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La guerre des civilisations a bien lieu

L’affaire est passée largement inaperçue, car qui en a parlé ? Les trois Femen européennes incarcérées en Tunisie pour avoir manifesté en faveur de la militante tunisienne Amina Sboui ont présenté des excuses, disant qu’elles regrettaient d’avoir pu choquer par leur comportement.
Bien entendu, sitôt arrivées en France, elles ont démenti avoir présenté des excuses, ont tout au plus affirmé avoir émis des regrets, et surtout les ont justifiés par leur incarcération de près d’un mois.
Il n’y a aucun intérêt à discuter sur la nature même des propos qu’elles ont pu tenir. Le plus important est le fait qu’elles les aient tenus, que ce soit sous la pression (en l’occurrence celle de leurs ambassades respectives) ou de façon plus ou moins spontanée. Le contenu de leur déclaration fait étalage d’une méconnaissance totale du pays dans lequel elles sont allées s’exprimer.
Femen France, le mouvement lui-même, ajoute au cynisme en précisant qu’il fallait « comprendre ces déclarations après un isolement total du monde et face à la machine répressive islamique ». Et que, de plus, ce serait « une duperie que de croire, ou faire croire, que le régime islamique pourrait libérer les Femen face à la pression du public démocratique ».

L’univers mental des Femen consiste à dire, écrire, affirmer et démontrer que l’islamisme ne peut être QUE répressif et que toute action d’un gouvernement peu ou prou dirigé par des musulmans n’est que de l’islamisme. La Tunisie, la Turquie sont actuellement les cibles de cette analyse réductrice.

Mais est-ce seulement le point de vue des Femen ? Bien sur que non ! C’est même le point de vue de la majorité des organes de presse et des responsables politiques ou intellectuels.

Les Femen à Tunis (DR)

Prenons l’exemple des récents évènements égyptiens. Depuis plus d’un an, tout l’occident se ligue contre le Gouvernement de Mohamed Morsi qui a été accusé d’incapacité à gérer le pays. Sans doute a t-il commis des erreurs, notamment d’autoritarisme. Mais enfin, n’est-il pas vrai que jamais, au grand jamais, l’opposition hétéroclite des libéraux, des gauchistes et des revanchards n’a accepté le moindre début de dialogue ? Cette opposition, dans la rue ces derniers jours, n’avait qu’un seul objectif: celui de revenir un an en arrière et de pouvoir redistribuer les cartes. N’est-il pas singulier que ceux qui vouaient l’armée (les SCAF) aux gémonies et prônaient leur boycott en soient aujourd’hui à les applaudir ?
N’est-il pas vrai que les fonds accordés par la Communauté Européenne pour aider l’économie égyptienne (5 milliards d’euros), en novembre 2012, n’ont encore été que très parcimonieusement versés, si tant est même qu’un début de versement ait été effectué ?
N’est-il pas vrai que le FMI, le 27 juin encore, n’avait toujours pas décidé du versement de l’aide à l’Egypte d’un montant de 4,8 milliards de dollars ?
L’univers mental de la presse et des commentateurs occidentaux vise à réaffirmer avec constance que l’islamisme égyptien a chassé tous les opposants, ce qui est faux ! que la constitution élaborée avec trop peu de dialogue (la faute à qui ?) vise à instituer la charia, ce qui est faux !, que les agressions sexuelles commises par les voyous inoccupés du Caire et d’ailleurs relève d’une action politique voulue, ce qui est faux !

Si l’on ne sait pas encore aujourd’hui ce que donnera l’évolution politique en Tunisie, il est possible de prévoir sans crainte et presqu’à coup sur, ce qui va se passer en Egypte. L’armée a pris le pouvoir, elle va le garder en sous-main et Baradei ne sera qu’une marionnette. Le conflit sera dur, très dur et les prochaines élections libres (mais quand ?) verront probablement le retour des Frères Musulmans.
Pourquoi ? Parce qu’ils sont organisés, parce qu’ils ont l’expérience de la prison et de la clandestinité dans lesquelles les forces armées veulent les repousser, parce qu’ils épousent les sentiments profonds de la majorité de la population et parce l’union des libéraux, des révolutionnaires et des revanchards ne donnera jamais une majorité solide. Les 14, les 17, voire les 21 millions d’Egyptiens descendus dans la rue ne sont qu’une grossière illusion. Ce sont avant tout des Egyptiens qui veulent travailler, manger et élever leurs enfants. On leur a fait croire que Morsi était seul responsable de leurs difficultés, on les manipule même sans vergogne … Leurs revendications ne sont pas l’an II d’une révolution qui n’a jamais eu d’an I

