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La jeune africaine (2)

Il lui restait à comprendre ce qu’était ce bracelet et tapa donc « afrique + bracelet + coquillage » dans la barre de recherche de son Firefox. La réponse fut essentiellement commerciale : beaucoup de bijoux africains, des bracelets, mais aussi des colliers, des colifichets divers, à des prix assez raisonnables et qui tous utilisaient ce coquillage appelé cauri. Mais avant tout, qu’est-ce que c’est que ce cauri ? Un coquillage ! Cela, il le savait déjà. Mais un coquillage originaire d’Asie, des Iles Maldives ou des Indes. Il n’y en a pas sur les côtes africaines de l’Ouest ! C’est la plus ancienne monnaie chinoise connue et c’était la monnaie utilisée dans les anciens empires du Ghana, du Mali et du Songhaï, les empires africains d’avant la colonisation. De plus, il avait une valeur religieuse, culturelle (prêtres animistes, guérisseurs ou sorciers), ainsi qu’une valeur symbolique. Leur forme rappelant le sexe féminin, les cauris étaient utilisés lors des rites de fécondité.

Cette explication lui permit de comprendre pourquoi les sites vendant de tels bijoux le faisaient en précisant parfois l’origine indienne des cauris. Il trouva des bracelets composés de lanières de cuir tressées et entrecroisées sur les coquillages, ou des bracelets faits de cauris enfilés comme des perles sur deux ou trois rangs, voire sur une dizaine de rangs pour un exceptionnel bracelet de cheville, mais il ne trouva pas « son » bracelet.

Qu’importe. Il comprenait désormais la signification de chacun des objets qu’il avait entre les mains. Il n’en comprenait pas la signification globale : qui en était le propriétaire ? Quel attachement pouvait-il avoir avec ce bracelet et cette statuette ? Qui était cette jeune fille ?

Une fois l’ordinateur éteint, il alla se coucher. Demain débutait un beau week-end qu’il avait décidé de consacrer à la neige en faisant une longue randonnée sur les hauts plateaux du Vercors avec quelques amis d’une association spécialisée dans la découverte de la nature.

Tôt lundi matin, un collègue de l’entreprise vint le prendre à son domicile avec une voiture de service. Ils étaient en mission pour la journée à une cinquantaine de km de là. Ce n’est donc que le soir, après le travail, qu’il reprit à pied le chemin de retour vers son domicile. Sans même que cette pensée n’eut effleuré son esprit par anticipation, il découvrit avec stupéfaction que la vieille bicyclette sans roue avant n’était plus attachée à son poteau de signalisation urbaine : elle avait été enlevée. C’est alors qu’il se rendit compte que toutes ses recherches du vendredi soir à propos de la statuette, du bracelet, du numéro de téléphone, lui étaient entièrement sorties de l’esprit. Ni les courses au centre commercial du samedi, ni la randonnée en raquettes du dimanche avec les amis, ni la journée de travail qu’il venait d’achever n’avaient été en quoi que ce soit perturbées, dérangées, interrompues par quelques pensées relatives au propriétaire de ce vélo abandonné. Subitement une forme d’angoisse mêlée de mauvaise conscience envahit son esprit. Et si c’était le propriétaire du vélo qui était venu rechercher son bien pendant le week-end ? Qui avait profité d’un peu de disponibilité pendant son jour de repos pour faire cela ? Et que doit-il dire maintenant en constatant que la petite sacoche est vide ? Rapidement, il se rassura en se disant que ce n’était pas possible, qu’il aurait bien pu récupérer son vélo depuis deux semaines même s’il n’était libre que le samedi ou le dimanche. Non, ce sont probablement les services de nettoiement qui ont réalisé ce que je souhaitais si fort. Enfin. Ils ont eu raison, je les approuve.

Mais si ce n’est pas le propriétaire qui est venu reprendre son épave, pour quelles raisons ne l’a t-il pas fait ? Qui est-il ? Où est-il ? On peut penser que c’est un africain, mais comment le retrouver ? Et puis, pourquoi le retrouver ? Et si j’y arrive, qu’est ce que je ferai de plus ? Lui restituer ses objets personnels ? Savoir. Il voulait savoir, savoir et comprendre. Un seul élément pouvait lui permettre d’en savoir davantage: appeler ce qui semblait être un numéro de téléphone Il décida donc de le faire dès qu’il en aurait l’occasion. Après, en fonction des résultats, il verrait bien …

