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Droit d’ingérence et droit de punition

Ce n’est pas l’objet de ce blog. Et donc chacun aura pu constater que nous n’avons fait quasiment aucun commentaire à propos de la crise syrienne. Nous n’avons pas l’envie de modifier notre position et nous limiterons donc notre analyse à une réflexion sur ce fameux droit d’ingérence, prétexte aujourd’hui à un « droit de punition » invoqué à l’encontre du régime syrien.
Si le sujet fait débat, c’est parce que l’opinion publique ne comprend pas les subtilités qui font que la France intervient au Mali pour en chasser les djihadistes et autres islamistes radicaux et veut intervenir en Syrie pour punir Bachar el Assad et, par voie de conséquence, « rééquilibrer » l’avancée des combattants rebelles qui sont quelque peu en difficulté, et qui sont de plus en plus dominés par … les islamistes radicaux. Ajoutons à cela une phase critique en politique intérieure: la rentrée sociale et politique, les indices de satisfaction toujours à la peine, l’augmentation des impôts, le chômage toujours croissant, .. tout cela conduit l’opinion a solliciter une énergie nouvelle en faveur des questions domestiques et non des questions diplomatiques et internationales.
Nous avons cité le Mali. L’attitude de la France au cours de la récente intervention militaire dans ce pays relève également d’un droit d’intervention, d’un droit d’ingérence, d’un droit de punir, qu’elle s’est attribué. Ici-même, nous avons suffisamment critiqué cette intervention, pour souligner qu’elle ne se faisait pas dans le cadre défini par l’ONU, qu’elle ne respectait pas les diverses résolutions de cet organisme, que la France intervenait directement et quasi seule dans un premier temps alors qu’elle s’était engagée sur l’inverse exactement et que cette opération Serval se traduisait au final par le maintien sur place d’un fort contingent de militaires français (3000 hommes). Rappelons-nous le vocabulaire. Il convenait de « tuer », « éliminer » les terroristes d’Al Qaïda et autres structures djihadistes. Il fallait intervenir vite, sans attendre, parce que ces « terroristes » étaient aux portes de Bamako …
Le droit d’ingérence, le droit d’intervention, déjà le droit de punir, argumentaient l’intervention et la présence de la France, tout autant pour sauver le Mali que pour défendre nos intérêts.
A l’exception du fort contingent militaire resté sur place, à l’exception des milliers de réfugié qui ne sont toujours pas rentrés chez eux, à l’exception du problème touareg qui n’est aucunement réglé, à l’exception des conflits persistants dans le nord entre touaregs et arabes, entre noirs et arabes et touaregs, conflits qui font des victimes quotidiennes, à l’exception du retour dénoncé des djihadistes, l’opération Serval se sera plutôt bien passée et pourra être qualifiée de « succès ». IBK a été élu à la régulière, son challenger Soumaila Cissé est en mesure, s’il le veut, de représenter une opposition crédible, le capitaine putschiste a été promu général et le président intérimaire a nommé toute une kyrielle de diplomates, de hauts fonctionnaires et grands administrateurs de l’Etat à la veille de son départ. François Hollande pourra assister à l’investiture du nouveau Président le 19 septembre prochain !
Juste une toute petite information ! Que l’on se souvienne que les élections présidentielles maliennes étaient prévues pour avril 2012, auxquelles IBK et Cissé avaient fait acte de candidature. Et que si ces élections n’ont pas eu lieu, c’est parce qu’un capitaine putschiste a pris le pouvoir et a indirectement permis aux « terroristes » de s’approcher de la Capitale.

Aujourd’hui, le même tandem français est à la manœuvre au sujet de la Syrie: Fabius et Le Drian, les Affaires Etrangères et l’Armée. En ce qui concernait le Mali, c’était Fabius qui était à la remorque de Le Drian. Pour la Syrie, c’est l’inverse.
Le résultat est le même. Après de fracassantes déclarations concernant l’impérieuse obligation de punir que la France faisait sienne, les difficultés sont apparues: c’est à reculons qu’Obama se dirige vers une intervention militaire dont il n’a pas du tout envie, la Grande-Bretagne s’y est opposée et le précédent irakien n’en est pas la seule cause, l’Europe, si elle condamne l’utilisation de gaz mortels, ne veut pas d’une intervention, l’Allemagne sans doute encore moins que ses voisins, la Ligue Arabe refuse de s’engager dans un guêpier pareil. La France est seule et toute les rhétoriques autour de la condamnation morale du régime syrien ne changeront rien à l’affaire.
En conformité avec ses choix éditoriaux, « Le Monde » s’est résolument engagé du coté des guerriers. Le « général » Nougayrède a rédigé un exceptionnel (de par sa longueur) éditorial nous expliquant ce qu’il fallait faire, pourquoi il fallait le faire et comment il fallait le faire. Depuis, toute sa rédaction développe les argumentaires présentés et les éléments de langage mis en exergue. Comme il moins facile que pour le Mali de négliger les opposants à la guerre, alors on les présente sous forme d' »opinions » divergentes. Sur Lemonde.fr, à deux reprises déjà, les opposants à la guerre ont été assimilés à l’extrême-droite et aux militants anti-mariage gay. C’est dire jusqu’où peut aller une certaine forme de malhonnêteté intellectuelle: faire passer pour progressistes les tenants de la guerre !

 »Il faut punir », disent-ils.

Il existe deux sortes de punition.
La première se veut éducative, voire pédagogique. C’est la sanction infligée à l’élève, à l’apprenti, à l’esclave, lorsque celui-ci n’a pas respecté les méthodes et principes de réalisation d’un processus, n’a pas appris une leçon, n’a pas appliqué correctement des consignes. Cette punition est appliquée par un « maître ». On peut discuter à l’infini de ses valeurs pédagogiques, mais il est évident, philosophiquement parlant, que le maître et l’élève se « reconnaissent » mutuellement, même si cette reconnaissance peut être hautement conflictuelle. Il n’y aura plus de punition lorsque l’élève ne reconnaîtra plus le maître et s’émancipera.
Dans le cas syrien, est-ce ce type de sanction qui est envisagé ? En ce cas, qui donne à la France, aux Etats-Unis, à l’Occident le mandat de punir et, conjointement, la toge du « maître » ? A l’évidence, personne.


La seconde forme de punition s’apparente davantage au règlement de compte. Elle intervient d’ailleurs souvent après des tentatives infructueuses de la première méthode. Méthode radicale, le règlement de compte vise à éliminer celui qui tente d’échapper, par le bien ou par le mal, par le haut ou par le bas, aux règles imposées par les tenants de l’ordre. Il s’agit, dans notre cas, de l’ordre mondial ou de l’image que veulent diffuser les maîtres de l’ordre mondial. La guerre chimique est une « ligne rouge ». Pourquoi ? Pourquoi davantage de répréhension à l’égard du gazage qu’à l’égard du bombardement aveugle ? Peut-on qualifier d’immoral l’emploi de gaz de combat ? L’usage de bombes à fragmentation serait-il plus moral ?
Quoi qu’il en soit, le règlement de compte vise à éliminer celui qui, délibérément, ne respecte pas les règles imposées, celui qui fait un usage personnel, et souvent à son avantage ou bénéfice, des processus et méthodes généralement reconnues. Dans notre cas syrien, le but recherché est d’abord celui d’un « rééquilibrage » en faveur des forces rebelles. Le cas libyen nous rappelle cependant que l’expédition de l’OTAN s’est achevée par l’assassinat, par la France, de Mouammar Khadafi. La question est la même: qui donne à l’Occident, aux Etats-Unis, à la France, mandat pour mettre sur pied un règlement de compte ? A l’évidence, personne !

« Au départ on peut penser qu’on est seuls quand on prend la responsabilité d’agir et de prévenir les autres que nous, parce que nous sommes la France, avons un rôle particulier mais ensuite, il y a un travail de conviction, il se fait ». Ainsi s’est exprimé François Hollande le 8 septembre, à Nice, dans le cadre des « Jeux de la Francophonie ». Quel « rôle particulier » est celui de la France ? Quelle idée de la mission de ce pays François Hollande se fait-il ?

