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Culture numérique

Réseaux sociaux

Depuis juin 2009, soit depuis 3 ans et demi, Vincenzo Cosenza, auteur du blog Vincos (http://vincos.it/), publie tous les six mois la carte du monde de l’expansion des réseaux sociaux, plus exactement du réseau dominant dans chaque pays. Une publication chronologique de toutes les cartes s’avère passionnante.

En juin 2009, Facebook (www.facebook.com/) achève sa domination sur la quasi totalité de l’Europe occidentale. La Chine ne jure que par QQ (http://www.qq.com/). La Russie se consacre à V Kontakte (http://vk.com/). Le Brésil et l’Inde garde confiance en Orkut (www.orkut.com/). Et les pays arabes comme la Libye, l’Arabie, le Yemen sacrifient à Maktoob (http://en-maktoob.yahoo.com/?p=xa). Quant à l’Afrique, ce n’est presque qu’un grand désert !

Juin 2009-Carte mondiale (DR)


Six mois plus tard, en décembre 2009, nouvelle carte. Sur 127 pays analysés, Facebook est en tête pour 100 d’entre eux, avec un total de 350 millions d’usagers enregistrés. V Kontakte et QQ préservent leurs territoires respectifs. Orkut perd l’Inde. Maktoob n’a plus d’audience préférentielle dans les pays arabes. Et l’Afrique n’est qu’un grand désert.

Carte mondiale-Décembre 2009 (DR)


En 2010, l’hégémonie de Facebook ne fait que se confirmer. 111 sur 131 pays examinés placent Facebook en tête, la Chine et l’ex-Union Soviétique conservent leurs réseaux. Le Brésil fait encore bande-à-part avec Orkut. L’Iran fait confiance à Cloob (http://www.cloob.com/profile/login/authenticate). Et en Europe, seules la Hongrie, la Pologne et la Hollande résistent. Quant à l’Afrique, notamment sub-saharienne et centrale …

Carte mondiale-Juin 2010 (DR)


Fin 2010, nouvelle carte du monde. Facebook revendique 600 millions de membres. Il est en tête dans 115 pays sur 132 analysés. Suivent dans l’ordre ou dans le désordre Twitter (https://twitter.com/) et LinkedIn (http://fr.linkedin.com/). Il y a en fait peu de mouvements, si ce n’est que la Pologne et la Hongrie rejoignent le leader. En Afrique, il n’est pas utile d’en parler …

Carte mondiale-Décembre 2010 (DR)


Juin 2011, Facebook a 700 millions d’inscrits et confirme sa suprématie, y compris sur des pays comme l’Iran ou la Syrie … quand il n’est pas censuré ! Mixi (mixi.jp/), au Japon, Orkut au Brésil conservent leurs positions. QQ, devenu QZone, étend son influence sur la Corée du Sud, tandis que V Kontakte se fait contrer sévèrement par Odnoklassniki (http://www.odnoklassniki.ru/). Parmi les poursuivants, Twitter domine LinkedIn.

Carte mondiale-Juin 2011 (DR)


Encore six mois et nous voici en décembre 2011. Facebook compte 800 millions d' »Amis ». Il a mis « à la raison » les Hollandais, les Brésiliens … pour le Japon, on ne sait pas très bien en raison de la présence de nombreux réseaux: Mixi, mais également Gree, Mobage … bref 127 pays sur 136 analysés accordent leur préférence à Facebook. De nouveaux pays africains sont analysés, mais il reste encore bien des « blancs ».

Carte mondiale-Décembre 2011 (DR)


Juin 2012, il y a six mois, nouvelle carte. Voici trois ans, lors de la première analyse, les réseaux sociaux classés en tête étaient au nombre de 17, ils ne sont plus maintenant que 7. Et parmi eux, le Cloob, réseau d’Etat de l’Iran, Zing (|http://news.zing.vn/) au Vietnam et Draugiem (http://www.draugiem.lv/) en Lettonie. C’est dire que la carte devient de plus en plus unicolore.

Carte mondiale-Juin 2012 (DR)


Enfin, décembre 2012, qui voit Facebook dépasser le milliard de membres ! Et il n’y a que cinq réseaux à se placer en tête dans au moins un pays. Bien entendu, Facebook se taille la part du lion. En Russie, V Kontakte a supplanté Odnoklassniki. Quant à l’Afrique, nul n’en sait davantage …

Carte mondiale-Décembre 2012 (DR)


Mais à quoi servent les réseaux sociaux ? Comment sont-ils utilisés ? Quelle est la part de la population qui les utilise ? Pour avoir quelques réponses, il faut se diriger vers Pew Research (http://www.pewglobal.org/), un site américain.
En Grande-Bretagne, en Russie, aux USA, en République Tchèque et en Espagne, un habitant sur deux utilise les réseaux sociaux. La proportion est de 39 % en France, pays dans lequel 25% de la population n’accède pas à Internet, volontairement ou non. Pew Research a examiné 21 pays répartis de par le monde (bien entendu, aucun pays africain sub-saharien !). En Tunisie, 34% de la population utilise les réseaux sociaux. En Egypte, 30%.
Globalement, parmi les utilisateurs des 21 pays concernés par l’étude, 67% échangent à propos de musiques ou de films, 46% à propos des enjeux de leur communauté, 43% le sport, 34% la politique, et 14% la religion. (réponses multiples)
Dans un groupe constitué de la Jordanie, du Liban, de l’Egypte et de la Tunisie, il est frappant de constater que 60-68% des échanges sont voués à la politique (34% pour le total), 74-82% aux enjeux de la communauté (46% pour le total des 21 pays) et 62-63% pour la religion (14% pour le total) avec une remarquable exception, celle du Liban dont les échanges consacrés à la religion ne concernent que 8% du total !
Nul ne sera étonné d’apprendre qu’en fonction de l’âge, l’usage des réseaux sociaux est variable. De façon générale, les jeunes de 18-29 ans les utilisent davantage que les adultes de 30-49 ans qui les utilisent davantage que ceux de plus de 50 ans. Par contre, l’utilisation qui en est faite par les plus anciens se révèle parfois bien faible, voire marginale. Ainsi 8% seulement des Polonais de plus de 50 ans, 4% des Grecs, 4% des Libanais, 7% des Turcs ,des Tunisiens et des Mexicains, 8% des Chinois de plus de 50 ans utilisent les réseaux sociaux.
Dernière constatation d’importance; le niveau éducatif joue un rôle primordial dans l’usage qui est fait des réseaux sociaux. Dans 15 des 18 pays explorés, la différence de « fréquentation » des réseaux se traduit par un nombre à deux chiffres entre ceux qui ont un niveau universitaire et ceux qui ont moins d’éducation. Le record est battu par l’Egypte où 82% des diplômés de l’université utilisent les réseaux sociaux, alors que ceux qui ont moins d’éducation ne l’utilisent que dans une proportion de 18%.


