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Immigration

Retour sur l’immigration

Acte premier: 3 octobre 2013.
359 migrants trouvent la mort à quelques encablures de Lampedusa.

Acte second: le 16 octobre 2013 (http://maliactu.net/niger-2-500-enfants-morts-de-malnutrition-en-8-mois/).
« Plus de 2.500 enfants de moins de 5 ans sont morts des suites de la malnutrition sur les huit premiers mois de l’année au Niger, l’un des pays les plus touchés par ce fléau, a-t-on appris mercredi auprès de l’Unicef. »
« La plupart des victimes sont des nourrissons dans leurs deux premières années, très fragiles. Le Niger n’étant pas en situation de famine, les décès liés à la malnutrition sont bien plus rares chez les enfants plus âgés ou chez les adultes. »
« Malgré ce nombre important de décès, la prise en charge de la malnutrition a progressé par rapport à l’année précédente, remarque Guido Cornale, le responsable de l’Unicef au Niger, pays pauvre où elle est endémique et massive. »
« Sur 252.427 enfants de moins de 5 ans traités entre le 1er janvier et le 5 septembre 2013 pour malnutrition ou pour des maladies qui lui sont liées, 2.524 sont morts, ce qui représente une mortalité de 1 pour 100, indique M. Cornale à l’AFP. »
« En 2012, année de crise alimentaire, la mortalité était de 1,6 pour 100 (environ 5.900 morts sur 370.000 traités), contre 1,4 en 2011, année de bonnes récoltes (env 4100 / 293.000) et 1,7 en 2010, autre année de crise alimentaire (env 5.560 / 330. 000), selon les chiffres de l’Unicef. »
« Chaque enfant mort est une perte de trop. Mais cela montre aussi qu’on arrive à contenir le taux de létalité de la malnutrition aiguë sévère, et même à le faire reculer », observe M. Cornale ».
« Sans l’aide internationale au Niger, on verrait les enfants mourir par dizaines de milliers » », ajoute-t-il, saluant également le travail du gouvernement nigérien, qui « répond » aux attentes des bailleurs. »
« La malnutrition n’est toutefois « pas seulement une conséquence de l’insécurité alimentaire », explique Guido Cornale, citant aussi « les maladies, qui impactent l’état nutritionnel de l’enfant », l’éloignement des services de santé, des infrastructures déficientes (absence de latrines ou d’eau potable). La bonne santé de la mère allaitante est également un facteur prépondérant. »
« Le 7 octobre, le Bureau de affaires humanitaires de l’Onu (Ocha) à Niamey avait rapporté le décès de 362 décès d’enfants dans la seule région de Zinder (centre-est), où 79.087 cas de malnutrition ont été enregistrés du 1er janvier au 23 septembre. »
« Le Niger est l’un des dix pays les plus pauvres au monde, malgré des richesses en matières premières (uranium, pétrole). »

Acte trois: Kanar publie un « dessin » dans « Moustiques (Belgique) », repris dans « Le Monde »

Prix Nobel de physique (C)Kanar

Acte quatre: Le capital au XXI° siècle, de Thomas Piketty. (pages 118 et suivantes).
« La seule situation de déséquilibre continental caractérisé concerne l’Afrique qui est structurellement possédée par les autres continents. Concrètement, d’après les balances des paiements au niveau mondial établies chaque année depuis 1970 par les Nations Unies et les autres organisations internationales (Banque Mondiale, FMI), le revenu national dont disposent les habitants du continent africain est systématiquement inférieur d’environ 5% à leur production intérieure (l’écart dépasse 10% dans certains pays). Il est intéressant de noter que ce flux sortant de revenus du capital est de l’ordre de trois fois plus élevé que le flux entrant de l’aide internationale. Avec une part de capital dans la production de l’ordre de 30%, cela signifie que près de 20% du capital africain est actuellement possédé par des propriétaires étrangers.
« Il est important de réaliser ce que signifie en pratique un tel chiffre. Compte tenu du fait que certains éléments du patrimoine (l’immobilier d’habitation ou le capital agricole) ne sont qu’assez peu possédés par les investisseurs étrangers, cela signifie que la part du capital domestique détenue par le reste du monde peut atteindre 40%-50% dans l’industrie manufacturière, voire davantage dans certains secteurs. Même si les balances de paiement officielles ont de nombreuses imperfections, il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’une réalité importante de l’Afrique actuelle. »
(…)
« Quand un pays est pour une large part possédé par des propriétaires étrangers, la demande sociale d’expropriation est récurrente et presque irrépressible. D’autres acteurs de la scène politique répondent que seule la protection inconditionnelle des droits de propriété initiaux permet l’investissement et le développement. Le pays se retrouve ainsi pris dans une interminable alternance de gouvernements révolutionnaires (au succès souvent limité pour ce qui est de l’amélioration réelle des conditions de vie de leurs populations) et de gouvernements protégeant les propriétaires en place et préparant la révolution ou le coup d’Etat suivant. »
(…)
« L’expérience historique suggère que le principal mécanisme permettant la convergence entre pays est la diffusion des connaissances, au niveau international comme au niveau domestique. Autrement dit, les plus pauvres rattrapent les plus riches dans la mesure où ils parviennent à atteindre le même niveau de savoir technologique, de qualifications, d’éducation, et non pas en devenant la propriété des plus riches. »