Ce n’est qu’en fin de semaine, vendredi soir, qu’il se remit à ses investigations. L’idée que les communications téléphoniques devaient être assez onéreuses vers les pays d’Afrique lui traversa l’esprit. Il fit alors quelques recherches sur Internet et découvrit Téléplanète. Etait-ce le moins cher ? Rien ne permettait de l’affirmer, il était cependant nettement moins onéreux que les fournisseurs d’accès français présents sur le marché. Une forme de peur, d’appréhension, d’inquiétude quant au bien-fondé de sa démarche le retenait d’agir. D’abord, qui vais-je trouver ? La seule personne qui peut être mon interlocutrice est cette jeune fille, celle de la photo, qui pourrait s’appeler Kadiatou. Mais que vais-je lui dire ? Que va t-elle déduire du fait que j’ai entre les mains des objets qui appartiennent à quelqu’un qui la connaît, un membre de sa famille ? Et si elle me demande des nouvelles de cette personne, mais que puis-je lui dire ? Et si elle me communique un message, des informations à lui remettre, mais comment vais-je les transmettre ?

Il décida de remettre au lendemain son appel téléphonique, parce que la nuit était tombée depuis longtemps, ici comme là-bas au Mali, et parce que cela lui donnait encore une nuit de réflexion, une nuit de délai.

Il appela pour la première fois le lendemain dans l’après-midi. Au bout du fil, il eut ce qui lui semblait être une femme un peu âgée, en raison de la fatigue qu’il ressentait dans la voix. Il lui fut difficile, très difficile, de se présenter, de dire qu’il appelait de France, qu’il s’excusait de déranger, que peut-être il n’aurait pas du téléphoner mais qu’il avait trouvé des objets et surtout une photo avec le numéro de téléphone qu’il appelait en ce moment, est-ce qu’il y a une jeune fille qui s’appelle Kadiatou ? Oui, alors est-ce qu’il pourrait lui parler ? Non, elle est allée jouer, mais quand dois-je l’appeler ? Le soir, vers 17 heures ou 18 heures, tout à l’heure, quand elle revient à la maison, ou en semaine quand elle revient de l’école, quand elle prépare le repas. Mais qu’est-ce que vous voulez lui dire à Kadiatou ? Il faut rappeler demain soir, il y aura quelqu’un. Il s’en sortit avec une sorte de pirouette et dit qu’il rappellerait effectivement demain. En fait, il lui fut facile de couper la communication sans trop de brutalité, mais il avait besoin de mettre un peu d’ordre dans ses idées.

Dimanche vers 17 heures 30, au coucher du soleil, il s’installa le plus confortablement qu’il put, prit avec lui un stylo et du papier (on sait jamais), et appela. Très rapidement, un voix d’homme, forte et énergique, l’interpella avec un peu de rudesse. Il en conclut que son appel était attendu et que le téléphone mobile avait indiqué un numéro étranger. Et il dut répéter ce qu’il avait déjà dit la veille. Qu’il appelait de France. Qu’il était français. Qu’il travaillait en France. Qu’il avait trouvé des objets dans un vieux vélo abandonné; une statuette, un bracelet de cauris et surtout la photo d’une jeune fille. Elle s’appelait Kadiatou, le nom était marqué au dos. Qu’il y avait aussi un numéro de téléphone. C’est pourquoi il appelait. Hier, une femme lui avait dit qu’il pourrait lui parler ce soir. Et ce soir, c’est un homme qui ne lui pose que des questions ? Qui êtes-vous ? Et voilà qu’il fallait tout recommencer. Après plusieurs interrogatoires de ce genre, il n’était pas beaucoup plus avancé, si ce n’est qu’il avait appris que son interlocuteur, Keita, était le Chef du quartier et que la femme qui lui avait répondu hier était la mère de Kadiatou, qu’elle était jeune (contrairement à son impression de la veille), qu’elle avait eu quatre enfants, que Kadiatou était la dernière. Alors, subitement, il haussa quelque peu la voix et demanda : « Est-ce que je peux lui parler à Kadiatou ?, elle est à coté de vous ? » et à sa grande stupéfaction, la réponse qui lui parvint fut positive.

Kadiatou avait un voix douce et timide. Elle écoutait, attentive. Bien entendu, il dut encore répéter la presque totalité de ce qu’il avait déjà dit trois ou quatre fois, expliquer la nature de la photo, la position qu’y tenait Kadiatou, assise sur un canapé brun verdâtre, regardant le photographe droit dans les yeux. Il dut également décrire la statuette et le bracelet, répondre à de nombreuses questions.
« C’est mon père », dit-elle avec une nouvelle et surprenante fermeté.

Nous habitons Bamako, enfin un quartier de Bamako qui s’appelle Badalabougou.