Mise à jour du 12/01/2013
Pourquoi la zone africaine de la carte, notamment l’Afrique sahélienne et l’Afrique centrale, est-elle une zone vierge ? Interrogé par nous, Vincenzo Costenza a répondu que c’est parce qu’il n’y a pas de données disponibles pour ces pays. On peut penser que si c’est données n’existent pas, c’est parce que la part de la population qui utilise l’internet est encore trop faible, et que la part des utilisateurs d’internet qui se servent des réseaux sociaux est encore plus faible.
Cette constatation rejoint un vieux post de ce blog (Faut-il-mettre-un-terme-à-l-aide-à-l-Afrique) dans lequel nous soulignions la faiblesse des « câbles » permettant les transferts de communications. Les choses sont-elles vraiment différentes ?

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Egypte

L’Egypte a t’elle un avenir démocratique proche ?

Les évènements se bousculent actuellement sur le sol égyptien: jugement de Moubarak et relaxe de certains des hommes de l’ancien régime, élections présidentielles dont le premier tour a sélectionné la candidat des Frères Musulmans et un ancien ministre de Moubarak prompt à retourner sa veste. En toute hypothèse, le candidat des Frères Musulmans devrait l’emporter les 16 et 17 juin prochain. Même si cela entraîne la fureur des militants « révolutionnaires » et « libéraux », cela n’est que normal.
Cela a été suffisamment dit et développé ici. La « révolution » égyptienne n’est pas une révolution populaire.

Hosni Moubarak lors de son procès (DR)


« Pourrions-nous considérer ces révolutions comme des mouvements populaires spontanés réunissant toutes les couches sociales de la nation. Au lieu de permettre l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle classe facilitant la domination d’un nouveau mode de production, ces mouvements viseraient à normaliser le système capitaliste. Sur le plan économique, cette normalisation consisterait à éliminer la figure du rentier, parasite et exploiteur. Sur le plan politique, elle tendrait à détruire les vestiges des partis uniques ou hégémoniques ». (Renaissances arabes-M. Béchir Ayari, V. Geisser (p.20).

La démocratie réelle n’est pas le souci premier des jeunes. Celui-ci est d’obtenir un emploi et de pouvoir prendre part au gigantesque pique-nique que notre société étale quotidiennement sur les écrans et les magazines. Cette jeunesse connectée à Internet ne transformera pas en chemin ces révolutions vers la démocratie réelle. Tout d’abord, parce que la connexion à Internet est une vaste illusion. Sur quelques 84 millions d’habitants qu’abrite l’Egypte, combien disposent d’un outil permettant d’envoyer des SMS, de Twitter, d’échanger sur les réseaux sociaux, même si pratiquement 8 égyptiens sur 10 disposent d’un mobile ? Combien ont le moyens de se payer un abonnement, alors qu’ils sont chômeurs ? Cette illusion est entretenue par 2-3 blogueurs qui ont réussi à se faire leur pub auprès d’organes de presse européens ou US: ils iront jusqu’à publier des livres. Qui les lira en Egypte ???
« Croire que Facebook a fait naître les révolutions, c’est croire que les nuages font naître le vent ». (Extrait du Magazine Là-Bas)

Depuis le début de la révolution égyptienne, les forces libérales ont accumulé les erreurs. Elles ont été incapables de s’entendre sur une plateforme constituante. Elles ont été incapables de s’entendre sur des candidats aux législatives et sur un candidat unique à la Présidentielle. Elles ont systématiquement traduit chaque évènement par un appel à la manifestation ou un appel au boycott des élections.
Elles sont allées jusqu’à dénoncer le rôle économique de l’armée, en appelant au boycott des produits qu’elle fabrique. Catastrophique erreur, car si l’armée produit des appareils ménagers, des engrais, de l’eau minérale et tant d’autres choses encore, c’est tout d’abord afin de faire vivre son million d’hommes sous le drapeau, leur femme et leurs enfants. Réussir un pareil boycott, c’est agresser l’armée dans ses besoins vitaux.
Au-delà de l’affirmation toute gratuite de l’existence d’un empire économique dans les mains des Forces Armées, personne jusqu’à présent n’a été capable d’en faire la démonstration. Il s’agit d’un empire bien fragile quand on sait que l’armée est … la première cliente de ce qu’elle fabrique !

Et prenons garde à ne pas détruire l’armée, car c’est entre ses mains que se trouve la régulation du marché de deux marchandises subventionnées: la farine et le pain (aïch baladi).

Le résultat de toutes ces erreurs ne s’est fait pas attendre: les « révolutionnaires » sont coupés de la population, ce ne sont pas les manifs de la Place Tahrir qui doivent faire illusion. Il y a beaucoup d’anarchisme dans leur comportement. L’économie est dévastée, contrairement à ce qu’une réaction « capitalistique » aurait pu laisser espérer.

Y a t’il un espoir ? Très certainement, oui !!! Mais il ne viendra pas des leaders actuels, mais de quelques hommes politiques, cultivés, au fait des affrontements humains et de l’histoire. Ce seront ceux qui réussiront à construire une véritable opposition démocratique.
Il y faudra sans doute quelques années, mais le pays en vaut la peine …

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Egypte

Tunisie, Egypte, Libye … et si on rangeait le romantisme

Même reporté en avril, le procès dressé au Directeur de Nessma TV pour avoir diffusé en octobre 2011 le (remarquable) film d’animation de Marjane Satrapi, « Persépolis », n’en reste pas moins le premier procès politique du nouveau gouvernement tunisien. Aux portes du tribunal s’affrontent les partisans de la liberté d’expression et les salafistes, porteurs d’un islam rigoureux et rigoriste. Les mêmes, d’ailleurs, organisent des grèves dans les universités tunisiennes afin que les étudiantes puissent porter le nikab en cours, y compris lors des examens.

En Egypte, les élections législatives ont consacré les partis islamistes en leur accordant 71% des sièges (47% pour les Frères Musulmans et 24% pour les Salafistes). Elles n’ont pas consacré la place des femmes (http://egyptactus.blogspot.com/2012/01/parlement-egyptien-cherchez-la-femme-2e.html) dans la nouvelle société puisque celles-ci sont … 12 dans un parlement de 498 membres ! Point n’a été besoin d’une loi comme en Libye, limitant la place des femmes à 10 % des élus à la Chambre.

En Libye, puisqu’il est question d’elle, c’est le nouveau gouvernement qui peine sérieusement à se mettre en place, travaillé qu’il est par les tensions entre tribus et régions et par les divisions, le manque de perspective. Et vous parle t-on de l’Armée de Libération de la Libye qui mène la « contre-révolution » et vient de reprendre Bani Walid ?

Parce qu’ils ont exclusivement axé leurs commentaires sur une vision romantique de la « révolution », les journalistes sont perdus et n’y comprennent plus grand-chose. Dans un récent éditorial, « Le Monde » va jusqu’à dire que les islamistes qui ont raflé la mise dans tous ces pays ont « pris le train en marche ». Tel autre chroniqueur stigmatise ceux qui, dès le début, doutaient de l’avenir en les traitant de « je vous l’avais bien dit ».

Et pourtant, les choses se sont bien passées comme il était prévisible qu’elles se passent.

