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Développement solidaire

De retour du cœur de l’Afrique

C’est au cœur de l’Afrique, parce que c’est au Tchad et que le Tchad est au centre de ce continent. C’est au cœur de l’Afrique parce que c’est au centre du Tchad, dans la province du Guéra, dans la ville de Mongo. Et c’est au cœur de l’Afrique parce que nous vivons ici la vie africaine dans son sens le plus traditionnel du terme.

Depuis N’Djamena, il nous faut parcourir plusieurs centaines de kilomètres, tout d’abord d’une bonne route à deux voies (et à péage !), ensuite d’une piste rouge. Cette piste est en voie de transformation pour devenir une route goudronnée et rejoindre l’est du pays. Une partie du marché a été allouée à la Société Egyptienne Arab Contractors, l’autre partie est concédée aux Chinois. Lesquels chinois sont également présents dans l’exploitation d’une grande raffinerie aux portes de la capitale.

Tchad – Troupeaux sur la piste

Ce long trajet se parcourt dans une immense plaine d’altitude comprise entre 300 et 450 mètres. Il faut atteindre Ngoura pour découvrir les premiers reliefs sous forme d’immenses tas de roches dorées, énormes et pansues, un peu comme si un titan avait ramassé tous les cailloux de la plaine pour en faire des tas et permettre l’agriculture. En fait d’agriculture, elle est rare, parfois des champs de sorgho, mais l’élevage s’y montre intensif. La plaine est parcourue quotidiennement par des milliers et des milliers de têtes de bétail, des bœufs, des zébus, des troupeaux de veaux, des moutons, des chèvres, des chameaux … Tout ce peuple, guidé par quelques hommes parfois à cheval, traverse le pays et se dirige vers la capitale et vers le Nigeria, commerce de la viande oblige. Lorsque se présente un marigot, une mare d’eau subsistant après la saison des pluies, les animaux se regroupent pour s’abreuver. La végétation est celle d’une savane avec des arbustes courts, épineux ou gras. Abtouyour est un spectaculaire piton rocheux, lisse comme le plat de la main et, paraît-il, impossible à escalader. Une source y naitrait au sommet occupé par des oiseaux de proie et recouvert de fiente blanche discernable d’en bas. Ce rocher a un caractère sacré dans la région.

Tchad-Abtouyour

Les villages sont nombreux, parfois au bord de la piste, parfois un peu à l’écart. A quelques kilomètres de Bokoro, il en est un très beau, parfaitement circulaire, constitué de cases totalement végétales, murs et toits. Parfois, sur le bord de la route, des hommes coupent de longues tiges de graminées séchées qu’ils utiliseront pour la réfection de leur toit. Sur cette même route, quelques très jeunes filles tendent une banderole en travers, faite de foulards colorés mis bout à bout. Elles cherchent à arrêter les automobiles pour solliciter un peu d’argent à l’occasion du mariage de l’ainée qui doit avoir 15 ou 16 ans.

Enfin, Mongo, la dixième ville du pays, environ 30000 habitants. Nous y arrivons de nuit, la ville est plongée dans l’obscurité, seuls de rares lampadaires éclairent les abords de bâtiments publics, l’hôpital, la gendarmerie, … Mongo dispose d’un lycée et d’un établissement universitaire, un Institut Polytechnique, depuis une dizaine d’années. Un nouveau marché attend son inauguration, le recours aux panneaux photovoltaïques pour l’éclairage est généreux. L’hôpital, quant à lui, respire la misère et la pauvreté. Les lits, en nombre insuffisant, sont obsolètes et rouillés, le laboratoire n’a plus d’appareil automatique pour faire de l’hématologie, les incinérateurs à déchets ne sont plus opérationnels. A la gendarmerie elle-même les choses ne sont pas mieux, de nombreux véhicules 4 X 4 attendent des réparations improbables en étant posés sur des caisses ou des cailloux de façon à ne pas laisser cuire les pneus au soleil.