Mon père est parti voici trois mois, quatre mois, juste avant la saison des pluies.

Mon père n’a emporté que quelques vêtements, un peu d’argent et cette statuette et ce bracelet.

Mon père s’appelle Amadou, Amadou Djiguiba.

Nous n’avions pas de nouvelles de mon père.

Quand il aura gagné de l’argent, mon père nous en enverra. Et alors il reviendra.

Je suis contente, je vais le dire à ma mère et à ma famille, ça veut dire que mon père est en France et qu’il a réussi.

Je suis contente, monsieur, comment tu t’appelles, monsieur ?

Bracelet de cauris

 »A suivre »

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La jeune africaine (1)

Alors qu’il pressait le pas pour rentrer chez lui, son regard fut attiré par cette bicyclette toujours cadenassée au poteau du panneau «Défense de stationner». Attiré une nouvelle fois, parce que cela faisait bien douze ou quinze jours, pratiquement deux semaines, qu’elle était là, avachie à cause de l’absence de sa roue avant. Il eut une rapide pensée pour se dire que les services de nettoiement municipaux devraient bien s’occuper d’enlever de telles épaves que personne ne viendra plus jamais récupérer. La neige avait cessé de tomber depuis le début de l’après-midi et une sorte de soupe grisâtre garnissait le trottoir. Il ne faisait pas chaud et la lumière du lampadaire voisin n’éclairait que faiblement ce bout de rue peu fréquentée. Ce n’est pas qu’il avait vraiment l’envie de s’arrêter, mais son regard fut intrigué par la petite sacoche de plastique noir qui pendait sous la selle. La position du vélo, agenouillé sur sa fourche avant, mettait en évidence cette sacoche habituellement destinée à y garder un petit nécessaire de réparation en cas de crevaison ; des rustines, un tube de colle pour pneus, un petit grattoir et deux démonte-pneus. La curiosité fut la plus forte. Après un rapide coup d’œil alentour, surtout destiné à se donner confiance, il se pencha et ouvrit la sacoche avec difficulté. Le plastique raidi par le froid n’était pas facile à manipuler et les pattes de fermeture ne se laissaient pas plier.

Comme s’il savait par avance que cette sacoche n’était pas vide, il ne fut pas surpris de trouver un chiffon blanc, roulé sur quelque chose de solide et dur, qu’il fourra rapidement dans la poche de son blouson. Toujours ce petit sentiment de culpabilité. Mais en fait que pouvait-on lui reprocher ? Voilà plus d’une semaine que ce vélo délabré était là et son propriétaire lui-même avait probablement abandonné l’idée de le reprendre ! Et si demain, les fameux services de nettoiement le prennent en charge, c’est peut-être eux qui auront l’idée d’ouvrir la sacoche. Ou bien alors, le vélo passera directement dans la benne à ferrailles et c’en sera fini de lui.
Il poursuivit sa route, les mains dans les poches, se hâtant dans les rues désertes, sa respiration rapide libérant à intervalles réguliers un léger panache de vapeur d’eau. Parvenu chez lui, il escalada ses trois étages et se retrouva dans son petit appartement. Il accrocha son blouson et se mit à l’aise. Le rituel de tous les jours précédents, depuis des mois et des mois, consistait à allumer la télévision et à l’écouter distraitement pendant qu’il préparait le repas. Il n’en fit rien. Il sortit de la poche du blouson le paquet récupéré dans la sacoche du vélo, le posa sur la table de la cuisine et déroula le chiffon blanc.

Le contenu libéré le laissa totalement interloqué. Plus ou moins, il s’attendait à trouver là soit les outils traditionnels du cycliste, soit des objets courants de la vie quotidienne, du genre trousseau de clefs, lampe de poche ou porte-monnaie. Certes, il y avait quelques dizaines de centimes d’euro qui s’échappèrent des plis du chiffon blanc, mais il y avait aussi une photo, un bracelet et une statuette.

