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Yvonne Martinet, romancière – 1

Yvonne Martinet n’est pas une romancière dont la production est particulièrement importante. Outre une thèse de doctorat et une thèse complémentaire, toutes deux consacrées à Alphonse Daudet, elle n’a écrit et publié que trois romans. Trois romans dont il y a, malheureusement, une forte chance que vous n’en ayez pas entendu parler, tant leur audience est restée confidentielle. Nous allons tenter de déchiffrer qui est Yvonne Martinet et quelle est son œuvre.

Yvonne Martinet, bien que née à Aigues-Mortes, dans le Gard, en 1891, est issue d’une famille dauphinoise dont les racines se situent à Villard-de-Lans, à Rencurel, à Saint-Pierre-de-Chérennes et à Saint-Marcellin.
Nous allons passer en revue la généalogie de cette romancière, puis sous la forme d’une chronologie aux sources multiples nous retracerons sa vie. Enfin ce sera l’occasion de parler de ses écrits et d’en dresser les thématiques, avant de tenter une analyse globale et critique de son œuvre.

Généalogie

Agnès, Alixe, Yvonne, Jeanne, Henriette MARTINET est née le 27 mars 1891, à six heures du soir, au foyer de Martin, Paul, Auguste MARTINET, greffier de la Justice de Paix, âgé de vingt-six ans, et de Joséphine, Hélène JOURDAN, sans profession, âgée de vingt-deux ans, tous deux domiciliés à Aiguesmortes (graphie de 1891), selon l’acte N° 29 de l’année 1891 de la commune (Archives Départementales du Gard). En ce qui concerne les prénoms usités, notre romancière sera toujours appelée Yvonne, sa mère Hélène et son père tantôt Martin, tantôt Paul, cela en fonction des usages familiaux ou des recensements. Cet acte de naissance nous raconte encore que les témoins de cette déclaration de naissance étaient Jean-Louis HUGON, juge de paix dont on peut penser qu’il était l’employeur de Martin Martinet, et Alphonse François CROUZET, maire de Saint-Laurent-d’Aigouze, une commune voisine. Rien ne nous permet, à ce jour, d’expliquer le lien existant entre cet Alphonse Crouzet et le couple Martinet.

D’autant plus que les époux Martinet ne résident pas à Aiguesmortes depuis longtemps. Ils se sont mariés voici moins d’un an, le 3 mai 1890, à Villard-de-Lans, ville dans laquelle Martin Martinet tiens l’emploi de clerc de notaire. Qui sont-ils tous les deux ?
Martin est né le 25 août 1864 à Rencurel. Il a un frère aîné, Alfred Léon, né le 29 juillet 1860, dont nous parlerons plus tard. L’épouse de Martin-Paul, Hélène Jourdan, est née le 16 juin 1868 à Villard-de-Lans. Elle est la sixième de huit enfants ; Marie-Céline, Henri, Clotilde, Louise, Alfred, (Hélène), Jules et Victor, nés entre 1856 et 1874.

Afin de bien situer l’enracinement dauphinois, et plus précisément en ce versant ouest du Vercors, allons donc un peu à la découverte des parents respectifs de nos deux mariés.

Martin (Paul) a pour père François Désiré Martinet, né à Rencurel le 9 mars 1836, tailleur d’habits à la naissance de ses fils. Il décédera le 2 mai 1915 à Saint-Pierre-de-Chérennes. La mère de Martin se nomme Marie Sessarine (Cézarine) CHABERT, elle est née le 20 juin 1827, à Rencurel, de parents cultivateurs, et décédera le 17 décembre 1906 à Rencurel. François et Marie se sont mariés le 7 octobre 1858 à Rencurel.

De son coté, Hélène Jourdan a pour père Philomène Exupère Jourdan, né à Villard-de-Lans, le 29 septembre 1835, et pour mère Henriette JALLAS (JALLAT), née le 7 janvier 1833, à Lans-en-Vercors. Ils se sont mariés le 22 août 1855, à Lans-en-Vercors, et l’on peut noter que le marié est encore mineur. Ses parents sont propriétaires rentiers et ceux de la mariée sont cultivateurs. Lui décédera en 1921 et elle en 1915, tous deux à Villard-de-Lans.

Quel est le motif du départ du Dauphiné de Martin-Paul et Hélène pour aller habiter dans le Gard ? Pourquoi quitter un emploi de clerc de notaire à Villard-de-Lans afin de prendre celui de greffier d’un juge de paix à Aiguesmortes ? D’y donner naissance à une fille, Yvonne, et, surtout, de revenir à Saint-Marcellin à peine deux ans plus tard ?

Acte de naissance d’Yvonne Martinet

Le fil d’une vie.

Les recensements et les actes d’état-civil nous apportent toutes ces précisions mais ne nous en donnent nullement les raisons. Le recensement de 1891, à Aiguesmortes, nous indique la présence de « Martinet Martin Paul Auguste, greffier, de Jourdan Hélène Joséphine et de Martinet Agnès, âgée de 15 jours, tous les trois résidant rue Plaisantine » (Archives Départementales du Gard). Ce recensement a donc été effectué vers le 15 avril 1891.

Moins de deux ans plus tard, le couple Martinet se trouve à Saint-Marcellin, de retour en terre dauphinoise. Yvonne vient d’assister à la naissance d’un petit frère, dénommé Waldimir Henry Edmond Charles Paul, le 3 juin 1893, à Saint-Marcellin. L’acte de naissance précise que les parents habitent rue Brenier de Montmorand, maison Boissieux, et que le père est commissaire priseur. Malheureusement, Waldimir décédera le 18 février 1894, âgé d’un peu plus de huit mois, toujours à Saint-Marcellin (Archives Municipales de Saint-Marcellin).

Les recensements de 1896 et de 1906 à Saint-Marcellin, notent la présence de Martinet Martin, Jourdan Hélène et Martinet Yvonne, Grande-Rue (Archives Départementales de l’Isère). Sauf erreur, le recensement intermédiaire de 1901 ne fait pas état de la présence des Martinet à Saint-Marcellin. Absence lors du passage de l’agent recenseur ? En 1911, la famille a changé à nouveau de résidence et habite désormais boulevard Gambetta, face à l’hôpital. Pendant toute cette période, Yvonne suit une scolarité élémentaire (1897-1905), puis en classe de grammaire au collège de garçons de Saint-Marcellin (1905-1908). Enfin, elle fait ses classes d’humanités et de rhétorique au lycée Stendhal de Grenoble où elle passe son 1er bac.

