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Immigration

Immigration: un rapport

« Il dit qu’il méprisait leur projet et qu’organiser la fuite des gens était une œuvre de traître parce qu’elle empêchait d’entreprendre le changement à l’intérieur du pays. « Le changement dont ce pays a besoin ». Puis il se tut et au bout d’un moment, comme si une autre voix, eau vive, avait traversé l’épaisseur fossile de sa chair il ajouta: « Quand on ne peut rien changer pourtant il faut s’enfuir. »

Extrait de « Les hommes-couleurs » de Cloé Korman (Seuil), ce petit texte traite de la « fuite » des mexicains vers les USA. Mais la même phrase peut s’appliquer aux migrants tunisiens (surtout des hommes) auxquels on entend souvent reprocher qu’ils quittent leur pays au moment où celui-ci s’ouvre (un peu) à la liberté, et au moment où leurs bras et leur travail pourraient lui permettre de se développer.
Sous un aspect d’évidence, cette sentence rejoint le texte du roman de Cloé Korman: quand on ne peut rien changer pourtant il faut s’enfuir !

Tunisie, Egypte, là où l’on parle de « printemps arabe », les nouvelles orientations du pays, une nouvelle économie, tout cela sera bien difficile à mettre en place, si tant est que l’on y parvienne un jour. Et cela ne se fera qu’avec l’aide de l’Europe qui tergiverse tant et mieux. L’ouverture relative de ces pays devrait inciter à relancer au plus vite des coopérations, en matière d’études universitaires, en matière de créations d’entreprises, … L’Union pour la Méditerranée est quasi morte: il est l’heure de créer une nouvelle union pour la Méditerranée et peu importe son nom.

La nature même du « printemps arabe » montre que la revendication majeure des femmes et hommes qui manifestent est celle d’une autonomie économique et d’une possibilité d’accession à une forme de consommation (image de progrès) telle qu’elle est largement développée en Occident. Aux yeux du peuple, la nature du régime est avant tout condamnable, et condamnée, parce que la famille et le clan à la tête du pays se sont surtout servis sans mesure. L’Egypte prépare déjà un assouplissement des peines de Moubarak parce que celui-ci se dit prêt à restituer sa fortune mal acquise. En Tunisie cependant les commentaires vont bon train sur les millions amassés par Ben Ali, mais personne encore n’envisage comment les utiliser au profit de l’économie tunisienne. La question n’est pourtant pas neutre puisque l’on peut lire que ces détournements de fonds et ces achats d’or et bijoux représentent plus d’un PIB annuel du pays (39,56 milliards de dollars en 2009). Imaginez que l’Europe s’engage à y ajouter un montant identique en trois-quatre ans, ne croyez-vous pas que cela faciliterait un redémarrage économique du pays ?

Cette question des réfugiés tunisiens empoisonne l’atmosphère européenne. Une majorité de pays d’Europe est prête à revoir les principes de libre circulation de Schengen. Les commentaires les plus excessifs sont entendus, lus, écrits ici ou là. L’Europe s’habille des oripeaux de la xénophobie.
En France même, les citoyens véhiculent ces commentaires avec un facilité toujours plus grande et en laissant libre cours aux amalgames les plus faciles. Immigration, insécurité, islamisme, sont mélangés et se répondent les uns aux autres pour expliquer toutes les difficultés de nos sociétés: vie dans les quartiers, chômage, crise économique …
Le débat politique lui-même est simplifié à l’outrance.
Le ministre de l’intérieur prétend vouloir limiter l’immigration officielle, tout en poursuivant ses attaques envers l’immigration clandestine, mais ce n’est là qu’effet d’annonce, histoire de tenter de reprendre quelques voix à l’extrême-droite. C’est très probablement dans son rôle électoral, mais ce n’est pas ce qui fait évoluer l’analyse des français.
A tort ou à raison, ceux-ci jugent qu’il y a trop d’immigrés en France. Ce jugement s’appuie exclusivement sur l’affirmation d’un constat: « cela se voit » ! Constat raciste donc ! S’appuyant sur une différence de couleur de peau essentiellement ! Et faisant fi de l’existence de milliers de français originaires des DOM ou des TOM qui n’ont pas la peau blanche ! Mais tout le monde est dans le même sac ! Constat également que l’on « retrouve ces gens dans toutes nos grandes villes » ! Bien sûr, car là est le travail que nous leur réservons et qu’ils sont seuls à accepter: la construction, les travaux publics, la surveillance, la sécurité, le nettoyage et la propreté (des aéroports, gares, MIN, grandes surfaces), la collecte des déchets, …
Un exemple ? Le Festival de Cannes donne l’occasion à quelques femmes de service d’un petit palace de se manifester et de réclamer la régularisation de leurs titres de séjour.

