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Démocratie

Droit d’ingérence et droit de punition

Ce n’est pas l’objet de ce blog. Et donc chacun aura pu constater que nous n’avons fait quasiment aucun commentaire à propos de la crise syrienne. Nous n’avons pas l’envie de modifier notre position et nous limiterons donc notre analyse à une réflexion sur ce fameux droit d’ingérence, prétexte aujourd’hui à un « droit de punition » invoqué à l’encontre du régime syrien.
Si le sujet fait débat, c’est parce que l’opinion publique ne comprend pas les subtilités qui font que la France intervient au Mali pour en chasser les djihadistes et autres islamistes radicaux et veut intervenir en Syrie pour punir Bachar el Assad et, par voie de conséquence, « rééquilibrer » l’avancée des combattants rebelles qui sont quelque peu en difficulté, et qui sont de plus en plus dominés par … les islamistes radicaux. Ajoutons à cela une phase critique en politique intérieure: la rentrée sociale et politique, les indices de satisfaction toujours à la peine, l’augmentation des impôts, le chômage toujours croissant, .. tout cela conduit l’opinion a solliciter une énergie nouvelle en faveur des questions domestiques et non des questions diplomatiques et internationales.
Nous avons cité le Mali. L’attitude de la France au cours de la récente intervention militaire dans ce pays relève également d’un droit d’intervention, d’un droit d’ingérence, d’un droit de punir, qu’elle s’est attribué. Ici-même, nous avons suffisamment critiqué cette intervention, pour souligner qu’elle ne se faisait pas dans le cadre défini par l’ONU, qu’elle ne respectait pas les diverses résolutions de cet organisme, que la France intervenait directement et quasi seule dans un premier temps alors qu’elle s’était engagée sur l’inverse exactement et que cette opération Serval se traduisait au final par le maintien sur place d’un fort contingent de militaires français (3000 hommes). Rappelons-nous le vocabulaire. Il convenait de « tuer », « éliminer » les terroristes d’Al Qaïda et autres structures djihadistes. Il fallait intervenir vite, sans attendre, parce que ces « terroristes » étaient aux portes de Bamako …
Le droit d’ingérence, le droit d’intervention, déjà le droit de punir, argumentaient l’intervention et la présence de la France, tout autant pour sauver le Mali que pour défendre nos intérêts.
A l’exception du fort contingent militaire resté sur place, à l’exception des milliers de réfugié qui ne sont toujours pas rentrés chez eux, à l’exception du problème touareg qui n’est aucunement réglé, à l’exception des conflits persistants dans le nord entre touaregs et arabes, entre noirs et arabes et touaregs, conflits qui font des victimes quotidiennes, à l’exception du retour dénoncé des djihadistes, l’opération Serval se sera plutôt bien passée et pourra être qualifiée de « succès ». IBK a été élu à la régulière, son challenger Soumaila Cissé est en mesure, s’il le veut, de représenter une opposition crédible, le capitaine putschiste a été promu général et le président intérimaire a nommé toute une kyrielle de diplomates, de hauts fonctionnaires et grands administrateurs de l’Etat à la veille de son départ. François Hollande pourra assister à l’investiture du nouveau Président le 19 septembre prochain !
Juste une toute petite information ! Que l’on se souvienne que les élections présidentielles maliennes étaient prévues pour avril 2012, auxquelles IBK et Cissé avaient fait acte de candidature. Et que si ces élections n’ont pas eu lieu, c’est parce qu’un capitaine putschiste a pris le pouvoir et a indirectement permis aux « terroristes » de s’approcher de la Capitale.

Aujourd’hui, le même tandem français est à la manœuvre au sujet de la Syrie: Fabius et Le Drian, les Affaires Etrangères et l’Armée. En ce qui concernait le Mali, c’était Fabius qui était à la remorque de Le Drian. Pour la Syrie, c’est l’inverse.
Le résultat est le même. Après de fracassantes déclarations concernant l’impérieuse obligation de punir que la France faisait sienne, les difficultés sont apparues: c’est à reculons qu’Obama se dirige vers une intervention militaire dont il n’a pas du tout envie, la Grande-Bretagne s’y est opposée et le précédent irakien n’en est pas la seule cause, l’Europe, si elle condamne l’utilisation de gaz mortels, ne veut pas d’une intervention, l’Allemagne sans doute encore moins que ses voisins, la Ligue Arabe refuse de s’engager dans un guêpier pareil. La France est seule et toute les rhétoriques autour de la condamnation morale du régime syrien ne changeront rien à l’affaire.
En conformité avec ses choix éditoriaux, « Le Monde » s’est résolument engagé du coté des guerriers. Le « général » Nougayrède a rédigé un exceptionnel (de par sa longueur) éditorial nous expliquant ce qu’il fallait faire, pourquoi il fallait le faire et comment il fallait le faire. Depuis, toute sa rédaction développe les argumentaires présentés et les éléments de langage mis en exergue. Comme il moins facile que pour le Mali de négliger les opposants à la guerre, alors on les présente sous forme d' »opinions » divergentes. Sur Lemonde.fr, à deux reprises déjà, les opposants à la guerre ont été assimilés à l’extrême-droite et aux militants anti-mariage gay. C’est dire jusqu’où peut aller une certaine forme de malhonnêteté intellectuelle: faire passer pour progressistes les tenants de la guerre !

 »Il faut punir », disent-ils.

Il existe deux sortes de punition.
La première se veut éducative, voire pédagogique. C’est la sanction infligée à l’élève, à l’apprenti, à l’esclave, lorsque celui-ci n’a pas respecté les méthodes et principes de réalisation d’un processus, n’a pas appris une leçon, n’a pas appliqué correctement des consignes. Cette punition est appliquée par un « maître ». On peut discuter à l’infini de ses valeurs pédagogiques, mais il est évident, philosophiquement parlant, que le maître et l’élève se « reconnaissent » mutuellement, même si cette reconnaissance peut être hautement conflictuelle. Il n’y aura plus de punition lorsque l’élève ne reconnaîtra plus le maître et s’émancipera.
Dans le cas syrien, est-ce ce type de sanction qui est envisagé ? En ce cas, qui donne à la France, aux Etats-Unis, à l’Occident le mandat de punir et, conjointement, la toge du « maître » ? A l’évidence, personne.


La seconde forme de punition s’apparente davantage au règlement de compte. Elle intervient d’ailleurs souvent après des tentatives infructueuses de la première méthode. Méthode radicale, le règlement de compte vise à éliminer celui qui tente d’échapper, par le bien ou par le mal, par le haut ou par le bas, aux règles imposées par les tenants de l’ordre. Il s’agit, dans notre cas, de l’ordre mondial ou de l’image que veulent diffuser les maîtres de l’ordre mondial. La guerre chimique est une « ligne rouge ». Pourquoi ? Pourquoi davantage de répréhension à l’égard du gazage qu’à l’égard du bombardement aveugle ? Peut-on qualifier d’immoral l’emploi de gaz de combat ? L’usage de bombes à fragmentation serait-il plus moral ?
Quoi qu’il en soit, le règlement de compte vise à éliminer celui qui, délibérément, ne respecte pas les règles imposées, celui qui fait un usage personnel, et souvent à son avantage ou bénéfice, des processus et méthodes généralement reconnues. Dans notre cas syrien, le but recherché est d’abord celui d’un « rééquilibrage » en faveur des forces rebelles. Le cas libyen nous rappelle cependant que l’expédition de l’OTAN s’est achevée par l’assassinat, par la France, de Mouammar Khadafi. La question est la même: qui donne à l’Occident, aux Etats-Unis, à la France, mandat pour mettre sur pied un règlement de compte ? A l’évidence, personne !

« Au départ on peut penser qu’on est seuls quand on prend la responsabilité d’agir et de prévenir les autres que nous, parce que nous sommes la France, avons un rôle particulier mais ensuite, il y a un travail de conviction, il se fait ». Ainsi s’est exprimé François Hollande le 8 septembre, à Nice, dans le cadre des « Jeux de la Francophonie ». Quel « rôle particulier » est celui de la France ? Quelle idée de la mission de ce pays François Hollande se fait-il ?

A woman holds up a placard during a demonstration against British military involvement in Syria opposite Downing Street in central London on August 28, 2013. AFP PHOTO/CARL COURT (Photo credit should read CARL COURT/AFP/Getty Images)


La seule autorité susceptible de délivrer un mandat pour une intervention en Syrie (ou ailleurs) est l’ONU. Il n’y en a aucune autre.
 »L’ONU n’est qu’un « machin » inefficace, lent à se décider, doté d’une incroyable inertie ? »
C’est exact ! L’ONU n’a pas 70 ans d’existence et l’ONU n’est que la somme de tous les pays qui la composent. Elle ne peut agir avec efficacité et promptitude que si les pays qui la composent prennent soin d’elles et l’utilisent aussi souvent que possible. L’ensauvagement du monde (cher à Madame Nougayrède), ne se renforce que lorsque les Etats mettent en avant leur prétendu « rôle particulier » et, ce faisant, tuent le multilatéralisme et une future gouvernance mondiale !
Si l’on doit rechercher où se trouve le progressisme, c’est ici qu’on le trouvera !