En 1911, la liste électorale relève l’existence de Martin Paul Auguste Martinet, en tant que commissaire priseur. En 1915, Yvonne quitte la maison familiale et s’engage dans une très longue et impressionnante suite d’affectations diverses et donc de changements de domiciles. En 1915-1916, elle est maîtresse d’internat au collège de jeunes filles de Sens. Entre 1917 et 1920, elle passe successivement son second bac en philo-langues à Lyon, puis une licence de lettres en anglais à Grenoble. Au cours de l’année scolaire 1921-1922, elle est professeur d’anglais au lycée de jeunes filles de Mulhouse. 1922-1923, assistante à Londres. 1923-1924, professeur à Barcelonette. 1924-1925, professeur à Constantine. 1925-1926, professeur à Bastia. 1926-1927, professeur à Belfort.

A Saint-Marcellin, la vie évolue. Martin, qui a soixante-deux ans est désormais ex-commissaire-priseur selon la liste électorale de 1926. Hélène, ou Joséphine selon les recensements, son épouse, décède le 31 décembre 1928, âgée de 60 ans.

Yvonne Martinet – Août 1930

Pour sa part, Yvonne poursuit les changements d’affectation. 1927-1931, elle est professeur d’anglais à nouveau à Barcelonette. 1931-1933, professeur à Lodève. 1933-1934, professeur à Tournon. 1934-1935, professeur à … Saint-Marcellin. 1935-1937, professeur à Beaune. Par curiosité, arrêtons-nous quelques instants sur cette affectation à Beaune. Le recensement de 1936 signale « Martinet Agnès, née à Aigues-Mortes, pensionnaire à l’hôtel FLOUTIER situé avenue de la Gare, et professeur au collège de Jeunes Filles ». Ce Floutier nous rappelle quelque chose ! Nommé Pierre Henri Louis, et né le 16 juin 1892, à Aigues-Mortes, soit moins d’un an avant Yvonne Martinet et dans la même commune, il est le fils de Albert Louis FLOUTIER, percepteur en cette ville. Il existe un point commun entre Yvonne Martinet et Pierre Floutier : tous deux ont eu pour témoin de leur naissance le juge de paix Jean-Louis Hugon. Ce n’est probablement pas par hasard si Yvonne Martinet loge à Beaune dans l’hôtel tenu par Pierre Floutier. Mais quelle en est la raison ? Quels liens se sont maintenus entre les Martinet et les Floutier pendant plus de quarante ans ?

Année scolaire 1937-1938, Yvonne Martinet est nommée professeur à Bône (Algérie Française). Cette même année 1938, elle est honorée du titre d’Officier d’Académie par arrêté publié au Journal Officiel du 14 juillet 1938. A dater de cette période, la carrière littéraire d’Yvonne Martinet prend naissance. Nous reviendrons sur chacun de ses écrits, mais poursuivons notre chemin de vie en nous satisfaisant de simplement les citer.

Dans les tous premiers jours de 1940, elle défend en Faculté des Lettres de Montpellier une conséquente thèse principale (836 pages!) intitulée « La Jeunesse d’Alphonse Daudet, mémoires et récits, sa vie à travers son œuvre ». Cette thèse est accompagnée de la soutenance d’une thèse complémentaire (138 pages) consacrée à « Numa Roumestan, comparaison entre la pièce et le roman » (« Numa Roumestan » étant une œuvre d’Alphonse Daudet). Yvonne Martinet laisse entendre que ces deux thèses sont les fruits de dix années de recherches et de travail. Il s’agit donc d’un projet qu’elle caresse depuis les débuts de sa carrière d’enseignante. De 1939 à 1945, elle est professeur à Oran (Algérie Française). Elle enseigne pendant sept années en Algérie Française. 1945-1946, professeur à Avignon.

Yvonne Martinet conserve des liens épistolaires avec ses parents, puis son père seul, lors de ses longues absences d’enseignante. Cela est particulièrement notable au cours des sept années de présence en Algérie. C’est parfois quasi quotidiennement qu’elle adresse une carte postale à son père, dans laquelle elle raconte ses petites misères, ses problèmes de santé notamment dentaire, les cours qu’elle donne à telle ou telle élève, les envois de nourriture qu’elle effectue à son attention : artichauts, oranges, mandarines, dattes, … Son père lui répond de façon très brève et peu chaleureuse, par une formule toujours identique ; « colis bien reçu, tout va bien ». Une photo de sa classe de 1èreB, au lycée d’Oran, datée de l’année scolaire 1941-42, la montre maigre et décharnée. Elle a 50 ans. Sa condition physique se dégrade, ce qui la contraint à revenir en métropole.



( à suivre )

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Les derniers écrits de Paul Berret (4)

La joie aurait été grande, sans une nouvelle apparition de la peste en 1630. La ville fut fermée et une léproserie installée en dehors des remparts sur la rive gauche de la Cumane. Ce n’est qu’au mois de novembre 1631 qu’on put rouvrir les portes de la cité. Les survivants lépreux, peu nombreux d’ailleurs de jour en jour, las de leur séquestration, s’enfuirent un jour et vinrent se réfugier à Saint-Vérand, dans les bois de Rossat où ils se cachèrent et périrent d’inanition. Une seconde peste tint de 1649 à 1651 ; les lépreux furent moins nombreux.

La cause de ces pestes était le voisinage de Saint-Antoine. Les Antonins soignaient la peste et toutes les maladies de la peau; le nombre de malades contagieux qui traversaient Saint-Marcellin est incalculable. Sans doute, Saint-Marcellin doit à la réputation des moines antonins d’illustres visites. Mais les réceptions de souverains coûtaient fort cher. Ce n’est pas sans grands frais que les Saint-Marcellinois reçurent les visites de Charles le Sage, de Galéas, de Charles VII, Louis XI, le Roi René, Charles VIII, Anne de Bretagne, le pape Martin XI, François 1er qui venaient les uns pour prier et faire des vœux, les autres pour se faire soigner.