Opposants à Mohamed Morsi sur la Place Tahrir, le 5 juillet (C)Amr Nabil/AP

Entretemps, c’est la Turquie qui s’est distinguée par des mouvements revendicatifs fortement inspirés de l’Occident et, à ce titre, largement salués par celui-ci ! Voilà la Turquie, modèle des commentateurs et des analystes du « Printemps Arabe », devenue subitement un pays totalitaire, répressif et … islamique ! Oui, la Turquie a de graves problèmes à régler, avec les Kurdes, avec Chypre, avec ses minorités, avec son identité culturelle, avec ses avocats et ses militants, mais est-ce l’aider que de la stigmatiser sans nuances ?

En Tunisie, en Egypte, en Turquie, mais également au Sahel africain (Mali, Niger ..), l’occident adopte une attitude colonialiste égoïste et prétentieuse en croyant et en affirmant que seule la démocratie libérale a une vocation universelle et inéluctable à s’implanter, partout sur notre terre, quelle que soit la civilisation, quelle que soit la culture. La démocratie libérale est LA civilisation, elle est LA culture, tout autre projet est appelé à se soumettre.
Cette attitude s’accompagne d’un anti-islamisme de plus en plus affirmé, de plus en plus banalisé. Il n’est que de lire les réactions des lecteurs à un évènement aussi peu signifiant que celui de l’interpellation d’une femme en niqab (Argenteuil): l’immense majorité de ces commentaires relèvent du mépris, de l’exclusion, de la peur, de l’anti-islamisme quand ce n’est pas du racisme tout court. L’évolution récente de l’Egypte a suscité quelques délires dont les journalistes (ceux du « Monde » notamment) n’ont pas su rester à l’écart. Des calculs savants ont été effectués afin de comparer le nombre d’Egyptiens dans la rue et le nombre d’Egyptiens ayant voté pour Morsi lors des élections présidentielles. Et de conclure, au mépris des premières élections libres dans ce pays, que les majorités étaient renversées. Combien de journalistes auraient accepté une telle analyse dans un pays occidental ? Plus grave encore, certains sont allés jusqu’à rappeler que la démocratie n’est pas une « assurance tous risques » en matière de démocratie et qu’Hitler lui-même avaient été élu ! De telles considérations plus ou moins nauséabondes débouchent tout naturellement sur une relative compréhension à l’égard des Forces Armées ! Curieux comme les hommes de gauche se mettent à aimer les armées putschistes qui leur apportent des solutions « clefs en main »: après le Mali, voici l’Egypte ! Cette attitude dangereuse entraîne une inévitable réaction de la société islamisée traditionnelle, réaction que savent exploiter les meneurs salafistes et djihadistes.

Il est grand temps de mettre un terme à cette guerre de civilisations et d’aider l’islam, civilisation et culture mêlées, à se définir et à se positionner au regard de la démocratie.

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Egypte, Tunisie, le retour du « religieux »

Le Caire, Egypte. Encore une fois des coptes meurent sous les coups et sous les balles de fanatiques et, cette fois-ci, de l’armée. Au départ, une nouvelle fois, une église incendiée, sans doute suspectée d’abriter une fictive femme musulmane convertie de force au christianisme. S’ensuivent l’absence de protection de cette partie de la population, ses protestations dans le vide, l’exaspération, et enfin la riposte des hommes les plus fanatisés.

Tunis. Encore une fois, une chaîne de télévision est attaquée et incendiée parce qu’elle a diffusé un film. Il s’agit cette fois de Persepolis (film de Marjane Satrapi, d’une très grande qualité) auquel il est reproché de présenter une image de Dieu (ou d’une représentation des pensées d’un enfant qui voit Dieu !), ce qui est considéré comme un blasphème par les islamistes radicaux. Mais quelques semaines auparavant, il s’agissait de s’opposer à un film traitant de la laïcité.

