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Les mémos de WikiLeaks

Le monde (pas que le quotidien !) bruit de mille commentaires à propos des mémos diplomatiques US obtenus par WikiLeaks (http://213.251.145.96/) et publiés/commentés par quelques grands quotidiens.

(C)WikiLeaks

Sur la forme, on pourra dire que le secret des messages est inhérent à la diplomatie elle-même et que celle-ci est aussi vieille que le pouvoir. Gengis Khan, Alexandre, César, Charlemagne, Louis XIV, Napoléon, Roosevelt, Khrouchtchev, Staline, De Gaulle, Mitterrand ou Obama, tous, tous et en tous temps ont eu des diplomates ou envoyés spéciaux chargés de faire connaître les points de vue ou les oukases de leur mandant et de recueillir toutes les informations utiles aussi bien sur les adversaires que les partenaires ou vassaux. Par nature même, les messages rédigés en ces occasions sont secrets et, en général, appelés à le rester assez longtemps.

En elle-même, cette pratique de la diplomatie n’a aucunement nui au développement de la démocratie.

Inversement, la démocratie s’est accommodée et s’accommode très bien de cette part de secret dans les relations entre pays et dirigeants.

La publication brutale de plusieurs centaines de câbles, et à l’avenir de plusieurs dizaines de milliers sur le site de WikiLeaks, n’est pas, à priori, d’après ce que l’on a pu en lire jusqu’à ce jour, sujette à révélations spectaculaires susceptibles de bousculer l’ordre du monde. Tout au plus, certains grands de ce monde s’y trouveront égratignés ou vexés de voir leurs stratégies à faces multiples mises à nue ou leur personnalité décrite avec peu de sympathie.

La publication des mémos n’est absolument pas de nature à bouleverser la démocratie. Il ne s’agit pas non plus d’un acte fondateur d’on ne sait quelle nouvelle dimension de la démocratie.

Inversement, les tentatives d’interdiction de publication de ces mémos ne sont que des imbécillités conduites par des gens avant tout soucieux de conformité à l’ordre établi et de propreté devant leur porte. Mais si ces tentatives ne sont pas des atteintes à la démocratie, elles le sont sans doute à la liberté d’informer mais il est probablement trop tard.

Dans quelques semaines, dans quelques mois, tout sera oublié. Les historiens et les analystes politiques y auront gagné quelques infos et quelques arguments avec un peu d’avance, mais guère de scoops. Quant à la famille diplomatique, gageons qu’elle aura trouvé, avec l’aide des informaticiens, des parades efficaces pour que cela ne se reproduise plus … jusqu’à la prochaine fois !

Ceux qui s’exclament le plus à propos de la publication de ces mémos et de certaines tentatives d’étouffement sont ceux pour qui la marche du monde est le fruit d’un complot permanent (ou de plusieurs complots). Ils veulent lire dans ces mémos les preuves de leurs assertions.

Sur le fond, ce que l’on a pu en lire jusqu’à ce jour laisse une impression assez curieuse. Pas de révélations majeures, on l’a dit, mais des discours parfois très humains, voire humanistes, à propos d’un monde certes d’aujourd’hui, mais qui a l’air de tourner à partir d’analyses datées. Un monde d’après la chute du mur de Berlin, de la fin de la bi-polarité, de la montée en puissance de la Méditerranée et des Pays Arabes, des éternels conflits israélo-palestinien et Iran-Irak, de la garantie pour les USA d’accéder aux ressources, … La lecture des mémos donne un sentiment de décalage par rapport au monde que nous vivons actuellement, celui de la crise environnementale, de la crie énergétique, de la crise financière, de la nouvelle répartition du pouvoir, …

Il n’est pas (ou presque pas) question dans ces mémos de Pays en Développement, d’Amérique Latine ou d’Afrique si ce n’est sous l’angle du terrorisme, d’Environnement, de Développement Solidaire, des grandes instances internationales (ONU, FMI, Banque Mondiale, Unesco, Unicef, …), d’Ecologie, de Réchauffement Climatique, de Copenhague (rien sur Climate, rien sur IPCC (GIEC en français)) ou des autres forums internationaux, de peak oil et d’épuisement des ressources, … mais un document intéressant (http://213.251.145.96/cable/2009/01/09BEIJING22.html), regard sur les 30 prochaines années des relations entre la Chine et les USA.

Bref, les diplomates américains traitent d’un monde fermé, d’un monde qui meurt, et c’est bien cela qui rend ces mémos finalement assez inoffensifs politiquement, mais cruellement significatifs d’un décalage politique total entre l’administration américaine et les ambitions de l’humanité.

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