Saint-Marcellin était d’ailleurs une ville très étroite, les habitants étaient enfermés, et les soins de la voirie négligés, les Saint-Marcellinois avaient la mauvaise habitude de jeter dans les fossés les épluchages et les débris dont ils souhaitaient se débarrasser. La municipalité jugeant que ces fossés étaient devenus inutiles les fit combler et laissa bâtir des maisons à charge d’une redevance. C’est alors qu’intervint le fermier des domaines royaux M. de Latte. « Ces fossés, dit-il, étaient la propriété du Dauphin Humbert II qui s’y était réservé le droit de pêche. Or, le roi de France a hérité de tous les territoires du Dauphiné ; ces fossés lui appartiennent et nul n’a le droit d’y bâtir ou d’en modifier l’aspect ». Les Consuls n’obtempérèrent pas, mais adressèrent un placet au roi Louis XV qui s’amusa fort de se trouver propriétaire de ces cloaques et qui séance tenante accorda la permission que requéraient les Conseils.

Le 18° siècle s’acheva dans une lutte contre les financières prises par le gouvernement de Louis XV et une défense des droits et privilèges concédés par le Dauphin et reconnus par ses successeurs les rois de France. Vint la Révolution ; l’Assemblée de Vizille et les Etats-Généraux, où les Saint-Marcellinois envoyèrent des députés et firent valoir leurs réclamations. Ils firent plus : pour arrêter les régiments d’artillerie qui se rendaient secrètement de Valence à Grenoble pour occuper la capitale dauphinoise considérée comme le foyer de la Révolution, ils créèrent une milice, commandée par le général Brenier de Montmorand.

Sous le Directoire, la municipalité demanda et obtint qu’on lui remit le Couvent des Carmes pour y établir une imprimerie et celui des Ursulines pour y transporter le collège.

En 1792, un arbre de la Liberté fut planté sur la place d’Armes, et le 3 février 1794 la ville changea de nom et prit celui des Thermopyles en souvenir de la milice créée pour barrer la route aux troupes contre-révolutionnaires.

En 1794, année de famine, la ville fut bouleversée par trois émeutes. La révolution passée, la ville goûte un calme relatif pendant le 1er Empire, ou elle ne fut troublée que par les levées d’hommes.

En 1816, sous Louis XVIII, grand crime ; les Saint-Marcellinois virent arriver le cadavre de Claude Taboret, assassiné sur le toit de sa maison à Saint-Hilaire du Rosier, le 30 mai, à 2 heures du matin. La gendarmerie, accompagnée de M. Dumoulin, juge suppléant à Saint-Marcellin, l’avait recherché à Saint-Hilaire du Rosier parce qu’il était suspect de bonapartisme. Elle avait réussi à le cerner dans son domicile. Claude Taboret tenta de s’échapper par le toit et c’est là qu’une décharge des gendarmes l’atteignit d’une balle qui lui coupa l’artère fémorale et détermina une hémorragie mortelle. En 1860, ses descendants protestèrent encore contre le meurtre de leur aïeul qui avait été fusillé comme un malfaiteur alors qu’il n’était qu’un dissident politique. Le souvenir de cette exécution est resté vivant dans la mémoire des Saint-Marcellinois et si vous avez la curiosité d’aller consulter le registre d’Etat-Civil à la mairie de Saint-Marcellin, vous y trouverez l’acte de décès de cette innocente victime des passions politiques.

Vie tranquille sous Charles X et sous Louis-Philippe. Saint-Marcellin devient une ville de rentiers, de fonctionnaires et de paisibles cultivateurs. On s’y effraie de la Révolution de 1848 et, à son passage, le prince Louis-Napoléon y est acclamé.

En 1870, le Champ de Mars voit les gardes nationaux et les mobiles faire l’exercice avant leur départ.

En 1827, la municipalité se dispose à établir un abattoir au nord de la ville sur la rive de la Cumane à l’emplacement de l’ancien cimetière. Ce projet souleva la réprobation générale. M. Félicien Berret (3) se fit l’écho de l’opinion des Saint-Marcellinois dans un poème publié à Grenoble chez Viallet et qui est conservé dans les vieilles familles saint-marcellinoises. « Dialogue des morts de l’ancien cimetière de Saint-Marcellin » sur le projet visant à y établir un abattoir. Nous regrettons de ne pouvoir ici le publier en entier ; ce poème offre de beaux vers, il est plein d’imagination et de nobles sentiments.

Non loin des vastes monts où les Alpes finissent

Près des bords où les flots de l’Isère rugissent

Saint-Marcellin s’élève au milieu d’un vallon

Au nord de ses remparts où souffle l’Aquilon

Il existe un réduit où pour sa nourriture

L’homme égorge à la fois l’intrépide taureau

La timide jument et l’innocent agneau

On voit les morts se lever de leur tombeau, prendre tour à tour la parole au nom de l’humanité et de la religion, mais s’en remettent à Dieu.

Tout à coup le ciel s’ouvre. Une main de lumière

Apparaît à ces morts sortis de la poussière

Ils la fixent ; soudain cette divine main

Trace à leurs yeux ces mots : Dieu [ne …] en vain

Alors le ciel se ferme et d’épaisses ténèbres

Viennent envelopper leurs demeures funèbres

Ces spectres étonnés reprennent leurs lambeaux

Et rentrent satisfaits dans la nuit des tombeaux

En 1914-1918, les conscrits saint-marcellinois se signalèrent parmi les plus valeureux des Diables Bleus.

En 1918, suppression du Tribunal et de la Sous-Préfecture. Saint-Marcellin se croit revenu au temps où les Romanais réclamaient le transfert chez eux du siège présidial. Comme alors, le siège de la Justice fut rendu à Saint-Marcellin.

Saint-Marcellin n’eut plus d’évènements que la venue de hauts personnages, le ministre de l’instruction publique Doumergue pour l’inauguration du tramway de Saint-Antoine, le président du Conseil Viviani (4).

Enfin tout récemment les Saint-Marcellinois se pressaient à la gare pour faire une ovation au Maréchal Pétain qui était de passage (5).

