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Mali

50 « Drapeau Rouge » pour le Mali

L’information est pour le moins “curieuse” et assez “choquante” ! La Chine vient d’offrir au Mali un cadeau d’anniversaire (Cinquante-ans-d-indépendances) constitué de 50 limousines de haut luxe Hong Qi 3, ce qui se traduit par “Drapeau Rouge”.

HQ3 « Drapeau Rouge » (DR)

Un premier lot, estimé à 822 millions de francs CFA, constitué de 20 voitures, a été réceptionné ce 17 septembre. Soit 41 millions de FCFA par voiture, soit 62500 € !

Ces voitures, qui participeront dans cinq jours aux cérémonies d’anniversaire, ont fait, selon l’ambassadeur de Chine au Mali, « l’objet d’une commande spéciale destinée à répondre aux besoins du Mali ».

Qui a passé cette “commande spéciale” ? Le Mali ? ou la Chine ? S’il s’agit de la Chine, est-ce vraiment une « commande », est-ce vraiment un « cadeau » quand on sait que le pays a vendu … ONZE véhicules (http://www.leblogauto.com/2007/12/hong-qi-3.html) de ce type depuis janvier 2010. Il faut dire qu’il les vend 1280000 yuan soit 145000 € l’un ! Quoi qu’il en soit, si la Chine a de l’argent à offrir, elle pourrait choisir ses cadeaux avec un peu plus d’à-propos et évaluer de façon plus précise les « besoins » du Mali.

S’il s’agit du Mali, il n’est pas dans mes projets de lui reprocher de choisir des voitures de parade comme cadeau (mais 50 ??!!). On peut se demander cependant s’il n’eut pas été préférable que le Mali sollicite la Chine pour se voir offrir des véhicules plus modestes, plus utilitaires, et moins gourmands. Des véhicules électriques, par exemple, ou hybrides …

Tout le monde y aurait gagné: le Mali en simplicité, la Chine en savoir-faire et l’environnement en CO2 non rejeté et en pétrole non consommé.

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Ecologie

Trafics de déchets

Dans son édition du 26 août, Le Monde a publié (page 2) un curieux entrefilet, classé sous une rubrique “environnement”, qui faisait était du renvoi par le Brésil et vers l’Allemagne de 22 tonnes d’ordures ménagères allemandes entrées illégalement sur son territoire. Cette information a été rendue publique par l’Institut Brésilien de l’Environnement qui a précisé qu’une amende de 668000 € avait été infligée au transporteur et une amende de 177000 € à l’importateur.

Aucune autre information n’étant donnée dans le reste du journal, on reste un peu sur notre faim. Il en a été trop dit, ou pas assez. Et cela est bien regrettable puisqu’il faut trouver d’autres explications dans le Journal de l’Environnement par exemple (http://www.journaldelenvironnement.net/article/le-bresil-ne-veut-pas-etre-la-poubelle-des-europeens,18722). Et l’on y apprend que cette affaire n’est pas la première.

Centre d’enfouissement au Venezuela

22 tonnes, c’est en fait dérisoire. Cela ne représente pas plus que le contenu d’un conteneur maritime de 40′, UNE semi-remorque de poids lourd de 40 tonnes ! Et s’il s’agit véritablement de déchets ménagers, cela tient dans un conteneur de 20′ !!. Lorsque l’on sait que l’exportateur, une entreprise de Hong-Kong, avait qualifié ces déchets de “plastique recyclable” dont la provenance était la République Tchèque, on est en droit de se demander combien de conteneurs faussement identifiés et dont l’origine est mensongère ont pu passer les mailles du filet douanier du Brésil. En 2009, lorsque les anglais s’étaient fait pincer pour un même trafic, ce sont … 1400 tonnes qui leur ont été retournées. C’est un peu plus conséquent et probablement plus proche de la vérité pour l’affaire qui nous concerne aujourd’hui. Il est en effet difficile d’imaginer un exportateur prendre des risques sur un seul conteneur.

Le Monde nous parle de déchets ménagers, le Journal de l’Environnement nous parle de déchets ménagers dont certains classés dangereux. Il y a là beaucoup de confusions: les déchets ménagers ne sont pas dangereux, et les déchets dangereux des ménages ne sont pas des déchets ménagers !! Et tout ceci n’a rien à voir avec de prétendus déchets plastiques. En première observation, on peut noter que l’Allemagne est l’un des pays européens où le tri des déchets des ménages est le plus développé, et donc s’interroger sur ces mélanges qui n’ont pas de raison d’être. Qui et comment peut encore trouver un intérêt à stocker des ordures ménagères brutes pour les envoyer au bout du monde ? Personne, à vrai dire et ce ne sont probablement pas des ordures ménagères ! En seconde observation, d’aucuns se souviendront d’une filière identique qui a concerné la France au détour des années 90 et qui consistait pour l’Allemagne à se défaire de ses déchets plastiques auprès d’entreprises (peu regardantes) qui avaient trouvé juteux le filon du recyclage subventionné. Malheureusement, il est vite apparu qu’au nom de déchets plastiques, ce sont souvent des déchets d’hôpitaux (poches de sang, seringues et tubulures) qui entraient en France. Est-ce que cette filière est maintenant orientée vers le Brésil ?