Si l’on refuse les « punitions », la seule méthode permettant de résoudre les conflits s’appelle la diplomatie. Il n’y en a aucune autre.
 »La diplomatie n’est que procédures et discussions longues et lentes, ne débouchant sur rien ou pas grand-chose, et pendant ce temps les victimes continuent de s’accumuler ? »
C’est sans doute exact ! Sauf que rien ne prouve que les victimes ne seraient pas encore plus nombreuses en cas de dissémination des affrontements si l’on pratique les expéditions punitives et si l’on ajoute la guerre à la guerre. Liban, Iran, Irak, Israël, qui pense à tous ces pays et aux éventuelles conséquences d’un déferlement de violences ?
La diplomatie, c’est déjà remplacer le bruit des armes par la parole. Et ceci sans aucun préalable, d’aucune sorte. Lorsque tirent les armes, elles le font sans préalable. Dans un premier temps, la diplomatie ne doit avoir pour objet que de remplacer les cris des armes par des paroles, des propos, violents s’il le faut, avec des intermédiaires s’il le faut. Il est singulier que de tous nos va-t-en-guerre, il n’en est aucun pour réclamer et aider à mettre en œuvre un cessez-le -feu, de quelques heures, de quelques demi-journées, de quelques jours. La diplomatie, dans sa fonction d’entremetteuse, est devenue gênante et obsolète, alors que la notion même de négociation fait partie de la guerre. L’exemple malien, cette fois-ci, l’illustre bien: la France a décidé de son intervention alors même que des discussions se tenaient à Bamako et au Burkina sous l’égide de l’ONU avec la présence de Romano Prodi, discussions qui ont été sabotées par le Mali fantoche et par la France. Les participants au conflit syrien qui, aujourd’hui encore, se refusent à prendre place autour d’une table (Genève 2, par exemple) doivent y être poussés par leurs propres soutiens. En l’occurrence, la France a l’impérieux devoir de pousser à la table la Coalition Nationale Syrienne (même si elle ne représente pas grand chose) plutôt que de chercher à « rééquilibrer ses positions » (Laurent Fabius).
Ici encore; l’ensauvagement du monde ne se renforce que lorsque les Etats mettent en avant leur prétendu « rôle particulier » et, ce faisant, assassinent le dialogue et la négociation !
Si l’on doit rechercher où se trouve le progressisme, c’est ici qu’on le trouvera !


Peux-t-on ajouter un commentaire plus général ?
Le prétendu « rôle particulier » des Etats ne s’exprime pas que dans le domaine guerrier. On le retrouve en matière de commerce, par exemple, dans le cadre de l’OMC où les occidentaux alternent avec mépris les demandes d’allègement des taxes douanières ou l’imposition de nouvelles taxes aux pays émergents et en développement, selon que les fluctuations des marchés les avantagent ou non.

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Mali

La France n’a rien à foutre militairement au Mali

C’est difficile et c’est triste à dire, mais il existe des intellectuels africains prompts à retourner leurs sentiments. Il n’y a pas un mois que le nouveau président français est élu et qu’il a pris ses fonctions que déjà certains lui lancent des appels à aider le Mali.
Afin de justifier un aussi rapide revirement, ils précisent que la France de Sarkozy ne leur a jamais rien donné et qu’au contraire elle leur a pris et les a maltraités. Comme de bien entendu, ressort comme un tarte à la crème le discours de Dakar, mal lu et mal cité, ou bien les accords d’immigration rejetés par ATT. Ces intellectuels se sont-ils mobilisés pour défendre le bilan d’ATT lorsque celui-ci a été chassé du pouvoir ?

Le Mali vit une situation catastrophique: situation de guerre au nord, situation humanitaire des réfugiés qui quittent le pays pour la Mauritanie ou le Niger, situation idéologique insupportable avec la proclamation d’un Etat islamique de l’Azawad et surtout les exactions quotidiennes de « combattants » livrés à eux-mêmes, situation politique incontrôlable à Bamako.

Un membre d’Ansar Dine (C)Romaric Ollo Hien/AFP

La France tient-elle actuellement un nouveau langage à l’égard de l’Afrique ? Probablement pas.
Laurent Fabius n’a pas autre chose à dire que « nous tiendrons un autre discours que celui de Dakar ». Est-ce bien vrai ? Un fois enlevé (avec justesse) le volet colonialiste et daté du discours de Dakar, le fond reste le même !

Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, vient de le dire tout clairement.
« Le dispositif français en Afrique fera l’objet d’un nouveau Livre blanc évaluant les menaces et le rôle que la France doit jouer. Nous sommes très préoccupés par la situation au Sahel. Il y a des risques majeurs qu’il devienne un nouveau sanctuaire du terrorisme, avec, en plus, la dislocation du Mali. Il faut retrouver les principes de l’intangibilité des frontières, de l’intégrité du pays. Mais nous n’avons pas l’intention de revenir aux traditions d’ingérence. Il est indispensable que les organisations africaines agissent. C’est une fois qu’un mandat des Nations Unies, sollicité par les organisations africaines, sera décidé, que nous apprécierons la manière dont la France, qui ne doit pas fuir ses responsabilités, s’associera militairement. Il est souhaitable que des initiatives soient prises rapidement. L’idéal serait que l’ensemble soit accompagné par l’Europe, ce serait une forme de responsabilisation vis-à-vis de l’Afrique. C’est à partir du moment où il y aura un mandat que nous pourrons agir et activer nos éléments de soutien sur place. »

Mais de quelle responsabilité française parle t-on ? Et de quelle responsabilisation européenne ? Celle qui est née du colonialisme ? Et jamais nous ne nous posons la question de savoir si les peuples africains (et non quelques intellectuels ludions) ont envie et ont besoin de cette « responsabilité ». Relisez donc ce fameux discours (ou lisez-le une bonne fois pour toutes): vous y trouverez les mêmesréférences à des liens historiques, des liens de solidarité avec l’Europe.

La France n’avait rien à faire en Libye, elle n’y a pas respecté le mandat qui lui avait été confié, elle a fait d’énormes dégâts que payent au comptant le Mali, la Mauritanie, le Niger …
La France n’a rien à faire en Syrie et la première raison en est justement le non-respect du mandat précédent en Libye.
La France n’a rien à faire militairement au Mali. Cela ne fera qu’ajouter des désastres aux désastres …

Davantage qu’intervenir militairement, l’Europe doit faire connaître ses choix à haute et intelligible voix auprès des organisations africaines.
L’Europe doit aider l’Afrique à se définir un modèle de développement, et à le mettre en œuvre. La solution malienne se trouve dans la prise en charge de l’ensemble de l’avenir du pays par les maliens eux-mêmes, toutes populations et religions confondues.
Là est le rôle de la France et de l’Europe: pas dans les armes …

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Mali

La fin de Khadafi et la fin d’ATT

Ce n’est pas un titre de gloire, mais le 30 octobre 2011, ici-même (Sauver-Benghazi-pour-mieux-punir-Syrte-…), nous annoncions ce qui allait, ce qui devait se passer dans cette vaste zone qui va de la Libye au Mali. Et nous parlions de désastre. De plusieurs désastres, car les motivations de la guerre menée en Libye, et les conditions dans lesquelles elle s’est réalisée, ne pouvaient pas déboucher sur autre chose.

Mais auparavant, faisons commentaire d’une info dont Mediapart s’est fait le porteur et qui s’avère être un véritable « flop ».
Le 12 mars, Mediapart publie un article selon lequel le financement de la campagne 2007 de Sarkozy aurait été financé, à hauteur de 50 millions d’euros, par Khadafi, son fils Saïf Al Islam, avec Brice Hortefeux pour intermédiaire. Ces informations, tapées en caractères sibyllins sur un vulgaire bout de papier, dateraient d’octobre 2005. Curieusement, aucun organe de presse ne développe cette information. Tous, en France, mais aussi en Belgique ou en Suisse, reprenne le contenu de l’article de Mediapart, mais quasi personne ne fait le moindre commentaire. A deux exceptions près. Celle du Réseau Voltaire, Thierry Meyssan, sur laquelle on ne s’étendra pas, sauf en ce qui concerne une bizarre accusation: si la campagne de Sarkozy a été financée par Khadafi, il en aurait été de même pour la campagne de …. Ségolène Royal. L’autre exception est celle de Marianne dont Philippe Bilger (http://www.marianne2.fr/Kadhafi-et-si-BHL-avait-servi-a-brouiller-les-pistes-du-financement-de-la-campagne-2007_a216408.html), dans son blog, souligne que bien des choses restent incompréhensibles alors qu’il laisse entendre qu’il doute de la sincérité de ce « mémo » présenté par Mediapart.