Saint-Marcellinois illustres

– Porret, chimiste distingué du 16° siècle

– Anisson, vicaire général des Antonins, si utile à Henri IV auprès du St Siège. Ils sont trois qui devinrent tous les trois cardinaux, celui qui vécut à Saint-Marcellin, mourut peu après sa nomination avant d’avoir la cérémonie de son élévation. C’est ce dernier qui a donné son nom à la rue Cardinal. (6)

– Boisset, auteur d’un tableau de jurisprudence publié en 1663

– Déagent, président de la Chambre des Comptes sous Louis XIII – Bienfaiteur du collège

– Brenier de Montmorand général, défenseur de la ville d’Almeida en Espagne, et dont l’armée en retraite se défendit héroïquement (7).

– Claude Expilly (8)

– Lacombe-Maloc 

… »

Notes

3 – Félicien Berret, poète à l’occasion, est le grand-père de Paul Berret. Avoué, il a été nommé Maire adjoint de Saint-Marcellin le 17 mai 1845, par Louis-Philippe.

4 – René Viviani (1863-1925) a été président du Conseil lors de la première guerre mondiale, du 13 juin 1914 au 29 octobre 1915. Une possible visite de René Viviani à Saint-Marcellin reste à justifier.

5 – La dernière apparition publique de Paul Berret date du 14 juillet 1940, soit après l’armistice de juin 1940. Son biographe, Michel Jolland, précise que son dernier discours public, ce jour-là, devant le monument aux morts de Saint-Vérand, « met en valeur la religion, la famille et la patrie ». Par ce jugement relatif à Pétain, Paul Berret trahit un assentiment tacite aux thèses pétainistes alors que nous sommes en 1943 et que la Résistance met en œuvre la coordination de ses divers mouvements. Cette coordination aboutira le 26 janvier 1943 par la fusion de « Combat », « Libération-Sud » et « Franc-Tireur ». De même, la création du STO par le gouvernement de Vichy date du 16 février 1943. Sans doute parce qu’il n’en a pas eu le temps, ces deux évènements, accélérateurs du mouvement de Résistance, n’ont pas été commentés par Paul Berret.

Concernant le potentiel arrêt en gare de Saint-Marcellin du maréchal Pétain, aucune archive, aucun commentaire de presse, ne permet de le confirmer. Lors de son déplacement à Grenoble, le 19 mars 1941, celui-ci a fait halte à Rives lors de la nuit précédente, du 18 au 19. Le 19 mars au soir, il s’est arrêté à Moirans pendant l’heure du dîner et a stationné la nuit à Chandieu-Toussieu, avant d’arriver au matin du 20 mars à Vienne (cf. « Le Petit Dauphinois » des 20 et 21 mars 1941). C’est à Moirans que la foule s’est retrouvée en gare afin de saluer le maréchal.

6 – Une généalogie de la famille Anisson a été publiée en 2016 sur le site de Bruno Bernard-Michel. On y trouve Charles Anisson (vers 1530-vers 1600), religieux de l’ordre de Saint-Antoine, envoyé à Rome où il travailla à l’accommodement d’Henri IV avec le Saint-Siège. Le cardinalat lui aurait été réservé. https://toutsurlagenealogie.blogspot.com/2016/06/genealogie-de-la-famille-anisson.html

7 – Paul Berret cite Brenier de Montmorand comme défenseur de la ville d’Almeida, en Espagne. Cette ville n’est pas en Espagne, mais au Portugal.

8 – Parmi les personnages illustres, Paul Berret cite Expilly. Il s’agit de Claude Expilly (Voiron 21/12/1561 – Grenoble 25/07/1636), avocat au parlement du Dauphiné à Grenoble, Seigneur de la Poepe (Poipe). Auteur d’une « Histoire du Chevalier Bayard » et de poèmes à l’attention de Gabrielle d’Estrées, Marquise de Monceaux. Il a épousé Isabeau Bonneton en 1589, laquelle mourut en juin 1625. Claude Expilly lui éleva un tombeau dans une chapelle de l’église de Chatte, commune où se trouve le château de la Poepe (Poipe) qu’elle avait fait construire.

Transcription, le 24 janvier 2025, Jean Briselet (membre de « Groupe Rempart »)

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Les derniers écrits de Paul Berret (3)

Près de la tour se trouvait une auberge mentionnée dans l’ordonnance de 1693, « le Logis de la Tour de Sr François tenu en louage par Jean Perrin hôte médiocrement riche ». A l’intérieur de la ville, le passé s’évoque partout, il n’est pas une maison située dans la vieille enceinte d’Humbert II qui ne révèle la naissance médiévale de son édification. Place de l’Église, si vous entrez dans le couloir qui borde une papeterie, c’est un grand escalier de pierre avec une belle rampe en fer forgé qui mène dans la grande salle du Conseil Delphinal, dans laquelle on a pu, à l’aide de cloisonnements, donner place à trois appartements, où la hauteur des plafonds et des écussons encore en bon état témoignent de l’ancienne destination. Place d’Armes, dans le voisinage d’un grainetier, on monte un escalier du onzième siècle; tout près, à l’angle de la rue Porret, une tour de guet se révèle dans des ogives encastrées dans la maçonnerie. Dans le passage Michon un garage est établi sous des voûtes où habitèrent des Templiers ; place des Carmes, on aperçoit à l’entrée des colonnes et des pierres blasonnées qui s’effritent, une petite fenêtre ogivale et les énormes et hauts piliers d’une porte d’entrée.

Il faut aussi contempler vis à vis de la nouvelle halle à l’arrière de la mairie, la tour du collège, construite par les Jésuites au XVIII° siècle. C’est dans ce collège que les enfants de toutes les vieilles familles saint-marcellinoises ont fait leurs études. Il est cher à tous ceux des Saint-Marcellinois en qui subsiste le culte de leur petite patrie. Cette tour qui domine la cité s’aperçoit de très loin dans toutes les directions. C’est elle qui avec le clocher roman de l’église donne à Saint-Marcellin cette physionomie particulière et pittoresque qui frappe tous les touristes. Ce collège fut bâti grâce aux libéralités de Guichard Déagent par contrat passé le 5 août 1642 avec les Carmes. Les études y furent d’abord gratuites. Mais le 14 février 1739 un incendie qui dura quatre heures l’anéantit. Cet incendie gagna une partie de la ville et jusqu’au couvent des Visitandines à la porte de Romans. Dès lors les Carmes exigèrent que les études fussent payées, s’érigeant en maîtres de la situation, ils empiétèrent pour leurs constructions nouvelles sur les terrains de la municipalité. D’où protestations, procès et discrédit sur les Carmes traités d’ingrats. Quant au collège, il vit sa prospérité s’accroître sous les Jésuites ecclésiaux qui lui survirent, jusqu’à la venue des Principaux laïques.