L’image de Dieu dans le film Persépolis de Marjane Strapi (C)

Plus nous approcherons des élections, pour une assemblée constituante en Tunisie le 23 octobre, pour l’assemblée et le sénat en Egypte le 28 novembre, plus ce genre d’affrontements va se produire. Ce n’est pas une simple hypothèse; il s’agit d’une certitude.
Parce que le « religieux » relève du blocage majeur de ces sociétés, celui sur lequel peuvent agir avec toutes les chances de réussite tous les manipulateurs et tous les provocateurs. Certes, il en est d’autres, comme la place des femmes ou la reconnaissance des différentes communautés, par exemple. Mais ce blocage-là permet de désigner sans coup férir les boucs émissaires de la société en crise: ceux qui ne croient pas comme il faut, ceux qui blasphèment, …

Encore une fois, les analystes et commentateurs qui ont vu, dans les évènements de Tunis ou de la Place Tahrir, des signes encourageants d’évolution dans ce domaine se sont lourdement trompés. Ils ont vu l’aspiration du peuple à vivre en paix, comme tous les peuples veulent vivre en paix. Mais ils n’ont pas vu le début d’un renoncement à des positions intenables en démocratie. Et ils n’ont pas vu les seules forces organisées, celles des Frères Musulmans et/ou des salafistes, ou celles d’Ennahda, se taire, garder le silence et se glisser dans tous les interstices de ces sociétés démantibulées.
Une amie écrit ce soir: « O Dieu Tout-Puissant dans les Cieux, s’il Vous plait, protégez l’Egypte et son peuple, musulmans et chrétiens… Faites que les regrets ne prennent pas la place de la fierté que nous ressentions tous en janvier et février. Laissez votre Soleil briller sur l’Egypte la Bien-Gardée ».

Oui, certes, sans doute faut-il prier le Dieu des musulmans et le Dieu des chrétiens (le même !), mais que faisons-nous des athées, des libre-penseurs, de tous ceux pour qui Dieu n’est pas une évidence ?

Dans son Rapport Stratégique Annuel, l’IISS ([Institut International d’Etudes Stratégiques (http://www.iiss.org/publications/strategic-survey/) estime que: « les transitions qui ont eu lieu jusqu’à présent restent à moitié achevées, et la promesse de résultats démocratiques reste liée aux risques que font peser les sectes, des institutions militaires ou d’autres groupes qui pourraient détourner le processus ».

Aucune révolution ne se parachève du jour au lendemain. Il en est même qui sombrent totalement sous la contre-révolution. Mais dans le cas présent, il ne s’agira d’une démarche révolutionnaire qu’à partir du jour où le peuple aura décidé de lever définitivement ce blocage de la religion. Celle-ci n’est qu’affaire individuelle, elle n’est pas affaire d’état. Celle-ci relève d’une croyance personnelle et, aussi respectable soit-elle, elle ne peut légitimer ou servir de base à une action sociale, politique et collective.

Point de vue d’un laïc français ? NON, ce sont les bases de la Constitution turque !

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Droits de l'homme

Révolution arabe ou révolte arabe

« Les coptes décident une trêve ». Tel est le titre d'[Al-Ahram Hebdo (http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2011/5/25/egypt1.htm) que l’on pouvait lire fin mai. Nous ne savions pas les coptes en guerre au point de décider d’une trêve ! Il s’agissait en fait de la suspension jusqu’au 13 juin (qu’en est-il à ce jour ?) d’un sit-in organisé au Caire afin d’obtenir des engagements de la part du Gouvernement sur la réouverture des églises fermées, l’arrestation des provocateurs et incendiaires de l’église d’Imbaba, la promulgation d’une loi concernant la construction des lieux de culte et la promulgation d’une autre loi contre les discriminations envers les coptes. Bien des commentateurs ont voulu voir un signe de cohésion nationale dans le fait que la question copte n’a pas fait l’objet de tensions lors des évènements de la Place Tahrir et d’ailleurs.

Il n’en est probablement rien. Cette question, tout comme la question juive et les relations avec Israël, est restée une question non abordée, donc non réglée. Ce n’est pas un signe favorable. Tout comme en France le fait que la question de la guerre d’Algérie et de l’indépendance de ce pays ne soit jamais abordée, ne signifie aucunement qu’il n’y a aucun problème.
En Egypte, les élections législatives auront lieu en septembre. D’aucuns réclament déjà leur report au motif que les organisations porteuses du mouvement ne sont pas prêtes à affronter un tel scrutin qui verra la victoire probable des Frères Musulmans. Ils voudraient qu’auparavant soit décidé d’une nouvelle Constitution. Il y a fort à parier que cette situation débouche sur une impasse, car les formations jeunes, libérales ou plus ou moins révolutionnaires ne pourront acquérir l’expérience souhaitée qu’au travers d’affrontements, lesquels, malheureusement, sont grandement joués d’avance.
Les mêmes journalistes et commentateurs répètent à l’envie que les Frères Musulmans ne « veulent pas du pouvoir, qu’ils limiteront le nombre de leurs candidats aux Législatives, qu’il ne présenteront pas de candidat à la future Présidentielle » … Qui peut croire cela ? A t-on déjà vu un groupe politique, quelle que soit sa nature, renoncer délibérément à son pouvoir ? Si les Frères Musulmans limitent volontairement leur représentation, il faut se demander en échange de quoi ils feraient cela. Quelle promesse ont-ils déjà obtenue ? Quels engagements leur ont déjà été donnés ?