Coup de tonnerre, quatre jours plus tard, Mediapart déclare que Jean-Charles Brisard, son « indicateur », retirait tout ce qu’il avait pu dire au motif qu’il avait « été associé malgré lui à de soi-disant révélations ». Et là, curieusement, personne ne cite ce démenti, strictement personne.
Pourtant, il est loisible de se poser un certain nombre de questions.

  • Le 16 mars 2011, Saïf Al Islam, particulièrement remonté, accordait une interview à Euronews et déclarait que son père avait financé la campagne de Sarkozy.  » Nous avons les preuves, tous les détails, les comptes bancaires, les documents et les opérations de transfert ». Le 12 mars 2012, dans Mediapart, Jean-Charles Brisard déclare qu’il a un dossier, des notes, des documents de transfert. Curieux hommes que ces « mafiosi » qui gardent une trace réglementaire de tout ce qu’ils trafiquent !! Et pourquoi Khadafi n’a t-il jamais mis à exécution ses menaces de publication des fameux comptes bancaires ?
  • Une autre question vise à comprendre pourquoi Sarkozy aurait décidé de trahir aussi brutalement son donateur. Dire que c’est pour effacer les preuves de ce financement relève du « cinéma ».
  • Nicolas Sarkozy avait-il vraiment besoin de 50 millions ? Alors qu’il semble, à ce que l’on raconte, que la famille Bettancourt était à même de lui en donner à guichet ouvert ?
  • Et enfin, pourquoi ce prétendu bout de papier écrit en 2006 arriverait aujourd’hui, et seulement aujourd’hui, dans la rédaction de Mediapart ?
    Le problème, c’est que l’Internet laisse derrière lui une longue traîne. Lorsque « Rue89 » a déclaré que Camatte était un agent secret, à le suite probable d’une mauvaise interprétation d’un commentaire de fonctionnaire, cela n’a jamais été démenti et cela traîne encore dans de nombreux sites africains. Gageons qu’il en sera de même pour le financement de la campagne 2007 de Sarkozy …

    Cet imbroglio qui a présidé à la décision de faire la guerre en Libye et d’y supprimer Khadafi est donc à l’origine de plusieurs désastres.
    Le premier désastre potentiel était celui d’un risque de transfert de conflit d’une terre à l’autre. C’est chose faîte puisque les touaregs du MNLA, lourdement armés, ont quitté la Libye et sont rentrés au Mali pour y réclamer l’indépendance de l’Azawad (L-Azawad-et-le-Mali). Ils y mènent une guerre violente, dure, cruelle et rien ne les arrête. Les populations civiles fuient vers le Niger ou vers la Mauritanie (plusieurs centaines de milliers) et viennent gonfler d’autres populations déjà en situation de souffrance alimentaire.
    Le second désastre potentiel était celui d’une partition de la Libye. C’est chose faîte, ou presque, puisque la Cyrénaïque réclame son autonomie, avant de réclamer son indépendance. Celui également d’une partition du Mali puisqu’au-delà de la revendication d’indépendance de l’Azawad (curieusement limité aux frontières officielles du Mali), un groupe salafiste revendique maintenant (http://www.slateafrique.com/84371/de-nouvelles-fissures-dans-la-rebellion-touaregue-au-mali) son autonomie et veut étendre la loi islamique à l’ensemble du Mali.
    Ici, comme en Libye, le troisième désastre potentiel était bien de laisser le champ libre à tous les agitateurs religieux qui se multiplient au cœur de cette vaste zone quasi désertique: salafistes, AQMI, … Là aussi, c’est chose faite.

    Comme un désastre ne vient jamais seul, l’armée régulière malienne (une partie ?) vient de renverser ATT. Si elle a quelques griefs solides à exprimer au Président de la République du Mali, et notamment celui d’être abandonnée au fond du Nord, sans appui logistique (il a fallu qu’un hélicoptère de l’armée américaine largue des vivres !), et régulièrement massacrée par les combattants touaregs, cela ne l’autorisait en aucune sorte à prendre le pouvoir. D’autant plus, s’il s’agit de déclarer que l’on va organiser des élections, alors même que celles-ci devaient se tenir dans un mois !! Curieuse et inquiétante conception de la démocratie.
ATT (C)Reuters/Pool New

ATT est un démocrate. Dans le contexte africain, il dénote avec sa ferme volonté de ne pas faire de nouveau mandat, (il en a fait deux) et de céder la place. ATT a joué un rôle capital à l’égard de la part importante de ses compatriotes exilée en Europe, en France particulièrement: les Maliens de l’extérieur. Il s’est opposé à plusieurs reprises et avec fermeté à la signature d’accords de gestion concertée des flux migratoires avec la France, accords dont Besson, puis Hortefeux, s’étaient fait les champions. ATT s’est enfermé dans un refus de faire la guerre à AQMI dans le nord du pays, une guerre qu’il disait ne pas être la sienne, ni celle du Mali. C’est pour cela qu’il a été considéré comme le maillon faible de la lutte contre le terrorisme. Et quand les touaregs sont rentrés au pays pour affronter le pouvoir central, avec la complicité réelle ou tacite (malgré leurs dénégations) des islamistes, il n’a pas vu que la dimension du conflit et le rapport de forces n’étaient plus les mêmes. Le point de vue de Slate ici (http://www.slateafrique.com/84473/le%20bilan-conteste-de-amadou-toumani-toure).

Ce désastre-là ne fait que commencer. Les populations du nord, comme du sud, n’ont pas fini d’en souffrir, les libertés de choix et de convictions d’en pâtir, et la région toute entière (Mali, Niger, Sénégal, Burkina) d’en être durablement déséquilibrée.

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Droits de l'homme

Le 8 mars, c’était la journée des femmes

L’intérêt que suscite cette journée, en fait « Journée des Droits de la Femme », auprès de l’auteur de ce blog est traditionnellement à peu près nul. Au contraire,la conviction est grande qu’il s’agit avant tout d’une vaste opération de bonne conscience et que les choses continuent le lendemain tout comme elles étaient la veille. Le lecteur fidèle de cette feuille consacrée aux solidarités le sait parfaitement: depuis qu’elle existe, nombreuses ont été les interventions « féministes », et tout dernièrement encore à propos de la place des femmes dans les pays arabes, du sort qui leur est trop souvent réservé, des violences qui leur sont faites (Egypte-la-violence-faite-aux-femmes) ou des actes de rébellion (Réponse-à-la-violence-faite-aux-femmes) qu’elles réalisent.

Ecolière arabe (DR)

Le 8 mars, Le Monde et France Inter ont cependant publié un appel de huit femmes arabes, intitulé « Appel des femmes arabes pour la dignité et l’égalité ». Les femmes concernées sont (pour que leurs noms ne soient pas oubliés) la Tunisienne Souhayr Belhassen, la Présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, Bochra Belhadj Hmida, tunisienne cofondatrice de l’association tunisienne des femmes démocrates, Shahinaz Abdel Salam, une blogueuse égyptienne, Nawal El Saadawi, Egyptiennne, médecin psychiatre et écrivaine, Tahani Rached, réalisatrice égyptienne, Samar Yazbek, romancière syrienne, Azza Kamel Maghur, Libyenne, avocate, membre du Conseil libyen des droits de l’homme et Wassyla Tamzali, féministe algérienne.

Cet appel est ouvert à toutes les signatures. Il a déjà été remis le 13 mars au Secrétaire Général de la Ligue des Etats Arabes. Il le sera le 25 mai prochain au Président du Conseil Européen. Bien entendu, il faut soutenir et signer (il est encore temps !) ce texte, que voici en français.