La gauche française est-elle capable de définir et de proposer une politique de l’immigration qui en soit une ? Au-delà de la critique violente de la droite, à laquelle il est reproché de faire une politique de droite, que formule la gauche ?
Pas grand chose, et comme vient de le souligner Ségolène Royal, elle est particulièrement mal à l’aise sur ce terrain.

Pourtant, des parlementaires de toutes tendances (majoritairement à gauche, cependant !) viennent de publier les résultats de l’Audit de la politique d’immigration, d’intégration et de codéveloppement, un audit initié voici plus d’un an par l’association « Cette France-là ».
Curieusement, DEUX rapports sont publiés concernant l’ensemble des auditions. Le premier l’est par les parlementaires eux-mêmes et vous pouvez le trouver ici (http://issuu.com/smazetier/docs/rapport_de_l_audit_de_la_politique_d_immigration__?viewMode=magazine&mode=embed). Pas très facile à lire et non annotable !! Le second l’est (d’aujourd’hui) par l’association « Cette France-là » et vous pourrez le trouver ici (http://www.cettefrancela.net/actualites/article/l-association-cette-france-la-a). Il est intitulé « Rapport d’audit de la politique d’immigration de Nicolas Sarkozy. A de mauvaises questions, apporter de pires réponses ».

Rapport des parlementaires sur l’immigration (DR)

Il y a sans doute des divergences d’interprétation et de conclusions là-dessous. Mais lesquelles ? Après avoir lu le premier rapport, il faudra lire le second. Quoi qu’il en soit, le rapport des parlementaires a été froidement accueilli par la presse et notamment par Libé (http://www.liberation.fr/societe/01012336895-un-audit-timide-pour-la-politique-d-immigration), sous la signature de Catherine Coroller, qui l’a qualifié d »audit timide » qui ne se livrait pas à une critique très virulente de la politique d’immigration. Quant au second rapport, celui de « Cette France-là », il a été critiqué dans « Le Monde », sous la plume d’Elise Vincent, qui le considère comme « manquant de nuances et de contre-propositions ».

L’une des constatations de ce travail des parlementaires est de conclure que les immigrés « coûtent moins en prestations sociales que ce qu’ils rapportent ». Honnêtement, cette conclusion, montée en épingle par la presse de gauche est elle réellement une conclusion … de gauche ? Les immigrés ne sont-ils qu’une variable d’ajustement de notre économie ? Doit-on les accepter chez nous uniquement parce qu’ils « coûtent moins » ?

Il est heureusement des conclusions plus réalistes et plus humaines. Elles sont formulées par Françoise Laborde, sénatrice de Haute-Garonne.

  • Rétablir une procédure unifiée de la naturalisation.
  • Sécuriser le séjour des étrangers en sortant de la carte d’un an renouvelable, seule condition pour que les personnes s’investissent et se projettent dans l’avenir.
  • Suspendre toute politique de reconduite systématique.
  • Créer un droit à l’aller-retour.
  • Supprimer le ministère dédié.
  • Interdire toute performance chiffrée en matière de lutte contre l’immigration clandestine.
  • Mettre en place une politique européenne d’immigration commune, humaine, responsable et accueillante.
  • Harmoniser au niveau européen la gestion de la rétention administrative des immigrants clandestins sous contrôle de la Cour Européenne des Droits de l’Homme.
  • Créer un Office Européen en charge de l’immigration sous l’autorité de la Commission Européenne, faisant appliquer, par les services compétents, au niveau de chaque état, la politique d’immigration européenne.
  • Accentuer la coopération policière et douanière, sous l’autorité de l’Office en charge de l’immigration.
  • Instaurer une carte de résidence temporaire unifiée permettant aux ressortissants de pays hors de l’union de travailler librement sur l’ensemble du territoire de l’union.

« Timide », disent-ils !