La Tunisie, de son coté, suit le même itinéraire et l’on voit le parti islamique Ennahda prendre une importance au moins médiatique de plus en plus grande, profitant de l’émiettement des nouveaux parti politiques (près d’une centaine !). Des affrontements tribaux ont désormais lieu entre diverses couches de la population. La situation économique en est souvent la cause. Le pouvoir chassé est considéré comme menant une contre-révolution. Mais est-il vraiment besoin de cela ? Ou est-ce simplement l’effet des tendances naturelles de la société qui reprend le dessus, masquées qu’elles étaient par un pouvoir fort et centralisateur ?

Libye, Yémen, Syrie, partout ailleurs et même si cela reste incompris de l’occident, il s’agit avant tout de conflits entre tribus, entre communautés. En Libye, certains partisans de Kadhafi sont considérés comme des mercenaires: ils ne sont que les membres de tribus qui ont fait depuis toujours (ou presque) allégeance à la tribu détentrice du pouvoir. Ne pas comprendre ceci, c’est ne pas comprendre le conflit, lequel, comme il était prévu, s’éternise et s’enlise et ne s’achèvera qu’avec des négociations (et des soumissions !) qui auraient du le sanctionner depuis longtemps si l’orgueil occidental ne s’en était pas mêlé.

Alors, révolution ou révolte ?
Dans la mesure où le motif essentiel est celui de la revendication d’une autonomie économique (avoir un emploi, être libre de circuler, pouvoir consommer, …) et que l’élimination des « despotes » est surtout l’élimination de ceux qui interdisent cette autonomie et qui, au contraire, se servent bien, on ne peut parler que de révolte.
Et des révoltes, il y en aura d’autres puisque les évènements, élections ou pas, ne traduiront pas, ou si peu, cette revendication. Dans le même temps, les nouvelles couches sociales feront leur apprentissage politique. La Turquie est citée, bien souvent, comme modèle d’une société musulmane moderne. A vrai dire, les pays arabes du Maghreb ou du Proche-Orient sont loin, très loin de ce modèle.
Il leur reste à apprendre ce qu’est une société mixte, dans laquelle la femme dispose des mêmes droits et devoirs que l’homme, à commencer par celui de circuler librement et de converser dans la rue ou ailleurs avec qui bon lui semble.
Il leur reste à apprendre ce qu’est une société laïque, dans laquelle le Coran, la Bible ou le Tanakh (Torah) ne sont que les livres saints de ceux qui veulent les reconnaître comme tels. Ils ne sont pas les fondements d’une société, d’une constitution, d’un pays …
Enfin, il leur reste à apprendre (aux Turcs également !) ce qu’est une société de tolérance traversée par plusieurs ethnies, plusieurs tribus, plusieurs courants culturels, que l’origine en soit historique ou religieuse. Les intolérances entre tribus libyennes, tunisiennes, yéménites …, les rivalités entre chiites et sunnites, les conflits avec les Kurdes ou les divisions de Chypre, tout cela devra être abordé et surmonté.

Mixité à la Faculté d’Istanbul – 30 mai 2011

Ce n’est qu’à ce prix que la vraie révolution se fera.

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Ecologie

Péril climatique et développement

La reprise économique devait bien finir par arriver et, avec elle, la remontée des perturbations de l’environnement. L’AIE a publié le 30 mai un document soulignant que les émissions de CO2 induites par les consommations d’énergies fossiles ont atteint en 2010 le niveau record de 30,6 gigatonnes, soit 5% de plus qu’en 2008.
Bien entendu, aussitôt, les experts et les diplomates s’affrontent pour évaluer les conséquences de ce « record ». Les premiers considèrent que la limitation de la hausse des températures moyennes dans le monde à 2°C est une cause de plus en plus difficile à défendre. En effet, il faudrait d’ores et déjà que la production de CO2 diminue, au lieu d’augmenter, ou, à tout le moins, qu’elle n’augmente que d’une infime proportion (0,3-0,5%) chaque année et pendant plusieurs décennies.