« Nous, femmes arabes impliquées dans les luttes pour la démocratie, la dignité et l’égalité,
Nous, actrices au premier plan des changements exceptionnels que connaît le monde arabe,tenons à rappeler à l’opinion publique que les femmes sont en droit de bénéficier au même titre que les hommes du souffle de liberté et de dignité qui gagne cette région du monde.
Depuis toujours les femmes mènent des luttes pour obtenir des acquis, plus ou moins importants selon les pays. Mais ces acquis demeurent en deçà de leurs aspirations et font de leur statut un des plus reculés dans le monde.
Les violences demeurent répandues tant dans l’espace public que privé et très peu de mesures sont prises pour mettre fin à ce fléau.
Les codes de la famille ne sont dans la plupart des pays arabes que des textes instituant l’exclusion et la discrimination.
Les autres lois que sont le code de la nationalité, certains codes civils et les lois pénales ne font que renforcer ces discriminations. Ces lois violent les droits les plus élémentaires et les libertés fondamentales des femmes et des fillettes par l’usage de la polygamie, le mariage des mineures, les inégalités en matière de mariage, de divorce, de tutelle sur les enfants ou encore l’accès à la propriété et à l’héritage.
Certaines lois permettent même à la parentèle masculine de tuer des femmes et des filles avec le bénéfice de circonstances atténuantes dans le cadre des crimes d’honneur.
Si la majorité des pays arabes (à l’exception du Soudan, et de la Somalie) a ratifié avec plus ou moins d’empressement la Convention sur l’Elimination de toutes les Formes de Discrimination à l’Egard des Femmes (CEDAW), adoptée par l’ONU en 1979, ces ratifications sont restées sans impact réel sur le statut et la condition des femmes.
Aujourd’hui que le monde arabe est en phase de construction démocratique pour la consolidation de l’Etat de droit et des droits humains, nous considérons que si l’égalité ne peut se réaliser sans la démocratie, la pleine jouissance de cette démocratie ne peut se réaliser sans une égalité totale entre les hommes et les femmes.
C’est pourquoi nous appelons les Etats, les partis politiques et la société civile dans ces pays à tout faire pour que la dignité des femmes et leur égalité avec les hommes ne soient pas une fois de plus sacrifiées au nom de prétendues priorités.
Aucune démocratie en effet ne peut se construire au détriment de la moitié de la société. Ensemble nous avons fait notre présent, ensemble nous construirons un avenir meilleur.
Nous exigeons :

  • la préservation des acquis, l’égalité totale et effective et l’inscription des droits des femmes dans les constitutions.
  • les mesures législatives et administratives afin d’éradiquer les violences faites aux femmes.
  • la ratification et le respect de la CEDAW sans réserve dans son esprit et dans toutes ses implications concrètes.
  • l’adoption de lois qui protègent les femmes des inégalités sociales et économiques, des discriminations, en particulier familiale.
  • les mesures d’action positive afin d’assurer l’accès des femmes aux postes de décision et à leur pleine participation à la vie politique et associative.
  • la dénonciation des voix qui s’élèvent ici et là pour discriminer les femmes au nom d’une lecture rétrograde des préceptes religieux ainsi que celles qui voudraient leur interdire une participation pleine et entière à une vie digne et respectueuse des droits humains. »

    Du courage, il en faut pour écrire cela. Du courage, il en faudra à chacune d’entre elles pour défendre, dans son pays, ce qu’elle a signé ici. Entre autres pour Azza Kamel Maghur, membre du Conseil Libyen des droits de l’homme, qui revendique ici l’égalité totale et effective avec les hommes et qui devra se contenter de la présence de 10 % de femmes dans la prochaine Assemblée de son pays (d’ailleurs, si Assemblée il y a …).
    En fait la phrase la plus courageuse et la plus porteuse d’espoir et d’avenir est celle-ci: « la dénonciation des voix qui s’élèvent ici et là pour discriminer les femmes au nom d’une lecture rétrograde des préceptes religieux ».
    Bravo et merci mesdames.
    La présentation de l’Appel, c’est ici (http://www.franceinter.fr/evenement-revolutions-arabes-revolutions-des-femmes-8-mars-8-femmes).
    Le texte de l’appel en français et en anglais, c’est ici (http://www.mesopinions.com/L-appel-du-8-mars-pour-la-dignite-et-l-egalite-petition-petitions-a89238a98fc0692c7924831a31f907b8.html).
    Le texte de l’appel en arabe, c’est ici (http://www.franceinter.fr/evenement-revolutions-arabes-revolutions-des-femmes-8-mars-8-femmes?page=3)
    42106 signataires à ce jour.
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Egypte

Tunisie, Egypte, Libye … et si on rangeait le romantisme

Même reporté en avril, le procès dressé au Directeur de Nessma TV pour avoir diffusé en octobre 2011 le (remarquable) film d’animation de Marjane Satrapi, « Persépolis », n’en reste pas moins le premier procès politique du nouveau gouvernement tunisien. Aux portes du tribunal s’affrontent les partisans de la liberté d’expression et les salafistes, porteurs d’un islam rigoureux et rigoriste. Les mêmes, d’ailleurs, organisent des grèves dans les universités tunisiennes afin que les étudiantes puissent porter le nikab en cours, y compris lors des examens.

En Egypte, les élections législatives ont consacré les partis islamistes en leur accordant 71% des sièges (47% pour les Frères Musulmans et 24% pour les Salafistes). Elles n’ont pas consacré la place des femmes (http://egyptactus.blogspot.com/2012/01/parlement-egyptien-cherchez-la-femme-2e.html) dans la nouvelle société puisque celles-ci sont … 12 dans un parlement de 498 membres ! Point n’a été besoin d’une loi comme en Libye, limitant la place des femmes à 10 % des élus à la Chambre.

En Libye, puisqu’il est question d’elle, c’est le nouveau gouvernement qui peine sérieusement à se mettre en place, travaillé qu’il est par les tensions entre tribus et régions et par les divisions, le manque de perspective. Et vous parle t-on de l’Armée de Libération de la Libye qui mène la « contre-révolution » et vient de reprendre Bani Walid ?

Parce qu’ils ont exclusivement axé leurs commentaires sur une vision romantique de la « révolution », les journalistes sont perdus et n’y comprennent plus grand-chose. Dans un récent éditorial, « Le Monde » va jusqu’à dire que les islamistes qui ont raflé la mise dans tous ces pays ont « pris le train en marche ». Tel autre chroniqueur stigmatise ceux qui, dès le début, doutaient de l’avenir en les traitant de « je vous l’avais bien dit ».

Et pourtant, les choses se sont bien passées comme il était prévisible qu’elles se passent.

Tout d’abord, parce que c’est faire injure aux groupements islamistes de les accuser d’avoir pris le train en marche. Ils sont dans l’opposition et le soutien aux populations depuis infiniment plus longtemps que les « révolutionnaires » de Facebook. En Egypte, comme en Tunisie, ils ont payé le prix de leur travail de fond par la prison, la confiscation de leurs biens, l’exil. Comment imaginer que les populations aidées et soutenues, quand bien même ce serait au prix d’un endoctrinement idéologique, se détourneraient de leurs bienfaiteurs, ceux qui leur donnaient à manger et qui leur apportaient une raison d’espérer ?
Ensuite, parce que les « révolutionnaires », comme on les appelle, ont commis plusieurs erreurs. En premier lieu, parce que leur révolte est avant tout revendicatrice de liberté individuelle et de droit à la consommation. S’ils permettent de communiquer rapidement et d’échanger des mots d’ordre, les réseaux sociaux ne sont pas adaptés à la réflexion idéologique. Ensuite, parce qu’ils se sont laissés prendre aux filets d’un radicalisme certain: pas d’organisation politique, priorité de fait à la jeunesse et, singulièrement, la jeunesse la plus favorisée, forte tendance à l’absolutisme, voire à l’anarchie. C’est ainsi qu’on en arrive à manifester quotidiennement contre les Forces Armées (SCAF) alors même qu’un processus électoral se déroule dans des conditions assez satisfaisantes et désigne un parlement légitime.

27 janvier 2012-Manifestation au Caire (DR)

Tout laisse à penser que les Frères Musulmans ont passé depuis longtemps des accords avec les militaires (sinon, comment expliquer qu’ils déclaraient dès avril 2011 ne pas vouloir présenter de candidats dans toutes les circonscriptions législatives ?). Ne peut-on laisser le nouveau parlement faire ses preuves et contingenter, comme il est prévu, la place des Forces Armées ? Il est devenu d’actualité de dénoncer le rôle économique des dites Forces Armées. Effectivement, celles-ci, depuis les années Nasser, possèdent et animent une bonne part de l’économie égyptienne. Mis à part les licences de fabrication d’armements, les autres engagements sont plutôt anciens et « désuets »: eau minérale, pâtes alimentaires, fabrication d’appareils ménagers, … Il est assez improbable que cette « richesse » économique soit à l’origine du pouvoir de l’armée, lequel est beaucoup plus politique, fondé et appuyé sur des réseaux, constitué de gouvernorats et autre structures administratives. C’est cela que le nouveau parlement et le futur Président de la République (élection prévue en juin 2012) devront modifier.

A condition que les « révolutionnaires » et les « libéraux » leur en laisse le loisir et que, pendant ce temps, tout en restant vigilant, ils réfléchissent à l’extension et la popularisation de leur mouvement, à l’ouverture de celui-ci à toutes les catégories de la société, aux jeunes comme aux moins jeunes, aux femmes comme aux hommes, aux croyants comme aux laïcs, car, contrairement à ce qu’ils pensent, l’unanimisme pro-révolution ne s’est pas emparé de tout le pays: les récentes élections en sont la preuve.
Il est temps de ranger le romantisme au rayon des accessoires de l’histoire et de se préoccuper du véritable avenir de ces pays.

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Libye

Sauver Benghazi pour mieux punir Syrte,

défendre les populations civiles à Benghazi avec un mandat à peu près clair de l’ONU pour mieux violer ce mandat à Syrte et y faire la chasse à Khadafi, invoquer la démocratie et la responsabilité de l’Occident à Benghazi pour mieux s’en moquer et ne pas les respecter à Syrte dans le but de se venger de celui que l’on a appelé un tyran et qui venait camper (au sens propre) sous les fenêtres des chefs d’état occidentaux. Est-ce là le bilan de la campagne de Libye ?