Tout d’abord, parce que c’est faire injure aux groupements islamistes de les accuser d’avoir pris le train en marche. Ils sont dans l’opposition et le soutien aux populations depuis infiniment plus longtemps que les « révolutionnaires » de Facebook. En Egypte, comme en Tunisie, ils ont payé le prix de leur travail de fond par la prison, la confiscation de leurs biens, l’exil. Comment imaginer que les populations aidées et soutenues, quand bien même ce serait au prix d’un endoctrinement idéologique, se détourneraient de leurs bienfaiteurs, ceux qui leur donnaient à manger et qui leur apportaient une raison d’espérer ?
Ensuite, parce que les « révolutionnaires », comme on les appelle, ont commis plusieurs erreurs. En premier lieu, parce que leur révolte est avant tout revendicatrice de liberté individuelle et de droit à la consommation. S’ils permettent de communiquer rapidement et d’échanger des mots d’ordre, les réseaux sociaux ne sont pas adaptés à la réflexion idéologique. Ensuite, parce qu’ils se sont laissés prendre aux filets d’un radicalisme certain: pas d’organisation politique, priorité de fait à la jeunesse et, singulièrement, la jeunesse la plus favorisée, forte tendance à l’absolutisme, voire à l’anarchie. C’est ainsi qu’on en arrive à manifester quotidiennement contre les Forces Armées (SCAF) alors même qu’un processus électoral se déroule dans des conditions assez satisfaisantes et désigne un parlement légitime.

27 janvier 2012-Manifestation au Caire (DR)

Tout laisse à penser que les Frères Musulmans ont passé depuis longtemps des accords avec les militaires (sinon, comment expliquer qu’ils déclaraient dès avril 2011 ne pas vouloir présenter de candidats dans toutes les circonscriptions législatives ?). Ne peut-on laisser le nouveau parlement faire ses preuves et contingenter, comme il est prévu, la place des Forces Armées ? Il est devenu d’actualité de dénoncer le rôle économique des dites Forces Armées. Effectivement, celles-ci, depuis les années Nasser, possèdent et animent une bonne part de l’économie égyptienne. Mis à part les licences de fabrication d’armements, les autres engagements sont plutôt anciens et « désuets »: eau minérale, pâtes alimentaires, fabrication d’appareils ménagers, … Il est assez improbable que cette « richesse » économique soit à l’origine du pouvoir de l’armée, lequel est beaucoup plus politique, fondé et appuyé sur des réseaux, constitué de gouvernorats et autre structures administratives. C’est cela que le nouveau parlement et le futur Président de la République (élection prévue en juin 2012) devront modifier.

A condition que les « révolutionnaires » et les « libéraux » leur en laisse le loisir et que, pendant ce temps, tout en restant vigilant, ils réfléchissent à l’extension et la popularisation de leur mouvement, à l’ouverture de celui-ci à toutes les catégories de la société, aux jeunes comme aux moins jeunes, aux femmes comme aux hommes, aux croyants comme aux laïcs, car, contrairement à ce qu’ils pensent, l’unanimisme pro-révolution ne s’est pas emparé de tout le pays: les récentes élections en sont la preuve.
Il est temps de ranger le romantisme au rayon des accessoires de l’histoire et de se préoccuper du véritable avenir de ces pays.

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2012, des vœux, des résolutions

C’est une tradition, y compris sur ce blog où chaque nouvelle année a été saluée comme il se doit. 2012 ne devra pas faire exception, d’autant qu’il y a fort à parier que ce sera une année exceptionnelle, probablement pas une année triste !
Oh, ce n’est pas la « fin du monde », annoncée par quelques milliers d’hallucinés, qui nous préoccupe, mais bien peut-être la fin d’un monde.

Mais commençons nos résolutions par un petit retour en arrière. Le début de l’année dernière avait donné matière à aborder le sujet de Facebook et des réseaux sociaux. A l’occasion, l’engagement avait été pris de ne pas renoncer à ces échanges. Ils sont toujours chronophages, souvent totalement ridicules, vains ou insignifiants. Mais ils sont intéressants parce qu’ils reflètent tant de vies élémentaires, tout comme il existe des particules élémentaires et que ce sont elles qui constituent LA vie. Ces échanges sont bons également parce qu’ils permettent en toute simplicité, en toute facilité, de s’adresser à un « ami », à une « amie » d’Egypte, du Niger, du Mali, d’Europe, de Turquie, de n’importe où dans le monde pour lui demander un avis sur tel évènement, lui souhaiter bonne chance face à tel autre, ou compatir à sa peine ou sa douleur en présence d’une tragédie. On poursuivra donc nos échanges sur les réseaux sociaux. On les étendra même (pour répondre à des demandes) à Linkedin et à Viadeo. Ces deux-là ne savent pas trop ce qu’est un retraité, ils ne cherchent qu’à s’adresser à des actifs, mais tant pis, on fera avec !

Autre retour en arrière, mais moins loin; fin avril 2011 lorsqu’à été prise la décision de quitter la plateforme de blogs du « Monde » (Pourquoi-quitter-la-plateforme-de-blogs-du-« Monde »). Rien à regretter de ce coté-là, bien au contraire ! Pour deux raisons.
La première est qu’il était, et qu’il reste encore, bien difficile de vivre en quotidienneté avec le Monde.fr. Certes, il gagne des lecteurs, grand bien lui fasse ! Mais il perd en réflexion, en profondeur, en analyse. L’immédiateté et la spontanéité des commentaires qui s’alignent après chaque article témoignent de ce vide analytique. Il suffit que le sujet soit quelque peu scabreux, ou qu’il mette en cause une personnalité pas toujours de droite d’ailleurs, ou qu’il traite des climatosceptiques, ou qu’il se rattache à une superficialité « people », pour qu’il y ait foule dans les commentaires. A l’inverse, si l’article concerne l’avenir de tel ou tel pays africain ou les négociations du Cycle de Doha, alors-là, personne … Contentons-nous de la lecture quotidienne du journal papier.

Ceci pour l’ambiance. Et pour la seconde raison, il se confirme que la visibilité des blogs du Monde est loin d’être idéale. La preuve en est que ce blog a été transféré sur la plateforme de Gandi à partir du 1er mai 2011. Alors qu’en quatre ans d’existence sur lemonde.fr, il n’avait su recevoir que 42300 visites uniques, il a déjà largement doublé ce rythme sur Gandi. Et, curieusement, le post le plus lu est celui qui concerne … le départ de la plateforme du monde.fr !