A woman holds up a placard during a demonstration against British military involvement in Syria opposite Downing Street in central London on August 28, 2013. AFP PHOTO/CARL COURT (Photo credit should read CARL COURT/AFP/Getty Images)


La seule autorité susceptible de délivrer un mandat pour une intervention en Syrie (ou ailleurs) est l’ONU. Il n’y en a aucune autre.
 »L’ONU n’est qu’un « machin » inefficace, lent à se décider, doté d’une incroyable inertie ? »
C’est exact ! L’ONU n’a pas 70 ans d’existence et l’ONU n’est que la somme de tous les pays qui la composent. Elle ne peut agir avec efficacité et promptitude que si les pays qui la composent prennent soin d’elles et l’utilisent aussi souvent que possible. L’ensauvagement du monde (cher à Madame Nougayrède), ne se renforce que lorsque les Etats mettent en avant leur prétendu « rôle particulier » et, ce faisant, tuent le multilatéralisme et une future gouvernance mondiale !
Si l’on doit rechercher où se trouve le progressisme, c’est ici qu’on le trouvera !

Si l’on refuse les « punitions », la seule méthode permettant de résoudre les conflits s’appelle la diplomatie. Il n’y en a aucune autre.
 »La diplomatie n’est que procédures et discussions longues et lentes, ne débouchant sur rien ou pas grand-chose, et pendant ce temps les victimes continuent de s’accumuler ? »
C’est sans doute exact ! Sauf que rien ne prouve que les victimes ne seraient pas encore plus nombreuses en cas de dissémination des affrontements si l’on pratique les expéditions punitives et si l’on ajoute la guerre à la guerre. Liban, Iran, Irak, Israël, qui pense à tous ces pays et aux éventuelles conséquences d’un déferlement de violences ?
La diplomatie, c’est déjà remplacer le bruit des armes par la parole. Et ceci sans aucun préalable, d’aucune sorte. Lorsque tirent les armes, elles le font sans préalable. Dans un premier temps, la diplomatie ne doit avoir pour objet que de remplacer les cris des armes par des paroles, des propos, violents s’il le faut, avec des intermédiaires s’il le faut. Il est singulier que de tous nos va-t-en-guerre, il n’en est aucun pour réclamer et aider à mettre en œuvre un cessez-le -feu, de quelques heures, de quelques demi-journées, de quelques jours. La diplomatie, dans sa fonction d’entremetteuse, est devenue gênante et obsolète, alors que la notion même de négociation fait partie de la guerre. L’exemple malien, cette fois-ci, l’illustre bien: la France a décidé de son intervention alors même que des discussions se tenaient à Bamako et au Burkina sous l’égide de l’ONU avec la présence de Romano Prodi, discussions qui ont été sabotées par le Mali fantoche et par la France. Les participants au conflit syrien qui, aujourd’hui encore, se refusent à prendre place autour d’une table (Genève 2, par exemple) doivent y être poussés par leurs propres soutiens. En l’occurrence, la France a l’impérieux devoir de pousser à la table la Coalition Nationale Syrienne (même si elle ne représente pas grand chose) plutôt que de chercher à « rééquilibrer ses positions » (Laurent Fabius).
Ici encore; l’ensauvagement du monde ne se renforce que lorsque les Etats mettent en avant leur prétendu « rôle particulier » et, ce faisant, assassinent le dialogue et la négociation !
Si l’on doit rechercher où se trouve le progressisme, c’est ici qu’on le trouvera !


Peux-t-on ajouter un commentaire plus général ?
Le prétendu « rôle particulier » des Etats ne s’exprime pas que dans le domaine guerrier. On le retrouve en matière de commerce, par exemple, dans le cadre de l’OMC où les occidentaux alternent avec mépris les demandes d’allègement des taxes douanières ou l’imposition de nouvelles taxes aux pays émergents et en développement, selon que les fluctuations des marchés les avantagent ou non.

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Mali

La France n’a rien à foutre militairement au Mali

C’est difficile et c’est triste à dire, mais il existe des intellectuels africains prompts à retourner leurs sentiments. Il n’y a pas un mois que le nouveau président français est élu et qu’il a pris ses fonctions que déjà certains lui lancent des appels à aider le Mali.
Afin de justifier un aussi rapide revirement, ils précisent que la France de Sarkozy ne leur a jamais rien donné et qu’au contraire elle leur a pris et les a maltraités. Comme de bien entendu, ressort comme un tarte à la crème le discours de Dakar, mal lu et mal cité, ou bien les accords d’immigration rejetés par ATT. Ces intellectuels se sont-ils mobilisés pour défendre le bilan d’ATT lorsque celui-ci a été chassé du pouvoir ?

Le Mali vit une situation catastrophique: situation de guerre au nord, situation humanitaire des réfugiés qui quittent le pays pour la Mauritanie ou le Niger, situation idéologique insupportable avec la proclamation d’un Etat islamique de l’Azawad et surtout les exactions quotidiennes de « combattants » livrés à eux-mêmes, situation politique incontrôlable à Bamako.

Un membre d’Ansar Dine (C)Romaric Ollo Hien/AFP

La France tient-elle actuellement un nouveau langage à l’égard de l’Afrique ? Probablement pas.
Laurent Fabius n’a pas autre chose à dire que « nous tiendrons un autre discours que celui de Dakar ». Est-ce bien vrai ? Un fois enlevé (avec justesse) le volet colonialiste et daté du discours de Dakar, le fond reste le même !

Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, vient de le dire tout clairement.
« Le dispositif français en Afrique fera l’objet d’un nouveau Livre blanc évaluant les menaces et le rôle que la France doit jouer. Nous sommes très préoccupés par la situation au Sahel. Il y a des risques majeurs qu’il devienne un nouveau sanctuaire du terrorisme, avec, en plus, la dislocation du Mali. Il faut retrouver les principes de l’intangibilité des frontières, de l’intégrité du pays. Mais nous n’avons pas l’intention de revenir aux traditions d’ingérence. Il est indispensable que les organisations africaines agissent. C’est une fois qu’un mandat des Nations Unies, sollicité par les organisations africaines, sera décidé, que nous apprécierons la manière dont la France, qui ne doit pas fuir ses responsabilités, s’associera militairement. Il est souhaitable que des initiatives soient prises rapidement. L’idéal serait que l’ensemble soit accompagné par l’Europe, ce serait une forme de responsabilisation vis-à-vis de l’Afrique. C’est à partir du moment où il y aura un mandat que nous pourrons agir et activer nos éléments de soutien sur place. »

Mais de quelle responsabilité française parle t-on ? Et de quelle responsabilisation européenne ? Celle qui est née du colonialisme ? Et jamais nous ne nous posons la question de savoir si les peuples africains (et non quelques intellectuels ludions) ont envie et ont besoin de cette « responsabilité ». Relisez donc ce fameux discours (ou lisez-le une bonne fois pour toutes): vous y trouverez les mêmesréférences à des liens historiques, des liens de solidarité avec l’Europe.

La France n’avait rien à faire en Libye, elle n’y a pas respecté le mandat qui lui avait été confié, elle a fait d’énormes dégâts que payent au comptant le Mali, la Mauritanie, le Niger …
La France n’a rien à faire en Syrie et la première raison en est justement le non-respect du mandat précédent en Libye.
La France n’a rien à faire militairement au Mali. Cela ne fera qu’ajouter des désastres aux désastres …

Davantage qu’intervenir militairement, l’Europe doit faire connaître ses choix à haute et intelligible voix auprès des organisations africaines.
L’Europe doit aider l’Afrique à se définir un modèle de développement, et à le mettre en œuvre. La solution malienne se trouve dans la prise en charge de l’ensemble de l’avenir du pays par les maliens eux-mêmes, toutes populations et religions confondues.
Là est le rôle de la France et de l’Europe: pas dans les armes …

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Mali

La fin de Khadafi et la fin d’ATT

Ce n’est pas un titre de gloire, mais le 30 octobre 2011, ici-même (Sauver-Benghazi-pour-mieux-punir-Syrte-…), nous annoncions ce qui allait, ce qui devait se passer dans cette vaste zone qui va de la Libye au Mali. Et nous parlions de désastre. De plusieurs désastres, car les motivations de la guerre menée en Libye, et les conditions dans lesquelles elle s’est réalisée, ne pouvaient pas déboucher sur autre chose.