Tchad-Mongo-Le nouveau marché

Mongo vit du commerce, Mongo vit de l’artisanat (pas celui des touristes !), Mongo vit de l’élevage. En ce moment Mongo récolte son mil et le bat de façon traditionnelle. C’est également le temps de l’arrachage des cacahuètes dont les ruminants mangent les fanes avec plaisir. Mongo n’a pratiquement pas d’électricité, sauf appel aux groupes électrogènes. L’essence et le gasoil s’y vendent à la bouteille ou au jerrycan sur le bord de la route, tout simplement parce qu’aucune source d’électricité ne peut alimenter des pompes. Le coût de la vie est élevé à Mongo, car les ONG y sont nombreuses, entre autres le PAM. Et actuellement la Croix-Rouge …

Le choléra rode autour de Mongo, de Bitkine et des villages avoisinants, comme il rode dans tout le Tchad, au Mali, au Cameroun, au Nigéria, au Niger ou ailleurs en Afrique Centrale et de l’Ouest. L’épidémie, au Tchad, marque le pas en ce moment, mais un rien peut la réveiller. Le choléra est une maladie de la pauvreté, une maladie due à l’absence d’eau propre et comestible, une maladie due à l’absence de latrines et de traitement des eaux usées, une maladie due à l’absence d’hygiène. Et c’est pour établir un Centre de Traitement du Choléra que la Croix-Rouge Tchadienne, la Croix-Rouge Française, la Croix-Rouge Canadienne se sont installées à Mongo. Cette maladie, et surtout les causes de son développement, résument mieux que n’importe quel discours le retard incommensurable de l’Afrique par rapport au reste du monde. Si le discours au droit à l’eau à un sens, celui de la gratuité de l’eau que l’on entend parfois n’en a aucun. Voici un petit village, Sarah Arab, et son puits de fabrication belge installé depuis quelques temps déjà. Il distribue une eau assez claire, mais qui contrôle régulièrement la qualité de cette eau ? Et qui finance ce contrôle ? Le débit de ce puits paraît hésitant, il se peut que des clapets ou des joints aient perdu leur étanchéité. Qui assurera la révision de cette pompe ? Et qui le financera ? Apporter de l’eau à un village, c’est une énorme responsabilité. Cela s’accompagne toujours de l’incitation à ne plus utiliser l’eau du marigot voisin. Encore faut-il pouvoir garantir la potabilité de l’eau que l’on préconise. Il n’est pas interdit de considérer que l’eau peut être gratuite, comme un don du ciel, mais il n’est pas possible d’envisager la gratuité du service de l’eau.
Le choléra s’attrape et se transmet de façon dramatiquement banale. Ici, c’est une mare qui est contaminée, et pourtant, seul point d’eau, longtemps les femmes y ont poursuivi leurs prélèvements pour la cuisine ou sont venues y laver leur linge, à coté des animaux qui s’hydrataient. Ici, c’est un homme qui en est décédé. La famille s’est retrouvée pour le lavage rituel de son corps avant inhumation et a été contaminée. Là, c’est une femme qui est morte; les voisines sont venues pour présenter leurs condoléances et se lamenter. Elles sont reparties contaminées.

Tchad-Sarah Arab-Femme au puits

C’est le même chauffeur qui a fait le trajet aller et le trajet retour et cela a permis quelques échanges. « Hadj », puisqu’il a fait le pèlerinage de La Mecque, il raconte avoir épousé sa seconde femme alors qu’elle n’avait pas quatorze ans. Elle lui a donné neuf enfants, dont trois sont décédés en bas âge. Rien ne prouve que les six autres atteindront l’âge adulte. Le taux de natalité est de 41 pour mille (13 pour mille en France), mais le taux de mortalité est de 16 pour mille (9 pour mille en France). L’espérance de vie, au Tchad, ne dépasse pas cinquante ans. Alors, il faut bien faire des enfants pour assurer sa descendance et entourer les anciens quand ils ne pourront plus travailler.

Comme ceux qui affirment froidement que l’électricité en Afrique n’est pas un droit, il en est qui rêvent d’une décroissance en Occident et d’un maintien de l’Afrique dans son état actuel. Elle serait le symbole d’une vie simple, frugale, économe en énergie, faite de partage et de solidarité … Actuellement, ce que l’on découvre est bien davantage le symbole du sous-développement, de la misère, de la pauvreté, de la maladie, de la souffrance, de la vie écourtée …

Pour en savoir davantage:

  • la page de la Croix-Rouge à Mongo (http://www.croix-rouge.fr/Actualite/Montage-d-un-centre-de-traitement-de-cholera-1377),
  • la page du Tchad au Ministère des Affaires Etrangères (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/tchad_357/presentation-du-tchad_1299/presentation_4071.html) (pas à jour !).
  • le blog d’une coopérante qui a vécu deux ans à Bitkine (http://christelle-tchad.over-blog.com/).
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Ecologie

L’électricité, un droit pour tous

Dans un récent rapport cité par Le Monde du 11 octobre (http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/10/11/le-defi-de-l-acces-universel-a-l-energie_1585694_3244.html), l’Agence Internationale pour l’Energie (AIE) souligne que 1,3 milliard d’humains (soit 20% de la population mondiale) n’ont pas accès à l’électricité et que cette situation justifie la mise en place d’un plan d’action international.