Alors 2012 ? Oui, ce ne sera pas une année triste, compte tenu de tout ce qui s’est passé en 2011.
Et tout d’abord l’Europe qui s’agite avec frénésie dans ses douleurs financières et qui voit monter les tendances isolationnistes, protectionnistes, xénophobes les plus dangereuses. Là encore, gare à l’anti-sarkozysme primaire qui ne fait du bien qu’à l’extrême-droite. Seule la confrontation « idées contre idées », et demain « programme contre programme », permettra une avancée démocratique. A l’inverse, tout ce qui a trait au comportement, aux bassesses des uns et des autres, aux démonstrations douteuses, aux rumeurs fantaisistes et non validées, tout cela ne profite qu’à ceux qui prétendent faussement pouvoir nettoyer les écuries d’Augias et mettre en place un ordre nouveau.
En Europe ? Défendre contre vents et marées le droit à l’expression politique des peuples qui la composent. Aucune « urgence » ne justifie que soient imposées des mesures draconiennes à des populations sans qu’elles aient pu exprimer leur point de vue. Si les méthodes autoritaires des dirigeants européens sont mises en œuvre, c’est bien parce que ceux-ci (les dirigeants) ont peur des réactions de rejet de leurs peuples. Et s’ils ont peur, c’est bien parce que le débat démocratique est totalement inexistant et que toute consultation ne se traduira que par un rejet radical.
Et pourtant, il faudra bien changer de méthode. Les décisions autoritaires ne conduisent pas vers un épanouissement de l’Europe, d’une Europe dont nous avons impérativement besoin. Sans l’Europe, il n’est aucune garantie d’un maintien de la paix au cours des années, des décennies à venir. Sans l’Europe, que serait encore aujourd’hui la situation dans les Balkans, où en serions-nous des affrontements entre Serbes, Croates, Monténégrins, Albanais ..? Sans l’Europe, où en serions-nous aujourd’hui du douloureux problème des Roms et des autres peuples nomades et comment Hongrie et Roumanie se débattraient-elles pour le résoudre ? Et encore, sans l’Europe, où en serions-nous aujourd’hui du conflit gréco-turc ou turco-grec à propos de Chypre ? Trois exemples seulement du bien-fondé de l’idée européenne.

Ensuite, le développement et surtout quel développement. Dans son dernier bulletin de 2011 (28/12), Herve Kempf a publié dans Le Monde une réflexion à propos de la Chine. Il y souligne (la belle évidence !) que le développement et la croissance de cette partie du Monde entraînent de plus en plus de dégâts sur l’ensemble de la planète. Pour répondre aux besoins de l’industrie chinoise, et aux besoins de ses populations, la Chine utilise l’espace écologique de l’Amérique Latine, de l’Afrique, de l’Indonésie. Et d’en conclure que les écologistes attendent avec soulagement le ralentissement de l’économie chinoise, son « effondrement », dirait Paul Krugman. Faut-il seulement y croire ? Un milliard quatre cents millions d’habitants, une classe moyenne qui grandit et qui se montre avide de consommer, une politique qui tend à faire de la monnaie chinoise une monnaie internationale, un protectionnisme grandissant aux frontières … ralentissement ou pas, les atouts sont là pour une croissance longue.
Pour illustrer cette croissance, HK cite le fait que la Chine a probablement acheté 10 millions d’automobiles en 2010. Ce chiffre est insignifiant et faux: 14 millions ! (http://www.energie7.com/NET/fr/document/2/bloc_home/elemdroite/la_chine_en_bref/la_chine_en_bref_selectionnee/le_marche_automobile_en_chine__un_veritable_eldorado/index.htm) en valeur absolue, tant l’équipement en automobiles peut espérer une croissance faramineuse. En Europe et aux Etats-Unis, il y a de 500 à 600 voitures pour mille habitants. En Chine, il n’y en a pas …30. Les constructeurs réunis parient sur un passage de 20 millions de véhicules en 2002, à 200 millions de véhicules en 2020, ce qui fera plus que doubler le parc actuel.
Est-il donc normal de reprocher à la Chine de vouloir « reproduire le comportement de l’Occident » ? Est-ce une attitude politique constructive que d' »espérer son effondrement » ? Au nom de quelle sauvegarde environnementale aurions-nous le droit d’interdire à la Chine de s’équiper en automobiles ? N’aurions-nous pas avantage à participer à ce challenge en mettant en avant de nouveaux concepts ? Par exemple ceux de la voiture électrique, du transport en commun électrique, du petit véhicule collectif électrique ?
Ce n’est pourtant pas ce que font nos constructeurs, lesquels attendent de généreuses subventions pour développer des véhicules existants: DS ou Pulse, ou de nouveaux petits véhicules individuels et low-cost.
En 2012, il faudra bien reparler d’une alternative à notre croissance impossible à soutenir dans sa nature actuelle. Et faire des propositions réalistes … le débat électoral y parviendra t-il ?

Vœux 2012

Enfin l’Afrique. Laissée sur le bas-coté du développement par une Europe exploiteuse, la voilà qui succombe aux charmes des accords bilatéraux avec la Chine et qui sacrifie ses terres et ses biens. Ce n’est pas à nous de donner des leçons, là aussi, mais rien n’interdit d’aider, d’expliquer, de comprendre, d’aimer les femmes et les hommes de ce continent. Le nord (Maghreb et Proche-Orient africain) a levé beaucoup d’espérances au cours de l’année passée. Elles ne seront probablement pas toutes satisfaites, car la révolution ne se fait pas (ne se fait plus ?) en un jour. Seule, la presse sacrifie au romantisme à longueur de colonnes (texte et photos) et, en réalité, s’aveugle et aveugle son lecteur sur les vrais enjeux. La Démocratie ne nait pas spontanément et, quand elle naît, l’accouchement est souvent difficile. En 1788, les Grenoblois des classes moyennes, lors de la « Journée des Tuiles », s’offusquaient des impôts trop élevés, s’indignaient des dépenses somptuaires de la Cour et réclamaient des aides économiques. Ce n’est pas parce que cela a débouché sur une révolution et un changement de régime que la recette est infaillible !
Ce blog s’est (très souvent) exprimé à ce sujet; il continuera en ce sens avec lucidité et confiance.

A toutes, à tous, bonne année 2012, que ce soit une année de beaucoup de paix, de justice et d’équité, de bonheur et d’échanges.

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Egypte

L’Egypte, la femme

Ce sont deux évènements distincts, apparemment totalement antinomiques, et pourtant quelque chose de fondamental les relie l’un à l’autre.

Caroline Sinz, reporter à France 3, a été agressée et violée par un groupe de jeunes et d’hommes adultes alors qu’elle effectuait son travail de journaliste aux abords de la Place Tahrir. D’autres femmes journalistes ont déjà été agressées, sans doute parce qu’elles sont davantage exposées dans la rue. L’une d’entre elles, journaliste américano-égyptienne l’a été par la police elle-même. Quoi qu’en disent certains commentateurs, la police n’est pas en cause, ni directement, ni indirectement, dans le cas de Caroline Sinz (|http://www.purepeople.com/article/caroline-sinz-violee-en-egypte-en-colere-contre-reporters-sans-frontieres_a91893/1). Malheureusement, et elle le dit elle-même, ce genre d’agressions relève d’une pratique courante en Egypte. Chaque évènement populaire, entraînant à la déambulation de foules importantes dans les rues, comme, par exemple, la fête de Sham el Nessim, donne lieu à de telles agressions. Nous avons pu voir sur la Corniche d’Alexandrie, des gamins à peine pubères agresser des jeunes filles en se précipitant à pleines mains sur leurs seins. Caroline Sinz le déclare elle-même: « il existe une énorme frustration chez les hommes égyptiens, et beaucoup d’autres femmes égyptiennes vivent la même chose que ce que j’ai vécu ».