Acte cinq: 16 octobre-Ségolène Royal appelle la gauche à se calmer (http://lelab.europe1.fr/t/segolene-royal-appelle-la-gauche-a-se-calmer-apres-l-expulsion-d-une-jeune-kosovare-11442) après l’expulsion d’une jeune kosovare.
Rappelant que « la lutte contre l’immigration clandestine était une valeur de gauche », Ségolène Royal explicite son propos en affirmant: « La gauche ne peut pas accepter que ce soit les populations les plus défavorisées et les immigrés en situation régulière qui subissent l’immigration clandestine ».
En clair, Ségolène Royal refuse d’accepter inconsidérément des réfugiés afin de ne pas pénaliser « nos pauvres » et « nos immigrés » !!

Acte six: 24 et 25 octobre-Conseil Européen
Devant l’indignation causée par les récents naufrages en Méditerranée, le Conseil Européen devait aborder la question de sa politique migratoire. Las, les indignations feintes nées des déclarations de Snowden et la révélation du suivi des communications par les USA emportent la mise, et la question de l’immigration reste pratiquement (ou presque) au placard.

Acte sept: 31 octobre-Nouveau drame en Afrique.
87 migrants sont retrouvés morts de faim (http://www.afrik.com/niger-87-migrants-retrouves-morts-dans-le-desert) dans le désert nigérien à quelques kilomètres de la frontière algérienne.


Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que la première cause de l’immigration, c’est la guerre ? (Syrie, Ethiopie, Soudan)
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que la seconde cause de l’immigration, c’est la misère ? (Afrique, Niger, Mali, Sénégal, ..)
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que notre monde est un monde de « libre circulation » de toutes les marchandises et de l’argent (mondialisation) et qu’il n’y a aucune raison pour que n’existe pas la libre circulation des hommes ?
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que notre occident étale des richesses matérielles (argent, mode, technique, ..) et humaines (liberté, émancipation, libre expression, …) qui ne peuvent que susciter l’envie et la convoitise ?
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que toujours et partout les migrants chassés par la guerre, par la misère ou par l’envie, tenteront de rejoindre les pays de leurs rêves ? Et que Frontex ne servira à rien ? Et que les passeurs existeront toujours (terrible loi de l’offre et de la demande) ?