Biosphère, sans doute le commentateur le plus tranquillement totalitaire de toute la blogosphère écolo-radicale, s’insurge contre cette idée et pose la question: « L’électricité est-elle un droit ? » Afin d’étayer cette question philosophique qui mérite effectivement réflexion, il feint grossièrement de n’attribuer à l’électricité pour seules fonctions de faire tourner nos téléphones mobiles et éclairer nos nuits  »a giorno ».

Nous ne lui ferons pas l’injure (car il le sait !) de lui rappeler que l’électricité, c’est aussi un usage domestique (éclairage, chauffage, eau chaude, climatisation, réfrigération, cuisinières et fours, autres appareils ménagers, radio, TV, ordinateur et téléphone de nos maisons), c’est aussi un usage industriel (machines, moteurs électriques, pompes, automatismes, centres de données (qui servent tant à Biosphère pour diffuser ses idées)), et c’est enfin un usage collectif, communautaire, comme l’éclairage de sécurité de nos rues, certes, mais surtout dans le domaine de la santé (radiothérapie, radiographie, endoscopie, scanner,..).

On peut s’éclairer à la bougie (!), mais on ne peut pas se passer de tout ce que l’électricité aide à faire tourner. On peut trier les usages de l’électricité en fonction de leur intérêt individuel et collectif, mais on ne peut pas tout condamner.

L’homme a cinq besoins incontournables: le sommeil, l’alimentation, l’affection, la connaissance et le jeu (dixit Umberto Eco). Il est au moins deux, voire trois, de ces besoins (l’alimentation, la connaissance et le jeu) qui ne peuvent être garantis et développés que par l’usage de l’électricité.
1) L’alimentation qui exige la conservation par le froid et la cuisson afin d’économiser le bois là où il n’y en a déjà plus.
2) La connaissance qui exige l’existence d’un réseau d’informations: téléphone, radio, télévision, informatique, vidéo, …
3) Enfin le jeu, éventuellement, parce qu’il peut rejoindre les réseaux dont il est question ci-dessus.

Parce que l’électricité satisfait aux usages individuel, industriel et collectif dont nous avons parlé ci-dessus, parce que l’électricité permet l’épanouissement de fonctions essentielles à l’homme, nous soutiendrons que l’électricité est un DROIT.
Ce droit se situe dans le même ordre d’idée que le droit à l’eau potable, que le droit aux traitement des eaux usées, que le droit à la collecte des déchets, que le droit à se voir proposer des systèmes de déplacement afin de circuler librement, que le droit à accéder à une information mondiale, etc, etc …

l’AIE et l’ONU ont souligné que la pauvreté, le changement climatique, la rareté de l’eau, la santé, la crise alimentaire, l’égalité des chances pour les femmes ont un lien étroit avec l’absence d’énergie.
Contestant cette analyse, Biosphère réaffirme, c’est une habitude, que la pauvreté est avant tout la conséquence d’une société pas assez solidaire et de … sa surpopulation. Malthusianisme, quand tu nous tiens ! Et, sur son blog (http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/10/12/lelectricite-ou-la-sagesse-il-faut-savoir-choisir/), il dénonce le fait que « l’accès de tous aux énergies « modernes » butera sur la problématique du financement: les riches ne partagent pas ».