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Ecologie

Les messies de l’apocalypse

L’information est déjà ancienne. Les 3 et 4 avril dernier, Michel Rocard, Dominique Bourg et Florian Augagneur ont rédigé un article alarmiste qu’ils ont confié au « Monde »: « Le genre humain, menacé ».
Dressant un état des lieux désormais classique, avec le pic pétrolier entraînant des prix à la hausse et une crise économique, avec la libération sans frein de CO2 conduisant au réchauffement climatique et à la crise écologique, avec les nouveaux doutes sur le nucléaire confirmant la crise énergétique, ils concluent que la situation fait apparaître le risque de dérives totalitaires parce que nos démocraties ne sont pas capables de se prémunir de leurs propres excès. Il ne nous est pas possible d’attendre le moment où la multiplication des désastres naturels effacera les doutes: il sera trop tard. Les drames écologiques et les évènements climatiques, la croissance démographique, la rareté de l’eau, l’énergie coûteuse, l’extrême pauvreté confrontée à l’extrême richesse ébranleront les équilibres géopolitiques et entraineront des catastrophes sociales qui conduiront à la disparition de sociétés entières.
 »Nos démocraties doivent se restructurer, démocratiser la culture scientifique, maîtriser l’immédiateté qui contredit la prise en compte du temps long », nous disent-ils.
Mais dans quelle galère Michel Rocard est t-il donc allé se fourvoyer ? La compagnie de Dominique Bourg, tout membre de la Fondation Nicolas Hulot qu’il est, n’est pas un gage de propositions démocratiques lorsque l’on se souvient que sa solution (Démocratie-écologique-ou-dictature-écologique) pour  »maîtriser l’immédiateté » consiste à suppléer les élus par un collège de scientifiques, d’experts et de représentants d’ONG.

La tonalité de ce discours alarmiste n’est en fait pas très nouvelle. Elle est l’aboutissement des réflexions de psychologues, sociologues et autres chercheurs prospectifs quant au devenir d’une société soumise à une forte crise déstructurante.
A l’époque de la grippe aviaire, il a été possible de prendre connaissance de vidéos présentant les risques de démantèlement de la société dans le cas où 30%, 40%, 50%, davantage encore, de ses individus seraient inopérants, soit par maladie, soit par décès. Le tableau dessiné est rapidement apocalyptique: dislocation des services publics, transports, nettoiement, hôpitaux, électricité, énergie, police, … absence des circuits de distribution alimentaire, usines, ateliers, bureaux vides ou quasiment inactifs, prise du « pouvoir » de la rue par des bandes soit d’affamés, soit de mafieux, insécurité, violences, … Ce scénario nous conduit tout droit à une société décrite par Cormac McCarthy dans « La Route », un livre abrupt et terrifiant, un essai quasi philosophique sur la subsistance de l’individu.
Pour leur part, nos auteurs écrivent: « Lorsque l’effondrement de l’espèce apparaîtra comme une possibilité envisageable, l’urgence n’aura que faire de nos processus, lents et complexes, de délibération. Pris de panique, l’Occident transgressera ses valeurs de liberté et de justice. Pour s’être heurtées aux limites physique, les sociétés seront livrées à la violence des hommes. Nul ne peut contester à priori le risque que les démocraties cèdent sous de telles menaces. Le stade ultime sera l’autodestruction de l’existence humaine, soit physiquement, soit par l’altération biologique. » …. « La Route ».

Michel Rocard (DR)

Peut-on poser la question du sens de cette démarche initiée par Michel Rocard et ses associés ? Cette contribution est-elle susceptible de nous motiver, de nous appeler à l’action en faveur d’une consommation plus réfléchie des énergies ? Qui peut se sentir concerné et motivé par ce texte au point de se mobiliser efficacement face aux crises économique, énergétique, écologique, climatique, sociale, …
Sous une forme plus pessimiste, plus négative, il ne s’agit que d’un texte dans la lignée d' »Indignez-vous ». Une version qui met en avant l’angoisse de la catastrophe pour tenter de mobiliser les hommes en fondant les espoirs sur la pédagogie de cette catastrophe.
Depuis l’an mil jusqu’au bug de l’an 2000 et aux prédictions de destruction de la terre en 2012, existe t-il un exemple de catastrophe annoncée qui ait fait changer l’humanité de chemin, peu ou prou ? Cette apocalypse annoncée sert avant tout les intérêts de ceux qui se croient investis d’un rôle majeur à l’égard de l’ensemble de nos sociétés, habités qu’ils sont par une sorte de messianisme. Derrière ces hérauts, ces messagers du drame qui se prépare, du drame de plus en plus proche et inéluctable, il ne peut y avoir que des sceptiques ou des résignés, des croyants ou des mécréants: pas de quoi faire un nouveau monde.