En dehors des murs sont debout de vieilles demeures. Le château du Mollard à l’ouest ; il appartint d’abord aux Béranger-Sassenage, il fut pendant les guerres de religion pris et repris par les protestants et les catholiques. Au-dessus de la porte d’entrée est sculpté l’écu des Gotafrey : il fut occupé quelques temps par les Maugiron. Ses murs portent la trace de réédifications successives. Il est situé sur une haute terrasse qui domine la ville et d’où la vue s’étend sur tout le Vercors.

Près de la porte de Chevrières habitaient les Récollets, ordre religieux, épris de sciences, en rapport constant avec la noblesse saint-marcellinoise qui venait chercher avec eux la physique et la chimie ; ils possédaient un laboratoire muni d’instruments précieux. Y attenant se trouvait le Couvent de Bellevue ; on voit encore sur les piliers de la porte d’entrée, deux têtes de religieux à deux faces dont l’une regarde la ville, l’autre l’intérieur du domaine. Ce couvent a été occupé par plusieurs ordres, il est aujourd’hui la maison mère des Philomènes.

La ville de Saint-Marcellin a été tout d’abord une ville d’ordres religieux. Carmes, Templiers, Bénédictins, Recollets, Antonins, Ursulines qui enseignaient dans le collège. Saint-Marcellin est née entre Beauvoir et Saint-Antoine : ce sont les Antonins et les Dauphins qui ont fait sa fortune. Les Carmes qui, plus tard, durent émigrer à Beauvoir sous la pression des autres ordres, y avaient établi un marché qui approvisionnait la cour Delphinale et l’abbaye de Saint-Antoine. Ils avaient imposé à ce marché le droit de leyde qui les enrichit aux dépens des autres ordres et de la population. C’est ainsi qu’ils perdirent leur popularité première.

HISTOIRE

Saint-Marcellin n’entre pas dans l’histoire avant le onzième siècle. Jusqu’alors, le territoire fut une forêt, la Forêt de Claix. La route romaine commerciale coupait l’Isère à une lieue de là, ainsi qu’en témoignent les nombreux ex-voto trouvés sur cette route, recueillis et concentrés dans les murailles des châteaux des environs. Les invasions passèrent ; Burgondes, Francs, Huns, Vandales et Maures ; sans doute y avait-il quelques habitations sur le coteau de Ronchives, où l’on a trouvé des monnaies romaines contenues dans des poteries et profondément enfouies pour les dérober aux mains des conquérants.

Quand Isarn, l’évêque de Grenoble, eut vaincu et chassé les Maures, le Royannais fut donné en apanage à la puissante famille des Béranger. En 1040 la contrée fut enlevée aux évêques par Guigues le Vieux qui fonda, à l’emplacement de Saint-Marcellin, le prieuré des Carmes. En 1119, une église y fut édifiée. Guigues IV, dit le Dauphin, encouragea autour d’elle des constructions d’habitation. Guigues VII les entoura de murailles définitives. Enfin Humbert II agrandit la petite cité, l’entoura de remparts protégés par quatorze tours et de larges fossés remplis d’eau, où il se réserva le droit de pêche. Il abandonna aux Saint-Marcellinois les revenus de son château de Chevrières, Caprilianum, et par deux actes du 4 et du 14 juillet 1343 leur octroya une charte, avec de nombreuses libertés et franchises. Toutefois, il réserva à la famille du chevalier de Boffin, le droit exclusif de moudre le grain dans le Moulin du Vieux Faubourg de la ville, respectant le don fait aux Boffin par le Dauphin Jean II.

Le 16 juillet 1349, le Dauphin Humbert II vendait au roi de France son royaume entier. Saint-Marcellin, érigé en bailliage, fut pourvu d’un vibailli, et administré par deux consuls et douze conseillers, tous Saint-Marcellinois.

Pendant la guerre de Cent Ans, Saint-Marcellin fournit au roi un don gratuit et la noblesse se comporta vaillamment à Crécy et à Poitiers. Plus tard, Louis XI, dauphin, obligea le Chapitre de Saint-Bernard de Romans à reconnaître la suzeraineté de Saint-Marcellin ; de là naquit une rivalité ardente et ombrageuse entre les deux villes.

Traversée et rançonnée aux passages des armées qui se rendirent en Italie, la ville devait être plus éprouvée encore par les guerres de religion.

François de Beaumont, baron des Adrets, souleva la noblesse protestante du Dauphiné et soumit Saint-Marcellin à son autorité ; il y mit quelques troupes. On était en 1562, il menait le gros de son armée à l’attaque et au pillage du Comtat Venaissin. Alors le lieutenant-général Maugiron, chef des Catholiques, se fit ouvrir les portes de la ville par Lacombe-Maloc et le Grand Prieur des Carmes. Mis en fureur par cette capitulation, le Baron des Adrets revint sur Saint-Marcellin à marche forcée avec 12 000 hommes. On mura trois portes, on fortifia les remparts. Mais Maugiron n’avait que 1500 hommes. La ville, malgré une résistance acharnée, fut emportée d’assaut. Les défenseurs furent passés au fil de l’épée. Un certain nombre s’étaient réfugiés dans la Tour Saint-Jean qui s’élevait au bord du ravin de la Cumane, à l’emplacement aujourd’hui de la maison Ney, place Château-Bayard. Puis le baron des Adrets se fit amener le Grand Prieur des Carmes, le traita de traître et le fit pendre, en vue du cloître, sur la porte de Romans. Il se vengea atrocement de Lacombe-Maloc ; il fut traîné, une corde au cou, dans les rues de Saint-Marcellin et il expira, au milieu de son supplice, à bout de souffrances.