Dans la mesure où le développement de l’énergie électrique moderne concerne tout autant les pays riches que les pays en développement,
parce que les pays riches se satisfont actuellement des fonds de pétrole et que les pays pauvres sont bien encombrés de leurs révoltes et de leur .. pauvreté,
parce que les sites susceptibles de produire une énergie propre ne sont pas aussi nombreux dans les pays industrialisés que dans les autres,
parce que les conditions climatiques sont souvent plus favorables chez les seconds que chez les premiers,
cette affirmation du financement impossible n’est pas tout à fait exacte. Il existe des projets en zone saharienne, TREC par exemple (http://www.terre-finance.fr/L-energie-solaire-du-Sahara-se-prepare-a-eclairer–vtptc-1692.php) du même type que la centrale solaire thermodynamique (centrale à concentration) qui vient d’être inaugurée en Espagne, mais en plus grand encore. Ces projets n’avanceront que si pays riches et pays en développement sont intéressés à leur réalisation.

Centrale à concentration solaire (DR)

Faire avancer le débat nécessite d’associer pays producteurs et pays consommateurs et d’imaginer des structures de distribution de l’énergie produite. Chacun sait que l’électricité ne se stocke pas (en tout cas pas directement), il faut donc distribuer cette ressource au fur et à mesure de sa production. Créer des câbles sous-marins, sorte d’électroducs, concevoir un réseau international, by-passer la production d’une zone géographique à l’autre selon les besoins exprimés, l’heure et le fuseau horaire, apporter sur l’ensemble des garanties de protection et de protection de l’installation.

Pour exemple, l’Inde lance un appel d’offres (http://www.lemoci.com/011-59724-1-Appel-d-offres-transport-de-l-electricite-solaire-dans-le-Gujarat.html) pour le transport de l’électricité produite par une centrale solaire de 500 MW, celle de Paranka.

Mais cette stratégie de réseau mondial ne plaira pas à Biosphère ! son projet de social-écologie, de Deep Ecology, ne s’accommode que de la relocalisation et s’oppose à toute notion de réseau.

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L’Afrique et les Objectifs du Millénaire

La publication d’un rapport ou de statistiques permet de faire le point sur des données globales et d’aider à trier parmi les opinions. Ainsi de l’Afrique. Est-elle “mal partie” (René Dumont en 1962), “maudite” (Cinquante-ans-d-indépendances) ou “bien partie ” (|http://www.leaders.com.tn/article/pour-son-second-cinquantenaire-l-afrique-noire-est-bien-partie) ? Le rapport d’étape des OMD (http://www.un.org/fr/millenniumgoals/pdf/report2010.pdf), Objectifs du Millénaire pour le Développement (ONU), publié le 16 juin, autorise quelque analyse.

(C)OMD

Huit objectifs (http://www.ecoloinfo.com/2010/02/05/le-temps-presse-8-grands-realisateurs-tournent-le-film-8/), s’était donné la communauté internationale, afin de favoriser le développement des pays laissés pour compte. L’objectif N° 1, “Eradiquer l’extrême pauvreté et la faim” est, paraît-il, globalement atteignable. La crise a,certes, entraîné un ralentissement des progrès, mais la monde reste capable d’atteindre la cible qui est de réduire de moitié la proportion de population dont le revenu est inférieur à 1 $ par jour.

1 $ ou 1,25 $ ??. Car les tableaux qui suivent parlent de 1,25 $. Est-ce pour tenir compte de l’inflation ? Toujours est-il que l’Afrique Subsaharienne, celle qui nous intéresse aujourd’hui, avait 58 % de sa population qui vivait avec moins de 1,25 $/j en 1990. Il n’y en a que 51 % en 2005.

De plus, parmi tous ces gens qui vivent avec moins de 1,25 $/jour, il faut savoir que le revenu moyen était de 0,92 $ (- 26 %) en 1990. Ce revenu moyen est de 0,99 $ en 2005.

En matière d’emploi, en 1998, 82 % des travailleurs ne disposaient que d’un emploi précaire, c’est à dire qu’ils étaient soit à leur propre compte, soit au service de familles, mais non rémunérés. En 2008, cette proportion est encore de 75 %.

Certes, ce ne sont pas de pareils revenus qui peuvent bien contribuer à une nourriture suffisante. En 1990-92, 31 % de la population était dénutrie. En 2005-07, la proportion n’est plus que de 26 %. Malheureusement, les indicateurs actuels montrent que la crise alimentaire de 2009-10 fait très probablement remonter ces chiffres. Un enfant sur quatre de moins de 5 ans souffre d’insuffisance pondérale, ceux des zones rurales ayant deux fois plus de “chance” de souffrir d’insuffisance pondérale. Cette inégalité est également ventilée selon la richesse du groupe ou de la famille. Parmi la fraction des 20 % de la population la plus riche, il y a moins de 20 % d’enfant de moins de 5 ans qui soient dénutris. Mais parmi les 20 % de la population la plus pauvre, ce sont plus de 35 % des enfants de moins de 5 ans qui sont dénutris.

