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Egypte: les condamnations à mort sont confirmées

Mohamed Badie, le chef des Frères Musulmans, voit sa condamnation à mort confirmée par le Tribunal de Minya samedi 21 juin.
Le même Mohamed Badie avait déjà été condamné à mort, deux jours auparavant, par un autre Tribunal !

Mais il n’est pas seul.
Ce sont plus de 1200 personnes qui avaient été condamnées à mort par ce Tribunal de Minya (voir ici (529-condamnés-à-mort:-l-Egypte-est-elle-devenue-folle) et ici (encore-683-condamnés-à-mort-à-Minya,-en-Egypte)). Nombreux étaient ceux qui affirmaient que ces sanctions ne seraient pas prononcées. C’est pourtant ce qui semble se préparer pour une partie d’entre elles, puisque parmi les 683 condamnés de fin avril, 496 ont été acquittées, 4 ont vu leur peine commuée en prison à perpétuité et 183 sont effectivement condamnés à mort.

Contrairement à l’affirmation péremptoire d’une personnalité: « Après avoir vu cette peine de mort s’abattre sur la tête des dirigeants, plus personne n’osera penser à s’attaquer à un commissariat ou une institution étatique. », nous pouvons être certain que tôt ou tard, et de façon inéluctable, les Frères Musulmans, les révolutionnaires, les libéraux, les laïques, … se soulèveront à nouveau afin de mettre un terme à la folie totalitaire du gouvernement égyptien. Les journalistes appelleront sans doute cela le « second printemps égyptien » ….

Egypte, une parodie de justice (C)Amnesty International
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Encore 683 condamnés à mort à Minya, en Egypte

En mars dernier (529-condamnés-à-mort:-l-Egypte-est-elle-devenue-folle), ils étaient 529 partisans de Mohamed Morsi à être condamnés à mort au cours d’un simulacre de justice, dans le tribunal de Minya, en Moyenne-Egypte. Hier, 28 avril, ce sont 683 égyptiens hâtivement qualifiés d’islamistes et donc de « terroristes » qui se sont vus condamnés à la même peine.
Comme le mois dernier, le jugement a été rendu à la va-vite puisqu’une demi-journée a été suffisante pour instruire ce procès de masse et prononcer la sanction. Bien entendu, afin de gagner du temps, les avocats de la défense n’ont pas eu le droit de prendre la parole.

Une femme montre le portrait d’un condamné à mort (C)Khaled Desouki/AFP

Un seul point positif dans cette mascarade. Parmi les 529 condamnés à mort du mois de mars, 492 ont bénéficié de la clémence du juge puisque leur peine a été commuée en réclusion à perpétuité.

Ça suffit, cessons de rigoler ! Encore une fois, la majeure partie de ces condamnations ne seront pas mises à exécution (c’est le cas de le dire). Cependant, il y en aura peut-être quelques-unes, et ce sera quelques-unes de trop. Quant à tous les autres condamnés, ils poursuivront leur vie dans les prisons les plus infâmes et les plus dangereuses du monde. Et s’ils s’en sortent, ils finiront de vivre comme des marionnettes, détruits qu’ils seront par les mauvais traitements, et/ou des mendiants, rejetés par toute la société.
Bien entendu, il est tout un panel d’autorités à s’offusquer de ces procès de masse, de cette absence totale d’instruction des faits et de cette interdiction de plaider imposée aux avocats de la défense, C’est le cas des Nations Unies, au Haut Commissariat aux Droits Humains qui dénonce cette violation, c’est le cas de l’Union Européenne qui réclame le respect des droits de la défense, ou des Etats-Unis qui parlent d’un défi aux règles internationales de la justice, ou encore de la France qui renouvelle son opposition à la peine de mort. Que voilà une belle unité pour réclamer que les islamistes égyptiens soient jugés équitablement alors qu’ils ne sont surtout et avant tout que persécutés !
Persécutés parce qu’il faut que la Confrérie des Frères Musulmans disparaisse purement et simplement !
Mohamed Badie, guide suprême de la confrérie, fait partie des 683 égyptiens condamnés hier. Ne doutons pas que ce « terroriste »-là restera bel et bien en prison ! Tout comme Mohamed Morsi qu’attendent deux ou trois procès.

Une seconde case de l’échiquier égyptien concerne les « révolutionnaires », ceux qui sont à l’origine de la chute de Moubarak en 2011, ceux qui ont été incapables de surmonter leurs divisions et leurs jalousies afin de présenter un programme de gouvernement qui tienne la route, ceux qui se sont opposés à Mohamed Morsi dès son élection (la première élection libre en Egypte !), ceux qui se sont alliés aux forces armées pour le faire tomber et qui y ont réussi, ceux, enfin, qui se réveillent un peu tard (à moins qu’ils poursuivent leurs manipulations chimériques) et qui dénoncent le régime militaire: nous voulons parler du Mouvement du 6 avril.
L’homme fort de l’Egypte, l’ancien chef des Armées, le futur Président autoproclamé Abdel Fattah Al-Sissi, vient de les remercier: il a fait interdire leur mouvement. Ainsi voilà une seconde opposition (oh, pas très solide politiquement !) réduite au silence.