Mais auparavant, faisons commentaire d’une info dont Mediapart s’est fait le porteur et qui s’avère être un véritable « flop ».
Le 12 mars, Mediapart publie un article selon lequel le financement de la campagne 2007 de Sarkozy aurait été financé, à hauteur de 50 millions d’euros, par Khadafi, son fils Saïf Al Islam, avec Brice Hortefeux pour intermédiaire. Ces informations, tapées en caractères sibyllins sur un vulgaire bout de papier, dateraient d’octobre 2005. Curieusement, aucun organe de presse ne développe cette information. Tous, en France, mais aussi en Belgique ou en Suisse, reprenne le contenu de l’article de Mediapart, mais quasi personne ne fait le moindre commentaire. A deux exceptions près. Celle du Réseau Voltaire, Thierry Meyssan, sur laquelle on ne s’étendra pas, sauf en ce qui concerne une bizarre accusation: si la campagne de Sarkozy a été financée par Khadafi, il en aurait été de même pour la campagne de …. Ségolène Royal. L’autre exception est celle de Marianne dont Philippe Bilger (http://www.marianne2.fr/Kadhafi-et-si-BHL-avait-servi-a-brouiller-les-pistes-du-financement-de-la-campagne-2007_a216408.html), dans son blog, souligne que bien des choses restent incompréhensibles alors qu’il laisse entendre qu’il doute de la sincérité de ce « mémo » présenté par Mediapart.

Coup de tonnerre, quatre jours plus tard, Mediapart déclare que Jean-Charles Brisard, son « indicateur », retirait tout ce qu’il avait pu dire au motif qu’il avait « été associé malgré lui à de soi-disant révélations ». Et là, curieusement, personne ne cite ce démenti, strictement personne.
Pourtant, il est loisible de se poser un certain nombre de questions.

  • Le 16 mars 2011, Saïf Al Islam, particulièrement remonté, accordait une interview à Euronews et déclarait que son père avait financé la campagne de Sarkozy.  » Nous avons les preuves, tous les détails, les comptes bancaires, les documents et les opérations de transfert ». Le 12 mars 2012, dans Mediapart, Jean-Charles Brisard déclare qu’il a un dossier, des notes, des documents de transfert. Curieux hommes que ces « mafiosi » qui gardent une trace réglementaire de tout ce qu’ils trafiquent !! Et pourquoi Khadafi n’a t-il jamais mis à exécution ses menaces de publication des fameux comptes bancaires ?
  • Une autre question vise à comprendre pourquoi Sarkozy aurait décidé de trahir aussi brutalement son donateur. Dire que c’est pour effacer les preuves de ce financement relève du « cinéma ».
  • Nicolas Sarkozy avait-il vraiment besoin de 50 millions ? Alors qu’il semble, à ce que l’on raconte, que la famille Bettancourt était à même de lui en donner à guichet ouvert ?
  • Et enfin, pourquoi ce prétendu bout de papier écrit en 2006 arriverait aujourd’hui, et seulement aujourd’hui, dans la rédaction de Mediapart ?
    Le problème, c’est que l’Internet laisse derrière lui une longue traîne. Lorsque « Rue89 » a déclaré que Camatte était un agent secret, à le suite probable d’une mauvaise interprétation d’un commentaire de fonctionnaire, cela n’a jamais été démenti et cela traîne encore dans de nombreux sites africains. Gageons qu’il en sera de même pour le financement de la campagne 2007 de Sarkozy …

    Cet imbroglio qui a présidé à la décision de faire la guerre en Libye et d’y supprimer Khadafi est donc à l’origine de plusieurs désastres.
    Le premier désastre potentiel était celui d’un risque de transfert de conflit d’une terre à l’autre. C’est chose faîte puisque les touaregs du MNLA, lourdement armés, ont quitté la Libye et sont rentrés au Mali pour y réclamer l’indépendance de l’Azawad (L-Azawad-et-le-Mali). Ils y mènent une guerre violente, dure, cruelle et rien ne les arrête. Les populations civiles fuient vers le Niger ou vers la Mauritanie (plusieurs centaines de milliers) et viennent gonfler d’autres populations déjà en situation de souffrance alimentaire.
    Le second désastre potentiel était celui d’une partition de la Libye. C’est chose faîte, ou presque, puisque la Cyrénaïque réclame son autonomie, avant de réclamer son indépendance. Celui également d’une partition du Mali puisqu’au-delà de la revendication d’indépendance de l’Azawad (curieusement limité aux frontières officielles du Mali), un groupe salafiste revendique maintenant (http://www.slateafrique.com/84371/de-nouvelles-fissures-dans-la-rebellion-touaregue-au-mali) son autonomie et veut étendre la loi islamique à l’ensemble du Mali.
    Ici, comme en Libye, le troisième désastre potentiel était bien de laisser le champ libre à tous les agitateurs religieux qui se multiplient au cœur de cette vaste zone quasi désertique: salafistes, AQMI, … Là aussi, c’est chose faite.

    Comme un désastre ne vient jamais seul, l’armée régulière malienne (une partie ?) vient de renverser ATT. Si elle a quelques griefs solides à exprimer au Président de la République du Mali, et notamment celui d’être abandonnée au fond du Nord, sans appui logistique (il a fallu qu’un hélicoptère de l’armée américaine largue des vivres !), et régulièrement massacrée par les combattants touaregs, cela ne l’autorisait en aucune sorte à prendre le pouvoir. D’autant plus, s’il s’agit de déclarer que l’on va organiser des élections, alors même que celles-ci devaient se tenir dans un mois !! Curieuse et inquiétante conception de la démocratie.
ATT (C)Reuters/Pool New

ATT est un démocrate. Dans le contexte africain, il dénote avec sa ferme volonté de ne pas faire de nouveau mandat, (il en a fait deux) et de céder la place. ATT a joué un rôle capital à l’égard de la part importante de ses compatriotes exilée en Europe, en France particulièrement: les Maliens de l’extérieur. Il s’est opposé à plusieurs reprises et avec fermeté à la signature d’accords de gestion concertée des flux migratoires avec la France, accords dont Besson, puis Hortefeux, s’étaient fait les champions. ATT s’est enfermé dans un refus de faire la guerre à AQMI dans le nord du pays, une guerre qu’il disait ne pas être la sienne, ni celle du Mali. C’est pour cela qu’il a été considéré comme le maillon faible de la lutte contre le terrorisme. Et quand les touaregs sont rentrés au pays pour affronter le pouvoir central, avec la complicité réelle ou tacite (malgré leurs dénégations) des islamistes, il n’a pas vu que la dimension du conflit et le rapport de forces n’étaient plus les mêmes. Le point de vue de Slate ici (http://www.slateafrique.com/84473/le%20bilan-conteste-de-amadou-toumani-toure).

Ce désastre-là ne fait que commencer. Les populations du nord, comme du sud, n’ont pas fini d’en souffrir, les libertés de choix et de convictions d’en pâtir, et la région toute entière (Mali, Niger, Sénégal, Burkina) d’en être durablement déséquilibrée.

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Mali

L’Azawad et le Mali

La guerre s’installe dans le Nord du Mali. Plusieurs dizaines de milliers de réfugiés ont pris le chemin de la Mauritanie ou du Niger. Ils viennent s’ajouter à des populations en grande difficulté alimentaire. Les combats sont meurtriers entre les combattants touaregs et une armée malienne peu à l’aise dans ces immenses étendues désertiques. L’armée et les officiels maliens accusent le MLNA (Mouvement National de Libération de l’Azawad) de massacre de populations civiles. Ceux-ci répliquent en dénonçant des bombardements aveugles qui font, eux aussi, des victimes civiles. Certains ont déjà titré qu’il s’agit là d’une des conséquences de l’ère Khadafi, façon de chercher encore de nouvelles justifications  »a postériori » à l’intervention occidentale (Sauver-Benghazi-pour-mieux-punir-Syrte-…).

Aujourd’hui, rien n’est moins sur et la plus grande prudence est de mise en ce qui concerne les analyses. L’Algérie, les touaregs combattants et certains organes maliens n’hésitent pas à mettre en cause la France dans le développement de ce conflit, prenant pour argument l’enlèvement de deux français devenus conseillers militaires des touaregs et le relais fidèle par RFI des communiqués du MLNA.


