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Droits de l'homme

2011 ou la tentation totalitaire

“Indignez-vous“, le petit livre de Stéphane Hessel qui se vend comme des petits pains m’indisposait un peu. Pour deux raisons. La première est que l’auteur y recycle toutes les luttes que l’on peut rencontrer de par le monde pour en faire une sorte de “somme” qu’il espère mobilisatrice. D’autres avant lui ont essayé cette démarche (L’appel des appels ) et cela n’a pas toujours fonctionné. L’écart entre les très riches et les très pauvres, la Sécurité Sociale, les mauvais traitements infligés à notre planète, l’immigration et le sort honteux fait aux Roms, le capitalisme financier et les luttes palestiniennes, … il y a de l’amalgame là-dessous et surtout une vieille tentation d’expliquer ce “tout” par la théorie du complot ou des complots.

(DR)

Le second reproche tient à la référence fondamentale de ce texte, à savoir le programme du Conseil National de la Résistance élaboré il y a 66 ans. Très sincèrement, je ne vois pas la jeunesse dans son ensemble adhérer à un document qui appartient à ses grand-parents, même si les idées qu’il contient sont encore d’actualité. Cela permet à Stéphane Hessel d’aborder le thème de la résistance en ces termes: « il faut s’indigner, dénoncer, et désobéir quand ce qui est légal devient illégitime ». Mais qui décide de cet “illégitime” ? Les circulaires faites aux Roms sont illégitimes ! D’autant plus que leur légalité française ne tient pas devant la légalité européenne et c’est pour cela qu’elles ont été retirées. La désobéissance d’un enseignant opposé à l’application de circulaires est-elle légitime ? En tant que fonctionnaire, ne devrait-il pas se démettre ?

J’ai bien un troisième reproche davantage adressé à l’éditeur: celui d’inscrire Stéphane Hessel dans la liste des … nobélisables (dixit Télérama). Est-ce vraiment important ?, est-ce vraiment d’actualité ?

Et puis voici qu’aujourd’hui je découvre cette petite interview (http://www.rue89.com/entretien/2010/12/30/stephane-hessel-12-aubry-serait-ma-candidate-preferee-182841) et sa suite (http://www.rue89.com/2010/12/31/hessel-22-la-ve-republique-a-une-constitution-dangereuse-182928) dans Rue 89. Interview accompagnée d’un appel à la jeunesse que je ne peux que rejoindre dans sa forme et dans son fond. Certes, Stéphane Hessel y est moins radical que dans son livre, mais il est aussi plus réaliste, appelant à une réflexion et à une mobilisation collective, à lutter pour un contre-pouvoir citoyen et des réformes institutionnelles (y compris au FMI).

En fait, la réflexion est bien ce qui manque le plus. La dérive droitière de l’Europe que l’on peut constater aussi bien en France qu’en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Norvège, dans les pays baltes, voire à la tête de l’Europe avec la prise de fonction de la Hongrie ne peut justifier n’importe quelle attitude. Le populisme de Mélanchon n’est pas une réponse, pas plus que “l’insurrection qui vient”: méfions-nous d’un terreau sur lequel on se contente de s’indigner, mais dans lequel nihilistes et anarchistes de tout poil sèment leurs idées.

Le 21 décembre, Jean-Christophe Rufin a publié dans “Le Monde” un passionnant article (”Wikileaks ou la troisième révolte”) dans lequel il présente ce qu’il pense être une filiation entre trois mouvements importants de la lutte des citoyens contre la raison d’Etat. Il s’agit de l’ingérence humanitaire illustrée par Médecins du Monde et Médecins sans Frontières contre le “respect diplomatique” que pratiquait la Croix-Rouge. La seconde étape était l’altermondialisme caractérisé par quelques grand-messes et beaucoup de divisions dont fait encore preuve le Forum Social Mondial (NB: le prochain a lieu en Février à Dakar). Quant à la troisième étape, elle serait constituée aux yeux de JC Rufin par l’irruption de l’écologie radicale et du militantisme virtuel (Wikileaks pour modèle). En sa conclusion, l’auteur pose des questions dérangeantes.

« L’initiative citoyenne sous toutes ses formes, en particulier les centaines de milliers d’associations qui couvrent tous les champs d’activité, s’est à l’évidence constituée aujourd’hui en cinquième pouvoir dans les démocraties. La dernière génération de mouvements citoyens que symbolise Wikileaks a le mérite de présenter de ce cinquième pouvoir un visage extrême et inquiétant qui interroge sur ses limites. (…) En poussant sa logique au plus loin, il est possible d’imaginer que l’activité de ce cinquième pouvoir peut, à terme, rendre les démocraties impossibles à réformer et peut-être même à gouverner, les secrets impossibles à protéger, l’autorité, même émanant de la loi et garantie par la justice, impossible à exercer. »

Bien entendu, les militants de ces mouvements s’insurgent. Les écologistes radicaux et profonds jurent qu’ils ne feront pas de mal à une mouche, même s’ils doivent prendre de drastiques décisions. Mais n’est-ce pas faire “du mal” à l’homme que de lui interdire la liberté de circulation, de créer un parlement de « sachants »(Démocratie-écologique-ou-dictature-écologique) ou de réglementer son droit à reproduction ?

D’autres rétorquent que le vrai visage inquiétant est celui de « la dilution des principes démocratiques, le recul de l’Etat de droit, la professionnalisation de la démocratie représentative, le mensonge érigé en méthode de gouvernement qui expliquent la formidable perte de confiance des citoyens dans les institutions dites démocratiques et qui constituent la principale menace contre le contrat social » (Raoul Marc Jennar) et que l’écologie radicale et le militantisme virtuel ne sont que réponses appropriées.