L’objectif N° 2 des OMD vise à “Assurer l’éducation primaire pour tous les enfants” et, au niveau mondial, l’espoir d’atteindre cet objectif diminue. En Afrique Subsaharienne, en 1999, le taux de scolarisation en primaire était de 58 %. Il est de 76 % en 2008, ce qui signifie qu’en moyenne, un enfant sur quatre n’est nullement scolarisé. Si cet enfant est une fille, que son entourage est pauvre et qu’elle vit en milieu rural, elle accumule les mauvais points et a peu de chance de pouvoir aller à l’école.

L’objectif N° 3 consiste à “Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes“. Qu’en est-il en matière de scolarité pour l’Afrique Subsaharienne ? En 2008, pour 100 garçons scolarisés en primaire, il y a 91 filles. Pour 100 garçons scolarisés en secondaire, il y a 79 filles. Et pour 100 garçons scolarisés en enseignement supérieur, il y a 67 filles. Car la pauvreté d’abord est un obstacle à l’éducation des filles les plus âgées.

Les hommes sont plus nombreux à avoir un emploi rémunéré, les femmes sont reléguées dans les emplois subalternes et précaires, elles sont sur-représentées dans le secteur informel où n’existent ni sécurité ni avantages sociaux. Les emplois de haut niveau sont réservés aux hommes. Et si les femmes accèdent parfois au pouvoir politique, ce n’est qu’à la condition que des mesures spéciales les y aident (quota).

L’objectif N° 4 des OMD a pour but de “Réduire la mortalité infantile des enfants de moins de 5 ans de 2/3 entre 1990 et 2015“. Ce taux était de 184 décès pour mille enfants de moins de 5 ans en 1990. Il est de 144 pour mille enfants en 2008. En Afrique Subsaharienne, autant dire que l’objectif est inatteignable !

Améliorer la santé des mères et réduire de 3/4 le taux de mortalité maternelle“, tel est l’objectif N° 5. En 1990, 41 % des accouchements se pratiquaient avec un personnel soignant qualifié. En 2008, ce sont 46 % des accouchements: faible évolution. Là également, la richesse décide de tout. En Afrique Subsaharienne, parmi les 20 % de femmes les plus pauvres, il en est 55 % qui sont examinées au moins une fois pendant leur grossesse. Parmi les 20 % les plus riches, elles sont … 85 % à être examinées au moins une fois.

Autre chiffre: le nombre de naissances pour mille filles de 15 à 19 ans. Il était de 124 en 1990, de 119 en 2000 et de 121 en 2007, autant dire qu’il ne bouge pas et que la contraception reste largement inexistante. Pour comparaison, dans l’ensemble des régions développées du monde, ce chiffre est de 23 pour mille en 2007.

L’objectif 6 vise à “Combattre le VIH, le paludisme et autres maladies” pour d’ici à 2015 enrayer la progression du VIH et inverser la tendance.

Assurer un environnement durable“; tel est l’objectif 7. En Afrique Subsaharienne, toujours, seuls 49 % de la population avaient un accès à une source d’eau améliorée. Ils sont 60 % en 2008. Par contre les installations sanitaires restent aujourd’hui encore un réel problème. Les utilisateurs d’installations sanitaires améliorées représentaient 28 % de la population en 1990, ils sont .. 31 % en 2008 c’est à dire aucun progrès.Les utilisateurs d’installations non améliorées et d’installations collectives totalisaient 36 % en 1990 et 42 % en 2008. Enfin, les pratiquants bien malgré eux de la défécation à l’air libre représentaient 36 % de la population en 1990 et encore 27 % en 2008.

La population urbaine d’Afrique Subsaharienne vit pour 70 % (en 1990) et encore 62 % (en 2010), dans des taudis ou bidonvilles.