La question touarègue n’est pas neuve. Et au Mali elle a une dimension particulière. En effet, les touaregs ou peuple parlant la langue tamachek (tamasheq) occupent une large zone géographique comprenant le nord du Mali, le sud de l’Algérie (Hoggar et Tassili), l’ouest de la Libye, une grande majorité du Niger et l’extrême nord du Burkina Faso. Depuis les indépendances (Cinquante-ans-d-indépendances), c’est cependant surtout au Mali que les revendications d’autogestion et d’autonomie politique et économique sont les plus tendues. Dès 1958, le Mouvement Populaire de l’Azawad a revendiqué la constitution d’un état touareg dans la seule partie nord du Mali. En 1963, Modibo Keita s’est douloureusement affronté à une première rébellion durement réprimée. D’autres révoltes ont suivi en 1990 et en 1996. Les accords d’Alger, signés en 2006 (dix ans après !) ont ouvert la voie en 2009 à la création d’un Fonds de Développement du Nord-Mali. Comment est-il financé ? Qui le finance ? Toujours est-il que les Touaregs le considèrent comme totalement inexistant.
Une première et importante observation est donc à faire en soulignant que les combattants actuels revendiquent l’autonomie d’une partie du territoire malien, tout le Nord-Mali au-delà de Mopti. Ils n’engagent pas les populations touarègues des autres pays frontaliers déjà cités. Cette observation doit donc mettre un terme à des commentaires faisant référence à la reconstitution d’un pays touareg qui aurait été démantelé par le colonisateur et morcelé par des frontières artificielles créées lors de la colonisation. La lutte du MLNA n’est pas la lutte de tout le peuple touareg. Certains touaregs disent même que le touareg du Niger accordera la paix à vie du moment qu’il a du pain, tandis que celui du Mali, affamé ou ventre plein, revendiquera toujours un Etat, un Drapeau, une Nation, une Identité.

Territoire Azawad revendiqué (CR)Babyfoot
Espace touareg (C)J.Dupuis

Le MNLA revendique l’indépendance du Nord-Mali. En l’état actuel des choses, il est certain que la zone n’est pas économiquement viable. Si une partition devait se faire, et ce n’est pas pour demain tant la majorité des maliens y est opposée, ce nouveau pays vivrait de peu. Mais, et là est le fond de la question, le sous-sol de la zone est probablement infiniment riche bien que non exploité actuellement: de l’or, du pétole, de l’uranium … Qui en assurera l’exploration, puis l’exploitation ?

Ce conflit est également lourd de dangers en ce qui concerne l’avenir de la démocratie malienne. Les élections présidentielles sont (encore ? pour combien de temps ?) fixées au 29 avril (13 mai pour le second tour si nécessaire). De plus en plus de voix s’élèvent pour en demander le report à une date ultérieure afin qu’elles se déroulent dans des conditions de paix et non de guerre intérieure. Ce report, s’il devait avoir lieu, impliquerait le maintien à son poste d’Amadou Toumani Touré alors que celui-ci s’est engagé à ne pas solliciter de renouvellement de mandat et à ne pas rester au pouvoir au-delà de l’échéance légale. ATT n’est pas un président parfait. Mais qui l’est ? Il a, en la matière, et c’est exceptionnel en Afrique, le très gros mérite de quitter le pouvoir sans user d’artifices législatifs ou de coup d’état pour se maintenir au pouvoir. ATT a une autre qualité; celle d’avoir tenu tête au gouvernement français dans les discussions relatives à l’Accord de Gestion Concertée des Flux Migratoires (Les-migrations-du-Mali-vers-la-France). Certes, ATT a reculé sur l’épineux dossier du code de la famille et du statut de la femme « qui doit obéissance à son mari ». Il n’en est pas moins un démocrate et la chose est encore rare en Afrique.

Dernier point: déséquilibrer le Mali, c’est déséquilibrer TOUS les pays limitrophes: Mauritanie, Algérie, Niger, Burkina,.. Qui y a intérêt ?

 »Ajouté le 27 février, ce lien (|http://www.journaldumali.com/article.php?aid=4287) dont l’analyse est, à tout le moins, à prendre en considération. »

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Libye

Sauver Benghazi pour mieux punir Syrte,

défendre les populations civiles à Benghazi avec un mandat à peu près clair de l’ONU pour mieux violer ce mandat à Syrte et y faire la chasse à Khadafi, invoquer la démocratie et la responsabilité de l’Occident à Benghazi pour mieux s’en moquer et ne pas les respecter à Syrte dans le but de se venger de celui que l’on a appelé un tyran et qui venait camper (au sens propre) sous les fenêtres des chefs d’état occidentaux. Est-ce là le bilan de la campagne de Libye ?

Guerre en Libye, 20 mars 2011 (DR)

Et qu’avons-nous gagné ? Rien, si ce n’est probablement un désastre.

Un désastre en raison de la réaction (de la contre-révolution !!) islamiste. Comme il était prévisible, les révoltes arabes donnent tour à tour le pouvoir aux islamistes et c’est une vue de l’esprit que de croire qu’Ennahda, en Tunisie, sera respectueux de la démocratie, de la place de la femme, du droit de croire ou de ne pas croire. Des déclarations inquiétantes ont déjà été faites en ce sens, qui ont été démenties par les nouveaux hommes forts qui ont besoin de la « reconnaissance » occidentale.
En Libye, point n’est besoin de s’étendre: la « collaboration » entre les factions se fera sur le dos des droits élémentaires.
Quant à l’Egypte, tout s’y prépare pour que les Frères Musulmans et les salafistes se partagent le pouvoir.
Ce qui n’était pas une révolution cède la place à la réaction la plus classique. Il fallait s’y attendre et seuls les journalistes romantiques pouvaient se tromper et nous tromper en nous gavant d’images de madones au drapeau ou de lanceurs de grenade et en nous faisant vivre les évènements en « direct live ». Pour mémoire, il en est ainsi de toutes les « révolutions »: Mai 68 s’est achevé sur les Champs par une monstre manif de la droite et le retour de l’essence dans les pompes, Obama encensé par les chroniqueurs n’est plus désormais qu’un velléitaire, … Les révoltes arabes suivent le même chemin parce que les forces de la jeunesse, celles qui ont su si bien utiliser les réseaux sociaux et internet, ne revendiquent pas tant un fonctionnement démocratique de la société, mais avant tout la LIBERTE, la liberté de travailler, de gagner sa vie, de discuter, de consommer, de se déplacer, de voyager.
Et parce que les forces de la contestation, quoique souvent riches culturellement, ne sont pas politisées. Les militants aguerris se trouvent dans des structures qui attendent cette alternative depuis des décennies et qui ont su réagir très rapidement: Ennahda ou les Frères Musulmans et la kyrielle d’institutions sociales et humanitaires qu’ils ont su mettre en place et animer. Quant aux intellectuels de gauche, aussi méritant soient-ils, ils n’ont bien souvent aucune structure, aucun parti historique, aucun syndicat derrière eux. Et ce ne sont pas eux qui peuvent promettre que demain, la télévision sera gratuite !

Un désastre à cause du « deux poids, deux mesures ». Parce qu’il n’y a pas à se venger d’humiliations qu’aurait pu infliger le président Assad aux gouvernements occidentaux, aucune intervention n’est prévue pour mettre un terme au calvaire de son peuple. Certes Assad a sans doute raison: il sait depuis toujours que céder la place, c’est laisser entrer, ici aussi, l’islamisme politique. Alors, pour sauver ce qui peut encore l’être, tout comme ce qui aurait pu être imaginé en Libye, n’est-il pas possible d’exercer d’impitoyables pressions (refus de tous produits en provenance de Syrie, fermeture de tous les comptes, boycott de toutes les entreprises, exclusion de toutes les institutions internationales, …?
Il restera dans l’esprit des peuples du Maghreb, du Moyen-Orient et d’Afrique la terrible explication de ce « deux poids, deux mesures »: il s’agissait, en Libye, de faire main basse sur les richesses.