Guerre en Libye, 20 mars 2011 (DR)

Et qu’avons-nous gagné ? Rien, si ce n’est probablement un désastre.

Un désastre en raison de la réaction (de la contre-révolution !!) islamiste. Comme il était prévisible, les révoltes arabes donnent tour à tour le pouvoir aux islamistes et c’est une vue de l’esprit que de croire qu’Ennahda, en Tunisie, sera respectueux de la démocratie, de la place de la femme, du droit de croire ou de ne pas croire. Des déclarations inquiétantes ont déjà été faites en ce sens, qui ont été démenties par les nouveaux hommes forts qui ont besoin de la « reconnaissance » occidentale.
En Libye, point n’est besoin de s’étendre: la « collaboration » entre les factions se fera sur le dos des droits élémentaires.
Quant à l’Egypte, tout s’y prépare pour que les Frères Musulmans et les salafistes se partagent le pouvoir.
Ce qui n’était pas une révolution cède la place à la réaction la plus classique. Il fallait s’y attendre et seuls les journalistes romantiques pouvaient se tromper et nous tromper en nous gavant d’images de madones au drapeau ou de lanceurs de grenade et en nous faisant vivre les évènements en « direct live ». Pour mémoire, il en est ainsi de toutes les « révolutions »: Mai 68 s’est achevé sur les Champs par une monstre manif de la droite et le retour de l’essence dans les pompes, Obama encensé par les chroniqueurs n’est plus désormais qu’un velléitaire, … Les révoltes arabes suivent le même chemin parce que les forces de la jeunesse, celles qui ont su si bien utiliser les réseaux sociaux et internet, ne revendiquent pas tant un fonctionnement démocratique de la société, mais avant tout la LIBERTE, la liberté de travailler, de gagner sa vie, de discuter, de consommer, de se déplacer, de voyager.
Et parce que les forces de la contestation, quoique souvent riches culturellement, ne sont pas politisées. Les militants aguerris se trouvent dans des structures qui attendent cette alternative depuis des décennies et qui ont su réagir très rapidement: Ennahda ou les Frères Musulmans et la kyrielle d’institutions sociales et humanitaires qu’ils ont su mettre en place et animer. Quant aux intellectuels de gauche, aussi méritant soient-ils, ils n’ont bien souvent aucune structure, aucun parti historique, aucun syndicat derrière eux. Et ce ne sont pas eux qui peuvent promettre que demain, la télévision sera gratuite !

Un désastre à cause du « deux poids, deux mesures ». Parce qu’il n’y a pas à se venger d’humiliations qu’aurait pu infliger le président Assad aux gouvernements occidentaux, aucune intervention n’est prévue pour mettre un terme au calvaire de son peuple. Certes Assad a sans doute raison: il sait depuis toujours que céder la place, c’est laisser entrer, ici aussi, l’islamisme politique. Alors, pour sauver ce qui peut encore l’être, tout comme ce qui aurait pu être imaginé en Libye, n’est-il pas possible d’exercer d’impitoyables pressions (refus de tous produits en provenance de Syrie, fermeture de tous les comptes, boycott de toutes les entreprises, exclusion de toutes les institutions internationales, …?
Il restera dans l’esprit des peuples du Maghreb, du Moyen-Orient et d’Afrique la terrible explication de ce « deux poids, deux mesures »: il s’agissait, en Libye, de faire main basse sur les richesses.

Un désastre à cause du transfert des risques de conflit. Les Touaregs que l’on a, bien imprudemment, traités de mercenaires alors qu’il ne s’agissait que de tribus fidèles à la tribu des Khadafi (et cette sorte de fidélité ne se rompt que par la mort) rentrent au pays les bras chargés d’armes. D’autres combattants, ceux d’AQMI, cherchent à occuper le Nord-Mali, le Nord-Niger, les franges de la Mauritanie pour y installer leur base africaine. Eux aussi ont les bras chargés d’armes de toutes sortes. Afin de déloger AQMI de leur territoire, les Touaregs ne leur déclarent ni plus ni moins que la guerre, ainsi qu’à l’armée malienne dont ils considèrent qu’elle a des « connivences » avec les terroristes. Et tout cela moins d’un an avant les élections présidentielles au Mali (avril-mai 2012), l’un des rares pays africains à être une démocratie quasi exemplaire ! Au-delà du Mali, ce sont le Niger, l’Algérie et la Mauritanie qui ne manqueront pas d’être concernés par ce nouveau conflit.

Un désastre à cause de la mort de nos relations avec l’Afrique. D’aucuns diront « Tant mieux, c’est la fin de la Françafrique ». Mais le bilan est plus triste que cela parce que les relations entre notre pays et les pays africains vont bien au-delà de ces relations de pouvoirs et d’affaires.
Il y avait déjà les questions de l’émigration des Africains et de leur immigration rejetée chez nous. Il y a maintenant un sentiment de mépris de la part des occidentaux et d’humiliation pour les Africains, et ceci pour une raison essentielle. La Libye a été le théâtre d’une intervention militaire, et son chef d’état a été assassiné par des armées occidentales (ou sous couvert de celles-ci) sans l’accord du Continent africain. Le Continent africain a été bafoué, son avis n’a jamais été pris en considération, il n’a même jamais été sollicité. Certes, cet avis était peu audible, entaché qu’il était pas des « solidarités » acquises avec beaucoup d’argent, beaucoup de contrats. Il n’empêche, Khadafi a été l’un des rares à savoir parler de la Nation Africaine. Jacob Zuma, Président de l’Afrique du Sud, a tenté, à plusieurs reprises, d’ouvrir des pourparlers (et non des négociations !) entre les forces en présence. En avez-vous seulement entendu parler ? Il a dénoncé la primauté accordée à l’OTAN (et donc à Paris, Londres et Washington) sur l’ONU pour « gérer » l’affaire libyenne. En avez-vous eu connaissance ?
La guerre libyenne s’achève sur l’humiliation de toute l’Afrique (http://www.journaldumali.com/article.php?aid=3772), du Maghreb au Proche-Orient et à l’Afrique du Sud, en passant pas l’Afrique de l’Ouest. En date du 18 octobre dernier, l’intellectuel et historien Achille Mbembe affirmait dans « Le Monde » que « la France n’est plus notre soleil ». Le conflit libyen et son traitement spécifiquement français, avec la complicité de quasi toutes les forces politiques, et notamment celles de gauche, n’ont fait qu’assombrir un peu plus notre « soleil ».

Enfin, pour terminer, un probable désastre à cause d’une possible partition de la Libye. On ne le dira jamais assez, la Libye est un pays de tribus que Khadafi avait réussi à rassembler sur un objectif commun, au prix, c’est certain, de violences et de crimes impardonnables. Désormais, ceux de Benghazi s’opposent et s’opposeront à ceux de Tripoli ou de Syrte ou de Misrata et vice-versa. Les territoires, les richesses, le pétrole, tout fera l’objet de conflits et de partages violents et la Libye d’aujourd’hui risque la partition en deux, voire trois, entités non viables.

Oui, un désastre et aucun bénéfice, si ce n’est pour quelques pétroliers …

PS: chroniqueuse au « Monde », Caroline Fourest a un vrai beau franc-parler et ses analyses sont d’une justesse et d’une précision dignes du scalpel. Il faut la lire sur son blog (http://carolinefourest.wordpress.com/) et sur le site de l’association-revue dont elle fait partie: ProChoix (http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2006/12/19/1061-presentation-de-la-revue).
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Droits de l'homme

Le discours de Dakar, le discours de Benghazi

Lors du premier débat entre les candidats des primaires socialistes, Martine Aubry s’est livrée à une rapide citation des discours de Sarkozy afin d’illustrer la nature de sa politique. Elle a ainsi fait référence à deux discours qui n’ont strictement rien à voir l’un avec l’autre: le discours de Dakar et le discours de Grenoble.
Le discours de Grenoble, un discours de stigmatisation, de ségrégation, d’exclusion, notamment à l’égard des Roms, n’est pas de notre propos, ici et aujourd’hui.