La statuette était des plus curieuses. C’est pourquoi, il la prit dans les mains et s’attarda à l’examiner. Elle était en bronze. Ou plus exactement en métal présentant une couleur voisine de celle du bronze. Il avait à l’esprit des statues de bronze, soit des statues monumentales vues dans tel ou tel square d’une grande ville, soit des statuettes de plus petite taille rencontrées dans des expositions regroupant les artistes amateurs, peintres, sculpteurs, tailleurs sur bois, … Dans un cas comme dans l’autre, le bronze était un métal dense, lisse, patiné, parfois très brillant. Ce n’était pas le cas avec le métal de cette statuette. Bien que ferme et rigide, le métal semblait mousseux, comme si des bulles d’air minuscules étaient restées enfermées lors de son refroidissement. La multitude de ces bulles faisaient que la surface n’était pas lisse, mais rugueuse, irrégulière, un peu agressive au toucher. Il eut rapidement la certitude que cette statuette n’était pas faite d’un métal pur coulé dans un moule, mais d’un mélange de métaux mal amalgamés. Lourde et haute d’une douzaine de centimètres, large de six à sept centimètres, la statuette représentait un couple, un homme et une femme, assis cote à cote sur une sorte de banc. Les deux personnages étaient filiformes et leurs membres, en particulier les jambes, étaient exagérément allongés. Pour seul vêtement, chacun d’entre eux avait une sorte d’écharpe ou de mantelet couvrant tout juste les épaules. Aucune incertitude quant au sexe de chacun des personnages. L’homme présentait une barbe très épanouie et un sexe proéminent et la femme ne cachait pas ses seins fiers et oblongs. Dans sa main gauche, l’homme tenait ce qui pouvait être assimilé à un éventail végétal formé d’une simple et grande feuille dont on distinguait nettement les nervures. La femme, pour sa part, tenait dans la main droite, posé sur ses genoux, un pot. Etait-ce un pot à onguent ? Homme et femme étaient proches l’un de l’autre, le bras de l’homme enlaçant la femme et reposant sur son épaule. L’origine africaine de ce couple ne faisait aucun doute; la morphologie des visages avec des lèvres pulpeuses, des nez épatés, des cranes étirés rappelaient indubitablement les statuettes d’ébène qu’il avait souvent rencontrées dans les étals de foire.

Laissant de coté la statuette, il s’intéressa à ce qu’il pensait être un bracelet en raison de la forme circulaire. C’était un bel objet, d’une simplicité radicale. Sur une bande de cuir noir, pliée en double épaisseur de façon à être assez épaisse, étaient cousus huit coquillages blancs. Les coquillages ovales, de la taille d’une amande se touchaient tous par leurs extrémités. Leur face fermée et arrondie avait visiblement été rabotée de manière à être mieux en contact avec la bande de cuir et c’est leur face fendue et ouverte qui s’offrait au regard. A l’une des extrémités du bracelet, la bande de cuir se torsadait sur elle-même et s’achevait par un nœud, une petite boule. A l’autre extrémité, la torsade s’achevait par une boucle fermée. Il comprit rapidement que le bracelet tenait fermé autour du poignet lorsqu’on accrochait la boule à l’intérieur de la boucle.

Enfin, il s’attarda sur la photo qui avait un peu souffert d’être roulée, voire pliée, à l’intérieur du chiffon blanc et contre la statuette de métal et le bracelet de cuir. La photo était celle d’une belle fillette africaine, d’une toute jeune fille, neuf ans, onze ans, peut-être davantage tant son regard était fier et lumineux. Vêtue d’un jean et d’un pull, ses immenses yeux noirs regardaient franchement l’objectif avec un demi-sourire. Ses cheveux tressés étaient décorés de petits colifichets jaunes, verts et rouges. Au dos de la photo, un prénom : Kadiatou et un nombre, une suite de chiffre, ce qui pouvait ressembler à un numéro de téléphone : 00223679685xx.

C’était tout. Les pièces de monnaie étant probablement là par hasard, seuls ces trois objets pouvaient dire quelque chose sur le propriétaire de la bicyclette. Ils disaient que celui-ci avait des liens avec l’Afrique, sans dire s’il était lui-même originaire de ce continent. Mais ils ne disaient strictement rien sur son identité, son adresse, son métier, …

Regroupant le tout à l’extrémité de la table, il reprit le cours habituel de ses soirées, alluma la télé et se mit en recherche, dans le réfrigérateur, de quelque chose à manger.

Pendant qu’il se restaurait, son esprit continuait de le tarauder. A vrai dire, il n’avait pas la conscience parfaitement tranquille et malgré toutes ses bonnes raisons et tous ses justificatifs, il avait le sentiment d’avoir fait irruption dans un monde qui n’était pas le sien, de s’être immiscé chez des gens qui ne l’y avaient pas invité. Ces trois objets lui semblaient être des objets très personnels, mais pourquoi leur propriétaire les avait il laissés et oubliés dans cette sacoche de vélo ? Il lui fallait comprendre. Après avoir fini son repas, placé sa vaisselle dans l’évier et nettoyé sa table en vitesse, il alluma son ordinateur. Pour chacun des trois objets il allait chercher à comprendre la nature et le sens qu’il pouvait avoir. Le plus simple était de commencer par ce qu’il était convaincu être un numéro de téléphone.
Dès qu’il fut connecté à l’internet par son navigateur, il tapa « indicatif + telephone + afrique ». La réponse de Google fut immédiate : la première référence était celle des indicatifs téléphoniques internationaux telle que publiée dans Wikipédia. Il s’y rendit, chercha dans le chapitre consacré à l’Afrique et dénicha le code 223, celui du Mali. Les six chiffres qui suivaient ne formaient désormais qu’un banal numéro privé.