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Ecologie

Les Suisses et le retour au pays d’Heidi

La Suisse est un pays dont la démocratie se vit sans complexes ! On se souvient de l' »initiative » contre les mosquées et leurs minarets lancée par l’UDC où celle portant sur l’expulsion des étrangers condamnés. D’aucuns avaient pu juger que le succès de ces initiative était prémonitoire d’un climat et d’une ambiance qui ne manqueraient pas de se développer en Europe, Europe occidentale à minima. La même UDC a lancé une nouvelle « initiative » voici quelques mois, contre « l’immigration en masse ». Et voici qu’une nouvelle « initiative » est proposée par ECOPOP (http://www.ecopop.ch/joomla15/index.php?option=com_content&view=article&id=337&Itemid=17&lang=fr). Une « initiative » est l’aboutissement d’une démarche pétitionnaire de demande de référendum. Cette dernière porte sur la limitation de la population de la Suisse dans le but de préserver de façon durable les ressources naturelles. Ecopop revendique que la « croissance dramatique de la population mondiale soit réduite par un soutien au planning familial et que l’immigration nette en Suisse soit limitée ».
Sur le premier point, 10% des moyens que la Suisse consacre à la coopération internationale devront être consacrés à la planification familiale, ceci dans les pays jugés les plus surpeuplés, en Afrique ou en Asie.
Sur le second point, la part de l’accroissement de la population résidente en Suisse de façon permanente, et attribuable au solde migratoire ne devra pas excéder 0,2% par an, chiffre moyen calculé sur une période de trois ans.
Cette initiative référendaire fait déjà l’objet d’un vaste débat en Suisse, quand bien même elle est restée largement inaperçue depuis plusieurs mois. Le dépôt des signatures a réveillé les commentaires. Tout d’abord, cette démarche est lancée par une vieille association écolo (1970), certes globalement de droite mais rassemblant quelques personnalités de l’ultra-gauche. Elle surprend par sa radicalité, pourtant inscrite dans les gènes de l’association. Les Verts authentiques de Suisse se divisent et se déchirent à son propos, les uns la soutenant, les autres l’exécrant. L’objectif déclaré est celui de la conservation des ressources naturelles et du maintien de la qualité de la vie pour les Suisses d’aujourd’hui et ceux de demain. Aux facteurs classiques de consommation individuelle et de choix technologiques (énergies fossiles, nucléaires ou alternatives), Ecopop ajoute le nombre d’individus qu’elle estime trop élevé en Suisse.
Le but poursuivi n’est donc pas tant la protection de la nature, comme certains l’affirment trop vite, mais de préserver les ressources pour l’avenir. Les militants d’Ecopop veulent lutter contre la « bétonisation », soulager les services de transport, protéger le paysage culturel …
L’autre sujet de discussion porte, comme on peut s’y attendre, sur l’immigration puisque le taux de renouvellement de la population suisse d’origine endogène n’est que de 1,5, très loin du taux de 2,1 nécessaire au maintien des populations à niveau constant. L’augmentation de la population provient de l’immigration et des enfants des immigrants.

Mais qui sont les immigrants ? D’où viennent-ils ? Combien sont-ils ?
La Suisse comporte près de 8 millions d’habitants (7954700 au dernier chiffrage à fin 2011!), avec un accroissement de 84500 personnes par rapport à 2010,soit une croissance de 1,1 % comparable à celle de 2007 ou 2009.
A fin août 2012, la population d’origine étrangère et résidant en Suisse était de 1804551 personnes (admirez la précision des chiffres !), soit 22,7 % de la population totale.
Parmi eux, 1176587 personnes (soit 65 %) étaient en provenance de l’Union Européenne (27 Etats membres) et de l’Association Européenne de Libre Echange (AELE; Islande, Norvège, Liechtenstein). Ces immigrés en provenance de l’UE/AELE ont augmenté de 4,2 % par rapport à l’année précédente, soit + 46949 personnes.

Les autres immigrés, donc en provenance de pays autres que ceux de l’UE/AELE, et qui représentaient 35 % du total des immigrés, étaient au nombre de 627964 personnes, en augmentation de 1 %, soit + 6301 personnes.

Les immigrants résidents se ventilent ainsi: italiens (16,2 %), allemands (15,6 %), portugais (13 %), français (5,6 %), kosovars, macédoniens, turcs (quelques 3,9 % pour chacun).
Il est à noter que les asiatiques au sens large de toute l’Asie, ne représentent que 5 % des migrants, les africains, Maghreb compris, 3,5 % et l’Amérique du Sud + Centrale 2,7 %.
Les immigrés de la Suisse ne sont donc pas les immigrés d’autres pays d’Europe et le débat Nord-Sud ne saurait y avoir une prégnance aussi importante qu’en France, par exemple. Notons cependant au passage que la Suisse naturalise de 37000 à 47000 personnes d’origine étrangère par an, depuis dix ans !
Alors si une telle « initiative » se traduit par un référendum, et que celui-ci est approuvé par une majorité, que se passera-t-il ?
La population suisse s’accroît de +80000 personnes par an. Réduire ce nombre à 15000 par an entraverait de façon dramatique la capacité de développement économique du pays, ainsi que les moyens des services tels les hôpitaux ou le système scolaire. En effet, les migrants essentiellement européens sont des migrants hautement qualifiés, en bonne santé, qui assurent la viabilité de tout le système social suisse marqué par un vieillissement de la population autochtone. Sans parler des impôts !
Vouloir réduire la population, à des fins écologiques, en agissant sur les migrations est absurde. Les migrants rejetés iront ailleurs et consommeront ailleurs. Qu’on le dise franchement; il ne s’agit ici que de défendre égoïstement SON environnement. Les militants de la limitation de l’immigration invoquent l’exemple français où la « grande banlieue est synonyme d’acculturation, de pauvreté et de violence ». Qu’ils se rassurent: la majorité de leurs migrants ne vivent pas en grande banlieue !
Mais là où l’initiative Ecopop devient franchement xénophobe, c’est là où elle prétend imposer à la Suisse de consacrer ses fonds à la limitation des naissances dans les pays pauvres.