De l’armée, du CSFA (Conseil Suprême des Forces Armées, ou SCAF), il n’y a pas beaucoup à dire. Elle a retrouvé son statut et l’institution est toujours plus puissante politiquement. Au temps de la révolution et des atermoiements du Mouvement du 6 avril, un mouvement de boycottage des Forces Armées avait été lancé au motif que 25, 30, 40% (les chiffres variaient) de la richesse de l’Egypte étaient détenus par les militaires. Cette idée refait surface alors que ceux-ci viennent de se voir attribuer d’importantes surfaces (160 millions de m²) aux fins de construction de logements sociaux. Financial Times et Jeune Afrique (http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2779p043.xml0/gypte-logements-sociaux-armee-egyptienne-csfa-gypte-armee-egyptienne-kaki-business.html) viennent d’en faire un article qui écarte le rôle économique primordial des Forces Armées, mais confirme leur richesse grandissante en termes de propriété foncière.

Dans ce tableau, le plus triste est malheureusement la position de l’Europe dont « dans ses conclusions du 10 février 2014, le Conseil des Affaires étrangères a qualifié la constitution adoptée le 15 janvier d’ « étape importante » et a condamné fermement le terrorisme, tout en marquant sa préoccupation face à la dégradation des libertés publiques et aux difficultés auxquelles l’économie égyptienne fait face.

« étape importante », « préoccupation face à la dégradation des libertés », « condamnation du terrorisme », … et c’est tout. Et c’est bien peu car cela n’empêchera pas l’Union Européenne de superviser les élections présidentielles (http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140411082323/) égyptiennes des 26 et 27 mai.
L’enjeu n’est pas celui des « libertés publiques », c’est celui du retour de la stabilité, du retour des touristes et des investisseurs.

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529 condamnés à mort: l’Egypte est-elle devenue folle ?

529 condamnations à mort d’un seul coup ! Tel est le verdict d’un tribunal de Moyenne Egypte (Minya) à l’encontre de supposés Frères Islamistes accusés du meurtre d’une personne lors des violents affrontements du mois d’août 2013 au Caire, affrontements entre la police et les Frères Musulmans qui s’étaient soldés par la mort de plusieurs centaines de manifestants (1400 !).
Le procès qui s’est tenu à Mynia s’est déroulé en … 48 heures, sans que les accusés aient eu la moindre possibilité d’exprimer leur défense, leurs avocats s’étant vu interdire l’accès à la salle d’audience pour des raisons de sécurité.

Cette condamnation de masse est, avant tout, une sinistre décision de la part d’une justice délirante au service d’une contre-révolution conduite par l’armée et la maréchal Abdel Fattah al Sissi, futur président proclamé de l’Egypte.
Alors, bien sur, les commentateurs en limitent la portée en affirmant que les condamnés à mort ont la possibilité de faire appel et que,  »in fine », les décisions du tribunal doivent être validées par le mufti, représentant de l’islam auprès du gouvernement. Tout ceci n’est que paroles en l’air de la part de commentateurs qui se sont souvent satisfait de la mise à l’écart de Mohamed Mori, hésitant de longues semaines avant de reconnaître, les lèvres pincées, que l’éviction du Président élu était bel et bien un coup d’état militaire.

Parents et amis de militants pro-Morsi (C)AFP


Faire appel pour les condamnés, c’est avoir la certitude de passer plusieurs années dans les prisons égyptiennes, les plus « dangereuses » du monde, tant les pratiques de vexation, d’humiliation, de chantage, de torture y sont monnaie courante. Nombre de ces condamnés savent qu’ils mourront en prison sans qu’aucune condamnation formelle n’en soit à l’origine !
Par ailleurs, une grande partie de ces condamnés à mort l’a été par contumace, parce que les accusés sont en fuite. Ils ont sans doute le tort d’être convaincus du sort qui les attend. Pour eux, il n’est pas question de faire appel: il ne leur reste qu’une attitude à observer, celle de la clandestinité perpétuelle !

Comment un tribunal, comment un juge peuvent-ils prononcer de telles sanctions ? Il faut qu’ils aient l’appui inconditionnel des autorités et qu’ils se sentent bien forts pour le faire ! Que cette décision de tribunal soit, en fait, un « message politique » visant à réaffirmer que l’islamisme et les Frères Musulmans périront ensemble et totalement s’ils ne cessent pas de se manifester !, s’ils ne cessent pas d’exister tout simplement.
Ce soir ou demain, il est prévisible qu’une nouvelle « charrette » de condamnés à mort soit décidée par le même tribunal, puisque ce sont 1200 accusés qui doivent comparaître devant lui !