PS. Sensiblement dans le même temps que cet article, Michel Rocard a signé un appel pour que le Nobel de la Paix soit attribué à Stéphane Hessel (2011-ou-la-tentation-totalitaire), auteur d’un petit livre vendu à plusieurs millions d’exemplaires et dont le succès témoigne surtout de la vacuité de la réflexion contemporaine et de l’incapacité de nos congénères à trouver motif à agir. Que cet homme ait contribué à la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qu’il ait toujours été fidèle à ses engagements n’en font pas un lauréat tout indiqué pour le Nobel de la Paix. Il est triste que Michel Rocard se soit laissé prendre à cette manipulation éditoriale prévue de longue date, car il est sans doute beaucoup d’hommes et de femmes actuellement en exercice qui peuvent prétendre à un Nobel de la Paix pour le rôle qu’ils jouent dans l’évolution de notre planète, mais qui ne pensent surement pas à le demander, serait-ce par l’intermédiaire de leur éditeur.

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Culture numérique

Pourquoi quitter la plateforme de blogs du « Monde »

Aucun billet depuis plus d’un mois ! Et pourtant aucune inactivité, puisque la décision a été prise de transférer la totalité de ce blog vers une plateforme “indépendante”, celle de Gandi. Une possibilité dont il a été question il y a quelques temps déjà, lors de la “grande panne” de la plateforme du “Monde” (panne dont les stigmates n’ont jamais été effacés !).

Ce transfert s’est révélé être une lourde opération. Il y a sans doute des outils permettant de transférer et d’adapter un blog sous “Wordpress” vers le même blog (contenu identique) sous “Dotclear”. Ce transfert a pourtant été réalisé “à la main”, billet par billet. Cela a permis de relire chaque billet, de corriger quelques fautes d’orthographe, de valider les liens (certains étaient morts ou devenus payants) et d’en relire attentivement le contenu. Bien sincèrement, il n’y a pas de quoi avoir honte de ce qui a été écrit dans ce blog depuis bientôt quatre ans.

Les commentaires, malheureusement, n’ont pas été repris à une ou deux très rares exceptions près en raison de leur intérêt particulier ou du lien pertinent qu’ils comportaient avec un autre site. Que tous les autres “commentateurs” veuillent bien accorder leur pardon.

Les raisons de ce départ sont nombreuses et ne sont pas toutes de même ordre.

La première raison, déjà abordée dans les premiers temps de ce blog, tient à l’organisation de la plateforme du “Monde”. Plusieurs catégories de blogs coexistent et cohabitent et la visibilité (ou lisibilité) de chacun n’est pas identique. Les premiers sont les blogs de la rédaction (ou des rédactions) et des journalistes du “Monde” et du “Monde.fr”. De façon générale, ces blogs apportent quelques précisions à tel ou tel article ou dossier. Ils permettent une continuité de perception. Il est singulier de noter que nombre d’entre eux sont très irrégulièrement tenus à jour. Il y a ensuite les blogs invités qui apportent un éclairage nouveau sur des sujets variés et appartenant à l’une ou l’autre de ces catégories: international, politique et société, économie, sport, planète, culture, technologie et gastronomie. Mais au fait, les auteurs de ces blogs sont invités dans quel contexte ? Comment prennent-ils en compte l’orientation du “Monde” ? Prenons l’exemple d’Oil Man (http://petrole.blog.lemonde.fr/), le remarquable blog de Matthieu Auzanneau consacré à la finitude du pétrole: il est difficile d’y retrouver une tendance forte de la ligne rédactionnelle du journal !! Il y a ensuite les blogs sélectionnés. Ce sont des blogs rédigés par des abonnés qui ont passé une sorte de deal avec la rédaction et qui sont rémunérés pour une écriture régulière de billets sur leurs pages respectives (les invités également sont rémunérés). Pour ces blogs sélectionnés, la question de leur relative concordance avec la ligne éditoriale du journal est encore plus pertinente que pour les invités. Pour rester dans le domaine de l’écologie (un domaine qui nous intéresse éminemment), citons Biosphère (http://biosphere.blog.lemonde.fr/) dont les récents billets plaident, encore une fois, pour la suppression de la voiture et qui n’a rien, de près ou de loin, en commun avec la rédaction du journal qu’il qualifie de “croissanciste”.