Saint-Marcellin, porte d’avant-garde du Dauphiné, continua à être la proie des partis : tour à tour Montbrun, de Gordes, le Duc de Nemours et Lesdiguières s’en emparèrent, au grand dam des habitants et des habitations. Aux incendies, aux mousquetades, aux tueries vint en 1586 s’ajouter le plus terrible des maux, la peste qui sévit pendant une année.

Ce n’est que vers 1595, après plus de trente cinq ans d’épreuves, que Saint-Marcellin retrouva la paix, grâce à la publication de l’édit de Nantes.

En cette année 1595, Saint-Marcellin fut désignée pour la réunion des Etats-Généraux. Les délégués demandaient que les impôts fussent équitablement répartis, qu’il n’y dépendit plus du rang du propriétaire, qu’il n’y eut plus de terres nobles exemptes de redevance, et de terres roturières chargées par la fiscalité : Expilly résista d’abord, en vain l’Assemblée envoya une députation au roi Henri IV, alors à Lyon. Henri IV soumit le vœu des Etats-Généraux de Saint-Marcellin à son Conseil qui refusa d’acquiescer.

Ce sont par les décisions, prises sous Louis XIII par Richelieu, que deux arrêts, de 1634 et de 1639, établirent que la taille serait désormais réelle, dépendant de la valeur de la propriété, et non personnelle, en dépendance de la classe sociale du possédant.

Cependant Romans s’agitait et réclamait toujours le siège présidial. En 1628, les Romanais semblèrent tenir la corde, mais deux Saint-Marcellinois, MM. Brenier et Payn du Perron, allèrent jusqu’au Camp de la Rochelle trouver le Roi, puis, après la reddition de la Rochelle, le suivirent à Paris. Au bout de six mois de pourparlers et de négociations le roi décida qu’avis serait demandé aux bourgeois de Saint-Marcellin. Celui-ci fut formel :

«L’assemblée des notables, considérant qu’il n’est personne à Saint-Marcellin qui consente à souscrire à cette translation, d’autant plus que ce serait certainement la ruine et la désolation de la ville, vu qu’elle ne subsiste que par le bailliage, a conclu d’employer tous les amis de la Communauté pour supplier le Roy, comme elle le supplia, de vouloir bien conserver et maintenir ledit bailliage à Saint-Marcellin, en suite de la donation qui en a été faite par feu Monseigneur le Dauphin Humbert en l’an 1343 et des confirmations accordées par les Roys de France prédécesseurs de sa Majesté ».

Le siège présidial resta à Saint-Marcellin.

(à suivre)

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ASPECT GENERAL

Le territoire du canton de Saint-Marcellin est l’une des régions de notre département les plus variées, les plus pittoresques, et historiquement les plus intéressantes de tout le Dauphiné. Elle en est le centre, le « rognon » ainsi qu’en disent les habitants de Tullins ; c’est là qu’ont résidé, la majeure partie de l’année, les Dauphins depuis l’an 1258 ; et c’est à Beauvoir que se sont déroulés les évènements les plus importants pour l’histoire de la province. Le Conseil Delphinal a siégé à Saint-Marcellin.

Aux touristes le pays offre le triple aspect d’une plaine de fécondes productions agricoles, les coteaux des pentes et du plateau couverts de forêts, de vignes d’excellents crus et de cultures récoltables, la montagne du Vercors septentrional, des gorges, des routes audacieuses en encorbellements et en tunnels, des sommets boisés d’où la vue s’étend sur l’ensemble de la contrée.

C’est un pays merveilleux pour les villégiatures, le centre même du tourisme dauphinois. Regardez d’une des pentes du Vercors la plaine qui s’étend à vos pieds. (ainsi que le dit Lamartine p.5 (1) Lamartine aurait pu dire mieux encore, à regarder cette plaine complantée de mûriers, de noyers, de châtaigniers, tous arbres de forme ronde, quand on les aperçoit par leurs sommets le pays semble évoquer l’image d’une forêt d’orangers verdoyante et touffue.

Les coteaux sont dominés à 600 mètres d’altitude par le plateau de Chambarand, où s’étend un champ de tir long de 18 kilomètres et large de deux. La forêt, presque toute entière en taillis, est giboyeuse ; elle est vallonnée : dans les source abondantes et claires y circulent de toutes parts, et forcément çà et là de petits lacs. Sur les hauteurs dans les éclaircies la vue se prolonge jusqu’aux sommets du Forez et du Vivarais à l’ouest, sur les cimes du Royannais et du Vercors au sud. Des religieux y habitant la Trappe de Chambarand, défrichaient, cultivaient et fabriquaient une bière renommée. Ils sont remplacés par des religieuses qui vendent des fromages appréciés.

La montagne du Cirque de Lente à la pointe de l’Echaillon est l’une des plus curieuses et des plus étrangement découpées parmi les hauteurs du Vercors. La route de Combe Laval, les Goulets, les Ecouges et les cascades des Gorges du Nan, les airelles des Coulmes avec leurs coqs de bruyère, la cascade de Ruzan, le vallon de Presles y font l’admiration des touristes. Partout des galeries souterraines et des grottes de hauteur considérable, celles de Saint-Nazaire, d’Herbouilly, de Chorange, de Bournillon.

Plaine, coteaux, montagne sont peuplés de ruines qui évoquent le passé dramatique de ce Dauphiné des Dauphins, Rochechinard où fut prisonnier le sultan Bajazet, Bressieux, où Mandrin faillit épouser la comtesse Marguerite de Valbelle, le Château Golard, rendez-vous proche de Chatte où François put aborder Diane de Poitiers, les Loives des Chevaliers de Malte.

Le Grand Serre avec ses vieux remparts et ses cinq portes fortifiées, la Tour de Saint-Quentin, la Tour d’Arnieu, le Château Pillard, l’arsenal de Guigues VII à Tullins, et les vestiges de Flandène, volé avec tant de ruses par Louis XI, et berceau de la famille des Lyonne.