Rien n’est moins sur et JC Rufin signale une banderole récente proclamant que « ce que 500 députés ont fait, trois millions de manifestants peuvent le défaire ». A bien comprendre, il s’agit-là d’un rejet radical de la démocratie représentative. Faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? Faut-il condamner la démocratie représentative parce qu’elle a failli ici ou là et dans certains de ses aspects ? Si les citoyens n’ont plus confiance dans les institutions démocratiques, en qui ? en quoi ? pourraient-ils donc avoir confiance ? En des meneurs, des agitateurs, des populistes ? Rappelons-nous que l’histoire donne rarement raison aux “avant-gardes éclairées”, même s’il y faut parfois du temps …

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Bonne année 2011

Sincèrement, on ne peut pas dire que la nouvelle année démarre sous les meilleurs auspices: entrée en fonction de la Hongrie à la tête de l’Europe, attentat d’Alexandrie, vœux qui nous servent une nouvelle louche de la soupe sécuritaire avec les tribunaux populaires, …

Et pourtant, il va falloir encore agir et se débattre pour plus de solidarité avec l’autre, pour un discours différent en matière d’immigration, pour une Europe dans laquelle le citoyen aura de vrais pouvoirs, pour un développement qui prenne en compte et notre planète et les pays en retard, …

Bonne année, faites en sorte que ce soit une année de paix !

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L’échec de la Nano, une bonne nouvelle ou une mauvaise nouvelle ?

Voici près de deux ans, jour pour jour, nous parlions ici (Tata-Nano) de la Tata Nano, cette voiture populaire indienne à 1500 ou 2000 euros. Essentiellement pour nous indigner de ce que certains considéraient comme un “cauchemar environnemental”, au motif que le constructeur envisageait une production de l’ordre de 1 million de véhicules par an à partir de 2010. Et les commentateurs de proposer aux habitants de l’Inde de ne se déplacer qu’à pied ou en transport en commun ! En mars 2009, le site “carfree france” est allé jusqu’à considérer que cette offre n’était qu’un petit pas pour la démocratie, mais un grand pas pour la destruction de la planète.

Tata Nano (DR)

Faut-il persister et signer ? Nous n’avons (et nous n’aurons) strictement aucun droit à dicter à quiconque dans le monde l’attitude qu’il doit avoir en matière de consommation et/ou de développement tant que nous n’aurons pas décidé d’un changement réel, et mis en œuvre ce changement, de nos propres habitudes de consommation et de développement. Le « Faites ce que je dis, et pas ce que je fais » est totalement inacceptable.

Et voilà qu’on reparle de la Tata Nano pour nous dire que c’est un échec commercial ! Avant d’aborder ce sujet, revenons quelque peu en arrière. Présentée au public indien en mars 2009, cette voiture a rencontré un succès immédiat, à tel point qu’en trois semaines d’avril 2009 ce sont plus de 200000 véhicules qui ont été commandés et payés d’avance. Le constructeur, bien incapable de fabriquer ces véhicules dans les délais (manifestations paysannes au sujet des terrains d’implantation de son usine) a choisi de tirer au sort les clients, promettant de satisfaire tout le monde d’ici à fin 2010. On y est. Et en septembre 2010, ce sont plus de 50000 voitures qui avaient été fabriquées et vendues. Tata envisageait alors avec confiance de se développer vers l’Afrique, vers l’Amérique Latine et, pourquoi pas, vers l’Europe avec un modèle plus et mieux équipé.

Avec la crise et surtout à cause d’une image de marque assez déplorable que ce véhicule affiche (construction bâclée, sécurité limitée, auto-inflammabilité, prix trop élevé pour le service rendu, …), les ventes s’arrêtent pratiquement pour n’être en novembre 2010 que de 500 et quelques véhicules !

La fin d’un rêve ? France 2, au journal du soir, peut bien sourire en disant que même les pays en développement peuvent avoir des flops économiques. Le Monde lui-même, par la plume de Julien Bouissou, le 21 décembre dernier (un article introuvable sur Lemonde.fr), parle de « Nano caviar » au lieu de voiture du peuple.

Comme il y a deux ans, chacun peut bien rigoler, mais l’échec de la Nano n’est pas une bonne nouvelle. Si les indiens répugnent à acheter une Nano, c’est avant tout à cause de sa mauvaise qualité qui l’assimile davantage à une Traban extrême-orientale qu’à une voiture honorable. Mais il n’y a aucune motivation écologique dans ce choix, la preuve en est que les modèles avec climatisation sont privilégiés. L’histoire mythologique de la Ford T ne se reproduira pas et le monde des pays en développement ne se mobilisera pas pour CE véhicule à très (trop) bon marché. D’autres, comme Suzuki, Renault-Nissan, voire Citroën, voire les chinois, prendront la place et réussiront à vendre des véhicules, certes plus chers, mais plus séduisants.

Fin 2010, début 2011, l’heure n’a pas encore sonnée de la prise de conscience par les pays en développement du coût écologique de la voiture individuelle. Il faut dire qu’en France même, l’heure n’a pas encore sonnée de l’interdiction des véhicules les plus polluants à l’intérieur des villes, pour ne pas parler de l’interdiction totale des véhicules au cœur des villes.

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Ma photo de la semaine 50: l’orchestre du Père Noël

Saint-Marcellin, 18 heures, 19 décembre 2010.