Enfin, dernière constatation; le Brésil a beau faire partie des BRIC, ces pays en rapide développement, les industriels véreux du vieux continent ne le considèrent pas moins comme un pays “pauvre”, un pays où la main d’œuvre sous-payée est tout juste bonne pour trier, enterrer ou incinérer nos ordures.

Quant à l’Allemagne, qu’en dit-elle ? Silence radio jusqu’à ce jour …

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Développement solidaire

Les ouvriers d’Asie se révoltent ?

Dans son édition du 10 août 2010, Le Monde a publié un éditorial d’une rare indigence. Sous le titre « Bonne nouvelle: les ouvriers d’Asie se révoltent », il y est question des luttes sociales en Chine et au Bangladesh, prenant pour exemple les salariés de Foxconn et de Honda ou les ouvriers du textile.

Faisant appel à un marxisme de collégien (ou tel un tract du Nouveau Parti Anticapitaliste), la rédaction veut nous persuader que la capacité de la classe ouvrière à se révolter n’est pas morte et qu’elle met fin à l’illusion des économistes et des chefs d’entreprises occidentaux qui voyaient en Asie un réservoir inépuisable de main d’œuvre.

Dans les faits, tout d’abord, la révolte justifiée de quelques milliers d’ouvriers n’est pas la révolte d’une classe ouvrière. Et ils sont encore plusieurs centaines de milliers de paysans à quitter leurs terres pour se vendre sur les chantiers des grandes villes. Ils sont encore plusieurs milliers à être rejetés, sans dire un mot, lorsque les chantiers sont achevés (JO ou Expo Universelle) ou lorsque la crise frappe la construction.

Mais admettons que ces révoltes soient l’hirondelle qui fait le printemps et qui annonce un temps nouveau pour la classe ouvrière. Marx n’y sera pour rien, qui n’a fait qu’écrire une explication des luttes économiques et sociales en contrepoint de celle d’Adam Smith, l’un voyant en blanc ce que l’autre voit en noir ! Il est d’une évidence absolue que la montée de la richesse dans les pays d’Asie entraîne déjà et entraînera davantage encore une évolution du niveau de vie de la population. Et seules des caricatures d’économistes ou de capitalistes, comme savent en produire les marxistes naïfs, ont pu s’imaginer que les masses asiatiques seraient soumises à perpétuité !

Le niveau de vie s’élève et s’élèvera, la qualité des produits s’améliore et s’améliorera, la sécurité des installations et des process grandit et grandira, l’environnement gagne déjà à être respecté et le sera davantage encore, et cela nous amène à la seconde partie de cet éditorial.

Où il est dit que la résultante de ces conflits (l’augmentation des salaires) est une bonne nouvelle économique et morale. Parce que la mondialisation ne peut être durable que si elle est équitable et parce que l’augmentation du coût salarial va rendre la délocalisation des emplois occidentaux de plus en plus coûteuse. Ce qui protègera nos emplois et permettra à nos industries de vendre “des sacs à mains et des automobiles”.

Que faut-il admirer le plus ? l’optimisme béat de cet éditorial ou sa naïveté ?

Les travailleurs chinois, indiens ou bengalis ne travaillent pas pour sauver nos emplois, mais pour capter l’essentiel de l’activité industrielle mondiale. Qu’ont-ils à faire de nos sacs à main, nécessairement de luxe, et qui ne satisferont que l’extrême-bourgeoisie de leurs pays ? De même, qu’ont-ils à faire de nos voitures que, dans un ou deux couples d’années, ils auront remplacées par les leurs ?

La mondialisation, ça ne se résume pas à la délocalisation ! La mondialisation de l’économie, en marche depuis les routes de la soie, de l’encens, du sel, (ce n’est donc pas d’aujourd’hui), c’est une rationalisation des circuits commerciaux: matières premières, fabrication, distribution, ventes. La délocalisation des entreprises occidentales vers l’Asie est sans doute le chant du cygne de ces entreprises.

Demain, nous aurons en tête de pont les entreprises capitalistes indiennes, chinoises. Avec elles, elles auront la force de travail par le nombre et par la jeunesse (nous, nous serons vieux et lutterons encore contre l’immigration clandestine), elles auront la capacité d’inventer et de TOUT remettre en cause (regardez donc cette histoire de bus géant (http://www.umiwi.com/video/detail1541) en 3D), elles auront les matières premières qu’elles exploiteront sur place ou bien en Afrique ou bien en Amérique Latine, elles auront l’eau, elles auront les terres agricoles, elles auront les énergies alternatives. Et nous n’aurons que nos paysages et nos monuments que des tour-operators asiatiques feront visiter comme vestiges de l’Ancien Monde, après en avoir âprement discuté les conditions financières.