On trouvera tous les détails concernant toutes ces curiosités naturelles ou historiques de la plaine, des coteaux et de la montagne dans les descriptions et l’histoire des cités, des villages et des hameaux. Une des excursions la plus proche et la plus intéressante historiquement de Saint-Marcellin, est celle de l’Abbaye de Saint-Antoine, distante de 11 kilomètres. Des cars qui remplacent aujourd’hui la voie ferrée du tramway déposée, y conduisent.

A quatre kilomètres. on arrive à la petite cité de Chatte (altitude 285 m ; 1550 habitants). D’aspect moderne malgré son antiquité probable, car on a pu y découvrir les traces de la route romaine qui allait du Royannais à Roybon par Chevrières, Murinais et les Chambarands. L’église actuelle date de 1842. Chatte conserve son importance ecclésiastique car elle ne possédait pas moins de six chapelles. Une seule a été reconstruite en 1867 telle qu’elle existait au moyen-âge, grâce à la libéralité de M. Paul Chabert d’Hières.

Chatte a conservé son vieux château-fort qui appartint d’abord à Joachim de Bue, puis à Sébastien Bottarel, bourgeois de Romans, qui le légua en 1882 aux pauvres de l’hôpital général de Romans. Ces héritiers eurent des descendants. Ils sont inconnus aujourd’hui, des Boffin de La Sône aux La Baume Pluvinel de la Roque. Quelques parties des logis, sans doute vendues par les propriétaires, sont encore intactes , mais d’autres sans occupants connus, sont en ruine et constituent un danger permanent pour les rares familles qui continuent d’y vivre. Dès 1566, le château a du être fortement endommagé car il fut le théâtre d’un terrible combat où le baron de Gordes battit les protestants. D’importantes réparations furent exécutées dans les années qui suivirent. En 1905, une façade s’est écroulée et a mis à jour une construction en tuf, datant, croit-on, du X° siècle ; on y voyait encore en 1922 une porte à plein cintre et des barbacanes pour le tir de l’arc et de l’arbalète.

De Chatte, la route qui mène à Saint-Antoine traverse une série de petites collines qu’ombragent des taillis de châtaigniers.

Saint-Marcellin est une petite ville de 3700 habitants. Elle est située à 281 mètres d’altitude sur la rive droite de la Cumane, à trois kilomètres et demi de l’embouchure de ce torrent dans l’Isère, et au pied d’un coteau qui produit des vins […]. Elle a de bien beaux boulevards ombragés par des platanes séculaires : le boulevard Brenier de Montmorand, celui du Champ de Mars et le Cours Gambetta ; on y voit de grands bâtiments modernes : le Palais de Justice, la Caisse d’Epargne, le Gymnase, des Bains et y attenantes de belles salles destinées aux expositions de peinture et d’art décoratif. Elle possède de beaux groupes scolaires et d’importants magasins à tabac, la façade est sans style.

La Mairie avec sa grande salle de réunion pour le Conseil Municipal et sa Salle des Fêtes. En face, sur la place d’Armes où se tiennent les marchés, un élégant kiosque à musique où la Lyre Saint-Marcellinoise donne de fréquents concerts. Ce kiosque occupe la place ou devait, sous le Premier Empire, s’élever une magnifique fontaine, haute de 10 mètres et couronnée d’un globe et d’un aigle impérial.

Son église est également récente. La première église, consacrée en 1119 par le pape Calixte II a été brûlée. L’église rebâtie a perdu sa physionomie médiévale, mais elle reste dominée par un clocher du XII° siècle avec des mâchicoulis et avec quatre tourelles à l’orifice de la flèche. A gauche s’élève le vieux château dont certaines parties datent du XI° siècle, rendez-vous de chasse au temps où la Forêt de Claix n’était pas encore défrichée, s’étendant sur le terrain de la ville actuelle.

Ce château était défendu au nord par l’une des plus hautes tours parmi les 14 dont le Dauphin Humbert II avait fortifié la cité. Il a été surélevé à plusieurs reprises et notamment au XVIII° siècle. Toute la partie supérieure est de construction nouvelle et un cinéma est installé au-dessus de la salle où festoyaient, au retour de la chasse, les seigneurs du onzième siècle.

Elle possède une belle promenade sur le coteau de Joud. La dénomination de Joud dérive de ludus ; ludus campestris, c’est le nom dont les latins désignaient les exercices militaires. C’est à Joud que s’exerçait la garnison des milices delphinales. On accède à Joud par un vieil escalier de pierre de 102 marches, le long des antiques remparts, à l’entrée nord de la ville ; on peut y parvenir par la montée du Calvaire qui longe le côté extérieur des fortifications. De Joud, on aperçoit la riche plaine qui s’étend du nord-est au sud-ouest des rives de l’Isère, les ruines du château delphinal de Beauvoir, la cascade du Ruzan et toutes les anfractuosités des gorges du Nan, failles étroites à Cognin, la Drevenne aux Ecouges, ainsi que les murailles de quartz de la Gorge aux Fées.

La ville de Saint-Marcellin, renommée pour ses fromages et ses vins, a passé et passe encore pour la cité de France où l’on mange le mieux. Tous les Saint-Marcellinois vous racontent l’histoire de la prise de la ville par le terrible baron des Adrets en 1562. Cette histoire a été écrite maintes fois en prose et en vers, mais ici les vers conviennent mieux, puisqu’il s’agit d’une manière d’épopée.

La Cumane reçoit près de son embouchure le ruisseau du Savoret qui y parvient souterrainement en quittant Saint-Marcellin. Le Savoret qui alimentait au moyen-âge les fossés des fortifications est aujourd’hui souvent à sec ; mais il est sujet à des crues rapides dans les périodes de pluie. En 1900, il inonda la partie basse de la ville et les eaux s’élevèrent jusqu’à 1 mètre 10.