Par contre, le discours de Dakar mérite quelques commentaires et il y a longtemps que nous souhaitons le faire sur ce blog. En effet, ce discours est devenu un incontournable, une icône de la critique envers Sarkozy, un leit-motiv du TSS. Or, ce discours ne mérite paradoxalement, ni autant de mépris et d’insultes, mais ni éloges particuliers. Pour s’en rendre compte, encore faut-il le lire au préalable et faire un petit effort de compréhension et d’analyse. ce qui n’est assurément pas le cas, ni de Martine Aubry, ni de François Hollande qui, à La Rochelle, le rattachait à la francophonie, ni de Ségolène qui, à son propos, a demandé pardon (!), ni de ceux qui le référencent sous DailyMotion (ou autres serveurs de vidéos) comme « discours raciste » en n’en retenant qu’une infime portion …

Prononcé le 26 juillet 2007 à l’Université de Dakar, ce texte a été écrit par Henri Guaino. S’il a suscité immédiatement des réactions contrastées et parfois très vives en Afrique, il a fallu attendre plusieurs mois (en fait octobre 2007) pour qu’en France il fasse l’objet d’un débat public. Car c’est BHL qui a qualifié son auteur de « raciste », en prenant bien soin de distinguer l’auteur (raciste) de l’orateur (pas raciste !). Il est des distinctions qui sont particulièrement subtiles, mais bien utiles pour l’avenir de celui qui rêve d’être Grand Vizir !

Alors le racisme ? Toute une première partie (28% du texte !) est consacrée à une dénonciation de la traite des noirs, de l’esclavage, puis du colonialisme. Jamais aucun Président, ni de Gaule, ni Mitterrand, ni Pompidou, Giscard, Chirac, ni aucun ministre, fut-il Premier, n’a prononcé de pareilles phrases. Et même s’il s’y trouve un refus explicite de la repentance, nous ne sommes pas loin de la demande de pardon.

 »… le passé ne s’efface pas . ».
 »il y a eu des fautes, il y a eu des crimes … »
 »il y a eu la traite, il y a eu l’esclavage … »
 »les européens sont venus en conquérants, ils ont pris la terre de vos ancêtres. »
 »ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes … »
 »ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire … »
 »ils ont eu tort. »
 »le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. »
 »il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail … »

Même les dix lignes qui suivent alors et qui se veulent inscrites dans la vision que le colonialisme n’a pas été que mauvais, même ces dix lignes sont reconnaissance de faute.

 »… il y avait parmi eux des hommes de bonne volonté, qui croyaient faire le bien … »
 »ils se trompaient … »
 »ils croyaient donner la liberté, ils créaient l’aliénation … »
 »ils croyaient briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante … »
 »ils croyaient donner l’amour sans voir qu’ils semaient la révolte et la haine … »
 »la colonisation fut une grande faute. »

Cette déclaration est alors suivie d’un appel à la jeunesse à qui il est dit que  »c’est en puisant dans les valeurs de la civilisation africaine que vous serez tirés vers le haut, car ces valeurs sont un antidote au matérialisme et à l’individualisme ».
Ce passage revêt une grande importance: il se situe juste avant le « virage » du discours, cette fameuse phrase tellement souvent sortie de son contexte, voire interprétée totalement à contresens:  »le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». Les mots qui précédaient montrent bien qu’il ne s’agit pas de dire que l’homme africain ne serait pas entré dans l’histoire, ou que l’homme africain n’aurait pas d’histoire. Non, le texte dit que  »jamais l’homme ne s’élance vers son avenir ».

Et se développe alors une consternante seconde partie, aussi longue que la dénonciation des méfaits de l’homme blanc. Une seconde partie dans laquelle est décrite sur un ton paternaliste, condescendant et docte, une culture noire faite d’une  »croyance en un éternel recommencement, où il n’y a pas d’idée de progrès et dans laquelle la nature commande tout. L’homme y est immobile au milieu d’un ordre immuable, il ressasse et répète ses regrets d’un âge d’or qui n’a jamais existé et il n’arrive pas à se libérer de ses mythes. »

Après une référence à Léopold Senghor, qui adressait des poèmes en français à toute l’Afrique, le discours lance un appel à une Renaissance africaine qui débarrassera l’Afrique des mythes qui voilent sa face.

 »Et cette Renaissance, je vous la propose ». Tel est le thème de la dernière partie de ce discours (là-aussi, une petite trentaine de %). Ce que veut l’Afrique est ce que veut la France; la coopération, l’association, le partenariat, l’immigration négociée, l’unité africaine, l’Eurafrique …

A ce niveau du discours, y a t-il sincèrement quelque chose de nouveau ? Probablement pas. Il s’agit toujours de cette volonté française de garder coûte que coûte le pré-carré africain, en s’assurant d’obtenir une part conséquente des matières premières, une part conséquente des marchés de développement de ce continent, une part conséquente de soumission ou de vassalité politique à l’égard de la vieille métropole, dans toutes les cours et les tribunes internationales où cela est utile.

Alors raciste ? Non. Mais néo-colonialiste, oui. Et ne mélangeons pas colonialisme et racisme, car même si le second a souvent accompagné le premier, il n’en est pas l’essence.

Considérer ce discours comme « le discours raciste de Sarkozy », c’est faire une grossière erreur, une faute. C’est se priver de toute possibilité de critique élaborée, car quand on a dit raciste on a tout dit. Et dans le cas présent on n’a rien dit des relations entre la France et l’Afrique.

Discours de Benghazi (DR)

Un autre exemple ? La récente « libération » de la Libye a donné lieu à un vibrant discours de Sarkozy auprès des habitants de Benghazi. Très paradoxalement, les commentateurs et analystes français, les ténors politiques et en particulier ceux du PS, ont salué ce discours tout comme ils avaient tous globalement salué l’action guerrière de la France dans ce pays. Le voici:  »« Jeunes de Benghazi, jeunes de Libye, jeunes Arabes, la France veut vous dire son amitié et son soutien. Vous avez voulu, vous avez voulu la paix, vous avez voulu la liberté, vous voulez le progrès économique. La France, la Grande-Bretagne, l’Europe seront toujours aux côtés du peuple libyen. Mais, amis de Benghazi, nous vous demandons une chose, nous croyons dans la Libye unie, pas dans la Libye divisée. Peuple de Libye, vous avez démontré votre courage. Aujourd’hui, vous devez démontrer un nouveau courage, celui du pardon et celui de la réconciliation. Vive Benghazi, vive la Libye, vive l’amitié entre la France et la Libye » »

Bien qu’il ne comporte que quelques lignes, n’y retrouve t-on pas la même construction ? L’appel aux jeunes, la leçon toute de paternalisme et de condescendance, et l’appel subliminal à la coopération économique ?

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Lettre ouverte de Rhissa Rhossey à ses frères touaregs

En mars dernier, nous avions reçu ici le poète et militant touareg (Interview-Rhissa-Rhossey-parle-de-son-peuple-touareg) Rhissa Rhossey. Nous avions parlé de la Libye, de Khadafi et de la guerre menée par la « coalition » soutenue par l’OTAN.
Rhissa Rhossey vient de s’exprimer sur le blog « touaregsmirages » (http://touaregsmirages.canalblog.com/archives/2011/08/30/21898365.html) en adressant une lettre ouverte à tous ses frères touaregs du Mali, du Niger, d’Algérie et de Libye.

Voici ce texte:

Khadafi (DR)

Mes frères du Mali du Niger, de l’Algérie, de la Libye
assalam alaykoum
que la paix soit sur vous
et vous autres mes frères de la diaspora.
Les temps sont durs, la réalité implacable, l’injustice et les mensonges flagrants.

Aujourd’hui nous sommes face à une évidence, la chute du colonel.
Cette chute que je prédisais déjà début mars
Et ce colonel, envers qui j’avais des mots durs et sur lesquels j’étais mal compris.
Certes, je vous comprends, mes frères kel tamasheq.
D’ailleurs qui mieux que moi saurait vous comprendre ?

Certes vous vous êtes identifiés à ce Guide, celui là-même que nous appelions tous affectueusement Amghar. Amghar le chef, ce mot sorti de la bouche de ceux qui n’ont jamais connu d’autre chef que Dieu est, faut-il l’avouer, un très grand mot.

Mais la roue de l’histoire tourne, elle tourne inéluctablement.
Le temps est une chose, une chose qui vient à bout de tout.
Le bédouin de Syrte est au bout de son temps.
Dans cette vie terrestre tout a un temps

Khadafi a tenu le pouvoir d’une main de fer pendant 43 ans.
Moi qui écris ces lignes, je n’étais pas encore né.
Et la majorité des hommes et des femmes qui se battent aujourd’hui, pour un monde plus juste, n’étaient pas encore nés.
Entre temps, des nouvelles générations sont arrivées, ardentes, brûlantes de plus de libertés : liberté d’expression, liberté de choisir ses dirigeants.

Amghar en tout honneur aurait pu partir à temps, avec d’innombrables possibilités de sortie.
Mais fidèle à lui-même, au sang bédouin qui coule dans ses veines, à l’entêtement et à l’orgueil ancestral, Amghar a choisi l’affrontement.
Le choc frontal sans concession,
Le face-à-face implacable,
Ville par ville,
Rue par rue,

Quartier par quartier,
Maison par maison,
Corps à corps,

Œil pour œil,
Dent pour dent,

Amghar, j’ai la chair de poule et un immense respect pour toi car la réalité qui me fait mal est celle-là : tu es certes en décalage avec la réalité mais toujours est-il que tu défendais ce que tu as construit : la Libye.
Oui, la Libye qui n’était absolument rien avant toi et qui depuis le 1er septembre 1969 est devenue la grande Jamahiriya, que le monde entier craint et jalouse.