Dernier objectif, le N° 8, qui vise à “Mettre en place un partenariat mondial en consacrant 0,7 % du Revenu National Brut à l’aide au Développement (APD)“. Ont atteint ou dépassent ce chiffre, le Danemark (0,83), le Luxembourg (1,0), les Pays-Bas (0,80), la Norvège, la Suède (1,01 %). La France se situe entre 0,44 et 0,48 %, l’Allemagne à 0,40, l’Autriche 0,37, le Portugal 0,34, la Grèce 0,21 (on est rassurés, ce n’est pas là qu’elle a dilapidé ses finances !) et l’Italie, bonne dernière avec 0,20 %.

Tous ces chiffres concernent l’Afrique Subsaharienne, c’est à dire, pour l’ONU, tous les pays africains au sud du Sahara, donc y compris l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Sud. En clair, c’est toute l’Afrique sauf la bande qui va de la Mauritanie à l’Egypte.

Donc, dans cette Afrique Subsaharienne, il y a le Mali, classé 178° pays sur 182 par la même ONU en ce qui concerne le développement humain. Compte tenu de cette extrême pauvreté, il est certain que tous les chiffres applicables au Mali se situent dans la partie la plus défavorable de la fourchette. Et pourtant Amadou Toumani Touré, Président du Mali, (Le Figaro, 29/06/2010) attend beaucoup de la découverte de pétrole dans le nord du pays (en plein dans cette zone où s’agitent AQMI et autres trafiquants). Il considère le pétrole comme une bénédiction car les richesses qu’il apportera permettront de pacifier la région (est-ce certain ?), de créer des écoles, des dispensaires, bref d’atteindre les Objectifs du Millénaire au moins en ce qui concerne l’eau, la santé et l’éducation. Mais il voit aussi le pétrole comme une malédiction (gestion non transparente, atteintes à l’environnement, ..) et pour cela veut s’inspirer de la gestion de son fonds pétrolier par la Norvège.

Dans un récent entretien sur France O (http://www.la1ere.fr/infos/actualites/afrique-aminata-traorele-choix-du-modele-economique-ne-nous-a-jamais-ete-laisse_25901.html), Aminata Traoré ne prend pas position au sujet des chiffres des OMD. Elle s’élève juste contre une analyse qui voudrait déduire de la moindre souffrance de l’Afrique dans le contexte de crise que tout va bien et que le continent est en passe d’émerger. Les chiffres précédents le prouvent encore, Aminata Traoré le dit bien: « Tout cela ne signifie pas pour autant davantage de prospérité, de paix et de respect pour les africains ». Aminata Traoré considère que « l’Afrique s’est laissée dicter un agenda qui n’a rien à voir avec les besoins des africains, dans les domaines de l’emploi, de l’environnement, de l’alimentation, de l’éducation, … Il faudrait que l’Afrique fasse le choix de SON modèle économique et mette un terme au modèle prédateur qui met à sac le continent ».

Aminata Traoré (DR)

Enfin, dans une récente interview du Monde (24/06/2010), c’est Pascal Lamy, le Directeur Général de l’OMC, qui apporte un autre point de vue. Lui non plus ne parle pas directement des résultats d’étape des OMD, mais il s’en inspire quand il souligne la diminution de la pauvreté grâce à l’ouverture des marchés et à la mondialisation. Il s’en inspire quand il souhaite la conclusion des négociations de Doha et la conclusion d’accords mondiaux et non plus bilatéraux, car ce ne sont pas ces accords qui pourront résoudre les questions des barrières tarifaires ou des subventions agricoles. « Il faut que les pays en développement puissent mieux valoriser leur potentiel agricole ». Il s’en inspire encore quand il souligne que l’Europe est très pessimiste en matière de mondialisation, et peut-être avec raison. « Pour maintenir son modèle social, sans doute le meilleur, elle a besoin de croissance et de démographie. Elle n’a aucune des deux. Il lui faut donc soit renoncer à ce fameux modèle social, soit accepter l’immigration, soit faire des réformes de structure qui augmentent le potentiel de croissance. Plus facile à dire qu’à faire ! » Il s’en inspire enfin lorsqu’il dit que la réduction de la pauvreté n’est pas suffisante. Si l’on veut que le politique remplace l’économique (voire le financier et le spéculatif) en matière de développement mondial, il faut aussi lutter contre les inégalités et accorder plus d’attention à la redistribution supranationale, c’est à dire … donner au moins les 0,7 % du PIB prévus par les OMD !