La Cumane, à l’est, qui baigne au bas des pentes les remparts de la ville est aujourd’hui franchie par deux ponts : le viaduc du chemin de fer de Grenoble à Valence, long de 120 mètres, haut de 35, avec 9 arches, et un pont de pierre pour les voitures et les piétons. Il y a un siècle encore, il fallait descendre presque jusqu’au lit de la rivière pour la traverser hors la ville à quelque distance de la porte de Vinay, sur un pont de bois dont il ne reste aucun vestige. Moins héroïquement, mais en toute sécurité, on retrouvera aujourd’hui à l’Hôtel de France la savoureuse cuisine du seizième siècle. Le propriétaire actuel, M. Guttin, a eu l’heureuse idée de restituer dans sa forme première le réfectoire des Carmes d’où fut tiré le Grand Prieur pour être écartelé. Ce réfectoire a obtenu la première médaille au concours des salles à manger d’hôtels. Il existe à Saint-Marcellin deux autres hôtels : l’hôtel Thomé rue de Beauvoir (2) et l’hôtel Reynaud, sur la route de Romans.

Il ne serait pas impossible de faire dans Saint-Marcellin d’autres résurrections car, bien qu’invisibles au premier aspect et dissimulées sous le maquillage de crépissages épais sur leurs façades, toutes les constructions de la ville ancienne subsistent, ça et là se dressent encore les murailles ou se découvrent les soubassements de l’enceinte de Humbert II avec ses quatorze tours et les quatre portes : la porte de Romans, la porte de Chevrières, la porte de Vinay et celle de Beauvoir. Une tour d’est, conservée, adhère à l’angle de la place Lacombe-Maloc. Il n’est presque pas une de ces maisons à façade artificielle, qui ne révèle dès l’entrée des salles voûtées et des escaliers de pierre datant du moyen-âge : car les propriétaires de ces immeubles obtinrent dès le 15° siècle moyennant une redevance d’utiliser pour les constructions les anciennes murailles devenues inutiles après l’invention des canons et des armes à feu.

On peut suivre entièrement la ligne de ces murailles. Partant de la gare de Saint-Marcellin, située à l’est de la ville, dirigez-vous dans la direction de l’ouest. Nous voici en face du monument aux morts de la guerre de 1914-1918, élevé derrière le tribunal. Contournons le bâtiment, traversons le cours Gambetta ; à l’entrée du passage, au dehors, à droite et à gauche nous apercevons une ruelle ; c’est le chemin de ronde des milices delphinales, les remparts étaient doubles et un chemin d’une largeur de 4 mètres les séparait. Ils sont, avec leur construction en cailloux roulés, très bien conservés. Seules, les tours ont été rabattues dans leur partie haute, et les deux murs intacts font la partie arrière des constructions qui s’étendent d’une part entre le cours Gambetta et le chemin de ronde, d’autre part entre ce chemin à la Grande Rue. Suivons ces remparts à gauche. Ils nous mènent à la tour intacte de la place Lacombe-Maloc, attenante au réfectoire médiéval de l’Hôtel de France.

Tour des remparts à l’angle des places Lacombe-Maloc et Déagent

Porte de Romans-Gravure 1829

Nous traversons la Grande Rue à l’emplacement de la porte de Romans démolie en 1820, mais dont un peintre anonyme nous a légué un tableau d’une minutieuse et pittoresque exactitude et nous atteignons le boulevard du Champ de Mars. Ici, tout est dissimulé par les façades où sont installées des portes et fenêtres modernes, où, face au Champ-de-Mars, une série de cafés offrent leurs tables aux maquignons. On chercherait en vain sur ces constructions aux fausses fenêtres la trace des fortifications : ce n’est qu’à leur arrière donnant sur des hangars et des cours qu’on peut distinguer les vieilles murailles, et nous allons ainsi à la suite par le boulevard Brenier de Montmorand jusqu’à la rue de Chevrières, ici nouvelle porte dont la vue a été prise par le peintre de 1820. La rue traversée, nous sommes au pied de la montée du Calvaire. Escaladons, les maisons sont basses, elles ont été bâties sans ordre, à la hâte semble-t-il, et laissent voir les matériaux des remparts. D’ailleurs une tour, décapitée, reste debout. En haut, c’est la promenade de Joud et nous redescendons par les cent marches à la Grande Rue. Celle-ci traversée, nous suivons la rue du Chapeau Rouge, chemin qui longe l’ancien lit très large de la Cumane d’un coté, un sol fécond grâce aux crues de la rivière et propice à la culture maraîchère, de l’autre les remparts et qui aboutit à la place Château Bayard qui nous montre (une fois franchie la rue de Beauvoir), la ruelle des remparts par où nous commençâmes notre excursion.

La rue du Chapeau Rouge doit son nom à son enseigne : un chapeau de couleur rouge. L’auberge du Chapeau Rouge figure parmi les 12 auberges énumérées dans l’ordonnance de l’Intendant du Dauphiné, en date du 28 août 1693 « le logis du Chapeau Rouge, tenu par Etienne Rey, hôte qui vend pain, vin et viande ; il est d’une médiocre aisance ».

Le Dauphin Humbert II établit son système de fortification afin de défendre et d’élargir à la fois le territoire de la ville, il existait déjà une enceinte fortifiée de moindre étendue. Il est malaisé d’en suivre aujourd’hui les traces. Toutefois nous savons par une notice de l’abbé Martin, dans l’Album du Dauphiné, qu’une tour, la Tour de Saint-François, s’élevait à l’emplacement de la Halle, marché couvert aux énormes et innombrables poutres de bois, datant de 1766, qui ne fut démolie que vers 1900. Cette Tour, datant de la même époque que le rendez-vous de chasse du Château, servait à abriter la meute et les piqueurs qui attendaient là le signe du départ. Une partie de cette enceinte est encore visible entre l’entrée de la rue de Chevrières et la place Sully, dont elle longeait la partie Est de là elle continuait à travers les hangars et les jardinets de la rue Tardivonnière.

Place Sully – Photo Paul Berret

Renvois

1 – Paul Berret fait une référence à Lamartine, en citant « p.5 ». Il semble qu’il s’agisse des « Méditations Poétiques », publié en mars 1820, dont le cinquième poème est intitulé « Le vallon », poème consacré au paysage environnant le Château de Pupetières, à Virieu, et dont Paul Berret a fait une analyse spécifique. (cf « Le “Vallon” de Lamartine », Mercure de France, 1er août 1933)

2 – L’Hôtel Thomé, sauf erreur, n’était pas situé rue de Beauvoir mais rue Saint-Laurent, à Saint-Marcellin.

(à suivre)