Quant aux diplomates, chargés de défendre les intérêts de leurs pays respectifs, les voilà s’affrontant sur la responsabilité et les devoirs des uns et des autres.
Les « uns » étant les pays développés qui sont sommés de faire des efforts et de montrer la voie, au motif de leur « responsabilité historique ». Ils ont été, en effet, les premiers et sont toujours de grands consommateurs d’énergies fossiles afin d’assurer leur expansion économique ou simplement garantir le niveau acquis de celle-ci.
En face d’eux, les « autres » sont les pays en développement, et notamment la Chine et l’Inde qui sont à l’origine de 75% de l’augmentation des émissions, selon l’AIE. Ces pays sont donc fermement invités à faire, eux aussi, des efforts en vue de la réduction de leurs émissions. Ils ont cependant tendance à se défausser quelque peu de cette responsabilité en arguant de l’immobilité des pays développés.

Ils sont également soutenus dans cette attitude par quelques groupements écologiques (RAC: Réseau Action Climat) qui défendent l’idée que « les pays riches délocalisent leurs productions vers les pays du sud, et donc délocalisent leurs émissions ». Cela n’est pas totalement faux. Cependant, cette position risque d’entraîner une grave erreur d’analyse sur le court terme.
Les pays en développement ne sont plus, et la Chine en particulier, l' »atelier du monde ». Ces pays se développent désormais pour eux-mêmes: fer, acier, ciment, pâte à papier, engrais, automobiles, logements, trains, … font partie des plans de croissance. L’urbanisation avance à pas forcés.

Prenons l’exemple d’un pays dont on parle peu sous l’angle économique (mais davantage à propos de son éventuelle adhésion à l’Europe): la Turquie. Est-ce un pays développé ? Pas encore ! Est-ce un pays émergent ? Déjà plus !
Le 12 juin prochain auront lieu les élections législatives et le pays est traversé de caravanes sonores et animé de meetings colorés. Le parti AKP du premier ministre Recep Tayyip Erdogan est bien parti pour remporter ces élections … et les suivantes ! Il y croit puisqu’il articule sa campagne autour de l’année … 2023, l’année du 100° anniversaire de la proclamation de la République.
Les slogans dressent un bilan des années 2002 à 2010. Ce bilan est un édifiant témoignage du développement exponentiel du pays. La production de CO2 n’est pas mesurée ! Mais la Turquie pouvait-elle, avait-elle le droit de faire autrement ?

  • Le budget de la santé est passé de 3,91 milliards de lires turques en 2002 à 13,4 milliards en 2010 (+242% !)
  • Le budget de l’éducation est passé de 7,5 milliards à 28,5 milliards (+280% !)
  • Le budget de l’enseignement professionnel de 2 millions de lires turques à 270 millions.
  • Les salles de classe sont passées de 100 élèves à 20 élèves.
  • Les unités de soins intensifs de 869 à 8100.
  • Les constructions de logements de 43145 entre 1983 et 2002 à 458758 entre 2003 et 2010.

Au-delà d’un bilan et de slogans électoraux, le fait est là, la Turquie est entrée dans le concert des pays développés et des pays émetteurs de CO2 !
Le quotidien « La Croix » de ce jour parle assez bien des « tigres anatoliens » (http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Les-tigres-anatoliens-tirent-la-croissance-turque-EP-2011-06-05-621869) qui portent cette expansion.


Ce développement sera celui que prendront tous les pays émergents, aujourd’hui en Asie et en Amérique Latine, demain en Afrique.
Il devient donc urgent de trouver une autre forme de développement et de cesser d’invoquer une impossible, une impensable décroissance. Les pays neufs n’ont aucun désir de décroître, ils ont l’ambition d’apporter à leurs peuples les « bienfaits » que nous avons connus depuis près d’un siècle, à défaut de quoi ces peuples émigreront ailleurs.

Il devient donc urgent de proposer des alternatives énergétiques plus conséquentes que les éoliennes ou les panneaux photovoltaïques, surtout si ceux-ci doivent être accompagnés de multiples bassins de stockage à plusieurs niveaux pour transformer une énergie volatile en énergie disponible.

Utopie ? que la mise en réseau mondial de la production, de la distribution et de la consommation d’énergie propre ? Car il existe toujours un lieu pour produire l’énergie capable d’alimenter le lieu qui en a besoin. L’information, le trafic aérien, la marché sont bien construits en réseaux mondiaux: pourquoi pas l’énergie propre ?