Aliaa Magda Elmahdy (http://arebelsdiary.blogspot.com/?zx=dd20db8b5531d536), blogueuse, s’est mise en ligne, nue. Le compteur de visites de son blog commence à ralentir et à perdre de son affolement, mais ce sont plus de 4,5 millions de visites qu’elle a reçues à ce jour. Plus de 5000 commentaires lui ont été adressés. Aliaa prend un risque énorme, voire mortel, en s’exposant ainsi. Les avis sont partagés sur le bien-fondé de sa démarche qu’elle illustre en une seule phrase: « Notre corps est à nous, personne ne peut s’en saisir arbitrairement, respectez ma liberté d’expression ». Par son courage, elle témoigne ainsi du mépris et de la violence quotidienne qui sont faits aux femmes d’Egypte. Aliaa est l’amie de Kareem Amer, ce blogueur emprisonné pendant près de quatre ans entre 2007 et 2010, et dont nous avons parlé ici. Dans son blog, il dénonçait les discriminations dont étaient victimes les femmes égyptiennes et les crimes qu’elles subissaient quotidiennement.

Hommage à Aliaa (C)Tony Marc

C’est ainsi que Caroline Sinz et Aliaa Magda Elmahdy ont quelque chose de fondamental qui les relie: la lutte pour leur dignité, la lutte pour le respect qui leur est dû.

Driss Ksikes est critique littéraire, dramaturge et rédacteur en chef de la revue marocaine « Tel quel ». Dans Le Monde du 26/11/2011, il a écrit un billet intitulé: « Il faut que le « printemps arabe » retrouve d’urgence un second souffle« . « … Il est donc clair que le renversement des autocraties politiques n’est pas une fin en soi et qu’il exige un second souffle, plus long, plus patient, capable de s’attaquer aux autocraties culturelles et religieuses. Celles-ci sont capables de se régénérer et surtout susceptibles de relégitimer autrement les autocraties politiques. Normal, elles en sont le foyer initial, si vivant depuis la mise à mort de la liberté d’interprétation des canons sacrés (al-ijtihad) dans le monde « arabo-islamique ».

Bien avant le printemps égyptien, Kareem Amer s’attaquait déjà aux autocraties culturelles … Aliaa, aujourd’hui, le suit.

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Développement solidaire

La faim dans le monde, le gourou et le G20

Cette image, trouvée quelque part sur le net et publiée sur la page d’un ami d’ami, interroge quant à l’état de notre monde.

One person dies … (DR)

A priori, la cause est bonne. Mais est-ce vraiment le cas ?
On peut discuter indéfiniment sur les chiffres (http://www.lexpress.fr/actualite/societe/les-chiffres-de-la-faim-dans-le-monde_1040867.html): 850 millions, 950 millions, 1 milliard, plus d’un milliard, … cela ne change pas grand chose au fait qu’un humain sur sept, ou presque, ne mange pas à sa faim aujourd’hui. A de rares exceptions près (situation de guerre, maladie épidémique ou catastrophe naturelle), ce n’est pas l’insuffisance de nourriture produite par les pays concernés qui est en cause, mais d’une part la destination autre que locale des productions et, d’autre part, l’inexistence de moyens de transport adéquats pour alimenter des zones éloignées.
La destination autre concerne des productions alimentaires destinées à l’exportation et non à la satisfaction des besoins locaux. En « échange » seront importées, souvent à prix élevé, des nourritures de base qui ne seront pas correctement distribués par suite de déficiences structurelles du pays.

Alors, sensibiliser au problème de la faim dans le monde en évoquant l’émotion soulevée par la mort d’un gourou, est-ce vraiment une bonne idée ? Cet homme n’a jamais rien inventé, jamais. Son « génie » (si génie il y a) a été de savoir attraper au vol les tendances de fond d’une société de loisir et de consommation et de satisfaire celles-ci au travers d’un habillage, d’un design, approprié. Tout au long de sa fulgurante carrière, il aura jalousement veillé, par son système propriétaire et ses tarifs élevés, à ne satisfaire que le haut du panier de sa cible jeune et pourtant friquée. Il est le symbole même de la société occidentale qui, telle un eldorado, fait rêver les jeunesses du reste du monde.
Comme il est probable que les adorateurs de ce gourou ne seront probablement pas les plus aptes à comprendre les questions de la faim dans le monde, sinon en cliquant sur quelque site dit « humanitaire » (dont il reste encore à vérifier l’honnêteté) afin de lâcher un euro pour se donner bonne conscience, il est plausible de considérer que cette image n’est d’aucune utilité. Pas davantage, d’ailleurs, qu’une autre image qui montre des tas d’invendus d’un supermarché jetés aux déchets et, en regard, des enfants affamés …
Mais, au passage, on aura dénoncé un monde fait de profiteurs et de riches, de riches profiteurs, qui ignore et méprise un autre monde fait de pauvres et de crève-la-faim. A t-on pour autant apporté une réponse au problème ? En fait, cette image participe d’une tendance forte qui prévaut actuellement dans l’ensemble du débat politique et dans les médias (presse, internet, réseaux sociaux); celle de l’émotionnel.

Dans le même ordre d’idées, on peut ajouter les débats démagogiques autour du salaire du président, ou les affirmations tout aussi simplistes selon lesquelles « les riches n’ont qu’à payer » ou « les politiques: tous pourris ». Une petite liste comparée des salaires des uns et des autres est en train de se tailler un beau succès en France et en Italie, peut-être ailleurs en Europe.

 »Gardien de la paix: 1600 euros pour risquer sa vie »
 »Pompier professionnel: 1800 euros pour sauver une vie »
 »Instituteur: 1600 euros pour préparer à la vie »
 »Médecin: 5000 euros pour nous maintenir en vie »
 »Sénateur: 19000 euros pour profiter de la vie »
 »Ministre: 30000 euros pour nous pourrir la vie »

Et, dans sa version italienne:%%%

 »Poliziotto: 1600 euros per rischiare la vita »
 »Pompiere: 1800 euros per salvare la vita »
 »Maestro: 1400 euros per prepararti per la vita »
 »Dottore: 2200 euros per mantenere la vita »
 »Deputato: 30000 euro per fottere la vita degli altri »

Il faut le dire tout net. Ces petits manifestes relèvent d’une forme d’indignation (très à la mode) qui porte en elle de dangereuses graines.
Chacun est indigné de voir et de savoir que quelqu’un, au-dessus de lui, (parfois tout juste au-dessus de lui lorsque l’on voit certains proposer le blocage des salaires à 4000 € !) gagne davantage, est mieux logé, passe des vacances sous un soleil plus chaud, transmet davantage de biens à ses enfants, a une meilleure retraite, etc, etc …
Mais combien sont indignés des injustices que rencontrent ceux qui sont en-dessous, qui ont des problèmes de papiers ou de certificats de séjour, qui sont mal logés, qui ont faim, qui ont froid, qui sont exclus du travail, qui n’ont pas de vie sociale, etc, etc …

Le monde n’est pas fait de vases communicants. Et il y a une grande différence à revendiquer une meilleure justice sociale, une meilleure répartition des revenus, une meilleure politique fiscale, plutôt que de désigner du doigt celui qui est au-dessus et d’en faire un bouc émissaire. C’est la porte ouverte à la délation, à la dénonciation, à la vengeance, au règlement de compte, à la xénophobie, au racisme, au poujadisme politique, à l’extrême-droite la plus réactionnaire qu’il soit possible d’imaginer.