Un désastre à cause du transfert des risques de conflit. Les Touaregs que l’on a, bien imprudemment, traités de mercenaires alors qu’il ne s’agissait que de tribus fidèles à la tribu des Khadafi (et cette sorte de fidélité ne se rompt que par la mort) rentrent au pays les bras chargés d’armes. D’autres combattants, ceux d’AQMI, cherchent à occuper le Nord-Mali, le Nord-Niger, les franges de la Mauritanie pour y installer leur base africaine. Eux aussi ont les bras chargés d’armes de toutes sortes. Afin de déloger AQMI de leur territoire, les Touaregs ne leur déclarent ni plus ni moins que la guerre, ainsi qu’à l’armée malienne dont ils considèrent qu’elle a des « connivences » avec les terroristes. Et tout cela moins d’un an avant les élections présidentielles au Mali (avril-mai 2012), l’un des rares pays africains à être une démocratie quasi exemplaire ! Au-delà du Mali, ce sont le Niger, l’Algérie et la Mauritanie qui ne manqueront pas d’être concernés par ce nouveau conflit.

Un désastre à cause de la mort de nos relations avec l’Afrique. D’aucuns diront « Tant mieux, c’est la fin de la Françafrique ». Mais le bilan est plus triste que cela parce que les relations entre notre pays et les pays africains vont bien au-delà de ces relations de pouvoirs et d’affaires.
Il y avait déjà les questions de l’émigration des Africains et de leur immigration rejetée chez nous. Il y a maintenant un sentiment de mépris de la part des occidentaux et d’humiliation pour les Africains, et ceci pour une raison essentielle. La Libye a été le théâtre d’une intervention militaire, et son chef d’état a été assassiné par des armées occidentales (ou sous couvert de celles-ci) sans l’accord du Continent africain. Le Continent africain a été bafoué, son avis n’a jamais été pris en considération, il n’a même jamais été sollicité. Certes, cet avis était peu audible, entaché qu’il était pas des « solidarités » acquises avec beaucoup d’argent, beaucoup de contrats. Il n’empêche, Khadafi a été l’un des rares à savoir parler de la Nation Africaine. Jacob Zuma, Président de l’Afrique du Sud, a tenté, à plusieurs reprises, d’ouvrir des pourparlers (et non des négociations !) entre les forces en présence. En avez-vous seulement entendu parler ? Il a dénoncé la primauté accordée à l’OTAN (et donc à Paris, Londres et Washington) sur l’ONU pour « gérer » l’affaire libyenne. En avez-vous eu connaissance ?
La guerre libyenne s’achève sur l’humiliation de toute l’Afrique (http://www.journaldumali.com/article.php?aid=3772), du Maghreb au Proche-Orient et à l’Afrique du Sud, en passant pas l’Afrique de l’Ouest. En date du 18 octobre dernier, l’intellectuel et historien Achille Mbembe affirmait dans « Le Monde » que « la France n’est plus notre soleil ». Le conflit libyen et son traitement spécifiquement français, avec la complicité de quasi toutes les forces politiques, et notamment celles de gauche, n’ont fait qu’assombrir un peu plus notre « soleil ».

Enfin, pour terminer, un probable désastre à cause d’une possible partition de la Libye. On ne le dira jamais assez, la Libye est un pays de tribus que Khadafi avait réussi à rassembler sur un objectif commun, au prix, c’est certain, de violences et de crimes impardonnables. Désormais, ceux de Benghazi s’opposent et s’opposeront à ceux de Tripoli ou de Syrte ou de Misrata et vice-versa. Les territoires, les richesses, le pétrole, tout fera l’objet de conflits et de partages violents et la Libye d’aujourd’hui risque la partition en deux, voire trois, entités non viables.

Oui, un désastre et aucun bénéfice, si ce n’est pour quelques pétroliers …

PS: chroniqueuse au « Monde », Caroline Fourest a un vrai beau franc-parler et ses analyses sont d’une justesse et d’une précision dignes du scalpel. Il faut la lire sur son blog (http://carolinefourest.wordpress.com/) et sur le site de l’association-revue dont elle fait partie: ProChoix (http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2006/12/19/1061-presentation-de-la-revue).
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Lettre ouverte de Rhissa Rhossey à ses frères touaregs

En mars dernier, nous avions reçu ici le poète et militant touareg (Interview-Rhissa-Rhossey-parle-de-son-peuple-touareg) Rhissa Rhossey. Nous avions parlé de la Libye, de Khadafi et de la guerre menée par la « coalition » soutenue par l’OTAN.
Rhissa Rhossey vient de s’exprimer sur le blog « touaregsmirages » (http://touaregsmirages.canalblog.com/archives/2011/08/30/21898365.html) en adressant une lettre ouverte à tous ses frères touaregs du Mali, du Niger, d’Algérie et de Libye.

Voici ce texte:

Khadafi (DR)

Mes frères du Mali du Niger, de l’Algérie, de la Libye
assalam alaykoum
que la paix soit sur vous
et vous autres mes frères de la diaspora.
Les temps sont durs, la réalité implacable, l’injustice et les mensonges flagrants.

Aujourd’hui nous sommes face à une évidence, la chute du colonel.
Cette chute que je prédisais déjà début mars
Et ce colonel, envers qui j’avais des mots durs et sur lesquels j’étais mal compris.
Certes, je vous comprends, mes frères kel tamasheq.
D’ailleurs qui mieux que moi saurait vous comprendre ?

Certes vous vous êtes identifiés à ce Guide, celui là-même que nous appelions tous affectueusement Amghar. Amghar le chef, ce mot sorti de la bouche de ceux qui n’ont jamais connu d’autre chef que Dieu est, faut-il l’avouer, un très grand mot.

Mais la roue de l’histoire tourne, elle tourne inéluctablement.
Le temps est une chose, une chose qui vient à bout de tout.
Le bédouin de Syrte est au bout de son temps.
Dans cette vie terrestre tout a un temps

Khadafi a tenu le pouvoir d’une main de fer pendant 43 ans.
Moi qui écris ces lignes, je n’étais pas encore né.
Et la majorité des hommes et des femmes qui se battent aujourd’hui, pour un monde plus juste, n’étaient pas encore nés.
Entre temps, des nouvelles générations sont arrivées, ardentes, brûlantes de plus de libertés : liberté d’expression, liberté de choisir ses dirigeants.

Amghar en tout honneur aurait pu partir à temps, avec d’innombrables possibilités de sortie.
Mais fidèle à lui-même, au sang bédouin qui coule dans ses veines, à l’entêtement et à l’orgueil ancestral, Amghar a choisi l’affrontement.
Le choc frontal sans concession,
Le face-à-face implacable,
Ville par ville,
Rue par rue,

Quartier par quartier,
Maison par maison,
Corps à corps,

Œil pour œil,
Dent pour dent,

Amghar, j’ai la chair de poule et un immense respect pour toi car la réalité qui me fait mal est celle-là : tu es certes en décalage avec la réalité mais toujours est-il que tu défendais ce que tu as construit : la Libye.
Oui, la Libye qui n’était absolument rien avant toi et qui depuis le 1er septembre 1969 est devenue la grande Jamahiriya, que le monde entier craint et jalouse.

Or, ton bien le plus précieux est envahi, envahi par l’Occident, sans autre forme de procès.
L’OTAN est arrivé avec toute sa technologie de pointe avec l’objectif évident de faire partir Khadafi avant le 1er septembre 2011, par tous les moyens, sous mandat de l’ONU, cette fameuse ONU qui couvre toutes les bavures, les gaffes et les bêtises de ces siècles.

Cette coalition de malheur s’acharne même, dans ses ambitions machiavéliques, à armer les rebelles, à les financer, à les légitimer et même à les recevoir officiellement dans les grandes capitales.

C’est ce que l’Afrique entière a condamné, a refusé.
Ce refus est confirmé par le rejet de la reconnaissance du CNT par l’Union africaine la jugeant prématurée.

La question que je me pose aujourd’hui est celle-là : pour avoir raison d’un homme, faut-il détruire un peuple ?

Hier, quand l’Amérique en voulait à Saddam, elle a détruit l’Irak.
Encore aujourd’hui l’Irak n’est pas sorti du chaos.
Aujourd’hui, la Libye est dans le même chapitre : combien d’années les vingt tribus de Libye mettront-elles pour s’entendre et se pardonner ?