Et puis, il y a les blogs abonnés, au nombre de 771 ayant mis à jour depuis deux mois, dont celui que vous lisez en ce moment. Belle ouverture d’esprit dont fait preuve cette plateforme, direz-vous. A la nuance près que cette ouverture d’esprit se paie. Et que le droit de la pratiquer dans son blog, dans le respect d’un charte minimale, s’achète. Pour tenir un blog, il convient d’être abonné au Monde.fr. Toute dénonciation de l’abonnement se traduit par la perte de la totalité des données du blog.

Pour comparaison, la plateforme Gandi (http://www.gandi.net/) s’offre à vous sur le simple achat d’un nom de domaine. Il vous reste alors à prendre vos responsabilités, toutes vos responsabilités. Un exemple: celui des spam et des indésirables. Il est fréquent que votre blog, comme tout blog, soit la cible de messages publicitaires ou de messages au contenu excessif, diffamatoire, dénonciateur, raciste, … Officiellement, de par la loi, il est de votre responsabilité de surveiller votre blog et d’en effacer les textes et les commentaires se rapportant à ces catégories. Sur la plateforme du “Monde”, vous n’avez pas à le faire: les “modérateurs” le feront toujours avant vous !! Un exemple ? Le 24 juillet 2008, en pleine crise pétrolière, un certain « Mouvement de libération du pétrole » a spammé les blogs du “Monde” pour annoncer des manifs et interventions musclées. Ses messages ont été immédiatement détruits !!

Payer le droit de bloguer, c’est peut-être bien. Encore faut-il être en accord avec la ligne directrice du journal qui vous héberge, c’est du moins comme cela que je le pense. Cette attitude est-elle une faiblesse ?

Lecteur quotidien du “Monde” depuis 1962, exactement depuis la signature des Accords d’Evian qui ont mis fin à la guerre d’Algérie, je me sens de plus en plus en désaccord avec les orientations du journal. En désaccord sur au moins trois thématiques.

La première est celle de l’antisarkozysme. Quelques jours après l’élection de Sarkozy, j’ai reçu un mail d’un ami qui me tenait le discours de la nouvelle lutte contre le Président à peine élu, me disant qu’on le ferait tomber sans attendre les prochaines échéances. J’avais trouvé cela peu démocratique, même si je n’avais aucune sympathie pour le nouvel élu. Certains journalistes du Monde, des éditorialistes, voire des rédacteurs en chef dans le Groupe ont pris l’habitude, depuis maintenant quatre ans, de ne pas écrire un seul papier sans y insérer une “attaque” contre Sarkozy et son gouvernement. Didier Pourquery, Rédacteur en chef du Magazine, en est l’illustration flagrante, lui qui consacre systématiquement le point UN de son éditorial hebdomadaire à une critique antisarkozyste. Je tiens cette attitude du “Tout Sauf Sarkozy” comme une grave erreur politique. En effet, à force de détruire la droite sur des motivations qui ne relèvent pas du débat politique, mais de l’affrontement, et face à l’incapacité de la gauche à faire des propositions qui tiennent debout, nous voyons gagner … le Front National ! Le prochain 1er mai lui-même verra peut-être se dérouler des manifestations “Dégage” …. organisées par … l’extrême-droite.

36 % des ouvriers s’apprêtent à lui confier leurs votes ? Le FN devient un parti honorable ? Il le deviendra bien davantage encore quand il aura exclu de ses rangs tous les trublions qui salissent son image, y compris Le Pen père ! Lequel est bien décidé à inventer l’une des phrases scandaleuse dont il a le secret s’il faut aider sa fille à le mettre à la porte pour gagner en honorabilité. La meilleure illustration de ce “rafraîchissement” d’image est à rechercher chez Gianfranco Fini. En 1987, il était Secrétaire Général du MSI, parti fasciste italien. En 1990, il pouvait dire que Mussolini avait été « le plus grand homme d’état du XX° siècle ». En 1995, il solde son passé fasciste et crée l’Alliance Nationale. En 2003, il peut affirmer que « Mussolini est un chapitre honteux de l’histoire du peuple italien » (!!!). En 2009, il fusionne son parti avec le “Peuple de la Liberté” de Silvio Berlusconi. Parti qu’il quitte au cours de l’été 2010 tout en gardant vivaces nombre des liens (notamment dans les municipalités) qui le rapprochent du pouvoir.