Et l’on s’éloigne de notre sujet: la faim dans le monde ! Existe t-il des solutions ? Sans doute. Sans doute également difficiles à mettre en œuvre, ce qui n’est pas une raison pour ne rien faire. Le récent G20 avait été saisi de cette question (http://www.jean-jaures.org/Publications/Les-notes/Le-G20-et-la-faim-dans-le-monde) par de nombreuses ONG qui, entre autres, proposaient (demandaient) que les pays riches s’engagent auprès des pays en développement et participent à:

  • l’accroissement des productions existantes, notamment celles d’une agriculture d’autosubsistance,
  • l’amélioration du droit de propriété (réalisation de registres cadastraux), ne serait-ce que pour interdire aux états de céder des parcelles conséquentes de leurs territoires à d’autres pays pour des productions intensives non alimentaires,
  • la régulation des cours (Main-basse-sur-le-riz-des-questions) des matières premières agricoles, en sachant bien qu’en la matière, la spéculation n’est pas l’apanage exclusif de la finance mondiale !!
  • la création de stocks régionaux, ou de fonds de régulation des matières premières agricoles.
    Le G20 a pris position de façon timide. Les réponses existent. Sont-elles à la hauteur de l’enjeu (http://fr.wfp.org/nouvelles/nouvelles-release/le-pam-salue-les-actions-du-sommet-du-g20) ?
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Libye

Sauver Benghazi pour mieux punir Syrte,

défendre les populations civiles à Benghazi avec un mandat à peu près clair de l’ONU pour mieux violer ce mandat à Syrte et y faire la chasse à Khadafi, invoquer la démocratie et la responsabilité de l’Occident à Benghazi pour mieux s’en moquer et ne pas les respecter à Syrte dans le but de se venger de celui que l’on a appelé un tyran et qui venait camper (au sens propre) sous les fenêtres des chefs d’état occidentaux. Est-ce là le bilan de la campagne de Libye ?

Guerre en Libye, 20 mars 2011 (DR)

Et qu’avons-nous gagné ? Rien, si ce n’est probablement un désastre.

Un désastre en raison de la réaction (de la contre-révolution !!) islamiste. Comme il était prévisible, les révoltes arabes donnent tour à tour le pouvoir aux islamistes et c’est une vue de l’esprit que de croire qu’Ennahda, en Tunisie, sera respectueux de la démocratie, de la place de la femme, du droit de croire ou de ne pas croire. Des déclarations inquiétantes ont déjà été faites en ce sens, qui ont été démenties par les nouveaux hommes forts qui ont besoin de la « reconnaissance » occidentale.
En Libye, point n’est besoin de s’étendre: la « collaboration » entre les factions se fera sur le dos des droits élémentaires.
Quant à l’Egypte, tout s’y prépare pour que les Frères Musulmans et les salafistes se partagent le pouvoir.
Ce qui n’était pas une révolution cède la place à la réaction la plus classique. Il fallait s’y attendre et seuls les journalistes romantiques pouvaient se tromper et nous tromper en nous gavant d’images de madones au drapeau ou de lanceurs de grenade et en nous faisant vivre les évènements en « direct live ». Pour mémoire, il en est ainsi de toutes les « révolutions »: Mai 68 s’est achevé sur les Champs par une monstre manif de la droite et le retour de l’essence dans les pompes, Obama encensé par les chroniqueurs n’est plus désormais qu’un velléitaire, … Les révoltes arabes suivent le même chemin parce que les forces de la jeunesse, celles qui ont su si bien utiliser les réseaux sociaux et internet, ne revendiquent pas tant un fonctionnement démocratique de la société, mais avant tout la LIBERTE, la liberté de travailler, de gagner sa vie, de discuter, de consommer, de se déplacer, de voyager.
Et parce que les forces de la contestation, quoique souvent riches culturellement, ne sont pas politisées. Les militants aguerris se trouvent dans des structures qui attendent cette alternative depuis des décennies et qui ont su réagir très rapidement: Ennahda ou les Frères Musulmans et la kyrielle d’institutions sociales et humanitaires qu’ils ont su mettre en place et animer. Quant aux intellectuels de gauche, aussi méritant soient-ils, ils n’ont bien souvent aucune structure, aucun parti historique, aucun syndicat derrière eux. Et ce ne sont pas eux qui peuvent promettre que demain, la télévision sera gratuite !

Un désastre à cause du « deux poids, deux mesures ». Parce qu’il n’y a pas à se venger d’humiliations qu’aurait pu infliger le président Assad aux gouvernements occidentaux, aucune intervention n’est prévue pour mettre un terme au calvaire de son peuple. Certes Assad a sans doute raison: il sait depuis toujours que céder la place, c’est laisser entrer, ici aussi, l’islamisme politique. Alors, pour sauver ce qui peut encore l’être, tout comme ce qui aurait pu être imaginé en Libye, n’est-il pas possible d’exercer d’impitoyables pressions (refus de tous produits en provenance de Syrie, fermeture de tous les comptes, boycott de toutes les entreprises, exclusion de toutes les institutions internationales, …?
Il restera dans l’esprit des peuples du Maghreb, du Moyen-Orient et d’Afrique la terrible explication de ce « deux poids, deux mesures »: il s’agissait, en Libye, de faire main basse sur les richesses.

Un désastre à cause du transfert des risques de conflit. Les Touaregs que l’on a, bien imprudemment, traités de mercenaires alors qu’il ne s’agissait que de tribus fidèles à la tribu des Khadafi (et cette sorte de fidélité ne se rompt que par la mort) rentrent au pays les bras chargés d’armes. D’autres combattants, ceux d’AQMI, cherchent à occuper le Nord-Mali, le Nord-Niger, les franges de la Mauritanie pour y installer leur base africaine. Eux aussi ont les bras chargés d’armes de toutes sortes. Afin de déloger AQMI de leur territoire, les Touaregs ne leur déclarent ni plus ni moins que la guerre, ainsi qu’à l’armée malienne dont ils considèrent qu’elle a des « connivences » avec les terroristes. Et tout cela moins d’un an avant les élections présidentielles au Mali (avril-mai 2012), l’un des rares pays africains à être une démocratie quasi exemplaire ! Au-delà du Mali, ce sont le Niger, l’Algérie et la Mauritanie qui ne manqueront pas d’être concernés par ce nouveau conflit.

Un désastre à cause de la mort de nos relations avec l’Afrique. D’aucuns diront « Tant mieux, c’est la fin de la Françafrique ». Mais le bilan est plus triste que cela parce que les relations entre notre pays et les pays africains vont bien au-delà de ces relations de pouvoirs et d’affaires.
Il y avait déjà les questions de l’émigration des Africains et de leur immigration rejetée chez nous. Il y a maintenant un sentiment de mépris de la part des occidentaux et d’humiliation pour les Africains, et ceci pour une raison essentielle. La Libye a été le théâtre d’une intervention militaire, et son chef d’état a été assassiné par des armées occidentales (ou sous couvert de celles-ci) sans l’accord du Continent africain. Le Continent africain a été bafoué, son avis n’a jamais été pris en considération, il n’a même jamais été sollicité. Certes, cet avis était peu audible, entaché qu’il était pas des « solidarités » acquises avec beaucoup d’argent, beaucoup de contrats. Il n’empêche, Khadafi a été l’un des rares à savoir parler de la Nation Africaine. Jacob Zuma, Président de l’Afrique du Sud, a tenté, à plusieurs reprises, d’ouvrir des pourparlers (et non des négociations !) entre les forces en présence. En avez-vous seulement entendu parler ? Il a dénoncé la primauté accordée à l’OTAN (et donc à Paris, Londres et Washington) sur l’ONU pour « gérer » l’affaire libyenne. En avez-vous eu connaissance ?
La guerre libyenne s’achève sur l’humiliation de toute l’Afrique (http://www.journaldumali.com/article.php?aid=3772), du Maghreb au Proche-Orient et à l’Afrique du Sud, en passant pas l’Afrique de l’Ouest. En date du 18 octobre dernier, l’intellectuel et historien Achille Mbembe affirmait dans « Le Monde » que « la France n’est plus notre soleil ». Le conflit libyen et son traitement spécifiquement français, avec la complicité de quasi toutes les forces politiques, et notamment celles de gauche, n’ont fait qu’assombrir un peu plus notre « soleil ».