Le printemps arabe n’a pas touché la Libye : pour qu’un printemps soit beau, il faut qu’il soit naturel. Un printemps au forceps donne des fleurs pâles et des fruits sans saveur.

Au cours de ces terribles combats, les Touaregs ont payé un lourd tribut pour leur reconnaissance au Guide.
C’est certainement eux qui étaient déployés sur les sites stratégiques, les bases sensibles, les casernes comme Bab el Azizia : cela s’appelle le bouclier humain. Saddam l’a fait en son temps avec des civils Occidentaux.

Cela est une constante dans la culture de ces nomades.
N’est-ce pas Mano qui disait :

 » Sauver votre ami même si cela aboutit a votre perte. »

Cet engagement est beau émotionnellement, mais pas réaliste humainement.

Il n y avait pas le moindre suspens dès le déclenchement de ce conflit. Khadafi allait tomber, d’une façon ou d’une autre.
Le soutien des puissances aux rebelles était spontané et les mensonges médiatiques quasi insoutenables. Le dernier en date, c’était la prise des trois fils du Guide dont le transfert de l’un est même à l’ordre du jour: le lendemain le concerné parade encore devant les journalistes.
L’un s’est enfui et l’autre est mort.

Mes frères, Khadafi est tombé.
Résignez-vous à cela.
Ceux parmi nous qui ont essayé de le défendre, l’ont fait jusqu’au bout.
Belle fidélité.
Essayons maintenant de construire l’avenir avec la même abnégation et la même constance.

Mes frères, un jour Ide Oumarou, un écrivain de chez nous, a écrit ceci :

 » Tout homme qui perd pied, est un homme perdu. « 

Et les premiers à le lui faire savoir seront certainement ceux qui l’ont servi avec servilité, adoré sans partage et peut-être exhorté sans réserve.

Cela apparemment ne nous colle pas :

Aujourd’hui, les uns et les autres s’empressent à reconnaitre le CNT mais que voulez-vous ? A défaut de la mère, on tète la grand-mère.
Mais il y a des victoires qui ont le goût amer de la défaite.

Soyons clairs : nous nous ne faisons pas l’apologie de Khadafi, le dictateur mais nous condamnons fermement l’usage de la violence dans les règlements des problèmes de l’humanité.

Nous pensions que l’Irak servirait de leçon, mais rien.
Demain, à qui le tour ?
l’Algérie ou l’Iran ?
Mais l’Algérie connait la valeur de son indépendance: un million cinq cent mille morts.

Rhissa Rhossey

Tchirozérine, le 29/08/2011

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Révolution arabe ou révolte arabe

« Les coptes décident une trêve ». Tel est le titre d'[Al-Ahram Hebdo (http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2011/5/25/egypt1.htm) que l’on pouvait lire fin mai. Nous ne savions pas les coptes en guerre au point de décider d’une trêve ! Il s’agissait en fait de la suspension jusqu’au 13 juin (qu’en est-il à ce jour ?) d’un sit-in organisé au Caire afin d’obtenir des engagements de la part du Gouvernement sur la réouverture des églises fermées, l’arrestation des provocateurs et incendiaires de l’église d’Imbaba, la promulgation d’une loi concernant la construction des lieux de culte et la promulgation d’une autre loi contre les discriminations envers les coptes. Bien des commentateurs ont voulu voir un signe de cohésion nationale dans le fait que la question copte n’a pas fait l’objet de tensions lors des évènements de la Place Tahrir et d’ailleurs.

Il n’en est probablement rien. Cette question, tout comme la question juive et les relations avec Israël, est restée une question non abordée, donc non réglée. Ce n’est pas un signe favorable. Tout comme en France le fait que la question de la guerre d’Algérie et de l’indépendance de ce pays ne soit jamais abordée, ne signifie aucunement qu’il n’y a aucun problème.
En Egypte, les élections législatives auront lieu en septembre. D’aucuns réclament déjà leur report au motif que les organisations porteuses du mouvement ne sont pas prêtes à affronter un tel scrutin qui verra la victoire probable des Frères Musulmans. Ils voudraient qu’auparavant soit décidé d’une nouvelle Constitution. Il y a fort à parier que cette situation débouche sur une impasse, car les formations jeunes, libérales ou plus ou moins révolutionnaires ne pourront acquérir l’expérience souhaitée qu’au travers d’affrontements, lesquels, malheureusement, sont grandement joués d’avance.
Les mêmes journalistes et commentateurs répètent à l’envie que les Frères Musulmans ne « veulent pas du pouvoir, qu’ils limiteront le nombre de leurs candidats aux Législatives, qu’il ne présenteront pas de candidat à la future Présidentielle » … Qui peut croire cela ? A t-on déjà vu un groupe politique, quelle que soit sa nature, renoncer délibérément à son pouvoir ? Si les Frères Musulmans limitent volontairement leur représentation, il faut se demander en échange de quoi ils feraient cela. Quelle promesse ont-ils déjà obtenue ? Quels engagements leur ont déjà été donnés ?

La Tunisie, de son coté, suit le même itinéraire et l’on voit le parti islamique Ennahda prendre une importance au moins médiatique de plus en plus grande, profitant de l’émiettement des nouveaux parti politiques (près d’une centaine !). Des affrontements tribaux ont désormais lieu entre diverses couches de la population. La situation économique en est souvent la cause. Le pouvoir chassé est considéré comme menant une contre-révolution. Mais est-il vraiment besoin de cela ? Ou est-ce simplement l’effet des tendances naturelles de la société qui reprend le dessus, masquées qu’elles étaient par un pouvoir fort et centralisateur ?

Libye, Yémen, Syrie, partout ailleurs et même si cela reste incompris de l’occident, il s’agit avant tout de conflits entre tribus, entre communautés. En Libye, certains partisans de Kadhafi sont considérés comme des mercenaires: ils ne sont que les membres de tribus qui ont fait depuis toujours (ou presque) allégeance à la tribu détentrice du pouvoir. Ne pas comprendre ceci, c’est ne pas comprendre le conflit, lequel, comme il était prévu, s’éternise et s’enlise et ne s’achèvera qu’avec des négociations (et des soumissions !) qui auraient du le sanctionner depuis longtemps si l’orgueil occidental ne s’en était pas mêlé.

Alors, révolution ou révolte ?
Dans la mesure où le motif essentiel est celui de la revendication d’une autonomie économique (avoir un emploi, être libre de circuler, pouvoir consommer, …) et que l’élimination des « despotes » est surtout l’élimination de ceux qui interdisent cette autonomie et qui, au contraire, se servent bien, on ne peut parler que de révolte.
Et des révoltes, il y en aura d’autres puisque les évènements, élections ou pas, ne traduiront pas, ou si peu, cette revendication. Dans le même temps, les nouvelles couches sociales feront leur apprentissage politique. La Turquie est citée, bien souvent, comme modèle d’une société musulmane moderne. A vrai dire, les pays arabes du Maghreb ou du Proche-Orient sont loin, très loin de ce modèle.
Il leur reste à apprendre ce qu’est une société mixte, dans laquelle la femme dispose des mêmes droits et devoirs que l’homme, à commencer par celui de circuler librement et de converser dans la rue ou ailleurs avec qui bon lui semble.
Il leur reste à apprendre ce qu’est une société laïque, dans laquelle le Coran, la Bible ou le Tanakh (Torah) ne sont que les livres saints de ceux qui veulent les reconnaître comme tels. Ils ne sont pas les fondements d’une société, d’une constitution, d’un pays …
Enfin, il leur reste à apprendre (aux Turcs également !) ce qu’est une société de tolérance traversée par plusieurs ethnies, plusieurs tribus, plusieurs courants culturels, que l’origine en soit historique ou religieuse. Les intolérances entre tribus libyennes, tunisiennes, yéménites …, les rivalités entre chiites et sunnites, les conflits avec les Kurdes ou les divisions de Chypre, tout cela devra être abordé et surmonté.

Mixité à la Faculté d’Istanbul – 30 mai 2011

Ce n’est qu’à ce prix que la vraie révolution se fera.