Pascal Lamy (C)Weforum+Swiss Image+Rémy Steinneger

En conclusion, l’Afrique noire subsaharienne a encore beaucoup de chemin à faire. L’y aider est indispensable et relève d’une solidarité beaucoup plus internationale, en tout cas beaucoup plus européenne qu’elle ne l’est actuellement. Il est intéressant de constater que des questions comme le pétrole (son coût, son exploitation, le peak oil, ..), la santé (palu, hygiène, salubrité, ..), l’émigration et l’immigration (qualitative et quantitative, pour quelle reconnaissance, ..), sont des questions récurrentes lorsque l’on parle du développement solidaire. Ce n’est pas pour rien que ce blog a choisi ces thèmes.

Aminata Traoré ne croit pas au “marché”. ATT et Pascal Lamy y croient. Mais tous se rejoignent pour dire que la France seule ne peut plus grand chose pour l’Afrique. Au contraire, c’est elle qui a besoin de l’Afrique, c’est elle qui doit jouer la carte de l’amitié et de la solidarité si elle ne veut pas que la Chine n’écrive qu’une nouvelle étape de l’exploitation de l’Afrique.

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Egypte

L’eau du Fleuve-Dieu

90% des besoins en eau (domestique, agriculture, industrie, tourisme, …) de l’Egypte proviennent du Nil (http://fr.wikipedia.org/wiki/Nil). On comprend mieux alors la stupeur et l’effarement des autorités égyptiennes lorsqu’elles ont appris que l’Ethiopie, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie dénonçaient un accord vieux comme le monde et qui concernait la répartition des eaux du fleuve. Le Kenya également a fait savoir qu’il pouvait rejoindre cette position.

Le Nil à Aswan

Il existe un traité signé entre ces pays, le Soudan en plus, qui date de 1929, c’est à dire presque dans une autre histoire ! Ce traité a été amendé en 1959, mais les ratios de débit du fleuve accordés à l’Egypte et au Soudan sont restés inchangés, à savoir 55,5 milliards de m3 à l’Egypte et 18,5 milliards de m3 au Soudan. La somme de ces deux “concessions” représente 87% du débit du fleuve.De plus, un droit de veto est accordé à l’Egypte à l’encontre des travaux qui pourraient affecter le débit du Nil. L’attribution de ce droit de véto témoigne de l’esprit “inégalitaire” qui régnait lors des discussions: il n’est d’ailleurs pas un vain mot puisque Sadate avait proféré des menaces de bombardement de l’Ethiopie à propos d’un projet de canal d’irrigation.

Or, les pays d’amont réclament depuis plus d’une dizaine d’années la révision équitable de ce traité. Ils ont besoin d’eau pour leur irrigation et pour la construction de centrales hydroélectriques. Certaine de son bon droit et confiante dans le fait que les pays occidentaux ne s’engageront pas aux cotés des pays d’amont pour de grands travaux afin de ne pas lui déplaire, et quelque peu hautaine, l’Egypte fait la sourde oreille et préconise aux pays du sud qu’avant de revendiquer un nouveau partage des eaux, ils seraient bien avisés de faire un effort pour remédier aux pertes considérables d’eau du Nil liées à l’évaporation, aux pertes par infiltration ou par diffusion dans des marais.

Même si des efforts peuvent être réalisés, cela semble pourtant bien difficile de canaliser Nil Bleu et Nil Blanc, d’assécher des marais, de bétonner, étanchéifier et canaliser un fleuve. C’est n’avoir pour seul résultat que de contrarier la nature et de courir vers un désastre écologique.

Alors, il faudra bien arriver à s’entendre. Et si les pays du sud ont pris cette décision, c’est parce que les rapports internationaux sont en train de changer en Afrique et que la Chine, peut-être, pourrait aider ces pays à financer et réaliser leurs grands projets. Il faudra bien arriver à s’entendre et le plus tôt sera le mieux. Accessoirement, ce dossier est susceptible de réorienter quelque peu la politique de l’Egypte. Voilà un pays situé en Afrique, dont les racines profondes sont essentiellement africaines, mais qui tourne le dos à l’Afrique en voulant jouer un rôle majeur au Proche-Orient.

Le Nil à Disuk (Delta)

Cette histoire d’eau pourrait bien servir à l’Egypte, si elle modifie son comportement (http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2010/5/19/egypt2.htm), de renouveau à sa politique africaine.