Voilà pour l’évolution du FN. Et pour les rapports de force électoraux ? Si demain (2012), le FN arrive en première ou seconde position à coté d’un candidat socialiste, qu’allons-nous faire au second tour ? Appeler à la constitution d’un “Front Républicain” ? Laquelle demande sera accueillie par un vaste éclat de rire par tous les sarkozystes et tous les militants de l’UMP. Ce jour-là, le “Tout Sauf Sarkozy” passera pour une FAUTE politique, mais il sera trop tard.

La seconde thématique est bien plus récente. Elle concerne l’intervention de la France en Libye. Et surtout les appels du “Monde” à intervenir. A deux reprises et surtout l’une dénonçant la “neutralité” de l’Allemagne. Un troisième éditorial vient tout récemment d’aborder la question d’une intervention en Syrie.

Toute l’histoire du dernier tiers du XX° siècle met en évidence que les interventions militaires ne sont jamais ce qu’elles devaient être. Sans compter les victimes civiles, sans compter les inévitables exactions de troupes excitées, la présence d’une armée est toujours une occupation. Et ceux qui ont appelé à l’aide finissent toujours par se retourner contre leur “sauveur”. Parce que les motivations ne sont jamais aussi simples que celles qui consistent à dire que l’on va éviter un drame humain, parce que derrière les militaires, il y a aussi des diplomates, des politiques qui doivent défendre des intérêt ou veiller à la mise en place de nouveaux intérêts. Le droit d’ingérence, c’est tout sauf la guerre. Il doit se limiter à l’exclusion du pays fautif de tous les organismes internationaux, à sa mise au ban des nations, à la suspension ou la suppression de tous les échanges économiques non indispensables à la vie quotidienne des citoyens (marchés, grands contrats, …), à l’assistance humanitaire, à l’aide technique, voire à la livraison d’armes défensives. La guerre ne peut être, ne doit être, qu’un ultime recours lorsque tout a été tenté.

Dans le cas présent, soyons certains qu’AQMI et autres mouvances terroristes sauront retourner la situation à leur avantage.

Enfin, dernier désaccord, plus sur la forme que sur le fond. Tunisie, Egypte, Japon ont été pour “Le Monde.fr” l’occasion de mettre en œuvre, jour et nuit, des “live” qui rassemblaient de nombreux internautes, jusqu’à plus de 20000 simultanément en ce qui concerne la centrale nucléaire japonaise. Naïveté ou non, Le Monde.fr a posé la question: “En faisons-nous trop ?” Etant jamais si bien servi que par lui-même, il a répondu “NON”, au motif que ces “live” étaient porteurs d’émotion et rassemblaient beaucoup de monde. Bref, tout le contraire d’un journalisme de réflexion et d’analyse, tout le contraire d’un journalisme serein.

Toutes ces évolutions rédactionnelles sont largement guidées par le besoin du journal d’être une entreprise rentable, cela on le comprend bien, mais il est excessif de transformer l’actualité en jeu vidéo pour quelques milliers de voyeurs dont le souci premier est de donner les meilleurs conseils possibles (du fond de leur fauteuil) pour arroser Fukushima ou pousser Moubarak vers la sortie. Il s’agit pour l’instant de  »jouer » avec des “révolutions” ou des “catastrophes”, à quand la guerre en “direct live” ?

Ce billet est donc le dernier sur la plateforme du “Monde” et le blog sera progressivement démantelé. Pour trouver le blog successeur ? Il se nomme “Thermopyles” également !!