Il décida alors de se consacrer à la statuette et tapa dans sa barre de recherche « mali + statue + couple ». La réponse fut aussi fulgurante que précédemment et en première ligne il eut les coordonnées d’un site d’art ethnique qui proposait à la vente une « statue d’un couple d’ancêtres africains Dogon en bronze du Mali ». Cette statue datée des années 70 mesurait 10.5 cm de haut, 7.5 cm de large, 3 cm de profondeur et pesait 343 g. Elle était vendue 90 €. Une photographie accompagnait l’offre : exactement le même couple que celui qu’il avait entre les mains ! Cependant, la sculpture présentée sur internet lui paraissait de plus grande finesse et le bronze de meilleure qualité et surtout plus lisse et plus brillant. Les explications succinctes qui accompagnaient cette offre précisaient que la technique de fabrication de la statuette était dite « à la cire perdue ». Pour en savoir davantage, il rechercha ce qu’Internet pouvait lui préciser sur cette technique. Il trouva un site qui expliquait avec une grande richesse de photographies comment les africains fabriquaient leurs statuettes et autres objets en bronze, en particulier au Cameroun, en Cote d’Ivoire, au Burkina Faso et au Mali. Tout commence par la réalisation de la statuette en cire d’abeille (dont le point de fusion est compris entre 63 et 64°). Cette statuette est alors progressivement, par couches successives que l’on laisse sécher, enfermée dans de la glaise. Il suffit de tremper la statuette dans de la glaise liquide, de laisser sécher et de recommencer aussi souvent que nécessaire afin d’obtenir une coque épaisse et solide. Pour la rendre plus solide, une couche supplémentaire de glaise plus visqueuse est encore ajoutée. Cette coque est alors cuite comme une poterie, avec de nombreuses autres coques. Avant la cuisson, un petit orifice y a été ménagé de façon à laisser s’échapper la cire fondue qui sera tamisée et récupérée pour une utilisation ultérieure. La cuisson se fait au feu de bois ou de noix de coco. Lorsque le nombre de poteries est suffisant, l’artisan aborde la phase de fonderie.

Dans un petit creuset ( le fond d’un moteur de congélateur !) placé sur un feu de charbon activé grâce à un soufflet, il faut maintenant préparer le bronze, un mélange de cuivre et de laiton provenant de tuyauterie sanitaire, de robinets, d’écrous ou de vieux cadenas. Une fois le mélange fondu, celui-ci est coulé, par l’orifice ménagé, dans chaque coque d’argile où il va occuper la moindre place laissée par la cire fondue lors de la cuisson. Le refroidissement par arrosage est rapide et les coques d’argile sont alors cassées pour libérer les statuettes. Un long travail de finition (ébavurage, ébarbage, polissage, patine artificielle, …) est encore à fournir. Il conclut de tout ceci que si la statuette qu’il avait entre les mains ne présentait pas de caractères de grande finesse et donc que sa valeur ne devait pas être très élevée, elle n’en était pas moins une œuvre unique. La technique si bien décrite le mettait en évidence : la statuette initiale en cire ne sert qu’une fois puisqu’elle fond lors de la cuisson de la coque d’argile et la coque d’argile n’est pas réutilisable puisqu’elle est brisée pour récupérer la statuette de bronze. Deux statuettes qui représentent le même sujet ne peuvent pas être identiques.

Couple primordial dogon

 »à suivre »

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L’Oasis de Siwa

Après l’Alexandrie chrétienne , le Wadi Natrum , le pigeonnier de Kötur , le site de Tanis , voici un nouveau portfolio à propos de l’Egypte hors des sentiers battus. Il s’agit de l’oasis de Siwa , tout à l’ouest de l’Egypte, aux confins de la Lybie. Cette oasis, en-dessous du niveau de la mer, est peuplée de berbères. C’est ici qu’Alexandre le Grand a rencontré l’oracle qui l’a confirmé dans ses prétentions à être un descendant direct du Dieu Amon.

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Ma photo de la semaine 10: fleur de clivia

En six jours, elle s’est largement ouverte !!

Fleur de clivia