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Interview: Rhissa Rhossey parle de son peuple touareg

Rhissa Rhossey est un Touareg. Il a été combattant auprès de Manu Dayak lors de la grande rébellion des années 90 contre les pouvoirs au Mali et au Niger.
Infirmier, il est actuellement le responsable du centre de Santé de Tchirozérine (45 km nord-est d’Agadez).
Il est également poète et a publié en 2005 un recueil intitulé « Jour et nuit, sable et sang, poèmes sahariens » (Transbordeurs).
Rhissa Rhossey vient de vivre quelques jours en Isère, invité par l’Association « Yakhia Actions Nord Niger » (http://yakhia.sud-gresivaudan.org), dans le cadre du programme « Afrique Isère : une saison pour l’Afrique » (http://www.musee-dauphinois.fr/1966-ce-que-l-isere-doit-a-l-afrique-ce-que-le-monde-doit-a-l-afrique.htm) mis en œuvre par le Conseil général de l’Isère.
Nous l’avons rencontré et lui avons posé quelques questions en phase avec l’actualité.

Thermopyles :  »Quel sentiment éprouves-tu à être en France ? »

Rhissa Rhossey : Un sentiment très positif. Chaque jour, je rencontre beaucoup de monde et on parle beaucoup de mon peuple, mais c’est souvent dans l’ignorance. Les gens ont de l’ouverture, de la curiosité, ils veulent savoir, ils ont beaucoup à apprendre. Mais il n’y a pas assez de rencontres et cette méconnaissance crée des tabous, des préjugés. Pour connaître quelqu’un, il faut le rencontrer.

Th :  »A t-il été facile pour toi d’obtenir ton visa ? »

RR : Cela n’a pas été immédiat, il a fallu au dernier moment fournir des documents additifs au dossier initial comportant déjà de nombreux justificatifs de ce déplacement culturel. Je suis connu maintenant, je suis artiste et ils savent que je ne resterai pas en France et que je reviendrai dans mon pays. D’autres personnes n’arrivent pas du tout à obtenir leur visa.

Th :  »Dans le peuple touareg, parmi les jeunes, y a t-il des migrants qui partent pour travailler en Europe et mener une vie différente ? »

RR : Les jeunes de mon peuple n’ont pas ce réflexe. Dans leur majorité, ils n’ont pas cette idée et malgré d’énormes difficultés économiques, ils restent. Il y a des étudiants qui veulent poursuivre ou achever leurs études en Europe, mais ils veulent revenir au Pays. Ils n’ont pas la même attitude que les Africains que j’ai pu voir à Agadez et qui sont des gens souvent cultivés, qui ont des diplômes, qui ont souvent un peu d’argent et qui veulent changer de vie en partant pour l’Europe.

Th :  »Dans l’actualité, il est beaucoup question des Touaregs qui seraient mercenaires de Khadafi. Ceux-ci se défendent et disent qu’ils ne sont pas mercenaires mais qu’ils se battent pour défendre celui qui les a aidés. Qu’en penses-tu ? »

RR : J’ai ma vision et il y a celle des autres. Je pense que ce n’est pas une bonne chose de soutenir un dictateur qui tue sa propre population. Il est illogique de le soutenir. Il est au pouvoir depuis 43 ans, où il s’y est attaché et enraciné par la force. Mais il n’a pas le monopole de la sagesse. Face à lui, les rebelles, comme on les appelle, réclament un changement de régime afin que chacun d’entre eux puisse postuler à la construction de l’avenir du pays.

Th :  »Et alors, l’intervention de la « coalition » ? »

RR : Je ne suis pas d’accord avec cette façon de voir les choses. Regarde, en Côte d’Ivoire où Gbagbo se cramponne et où tous les jours il y a des morts … mais on n’y va pas. Il n’y a pas de solidarité de la part des pays arabes. Ils sont tous vulnérables, leurs jours sont plus ou moins comptés et ils ne sont donc pas dans un état d’esprit d’intervention. L’intervention actuelle est condamnable. Avant de passer à cette forme de violence, il aurait fallu rencontrer Khadafi, discuter avec lui, lui faire entendre raison. Mais là, c’est un prétexte pour rentrer en Libye. A mon avis, cela va se compliquer, un peu comme en Irak. L’Europe a équipé Khadafi en armements, même s’il n’a plus d’aviation. Nous allons vers le scénario d’une longue guérilla et la Libye est finie sous sa forme actuelle. Il n’est jamais trop tard, la coalition doit arrêter sa forme d’agression qui peut créer un énorme désaccord avec certaines grandes puissances, l’Allemagne, mais aussi la Chine et la Russie. En Afrique, l’opposition à cette intervention est grande : beaucoup ont espéré et espèrent encore dans le panafricanisme.

Th :  »Où en est la lutte du peuple nigérien et quels sont ses revendications essentielles ? »

RR : Le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) a affronté le dictateur Tanja. La Libye avait aidé à trouver une solution. Khadafi avait promis de l’argent et la rébellion a cessé. Tout l’argent promis n’a pas été donné. Le nouveau Président, Mohamadou Issoufou, est un espoir. D’abord, parce qu’il semble intègre et n’est pas compromis. Il attend le pouvoir depuis longtemps. Il a un programme et s’il s’y conforme, on peut avoir de l’espérance. Il est conscient des risques d’insécurité, personne ne peut ignorer les revendications des Touaregs.

Th :  »Quelles sont-elles ? »

RR : Ils veulent la gestion de leur territoire, avoir l’autonomie économique, politique, culturelle. Ils veulent des cadres touaregs dans les mairies, les gouvernorats, la police, l’armée, … L’Algérie l’a fait avec ses méharistes. Et au mali, ATT (Amadou Toumani Touré) a compris les besoins de développement, mais la rébellion est plus active et va vers l’autonomie définitive, en accord avec ATT. Au Niger, les Touaregs sont encore mal compris, leur volonté d’autonomie est incomprise.

Th :  »On va changer un peu de sujet et aborder la question de la présence d’Areva. Doit-il s’en aller ? Ou bien que faire pour que ça profite au pays ? »

RR : Les industries, l’uranium, le charbon, qui s’installent sur les zones de pâturage sont mal perçues, alors que le peuple n’a rien contre. Mais il n’y a même pas un manœuvre touareg qui travaille chez eux ! Tous les employés sont pris ailleurs. Pour avoir un emploi, il faut avoir le bras long. Les cadres cherchent parmi les leurs parce qu’ils ne connaissent pas les Touaregs. Des responsables locaux pourraient aider à l’emploi. Et là où une richesse est créée, il devrait y avoir des retombées : écoles pour l’éducation, centres de santé pour les malades, les femmes enceintes, fermes et jardins pour l’autosuffisance alimentaire, … Actuellement, rien n’est financé. Ni l’électrification, ni l’eau potable. Et pourtant, s’il fallait payer, on pourrait payer. Les routes qui servent à transporter votre uranium ne sont même pas refaites : ce ne sont que des trous !

Th :  »Qu’en est-il de la pollution radioactive ? »

RR : Je n’ai pas de connaissances là-dessus. Mais à Arlit, j’ai entendu dire que le taux de radioactivité est supérieur à la normale. Mais il faudrait que des experts indépendants et impartiaux aillent sur place et fasse un travail de mesure.

Th :  »Cet entretien se termine. Infiniment merci. Pour conclure, en tant qu’artiste et aussi en tant qu’homme libre et engagé, as-tu une espérance, un rêve qui puisse se réaliser ? »

RR : Pour mon peuple, qu’il ait plus de structures scolaires, plus d’autosuffisance alimentaire, plus de structures sanitaires.
Et pour le monde entier, une paix durable. La grande énigme est de savoir si l’on va atteindre ce rêve universel. Une nouvelle génération d’hommes de bonne foi va émerger, sans couleur ni religion, et va aider à construire ce monde nouveau.