Avant de protester (ce qui est indispensable), rappelons-nous cependant que cette caricature de justice est l’œuvre de juges qui étaient en exercice lors du mandat présidentiel de Morsi. Et que celui-ci (Morsi) bataillait pour épurer la justice, comme il bataillait pour épurer la police, comme il bataillait pour épurer l’armée, comme il bataillait pour épurer les administrations, toutes institutions demeurées dans les mains des nostalgiques de Moubarak.
Rappelons-nous que le discours dominant, celui qui a prétendument été validé par plusieurs millions de pétitionnaires, celui qui a été défendu par une large partie des « révolutionnaires », était de dire que Morsi voulait faire main basse sur toutes les structures de l’Etat égyptien, en l’accusant de népotisme.

Que cela ait été son projet ou non, nous ne le saurons jamais puisqu’il n’a pas été mis en œuvre et qu’aucune expérience démocratique n’a été tentée avec ce Président islamiste.
Ce qui est certain, par contre, c’est qu’aujourd’hui l’Egypte plonge irrémédiablement dans la folie contre-révolutionnaire.

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Nouveaux propos d’Azmi Bishara

A propos d’éventuelles négociations en Syrie. Publié le 31 octobre (https://www.facebook.com/Azmi.bishara.en?fref=ts).

 »Négocier sans conditions préalables: les leçons du passé pour la Syrie. »

 »Quand deux adversaires négocient sans conditions préalables, ce qu’ils font vraiment c’est la poursuite de la bataille. Les négociations impliquent une acceptation tacite d’un certain ensemble de bases, sans lesquelles le processus de négociation entier devient une apparence pour la prolongation de l’équilibre existant des forces et des réalités pratiques. En d’autres termes, la négociation sans conditions préalables fournit simplement une couverture pour continuer les mêmes vieilles actions. Il y a une tromperie fondamentale dans des négociations sans conditions préalables, qui se situe dans le fait qu’une victime perd son statut de victime d’un tyran illégitime, et devient une partie qui partage la légitimité à égalité avec les autres parties du conflit. Des négociations vraies ne peuvent être basées que sur des conditions préalables. »

 »La leçon ci-dessus a été apprise en Palestine, mais d’autres feraient bien de l’étudier. Plus précisément, l’opposition syrienne ferait bien d’apprendre: ils sont constamment poussés à entamer des négociations sans aucune assurances, à l’exception de quelque sémantique élaborée sur « l’impossibilité et l’illégitimité » du maintien au pouvoir d’Assad. Du moment où l’opposition syrienne accepte de rencontrer les représentants d’ Assad, sans conditions préalables, la sémantique se désintégrera en autant de ballons à air chaud. »

 »Une deuxième leçon est que les victimes sont poussées à négocier au moment où d’autres, qui avaient choisi de soutenir leur juste cause, veulent se débarrasser du fardeau. L’ancien champion d’une cause juste peut prétendre qu’il n’y a plus rien à faire, que les résultats sont désormais soumis à un processus de négociation. Personne n’a la moindre solidarité pour quelqu’un qui a été transformé de victime à partie prenante d’une négociation: si vous pouvez négocier, alors vous êtes tout seul! Négocier sans conditions préalables, quant à lui, signifie également que vous êtes soumis aux rapports existants des forces. »

 »Ainsi, on peut dire que personne ne négocie vraiment sans conditions préalables et sans garanties. A défaut, les négociations peuvent seulement recouvrir les menus détails du processus, les mécanismes de sa mise en œuvre et le calendrier pour le faire. »


C’est exact. Mais, les négociations ne peuvent pas s’engager tant que les parties en confrontation cherchent à améliorer leurs positions et à modifier l’équilibre des pouvoirs.
Il n’est pas interdit de commencer une négociation en réglant les « menus détails du processus, les mécanismes de sa mise en œuvre et le calendrier ». Et s’il ne faut pas appeler cela des négociations, alors appelons-le des entretiens ou rencontres bi-latérales.
Mais au-delà de ces discussions techniques, il semble bien plus important de parvenir à un accord préalable sur un cessez-le-feu !

Pays arabes (C)UN

Et à propos de l’Egypte (publié le 3 novembre).

 »Le procès de Mohammed Morsi et la contre-révolution anti-démocratique. »

 »Mohammed Morsi ne sera pas jugé pour ses erreurs: un président est responsable de ses erreurs dans les urnes, lesquelles existent pour servir à cette fin. Morsi sera jugé pour son refus de se soumettre après le coup d’Etat militaire et de quitter son poste. »

 »La majorité des coupables qui sont derrière les crimes commis pendant la longue période de transition avant l’arrivée de Morsi, et pendant la courte période où il était au pouvoir, restent en place dans les services de sécurité, le ministère de l’Intérieur et l’armée. Certains d’entre eux vont maintenant jusqu’à se présenter comme des victimes. »

 »Le nœud du problème auquel fait face l’Egypte n’est pas celui d’un coup d’Etat contre le régime de Morsi, qui n’a jamais été qu’un régime au sens académique du mot, et qui a duré seulement un an. Le principal problème auquel l’Égypte doit faire face aujourd’hui est celui d’une contre-révolution anti-démocratique dans son ensemble. »