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Droits de l'homme

Interview: Rhissa Rhossey parle de son peuple touareg

Rhissa Rhossey est un Touareg. Il a été combattant auprès de Manu Dayak lors de la grande rébellion des années 90 contre les pouvoirs au Mali et au Niger.
Infirmier, il est actuellement le responsable du centre de Santé de Tchirozérine (45 km nord-est d’Agadez).
Il est également poète et a publié en 2005 un recueil intitulé « Jour et nuit, sable et sang, poèmes sahariens » (Transbordeurs).
Rhissa Rhossey vient de vivre quelques jours en Isère, invité par l’Association « Yakhia Actions Nord Niger » (http://yakhia.sud-gresivaudan.org), dans le cadre du programme « Afrique Isère : une saison pour l’Afrique » (http://www.musee-dauphinois.fr/1966-ce-que-l-isere-doit-a-l-afrique-ce-que-le-monde-doit-a-l-afrique.htm) mis en œuvre par le Conseil général de l’Isère.
Nous l’avons rencontré et lui avons posé quelques questions en phase avec l’actualité.

Thermopyles :  »Quel sentiment éprouves-tu à être en France ? »

Rhissa Rhossey : Un sentiment très positif. Chaque jour, je rencontre beaucoup de monde et on parle beaucoup de mon peuple, mais c’est souvent dans l’ignorance. Les gens ont de l’ouverture, de la curiosité, ils veulent savoir, ils ont beaucoup à apprendre. Mais il n’y a pas assez de rencontres et cette méconnaissance crée des tabous, des préjugés. Pour connaître quelqu’un, il faut le rencontrer.

Th :  »A t-il été facile pour toi d’obtenir ton visa ? »

RR : Cela n’a pas été immédiat, il a fallu au dernier moment fournir des documents additifs au dossier initial comportant déjà de nombreux justificatifs de ce déplacement culturel. Je suis connu maintenant, je suis artiste et ils savent que je ne resterai pas en France et que je reviendrai dans mon pays. D’autres personnes n’arrivent pas du tout à obtenir leur visa.

Th :  »Dans le peuple touareg, parmi les jeunes, y a t-il des migrants qui partent pour travailler en Europe et mener une vie différente ? »

RR : Les jeunes de mon peuple n’ont pas ce réflexe. Dans leur majorité, ils n’ont pas cette idée et malgré d’énormes difficultés économiques, ils restent. Il y a des étudiants qui veulent poursuivre ou achever leurs études en Europe, mais ils veulent revenir au Pays. Ils n’ont pas la même attitude que les Africains que j’ai pu voir à Agadez et qui sont des gens souvent cultivés, qui ont des diplômes, qui ont souvent un peu d’argent et qui veulent changer de vie en partant pour l’Europe.

Th :  »Dans l’actualité, il est beaucoup question des Touaregs qui seraient mercenaires de Khadafi. Ceux-ci se défendent et disent qu’ils ne sont pas mercenaires mais qu’ils se battent pour défendre celui qui les a aidés. Qu’en penses-tu ? »

RR : J’ai ma vision et il y a celle des autres. Je pense que ce n’est pas une bonne chose de soutenir un dictateur qui tue sa propre population. Il est illogique de le soutenir. Il est au pouvoir depuis 43 ans, où il s’y est attaché et enraciné par la force. Mais il n’a pas le monopole de la sagesse. Face à lui, les rebelles, comme on les appelle, réclament un changement de régime afin que chacun d’entre eux puisse postuler à la construction de l’avenir du pays.

Th :  »Et alors, l’intervention de la « coalition » ? »

RR : Je ne suis pas d’accord avec cette façon de voir les choses. Regarde, en Côte d’Ivoire où Gbagbo se cramponne et où tous les jours il y a des morts … mais on n’y va pas. Il n’y a pas de solidarité de la part des pays arabes. Ils sont tous vulnérables, leurs jours sont plus ou moins comptés et ils ne sont donc pas dans un état d’esprit d’intervention. L’intervention actuelle est condamnable. Avant de passer à cette forme de violence, il aurait fallu rencontrer Khadafi, discuter avec lui, lui faire entendre raison. Mais là, c’est un prétexte pour rentrer en Libye. A mon avis, cela va se compliquer, un peu comme en Irak. L’Europe a équipé Khadafi en armements, même s’il n’a plus d’aviation. Nous allons vers le scénario d’une longue guérilla et la Libye est finie sous sa forme actuelle. Il n’est jamais trop tard, la coalition doit arrêter sa forme d’agression qui peut créer un énorme désaccord avec certaines grandes puissances, l’Allemagne, mais aussi la Chine et la Russie. En Afrique, l’opposition à cette intervention est grande : beaucoup ont espéré et espèrent encore dans le panafricanisme.