Enfin, pour terminer, un probable désastre à cause d’une possible partition de la Libye. On ne le dira jamais assez, la Libye est un pays de tribus que Khadafi avait réussi à rassembler sur un objectif commun, au prix, c’est certain, de violences et de crimes impardonnables. Désormais, ceux de Benghazi s’opposent et s’opposeront à ceux de Tripoli ou de Syrte ou de Misrata et vice-versa. Les territoires, les richesses, le pétrole, tout fera l’objet de conflits et de partages violents et la Libye d’aujourd’hui risque la partition en deux, voire trois, entités non viables.

Oui, un désastre et aucun bénéfice, si ce n’est pour quelques pétroliers …

PS: chroniqueuse au « Monde », Caroline Fourest a un vrai beau franc-parler et ses analyses sont d’une justesse et d’une précision dignes du scalpel. Il faut la lire sur son blog (http://carolinefourest.wordpress.com/) et sur le site de l’association-revue dont elle fait partie: ProChoix (http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2006/12/19/1061-presentation-de-la-revue).
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Egypte

Le Pharaon renversé

Robert Solé a publié très récemment un ouvrage intitulé « Le Pharaon renversé. Dix-huit jours qui ont changé l’Egypte ». Il ne s’agit pas d’un roman. Il ne s’agit pas, non plus, d’une analyse des évènements (même si celle-ci existe !) pour en comprendre les origines et en débattre de l’avenir. Non, il s’agit d’une forme de journalisme de synthèse, une chronologie pertinente des évènements accompagnée de sentences, jugements ou commentaires.

(DR)

Ce récit des dix-huit jours fait appel à des références de correspondants de presse présents en Egypte. Et le début du livre nous donne un peu l’impression d’être un condensé des écrits des journalistes du « Monde ». Heureusement, cette sensation se dissipe avec l’arrivée de citations plus ouvertes et plus internationales. Il n’en demeure pas moins que, tout comme Le Monde, Robert Solé accorde une importance peut-être exagérée au rôle joué par les réseaux sociaux. La preuve en est que la fermeture d’Internet n’a pas empêché le développement du mouvement, et ce ne sont pas les palliatifs techniques pour contourner l’interdiction qui ont pu être décisifs. Non, il y avait autre chose dans l’air, autre chose qui a fait que les Egyptiens se sont sentis plus forts que toutes les interdictions et tous les contrôles qui leur étaient imposés. N’y avait-il pas, même parmi les tenants du pouvoir, un sentiment d’inéluctabilité de l’évènement ?

L’incendie du Gouvernorat d’Alexandrie est l’illustration de ce sentiment et de cette vacuité de l’ordre établi. Une longue vidéo, très tranquille, montre que les incendiaires n’étaient qu’une poignée de personnes, à 100 ou 200 mètres en arrière d’une manifestation beaucoup plus nombreuse. On les voit entrer et sortir du bâtiment, certains d’ailleurs pour le piller et en repartir avec les ordinateurs, les lampadaires halogènes ou des fauteuils. Et puis soudain le feu qui part d’une pièce à l’étage, puis du rez-de-chaussée. Les choses se font dans un tel « calme », en l’absence totale de tout policier ou de tout militaire, en l’absence des fonctionnaires du Gouvernorat, qu’on n’imagine pas qu’elles puissent être autrement !

Par sensibilité, Robert Solé accompagne son récit de plusieurs références aux coptes. Il fait mention, en cours d’ouvrage, de l’attentat d’Alexandrie qui a fait plusieurs morts. La fin du livre lui permet de citer les attaques du Caire, en date du 9 mars, dans le quartier de Moquattam. (Le livre étant publié, il n’a pas pu parler des nouvelles victimes du 7 mai). Entre les deux, l’auteur semble faire preuve d’un certain angélisme (celui que les journalistes du Monde ont mis en musique à plusieurs reprises): les choses vont mieux, les choses vont bien entre musulmans et coptes. Des preuves: certaines banderoles, certains logos affichent la croix et le croissant l’un à coté de l’autre, à l’occasion de la prière, les chrétiens protègent les musulmans, … Tout cela est vrai, mais tout cela ne constitue pas une avancée démocratique. La seule avancée démocratique est celle qui consisterait à déclarer que la foi des uns et des autres n’a strictement rien à voir avec la conduite des affaires de la nation. Il ne reste rien aujourd’hui de ces attitudes tout au plus généreuses. Qu’en est-il de la place accordée aux coptes dans les projets de Constitution ?

Les propos d’Hani Shukrallah, journaliste égyptien, écrits le 1er janvier 2011 et cités par Robert Solé, n’ont strictement rien perdu de leur véracité à l’issue des dix-huit jours de soulèvement, ni au cours des cinq derniers mois; « J’accuse ces administrations qui sont persuadées qu’en soutenant la mouvance salafiste elles luttent efficacement contre les Frères Musulmans égyptiens et qui, à l’occasion, ne dédaignent pas d’attiser le sentiment anti-copte afin de détourner l’opinion publique de sujets politiques autrement plus préoccupants. Mais, surtout, j’accuse les millions de musulmans dits modérés qui vivent parmi nous, ceux qui se montrent chaque année plus méfiants, plus repliés sur eux-mêmes et plus veules … »
Les coptes ont actuellement la crainte que l’armée et les Frères Musulmans et les salafistes s’entendent « sur leur dos » et que leur statut devienne encore plus précaire.

Robert Solé se livre a deux critiques pertinentes et bien vues. Tout d’abord à l’égard des étrangers, français parfois, qui ont cru pouvoir s’investir sans modestie et sans prudence dans cette révolte. D’aucuns sont allés jusqu’à invoquer le précédent de la guerre d’Espagne et des Brigades Internationales !! S’il est possible de s’attacher à un mouvement libérateur dans un autre pays que le sien, il paraît indispensable que ce soit en se mettant « au service de .. ».
L’autre critique concerne la façon désinvolte et ultra-rapide avec laquelle certains journalistes et leurs organes de presse ont su tourner la veste …


Ajout du 8 août 2011

Concernant le rôle joué par l’internet, la blogosphère et les réseaux sociaux, la mémoire des commentateurs est très sélective ! Ce blog a pris partie, voici presque trois ans, pour Kareem Amer (Kareem-Amer), blogueur égyptien longtemps emprisonné pour ses écrits. Cet homme avait la particularité de se réclamer de l’islam et de souhaiter que les femmes de son pays puissent exprimer leur totale autonomie, sans être soumises aux hommes. Il a été un précurseur. Mais qui parle de lui, à l’heure actuelle ?