Rhissa Rhossey

ERRANCE

Je rentrais

Des périples

Stériles

De mes errances

Sur le sable

Et sur la pierre

De la montagne

A la terre ferme

Pas une parcelle

De l’espace

Qui ne garde

Mes empreintes

D’errant

Ma caravane

Est sans attache

Mes horizons sans limite

Mes rêves

S’étalent

Et s’enroulent

Dans la toile

Du temps

Je fais du silence

Le sel de mon existence

Du passé le pilier

Pour soutenir

Le gouffre

D’une époque

De vertige

Le soleil avare de

Son éclat

A pris en otage

La lune

Dans son

Ténébreux sillage

La voie lactée

Veuve des chemins

Enchantés

Demande en vain

Aux filles de la nuit

Ses repères

Amanar

Reste silencieux

Son épée

Dans le ciel

Enfoncée

 »Avec l’aimable autorisation de Rhissa Rhossey (c) »

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Malbrough s’en va-t-en guerre

Quel est le tableau quatre jours à peine après la mise en place de la coalition destinée à protéger les civils libyens ? Une coalition faite de bric et de broc, à laquelle les principaux pays européens, autres que la France et la Grande-Bretagne, participent en se pinçant le nez, l’Allemagne plus que réticente, l’Italie opposée à cette intervention. La Russie et la Chine, qui se sont abstenues au Conseil de Sécurité, ne cessent de répéter qu’il faut trouver une autre méthode. Les pays arabes ne se comptent même pas sur les doigts d’une seule main et il ne s’agit que de vassaux des USA qui sont là pour jouer les faire-valoir. Quand à l’Afrique, comme il en a été question ici , elle demande inlassablement des négociations.

Aujourd’hui, les Américains sont de plus en plus pressentis pour prendre la tête de la manœuvre au travers d’une participation de l’OTAN. Les résidences de Khadafi sont bombardées et l’on ne voit pas bien en quoi elles représentent une menace pour les populations civiles.Ce qui est cependant le plus étonnant, c’est cette sorte de consensus mou national, autour duquel on retrouve toute la gauche traditionnelle qui se félicite d’aller frapper Khadafi, un peu comme si elle s’empressait de brûler ce qu’elle adorait hier. Ce qui est le plus désolant, c’est de voir la presse, “Le Monde” en tête, écrire des éditoriaux pour appeler à l’intervention, puis pour approuver celle-ci.

Il a suffit d’un chef de guerre, qui cherche à faire oublier ses solidarités passées et qui veut se refaire une santé politique, pour que tout le monde ou presque lui emboîte le pas et parte en guerre, mironton, mironton, mirontaine, …

Et “ne sait quand reviendra” … Telle qu’elle est construite actuellement et telle qu’elle va probablement évoluer dans les jours à venir, la coalition va ressembler de plus en plus à une armée d’intervention destinée non pas à défendre la démocratie, mais bien davantage à défendre les intérêts de l’Occident, une “croisade” comme le redoute la Russie et l’Allemagne, une “croisade” comme vient de le déclarer Claude Guéant.

Pourquoi ne pas intervenir en Côte d’Ivoire ? Alors que la démocratie, là aussi, semble bafouée ? Et demain, interviendrons-nous également au Yémen ou à Bahrein ?

Ce qui s’est construit sur des bases floues et équivoques ne peut pas continuer ainsi, sous peine de donner du crédit à l’immuable reproche d’intervention des occidentaux dans les affaires des pays arabes. Encore quelques jours et cela sera un affrontement dans le plus pur style du “clash des civilisations” ! Complété par une généreuse distribution d’arguments pour Al Qaïda !

Rebelles libyens (C)Meanews

Alors, qu’aurait-il fallu faire ? Tout d’abord, bloquer la totalité des avoirs de Khadafi en Europe et dans le monde, mettre fin à tout commerce, à tout contrat actuel et futur, placer la Libye sous embargo général aussi bien économique que diplomatique, brouiller ses ondes radios et TV y compris ses canaux militaires, …. Ensuite, aider les forces démocratiques en leur fournissant des armes, des vivres, des soutiens. Il se trouve que les deux frontières avec la Tunisie et l’Egypte sont situées dans des zones plus ou moins contrôlées par les rebelles. Un dialogue avec ces deux pays nouvellement ouverts au dialogue démocratique aurait peut-être été plus fructueux qu’un appel à participer à une coalition. Enfin, si tout cela s’avérait insuffisant, une intervention de la seule force authentiquement représentative de la volonté des Etats: la Force des Nations-Unies, les Casques Bleus. Mais oui, cela est plus long, cela demande davantage de débats, mais cela évite aux chefs de guerre de se mettre en avant avec la complicité de la gauche.

Les chose peuvent-elles encore être changées ?

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Intervenir en Libye ?

Ainsi donc, l’Union Européenne et ses ministres-diplomates ne sont pas parvenus à une position commune à l’égard de la Libye. Il n’y aura pas d’intervention militaire avec pour but de créer une zone d’exclusion aérienne et de la maintenir active. Nombreux sont ceux qui parlent déjà de renoncement, d’abandon des populations libyennes, de renoncement face à un dictateur, accommodement avec des contrats de fourniture en pétrole ou de livraison de matériels ou technologies, … mais est-ce si certain ?…

Depuis le début de la crise, puis de la quasi guerre civile que se livrent les libyens entre eux, force est de constater qu’un continent entier se tait ou prend position avec les plus grandes circonspections: il s’agit du continent africain, celui qui devrait être concerné au premier chef puisque Khadafi, “roi des rois d’Afrique”, élu président de l’Union Africaine il y a tout juste deux ans, se voulait le héraut de la nouvelle Afrique. Il faut dire que Khadafi a généreusement aidé les chefs d’état africains et tout singulièrement ceux des états sud-sahéliens, Mali en particulier. Les investissements libyens sont extrêmement importants: hôtels, administrations,achats de terres auprès de la Compagnie du Niger, aide militaire, construction de mosquées, … la liste est très longue. Ces Chefs d’Etat sont probablement mal à l’aise pour sanctionner leur ancien (et futur ?) bienfaiteur.

Khadafi et le Chef de l’Etat mauritanien en 2009 (C)M.Rivière

Voici quelques jours déjà, l’accusation faite aux combattants touaregs, qui participent aux combats contre les révoltés de Libye, d’être des mercenaires avait soulevé leur indignation. Certains de leurs responsables ont fait savoir qu’ils ne s’agissait pas de mercenaires, mais de soldats appartenant à des tribus qui avaient depuis longtemps déjà déclaré allégeance à Khadafi.

Il y a quatre jours, c’est un ancien ministre du plan de Modibo Keita, Seydou Badian Kouyaté, qui appelait à une mobilisation des esprits en faveur de Khadafi, considéré par lui comme un grand Africain, au même titre que Modibo Keita bien sur, mais aussi N’Krumah ou Sekou Touré. Pour étoffer ses dires, il s’appuyait sur des requêtes formulées par des étudiants ou des groupes de femmes.

Et voici maintenant qu’un parti, le SADI, Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance, se mobilise et convoque meetings et marches de protestation. C’est encore un petit parti, mais qui monte régulièrement dans les opinions des citoyens maliens et qui a fait figure honorable aux élections municipales de 2009. Par ailleurs, il est un soutien ferme des expulsés, ceux des maliens qui sont venus en France de façon plus ou moins officielle et qui en sont expulsés. A ce titre, il a joué un rôle actif dans le refus de signer les accords sur l’immigration proposés par la France (Brice Hortefeux-Eric Besson).

Donc ce parti se pose en défenseur de Khadafi (http://www.maliweb.net/category.php?NID=72427&intr=) et argumente ainsi sa position. Khadafi « fait face à une violente campagne d’intoxication dont le but est de convaincre l’opinion mondiale de légitimer une guerre de conquête coloniale des Etats-Unis et de l’Europe pour faire main-basse sur les richesses pétrolières ». Ajoutant qu’ »une agression contre le peuple libyen menace la paix dans les pays sahariens et affaiblit leur capacité à faire face à la menace terroriste ».

Malheureusement, la simplification et la pauvreté du débat au sujet de la situation libyenne (comme de la Tunisie ou de l’Egypte: on nous raconte la guerre ou les manifs, mais pas les positions idéologiques des uns et des autres) occultent complètement cet aspect des choses. Sans doute faut-il quand même tenir compte de ces informations qui prouvent, s’il en est besoin, que l’Occident ne sera jamais le bienvenu dans un conflit au Maghreb ou au Proche-Orient. A ce titre les appels à l’aide des révoltés doivent avoir une autre réponse que celle de la guerre.