Or, ton bien le plus précieux est envahi, envahi par l’Occident, sans autre forme de procès.
L’OTAN est arrivé avec toute sa technologie de pointe avec l’objectif évident de faire partir Khadafi avant le 1er septembre 2011, par tous les moyens, sous mandat de l’ONU, cette fameuse ONU qui couvre toutes les bavures, les gaffes et les bêtises de ces siècles.

Cette coalition de malheur s’acharne même, dans ses ambitions machiavéliques, à armer les rebelles, à les financer, à les légitimer et même à les recevoir officiellement dans les grandes capitales.

C’est ce que l’Afrique entière a condamné, a refusé.
Ce refus est confirmé par le rejet de la reconnaissance du CNT par l’Union africaine la jugeant prématurée.

La question que je me pose aujourd’hui est celle-là : pour avoir raison d’un homme, faut-il détruire un peuple ?

Hier, quand l’Amérique en voulait à Saddam, elle a détruit l’Irak.
Encore aujourd’hui l’Irak n’est pas sorti du chaos.
Aujourd’hui, la Libye est dans le même chapitre : combien d’années les vingt tribus de Libye mettront-elles pour s’entendre et se pardonner ?

Le printemps arabe n’a pas touché la Libye : pour qu’un printemps soit beau, il faut qu’il soit naturel. Un printemps au forceps donne des fleurs pâles et des fruits sans saveur.

Au cours de ces terribles combats, les Touaregs ont payé un lourd tribut pour leur reconnaissance au Guide.
C’est certainement eux qui étaient déployés sur les sites stratégiques, les bases sensibles, les casernes comme Bab el Azizia : cela s’appelle le bouclier humain. Saddam l’a fait en son temps avec des civils Occidentaux.

Cela est une constante dans la culture de ces nomades.
N’est-ce pas Mano qui disait :

 » Sauver votre ami même si cela aboutit a votre perte. »

Cet engagement est beau émotionnellement, mais pas réaliste humainement.

Il n y avait pas le moindre suspens dès le déclenchement de ce conflit. Khadafi allait tomber, d’une façon ou d’une autre.
Le soutien des puissances aux rebelles était spontané et les mensonges médiatiques quasi insoutenables. Le dernier en date, c’était la prise des trois fils du Guide dont le transfert de l’un est même à l’ordre du jour: le lendemain le concerné parade encore devant les journalistes.
L’un s’est enfui et l’autre est mort.

Mes frères, Khadafi est tombé.
Résignez-vous à cela.
Ceux parmi nous qui ont essayé de le défendre, l’ont fait jusqu’au bout.
Belle fidélité.
Essayons maintenant de construire l’avenir avec la même abnégation et la même constance.

Mes frères, un jour Ide Oumarou, un écrivain de chez nous, a écrit ceci :

 » Tout homme qui perd pied, est un homme perdu. « 

Et les premiers à le lui faire savoir seront certainement ceux qui l’ont servi avec servilité, adoré sans partage et peut-être exhorté sans réserve.

Cela apparemment ne nous colle pas :

Aujourd’hui, les uns et les autres s’empressent à reconnaitre le CNT mais que voulez-vous ? A défaut de la mère, on tète la grand-mère.
Mais il y a des victoires qui ont le goût amer de la défaite.

Soyons clairs : nous nous ne faisons pas l’apologie de Khadafi, le dictateur mais nous condamnons fermement l’usage de la violence dans les règlements des problèmes de l’humanité.

Nous pensions que l’Irak servirait de leçon, mais rien.
Demain, à qui le tour ?
l’Algérie ou l’Iran ?
Mais l’Algérie connait la valeur de son indépendance: un million cinq cent mille morts.

Rhissa Rhossey

Tchirozérine, le 29/08/2011

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Droits de l'homme

Révolution arabe ou révolte arabe

« Les coptes décident une trêve ». Tel est le titre d'[Al-Ahram Hebdo (http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2011/5/25/egypt1.htm) que l’on pouvait lire fin mai. Nous ne savions pas les coptes en guerre au point de décider d’une trêve ! Il s’agissait en fait de la suspension jusqu’au 13 juin (qu’en est-il à ce jour ?) d’un sit-in organisé au Caire afin d’obtenir des engagements de la part du Gouvernement sur la réouverture des églises fermées, l’arrestation des provocateurs et incendiaires de l’église d’Imbaba, la promulgation d’une loi concernant la construction des lieux de culte et la promulgation d’une autre loi contre les discriminations envers les coptes. Bien des commentateurs ont voulu voir un signe de cohésion nationale dans le fait que la question copte n’a pas fait l’objet de tensions lors des évènements de la Place Tahrir et d’ailleurs.

Il n’en est probablement rien. Cette question, tout comme la question juive et les relations avec Israël, est restée une question non abordée, donc non réglée. Ce n’est pas un signe favorable. Tout comme en France le fait que la question de la guerre d’Algérie et de l’indépendance de ce pays ne soit jamais abordée, ne signifie aucunement qu’il n’y a aucun problème.
En Egypte, les élections législatives auront lieu en septembre. D’aucuns réclament déjà leur report au motif que les organisations porteuses du mouvement ne sont pas prêtes à affronter un tel scrutin qui verra la victoire probable des Frères Musulmans. Ils voudraient qu’auparavant soit décidé d’une nouvelle Constitution. Il y a fort à parier que cette situation débouche sur une impasse, car les formations jeunes, libérales ou plus ou moins révolutionnaires ne pourront acquérir l’expérience souhaitée qu’au travers d’affrontements, lesquels, malheureusement, sont grandement joués d’avance.
Les mêmes journalistes et commentateurs répètent à l’envie que les Frères Musulmans ne « veulent pas du pouvoir, qu’ils limiteront le nombre de leurs candidats aux Législatives, qu’il ne présenteront pas de candidat à la future Présidentielle » … Qui peut croire cela ? A t-on déjà vu un groupe politique, quelle que soit sa nature, renoncer délibérément à son pouvoir ? Si les Frères Musulmans limitent volontairement leur représentation, il faut se demander en échange de quoi ils feraient cela. Quelle promesse ont-ils déjà obtenue ? Quels engagements leur ont déjà été donnés ?

La Tunisie, de son coté, suit le même itinéraire et l’on voit le parti islamique Ennahda prendre une importance au moins médiatique de plus en plus grande, profitant de l’émiettement des nouveaux parti politiques (près d’une centaine !). Des affrontements tribaux ont désormais lieu entre diverses couches de la population. La situation économique en est souvent la cause. Le pouvoir chassé est considéré comme menant une contre-révolution. Mais est-il vraiment besoin de cela ? Ou est-ce simplement l’effet des tendances naturelles de la société qui reprend le dessus, masquées qu’elles étaient par un pouvoir fort et centralisateur ?

Libye, Yémen, Syrie, partout ailleurs et même si cela reste incompris de l’occident, il s’agit avant tout de conflits entre tribus, entre communautés. En Libye, certains partisans de Kadhafi sont considérés comme des mercenaires: ils ne sont que les membres de tribus qui ont fait depuis toujours (ou presque) allégeance à la tribu détentrice du pouvoir. Ne pas comprendre ceci, c’est ne pas comprendre le conflit, lequel, comme il était prévu, s’éternise et s’enlise et ne s’achèvera qu’avec des négociations (et des soumissions !) qui auraient du le sanctionner depuis longtemps si l’orgueil occidental ne s’en était pas mêlé.

Alors, révolution ou révolte ?
Dans la mesure où le motif essentiel est celui de la revendication d’une autonomie économique (avoir un emploi, être libre de circuler, pouvoir consommer, …) et que l’élimination des « despotes » est surtout l’élimination de ceux qui interdisent cette autonomie et qui, au contraire, se servent bien, on ne peut parler que de révolte.
Et des révoltes, il y en aura d’autres puisque les évènements, élections ou pas, ne traduiront pas, ou si peu, cette revendication. Dans le même temps, les nouvelles couches sociales feront leur apprentissage politique. La Turquie est citée, bien souvent, comme modèle d’une société musulmane moderne. A vrai dire, les pays arabes du Maghreb ou du Proche-Orient sont loin, très loin de ce modèle.
Il leur reste à apprendre ce qu’est une société mixte, dans laquelle la femme dispose des mêmes droits et devoirs que l’homme, à commencer par celui de circuler librement et de converser dans la rue ou ailleurs avec qui bon lui semble.
Il leur reste à apprendre ce qu’est une société laïque, dans laquelle le Coran, la Bible ou le Tanakh (Torah) ne sont que les livres saints de ceux qui veulent les reconnaître comme tels. Ils ne sont pas les fondements d’une société, d’une constitution, d’un pays …
Enfin, il leur reste à apprendre (aux Turcs également !) ce qu’est une société de tolérance traversée par plusieurs ethnies, plusieurs tribus, plusieurs courants culturels, que l’origine en soit historique ou religieuse. Les intolérances entre tribus libyennes, tunisiennes, yéménites …, les rivalités entre chiites et sunnites, les conflits avec les Kurdes ou les divisions de Chypre, tout cela devra être abordé et surmonté.