Th :  »Où en est la lutte du peuple nigérien et quels sont ses revendications essentielles ? »

RR : Le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) a affronté le dictateur Tanja. La Libye avait aidé à trouver une solution. Khadafi avait promis de l’argent et la rébellion a cessé. Tout l’argent promis n’a pas été donné. Le nouveau Président, Mohamadou Issoufou, est un espoir. D’abord, parce qu’il semble intègre et n’est pas compromis. Il attend le pouvoir depuis longtemps. Il a un programme et s’il s’y conforme, on peut avoir de l’espérance. Il est conscient des risques d’insécurité, personne ne peut ignorer les revendications des Touaregs.

Th :  »Quelles sont-elles ? »

RR : Ils veulent la gestion de leur territoire, avoir l’autonomie économique, politique, culturelle. Ils veulent des cadres touaregs dans les mairies, les gouvernorats, la police, l’armée, … L’Algérie l’a fait avec ses méharistes. Et au mali, ATT (Amadou Toumani Touré) a compris les besoins de développement, mais la rébellion est plus active et va vers l’autonomie définitive, en accord avec ATT. Au Niger, les Touaregs sont encore mal compris, leur volonté d’autonomie est incomprise.

Th :  »On va changer un peu de sujet et aborder la question de la présence d’Areva. Doit-il s’en aller ? Ou bien que faire pour que ça profite au pays ? »

RR : Les industries, l’uranium, le charbon, qui s’installent sur les zones de pâturage sont mal perçues, alors que le peuple n’a rien contre. Mais il n’y a même pas un manœuvre touareg qui travaille chez eux ! Tous les employés sont pris ailleurs. Pour avoir un emploi, il faut avoir le bras long. Les cadres cherchent parmi les leurs parce qu’ils ne connaissent pas les Touaregs. Des responsables locaux pourraient aider à l’emploi. Et là où une richesse est créée, il devrait y avoir des retombées : écoles pour l’éducation, centres de santé pour les malades, les femmes enceintes, fermes et jardins pour l’autosuffisance alimentaire, … Actuellement, rien n’est financé. Ni l’électrification, ni l’eau potable. Et pourtant, s’il fallait payer, on pourrait payer. Les routes qui servent à transporter votre uranium ne sont même pas refaites : ce ne sont que des trous !

Th :  »Qu’en est-il de la pollution radioactive ? »

RR : Je n’ai pas de connaissances là-dessus. Mais à Arlit, j’ai entendu dire que le taux de radioactivité est supérieur à la normale. Mais il faudrait que des experts indépendants et impartiaux aillent sur place et fasse un travail de mesure.

Th :  »Cet entretien se termine. Infiniment merci. Pour conclure, en tant qu’artiste et aussi en tant qu’homme libre et engagé, as-tu une espérance, un rêve qui puisse se réaliser ? »

RR : Pour mon peuple, qu’il ait plus de structures scolaires, plus d’autosuffisance alimentaire, plus de structures sanitaires.
Et pour le monde entier, une paix durable. La grande énigme est de savoir si l’on va atteindre ce rêve universel. Une nouvelle génération d’hommes de bonne foi va émerger, sans couleur ni religion, et va aider à construire ce monde nouveau.

Rhissa Rhossey

ERRANCE

Je rentrais

Des périples

Stériles

De mes errances

Sur le sable

Et sur la pierre

De la montagne

A la terre ferme

Pas une parcelle

De l’espace

Qui ne garde

Mes empreintes

D’errant

Ma caravane

Est sans attache

Mes horizons sans limite

Mes rêves

S’étalent

Et s’enroulent

Dans la toile

Du temps

Je fais du silence

Le sel de mon existence

Du passé le pilier

Pour soutenir

Le gouffre

D’une époque

De vertige

Le soleil avare de

Son éclat

A pris en otage

La lune

Dans son

Ténébreux sillage

La voie lactée

Veuve des chemins

Enchantés

Demande en vain

Aux filles de la nuit

Ses repères

Amanar

Reste silencieux

Son épée

Dans le ciel

Enfoncée

 »Avec l’aimable autorisation de Rhissa Rhossey (c) »