un blog du “Monde” en parle avec acuité: celui de Matthieu Auzanneau: Oil Man (http://petrole.blog.lemonde.fr/peak-oil-le-dossier).

La seconde raison de l’envolée (relative) actuelle du cours du pétrole est à chercher avant tout dans la psychologie des financiers, des investisseurs, des industriels. La succession des crises et des révoltes au Maghreb et au Proche-Orient inquiète et fait redouter une rupture grave dans la fourniture du pétrole au monde entier, et pas seulement en Occident. Cette crainte vient s’ajouter à la cause précédente. Elle n’est pas qu’une vue de l’esprit, car une révolte au Koweit ou en Arabie Saoudite, avec arrêt de l’approvisionnement, serait cauchemardesque pour toute l’économie mondiale. Il faut nous souvenir que l’économie n’est pas une science exacte et que tous les hommes qui la pratiquent sont soumis à des tensions et/ou des émotions qui influent sur leurs décisions.

Alors en troisième raison, la spéculation ? Juste une question: lorsque vous jouez au tiercé et que vous misez sur le cheval N° 6, cela va-t’il faire gagner ce cheval précisément ? NON. Les négociants en produits pétroliers achètent et revendent un pétrole en cherchant a gagner sur le différentiel de prix. Les spéculateurs des “hedge funds” font la même chose, en plus vite, avec un pétrole virtuel. Les uns comme les autres n’ont pas le moyen de modifier l’évolution des cours, ils ne peuvent qu’anticiper et faire de la prévision pour les plus raisonnables ou des paris (comme vous, avec le cheval N° 6) pour les plus aventureux. Ces derniers ont sans doute été surpris de voir le cours d’aujourd’hui reculer brutalement de 3 points parce que la Chine présente un déficit de sa balance commerciale.

Les seules conditions pour que les “spéculateurs” puissent maîtriser l’évolution des cours et en retirer un bénéfice sont celles qui permettent de verrouiller un marché, soit au niveau de la production, soit au niveau du stockage, soit au niveau de la distribution. Ce n’est pas le cas pour le pétrole dans aucun de ces trois secteurs !

La spéculation ne crée pas la variabilité des coûts. Flottant dessus, elle ne peut que l’amplifier. Si l’on doit agir sur quelque chose, ce n’est pas sur les spéculateurs (quand bien même faut-il condamner l’avidité de certains !!), mais sur les causes profondes, à savoir soit la production si elle s’avère insuffisante, soit la consommation si elle se révèle excessive, ce qui est le cas du pétrole.

Alors le riz ?

De lui également, on a déjà parlé ici| (Main-basse-sur-le-riz-des-questions). Dans une rubrique éco du Monde en date du 7 mars dernier, Alain Faujas (Risotto politique) stigmatise quelque peu le Vietnam ou la Thaïlande, en les accusant de bloquer les exportations de riz et en favorisant une remontée “artificielle” des coûts. Spéculateurs, dit-il …, qui porteront la responsabilité de prochaines famines en Afrique, région où la production est insuffisante par rapport à la demande.

En première observation, il semble faux d’affirmer qu’il n’existe aucune menace de pénurie dans les pays du Sud-Est Asiatique. Les stocks ne justifient pas tout et « la consommation mondiale de riz progresse beaucoup plus vite que la production » (http://jpboris.wordpress.com/2011/01/27/matieres-premieres-sarkozy-sillusionne/).

En seconde observation, et là nous rejoignons notre thématique du jour, au lieu de nous attaquer à ceux qui sont appelés des spéculateurs et qui ne font souvent que protéger leurs populations et ses ressources alimentaires à long terme, nous devrions nous occuper des causes profondes et favoriser une politique de suffisance alimentaire en Afrique.Et peut-être aussi dans l’immédiat une politique de stockage de céréales pour les pays de l’Ouest africain.

Un challenge pour l’Europe et pour la France dans le cadre de la redéfinition de sa politique africaine ?

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