On rejoint les tendances de fond de l’écologie radicale, celles de la décroissance, de la relocalisation, du refus des échanges (avion, tourisme, migrations …). A n’en pas douter, les deux « initiatives » (UDC contre l’immigration de masse et Ecopop Halte à la surpopulation), quand elles seront soumises à votation, seront des pièces maîtresses du débat sur la croissance et la démographie. La Suisse va t-elle rehausser ses montagnes de quelques rangs de moellons et se replier encore davantage sur elle-même pour revenir au pays d’Heidi ?
La Suisse va t-elle encore nous donner un signal précurseur de ce qui va se passer en Europe ?

(DR)Save the Planet


Toutes les statistiques suisses en matière d’immigration sont ici (http://www.bfm.admin.ch/bfm/fr/home.html).
Un site pour une réflexion approfondie ici (http://www.alliancesud.ch/fr/documentation/projets/la-jeunesse-debat/ecopop).

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Mali

La fin de Khadafi et la fin d’ATT

Ce n’est pas un titre de gloire, mais le 30 octobre 2011, ici-même (Sauver-Benghazi-pour-mieux-punir-Syrte-…), nous annoncions ce qui allait, ce qui devait se passer dans cette vaste zone qui va de la Libye au Mali. Et nous parlions de désastre. De plusieurs désastres, car les motivations de la guerre menée en Libye, et les conditions dans lesquelles elle s’est réalisée, ne pouvaient pas déboucher sur autre chose.

Mais auparavant, faisons commentaire d’une info dont Mediapart s’est fait le porteur et qui s’avère être un véritable « flop ».
Le 12 mars, Mediapart publie un article selon lequel le financement de la campagne 2007 de Sarkozy aurait été financé, à hauteur de 50 millions d’euros, par Khadafi, son fils Saïf Al Islam, avec Brice Hortefeux pour intermédiaire. Ces informations, tapées en caractères sibyllins sur un vulgaire bout de papier, dateraient d’octobre 2005. Curieusement, aucun organe de presse ne développe cette information. Tous, en France, mais aussi en Belgique ou en Suisse, reprenne le contenu de l’article de Mediapart, mais quasi personne ne fait le moindre commentaire. A deux exceptions près. Celle du Réseau Voltaire, Thierry Meyssan, sur laquelle on ne s’étendra pas, sauf en ce qui concerne une bizarre accusation: si la campagne de Sarkozy a été financée par Khadafi, il en aurait été de même pour la campagne de …. Ségolène Royal. L’autre exception est celle de Marianne dont Philippe Bilger (http://www.marianne2.fr/Kadhafi-et-si-BHL-avait-servi-a-brouiller-les-pistes-du-financement-de-la-campagne-2007_a216408.html), dans son blog, souligne que bien des choses restent incompréhensibles alors qu’il laisse entendre qu’il doute de la sincérité de ce « mémo » présenté par Mediapart.

Coup de tonnerre, quatre jours plus tard, Mediapart déclare que Jean-Charles Brisard, son « indicateur », retirait tout ce qu’il avait pu dire au motif qu’il avait « été associé malgré lui à de soi-disant révélations ». Et là, curieusement, personne ne cite ce démenti, strictement personne.
Pourtant, il est loisible de se poser un certain nombre de questions.

  • Le 16 mars 2011, Saïf Al Islam, particulièrement remonté, accordait une interview à Euronews et déclarait que son père avait financé la campagne de Sarkozy.  » Nous avons les preuves, tous les détails, les comptes bancaires, les documents et les opérations de transfert ». Le 12 mars 2012, dans Mediapart, Jean-Charles Brisard déclare qu’il a un dossier, des notes, des documents de transfert. Curieux hommes que ces « mafiosi » qui gardent une trace réglementaire de tout ce qu’ils trafiquent !! Et pourquoi Khadafi n’a t-il jamais mis à exécution ses menaces de publication des fameux comptes bancaires ?
  • Une autre question vise à comprendre pourquoi Sarkozy aurait décidé de trahir aussi brutalement son donateur. Dire que c’est pour effacer les preuves de ce financement relève du « cinéma ».
  • Nicolas Sarkozy avait-il vraiment besoin de 50 millions ? Alors qu’il semble, à ce que l’on raconte, que la famille Bettancourt était à même de lui en donner à guichet ouvert ?
  • Et enfin, pourquoi ce prétendu bout de papier écrit en 2006 arriverait aujourd’hui, et seulement aujourd’hui, dans la rédaction de Mediapart ?
    Le problème, c’est que l’Internet laisse derrière lui une longue traîne. Lorsque « Rue89 » a déclaré que Camatte était un agent secret, à le suite probable d’une mauvaise interprétation d’un commentaire de fonctionnaire, cela n’a jamais été démenti et cela traîne encore dans de nombreux sites africains. Gageons qu’il en sera de même pour le financement de la campagne 2007 de Sarkozy …