Mixité à la Faculté d’Istanbul – 30 mai 2011

Ce n’est qu’à ce prix que la vraie révolution se fera.

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Immigration

Immigration: un rapport

« Il dit qu’il méprisait leur projet et qu’organiser la fuite des gens était une œuvre de traître parce qu’elle empêchait d’entreprendre le changement à l’intérieur du pays. « Le changement dont ce pays a besoin ». Puis il se tut et au bout d’un moment, comme si une autre voix, eau vive, avait traversé l’épaisseur fossile de sa chair il ajouta: « Quand on ne peut rien changer pourtant il faut s’enfuir. »

Extrait de « Les hommes-couleurs » de Cloé Korman (Seuil), ce petit texte traite de la « fuite » des mexicains vers les USA. Mais la même phrase peut s’appliquer aux migrants tunisiens (surtout des hommes) auxquels on entend souvent reprocher qu’ils quittent leur pays au moment où celui-ci s’ouvre (un peu) à la liberté, et au moment où leurs bras et leur travail pourraient lui permettre de se développer.
Sous un aspect d’évidence, cette sentence rejoint le texte du roman de Cloé Korman: quand on ne peut rien changer pourtant il faut s’enfuir !

Tunisie, Egypte, là où l’on parle de « printemps arabe », les nouvelles orientations du pays, une nouvelle économie, tout cela sera bien difficile à mettre en place, si tant est que l’on y parvienne un jour. Et cela ne se fera qu’avec l’aide de l’Europe qui tergiverse tant et mieux. L’ouverture relative de ces pays devrait inciter à relancer au plus vite des coopérations, en matière d’études universitaires, en matière de créations d’entreprises, … L’Union pour la Méditerranée est quasi morte: il est l’heure de créer une nouvelle union pour la Méditerranée et peu importe son nom.

La nature même du « printemps arabe » montre que la revendication majeure des femmes et hommes qui manifestent est celle d’une autonomie économique et d’une possibilité d’accession à une forme de consommation (image de progrès) telle qu’elle est largement développée en Occident. Aux yeux du peuple, la nature du régime est avant tout condamnable, et condamnée, parce que la famille et le clan à la tête du pays se sont surtout servis sans mesure. L’Egypte prépare déjà un assouplissement des peines de Moubarak parce que celui se dit prêt à restituer sa fortune mal acquise. En Tunisie cependant les commentaires vont bon train sur les millions amassés par Ben Ali, mais personne encore n’envisage comment les utiliser au profit de l’économie tunisienne. La question n’est pourtant pas neutre puisque l’on peut lire que ces détournements de fonds et ces achats d’or et bijoux représentent plus d’un PIB annuel du pays (39,56 milliards de dollars en 2009). Imaginez que l’Europe s’engage à y ajouter un montant identique en trois-quatre ans, ne croyez-vous pas que cela faciliterait un redémarrage économique du pays ?

Cette question des réfugiés tunisiens empoisonne l’atmosphère européenne. Une majorité de pays d’Europe est prête à revoir les principes de libre circulation de Schengen. Les commentaires les plus excessifs sont entendus, lus, écrits ici ou là. L’Europe s’habille des oripeaux de la xénophobie.
En France même, les citoyens véhiculent ces commentaires avec un facilité toujours plus grande et en laissant libre cours aux amalgames les plus faciles. Immigration, insécurité, islamisme, sont mélangés et se répondent les uns aux autres pour expliquer toutes les difficultés de nos sociétés: vie dans les quartiers, chômage, crise économique …
Le débat politique lui-même est simplifié à l’outrance.
Le ministre de l’intérieur prétend vouloir limiter l’immigration officielle, tout en poursuivant ses attaques envers l’immigration clandestine, mais ce n’est là qu’effet d’annonce, histoire de tenter de reprendre quelques voix à l’extrême-droite. C’est très probablement dans son rôle électoral, mais ce n’est pas ce qui fait évoluer l’analyse des français.
A tort ou à raison, ceux-ci jugent qu’il y a trop d’immigrés en France. Ce jugement s’appuie exclusivement sur l’affirmation d’un constat: « cela se voit » ! Constat raciste donc ! S’appuyant sur une différence de couleur de peau essentiellement ! Et faisant fi de l’existence de milliers de français originaires des DOM ou des TOM qui n’ont pas la peau blanche ! Mais tout le monde est dans le même sac ! Constat également que l’on « retrouve ces gens dans toutes nos grandes villes » ! Bien sûr, car là est le travail que nous leur réservons et qu’ils sont seuls à accepter: la construction, les travaux publics, la surveillance, la sécurité, le nettoyage et la propreté (des aéroports, gares, MIN, grandes surfaces), la collecte des déchets, …
Un exemple ? Le Festival de Cannes donne l’occasion à quelques femmes de service d’un petit palace de se manifester et de réclamer la régularisation de leurs titres de séjour.

La gauche française est-elle capable de définir et de proposer une politique de l’immigration qui en soit une ? Au-delà de la critique violente de la droite, à laquelle il est reproché de faire une politique de droite, que formule la gauche ?
Pas grand chose, et comme vient de le souligner Ségolène Royal, elle est particulièrement mal à l’aise sur ce terrain.

Pourtant, des parlementaires de toutes tendances (majoritairement à gauche, cependant !) viennent de publier les résultats de l’Audit de la politique d’immigration, d’intégration et de codéveloppement, un audit initié voici plus d’un an par l’association « Cette France-là ».
Curieusement, DEUX rapports sont publiés concernant l’ensemble des auditions. Le premier l’est par les parlementaires eux-mêmes et vous pouvez le trouver ici (http://issuu.com/smazetier/docs/rapport_de_l_audit_de_la_politique_d_immigration__?viewMode=magazine&mode=embed). Pas très facile à lire et non annotable !! Le second l’est (d’aujourd’hui) par l’association « Cette France-là » et vous pourrez le trouver ici (|http://www.cettefrancela.net/actualites/article/l-association-cette-france-la-a). Il est intitulé « Rapport d’audit de la politique d’immigration de Nicolas Sarkozy. A de mauvaises questions, apporter de pires réponses ».

Rapport des parlementaires sur l’immigration (DR)

Il y a sans doute des divergences d’interprétation et de conclusions là-dessous. Mais lesquelles ? Après avoir lu le premier rapport, il faudra lire le second. Quoi qu’il en soit, le rapport des parlementaires a été froidement accueilli par la presse et notamment par Libé (http://www.liberation.fr/societe/01012336895-un-audit-timide-pour-la-politique-d-immigration), sous la signature de Catherine Coroller, qui l’a qualifié d »audit timide » qui ne se livrait pas à une critique très virulente de la politique d’immigration. Quant au second rapport, celui de « Cette France-là », il a été critiqué dans « Le Monde », sous la plume d’Elise Vincent, qui le considère comme « manquant de nuances et de contre-propositions ».

L’une des constatations de ce travail des parlementaires est de conclure que les immigrés « coûtent moins en prestations sociales que ce qu’ils rapportent ». Honnêtement, cette conclusion, montée en épingle par la presse de gauche est elle réellement une conclusion … de gauche ? Les immigrés ne sont-ils qu’une variable d’ajustement de notre économie ? Doit-on les accepter chez nous uniquement parce qu’ils « coûtent moins » ?

Il est heureusement des conclusions plus réalistes et plus humaines. Elles sont formulées par Françoise Laborde, sénatrice de Haute-Garonne.

  • Rétablir une procédure unifiée de la naturalisation.
  • Sécuriser le séjour des étrangers en sortant de la carte d’un an renouvelable, seule condition pour que les personnes s’investissent et se projettent dans l’avenir.
  • Suspendre toute politique de reconduite systématique.
  • Créer un droit à l’aller-retour.
  • Supprimer le ministère dédié.
  • Interdire toute performance chiffrée en matière de lutte contre l’immigration clandestine.
  • Mettre en place une politique européenne d’immigration commune, humaine, responsable et accueillante.
  • Harmoniser au niveau européen la gestion de la rétention administrative des immigrants clandestins sous contrôle de la Cour Européenne des Droits de l’Homme.
  • Créer un Office Européen en charge de l’immigration sous l’autorité de la Commission Européenne, faisant appliquer, par les services compétents, au niveau de chaque état, la politique d’immigration européenne.
  • Accentuer la coopération policière et douanière, sous l’autorité de l’Office en charge de l’immigration.
  • Instaurer une carte de résidence temporaire unifiée permettant aux ressortissants de pays hors de l’union de travailler librement sur l’ensemble du territoire de l’union.

« Timide », disent-ils !