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Culture numérique

Gay girl: de la boue !

Depuis 48 heures,la blogosphère s’agite autour de l’imposture de Tom MacMaster qui a créé le personnage de la jeune Amina Abdallah, jeune syrienne homosexuelle, engagée dans les luttes de son pays et ayant récemment été enlevée.

Ce n’est pas Amina Abdallah: photo volée !

Quotidiens, magazines, agences de presse, radios (http://www.europe1.fr/International/Mobilis-tion-pour-une-bloggeuse-syrienne-578511/) et TV ont accordé du crédit à cette histoire et lui ont fait de la place dans leurs colonnes ou sur leurs ondes. (Faites une recherche Google sur « Amina Abdallah » et vous serez édifiés ! N’oubliez pas la requête « images »). Aujourd’hui qu’elle est démasquée comme manipulation, combien d’entre eux se sont excusés d’avoir transmis ou utilisé de fausses nouvelles ?

La communauté internet dans son ensemble est mise en cause par ce « faux » qui lui cause le plus grand tort.
Les militants et résistants de Syrie, également, ont tout lieu d’être mécontents de cet usage inconsidéré de leur cause.
Enfin, la communauté homosexuelle a été moquée et dangereusement exposée en servant d’appât pour le « roman » d’un imbécile.

Même si elle revêt, cette fois-ci, une importance exceptionnelle, cette affaire n’est pas la première. Elle n’est pas la dernière non plus.
Et il est curieux que la presse (qui la condamne) ne s’interroge pas davantage quant à son comportement et son utilisation de l’internet et des réseaux sociaux. Les difficultés de diffusion de la presse écrite sont dues, pour une part, au développement de l’information instantanée. Pour contrer cette désaffection, la presse a, dans un premier temps, créé des doublures internet. Celle-ci n’ont rien changé aux difficultés. Désormais, la mode et la tendance sont à la fusion des rédactions (et des moyens) entre l’écrit et le web.
Cela se traduit par:

  • une soumission à l’urgence, dictée par l’évènement, au risque de l’erreur.
  • une référence constante à ce qui se dit sur Facebook, Tweeter et autres, au point de considérer que ces outils sont des « faciliteurs » de démocratie (Démocratie-et-réseaux-sociaux) et que certains de leurs « leaders » sont les vrais initiateurs de mouvements de protestation. Hors du web, point d’info !
  • un mélange des genres entre articles traitant d’un fait et blog dissertant sur les conséquences de ce fait, le tout signé d’un seul et même journaliste.
  • la rédaction de papiers entièrement construits à partir d’informations glanées sur le net.
  • l’absence quasi totale de recul et de réflexion par rapport aux évènements. Le summum en la matière étant atteint lors des opérations de « Direct Live » qui ressemblent à un gigantesque jeu vidéo en temps réel.

    L’internet, les blogs, les réseaux sociaux ne sont que des moyens de communication. On y trouve le meilleur comme le pire, l’Université comme le Café du Commerce, des militants sincères comme des manipulateurs, des passionnés altruistes comme des allumés de l’apocalypse 2012 …

    L’anonymat et le déversement d’infos sans contrôle (y compris WikiLeaks (Les-mémos-de-WikiLeaks) ne sont aucunement des garanties de liberté et/ou de démocratie. Bien au contraire, ils sont les vecteurs de l’ignorance, de la manipulation et du totalitarisme. Et un « Internet fantôme » n’y changera rien.
    Nos journalistes et leurs organes de presse seraient bien inspirés de réfléchir un peu sur leurs relations avec l’internet. Cela semble plus urgent que de traquer et dénoncer les déviations sexuelles de nos élites ! En 1989, la manipulation de Timisoara (Roumanie) avait fait s’interroger la presse sur ses pratiques. Il n’est pas sur que cette sordide affaire de la Gay Girl en fasse autant en 2011 ..;

    Sur un mode humoristique, mais non dénué de justesse et d’efficacité, voici un avis recueilli sur ..le web. (http://www.lejournalinutile.com/we-love-it/article/vie-et-mort-d-amina-abdallah-arraf)
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Immigration

Emigration intra-européenne

« Le Monde » daté de ce jour fait une double référence à des choix d’émigration que disent vouloir mettre en œuvre les jeunes du Portugal et de la Grèce.

Le dessin quotidien de Plantu, en première page, affirme que 7 jeunes grecs sur 10 pensent partir à l’étranger (sondage publié déjà en décembre 2010 (http://www.lefigaro.fr/international/2010/12/05/01003-20101205ARTFIG00249-sans-perspectives-les-jeunes-grecs-ne-songent-qu-a-partir.php). Et, à l’intérieur du quotidien, « A Lisbonne, les jeunes pensent à émigrer et critiquent les choix économiques passés ». Pour mémoire, cela est aussi le cas en Irlande.

Voilà donc des pays insérés depuis de nombreuses années dans la Communauté Européenne, qui font face à une crise économique d’une extrême gravité, et auxquels les remèdes préconisés et appliqués sont ceux de l’austérité, des économies budgétaires, de la réduction des salaires, pensions et avantages acquis, de la vente « par appartements » de tous les biens nationaux.
Leurs jeunes, formés et éduqués, mais sans travail, et/ou sans espoir pour l’avenir, ne voient d’autre solution que de partir, d’émigrer vers d’autres pays européens dont l’économie est présentée comme plus stable et plus riche d’espoir.

Nos gouvernements vont-ils encore réduire d’un cran ce que Schengen avait construit ?

A youth throws an object at riot police during a demonstration in central Athens on December 6, 2010. Groups of hooded students hurled stones and blocks of wood at windows of banks and shops in the centre of the Greek capital as they marched towards the parliament building to mark the 2nd year anniversary of the death of teenager Alexis Grigoropoulos who was shot dead by police. AFP PHOTO/ Angelos Tzortzinis

Comment ne pas comprendre que les temps des frontières imperméables seront bientôt révolus. Et qu’Internet, Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux font de notre planète une communauté de plus en plus resserrée, uniforme et solidaire par la force des choses (même si les agitateurs politiques cherchent à prouver le contraire) ? Car ce que pourront peut-être obtenir les jeunes grecs ou les jeunes portugais (parce que la liberté de circulation existe encore), ce n’est pas autre chose que ce que réclament les jeunes maliens, les jeunes tunisiens ou les jeunes turcs: avoir un travail qui soit suffisamment rémunérateur et pouvoir accéder à un certain niveau de consommation. Avoir sa part du gigantesque étalage de biens que la société occidentale fait miroiter dans toutes ses vitrines.

Et il n’est aucune raison, aucune justification pour refuser à un grec, un portugais, un malien, un tunisien ou un turc, l’accès à ces biens tant convoités.

Cette nouvelle dimension de l’émigration-immigration devrait nous interroger et pousser nos hommes et femmes politiques à tracer de nouvelles frontières plutôt qu’à réactiver les barrières d’hier.