Qui est l’auteur de cet éditorial simpliste ? Pas le service économique, espérons-le ? Alors, le Service Politique abandonné aux mains de quelques stagiaires d’été ? Le service minimal d’été n’excuse pas tout et la pauvreté de ce texte fait honte au lecteur fidèle.

Ouvriers chinois en Côte d’Ivoire (DR)
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Ecologie

La décroissance ne s’applique pas qu’aux pays de l’OCDE

Dans son supplément magazine du 17 juillet, Le Monde publie un court dossier consacré, sous la rubrique “La tendance”, aux décroissants. A vrai dire, en février 2009, l’émission “Envoyé Spécial » (Envoyé-Spécial-chez-les-décroissants) avait déjà abordé ce sujet et le changement de média tout comme le changement de support n’ont pas modifié grand chose à la superficialité de l’approche. Aujourd’hui comme hier, on nous fait la description d’individus qui sont convaincus de faire changer les choses parce qu’ils ont, à titre personnel et strictement individuel, décidé de changer de style de vie. Tout comme Conrad Schmidt (Le-monde-de-Conrad-Schmidt), leur réflexion s’arrête à la porte de leur foyer, dès lors qu’ont été supprimés la viande, les automobiles et l’avion. Seul reste l’internet, ce nouveau média censé permettre une connaissance satisfaisante du monde et autorisant surtout une prise de parole largement démultipliée.

On pourrait noter, pour s’en amuser, une forte tendance de ces décroissants à vouloir vivre au chaud et au soleil: Marseille, Forcalquier, la Drôme, l’Ardèche, l’Ariège, … mais la chose n’est pas nouvelle puisque les décroissants de 68 avaient déjà choisi le Larzac. Plus gravement on notera à nouveau l’absence totale de référence à ce que leur comportement peut apporter au reste du monde, celui qui est en développement (comme on dit pudiquement), celui qui a faim et soif, celui qui veut accéder aux richesses que notre Occident étale et que certains dénoncent. Que l’on se rassure, Yves Cochet nous explique que « la décroissance ne s’applique qu’aux pays de l’OCDE » mais que les pays en développement doivent savoir qu’ils n’atteindront jamais le niveau de vie occidental. Mais quelle croissance doivent-ils appliquer ? A quoi doivent-ils dès à présent renoncer en termes d’espoirs et d’objectifs ? Et qui, et comment, choisira le seuil de développement ? Par exemple, s’équiper en électricité doit-il s’accompagner du renoncement à la climatisation ? Développer les communications doit-il s’accompagner d’une forte restriction de l’usage de la voiture individuelle ?

En fait, le dossier dont il est question fait un peu l’amalgame entre deux tendances très distinctes des décroissants, et ne s’en cache pas. Mais ces deux tendances sont strictement incompatibles et il est cocasse de voir s’exprimer Yves Cochet, Serge Latouche ou Vincent Cheynet (tiens, il manque Paccalet !) à propos de ces adeptes de l’An 01. Eux sont plutôt partisans d’une révolution (Niqab-automobile-et-société-social-écologiste), non seulement culturelle, mais aussi matérielle, dont les attendus sont parfois fort peu démocratiques quoi qu’ils en disent à longueur de colonnes et de blogs.

Quant aux autres, on les retrouve malheureusement trop souvent porte-paroles d’une idéologie passéiste, du retour vers des années qui étaient meilleures, plus saines, plus conviviales, plus ceci ou plus cela. Ils oublient simplement de dire que ces année-là étaient également les années sans l’eau sur l’évier, sans l’électricité le soir à la maison et sans beaucoup d’espoir pour les enfants s’ils ne pouvaient aller à la ville pour étudier au-delà du certificat d’études.

Je reviens d’Italie, Région du Trentin-Haut-Adige, zone du massif de la Brenta (une merveille !). La promotion touristique de la région s’articule autour de la nature, des sports (rafting, escalade, randonnée, …), de l’art, de la culture, de la gastronomie et c’est très bien fait. Pour être dans l’air du temps, alors que d’autres maisons de l’environnement sont abandonnées par faute de crédits dans cette même région, il a été ouvert par le Parc Naturel Adamello Brenta (PNAB) une Maison de la Nature (http://www.pnab.it/vivere_il_parco/proposte_vacanza.html) qui s’est donné pour objectif de faire découvrir la nature, le ciel, les plantes utilisables en médecine douce, les vieilles recettes de cuisine, les randonnées avec un âne, la découverte des activités rurales traditionnelles (fenaison) ou la connaissance des animaux (bovins, ovins, poules, etc …) le tout pour plus de 400 € par personne et par semaine !

Dolomites de la Brenta

J’arrive à la maison pour découvrir dans le journal local qu’une association écologiste vient de réaliser le fauchage de 3400 m² avec deux percherons, dans le but de promouvoir le retour à une agriculture économe en énergie !

Tant que l’on en restera à l’une ou l’autre de ces deux expressions de l’écologie contemporaine, la “radicale” et la “passéiste”, il y a peu de chances que l’idée même de vivre autrement puisse trouver matière à se développer.