    Cet imbroglio qui a présidé à la décision de faire la guerre en Libye et d’y supprimer Khadafi est donc à l’origine de plusieurs désastres.
    Le premier désastre potentiel était celui d’un risque de transfert de conflit d’une terre à l’autre. C’est chose faîte puisque les touaregs du MNLA, lourdement armés, ont quitté la Libye et sont rentrés au Mali pour y réclamer l’indépendance de l’Azawad (L-Azawad-et-le-Mali). Ils y mènent une guerre violente, dure, cruelle et rien ne les arrête. Les populations civiles fuient vers le Niger ou vers la Mauritanie (plusieurs centaines de milliers) et viennent gonfler d’autres populations déjà en situation de souffrance alimentaire.
    Le second désastre potentiel était celui d’une partition de la Libye. C’est chose faîte, ou presque, puisque la Cyrénaïque réclame son autonomie, avant de réclamer son indépendance. Celui également d’une partition du Mali puisqu’au-delà de la revendication d’indépendance de l’Azawad (curieusement limité aux frontières officielles du Mali), un groupe salafiste revendique maintenant (http://www.slateafrique.com/84371/de-nouvelles-fissures-dans-la-rebellion-touaregue-au-mali) son autonomie et veut étendre la loi islamique à l’ensemble du Mali.
    Ici, comme en Libye, le troisième désastre potentiel était bien de laisser le champ libre à tous les agitateurs religieux qui se multiplient au cœur de cette vaste zone quasi désertique: salafistes, AQMI, … Là aussi, c’est chose faite.

    Comme un désastre ne vient jamais seul, l’armée régulière malienne (une partie ?) vient de renverser ATT. Si elle a quelques griefs solides à exprimer au Président de la République du Mali, et notamment celui d’être abandonnée au fond du Nord, sans appui logistique (il a fallu qu’un hélicoptère de l’armée américaine largue des vivres !), et régulièrement massacrée par les combattants touaregs, cela ne l’autorisait en aucune sorte à prendre le pouvoir. D’autant plus, s’il s’agit de déclarer que l’on va organiser des élections, alors même que celles-ci devaient se tenir dans un mois !! Curieuse et inquiétante conception de la démocratie.
ATT (C)Reuters/Pool New

ATT est un démocrate. Dans le contexte africain, il dénote avec sa ferme volonté de ne pas faire de nouveau mandat, (il en a fait deux) et de céder la place. ATT a joué un rôle capital à l’égard de la part importante de ses compatriotes exilée en Europe, en France particulièrement: les Maliens de l’extérieur. Il s’est opposé à plusieurs reprises et avec fermeté à la signature d’accords de gestion concertée des flux migratoires avec la France, accords dont Besson, puis Hortefeux, s’étaient fait les champions. ATT s’est enfermé dans un refus de faire la guerre à AQMI dans le nord du pays, une guerre qu’il disait ne pas être la sienne, ni celle du Mali. C’est pour cela qu’il a été considéré comme le maillon faible de la lutte contre le terrorisme. Et quand les touaregs sont rentrés au pays pour affronter le pouvoir central, avec la complicité réelle ou tacite (malgré leurs dénégations) des islamistes, il n’a pas vu que la dimension du conflit et le rapport de forces n’étaient plus les mêmes. Le point de vue de Slate ici (http://www.slateafrique.com/84473/le%20bilan-conteste-de-amadou-toumani-toure).

Ce désastre-là ne fait que commencer. Les populations du nord, comme du sud, n’ont pas fini d’en souffrir, les libertés de choix et de convictions d’en pâtir, et la région toute entière (Mali, Niger, Sénégal, Burkina) d’en être durablement déséquilibrée.

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Droits de l'homme

Le discours de Dakar, le discours de Benghazi

Lors du premier débat entre les candidats des primaires socialistes, Martine Aubry s’est livrée à une rapide citation des discours de Sarkozy afin d’illustrer la nature de sa politique. Elle a ainsi fait référence à deux discours qui n’ont strictement rien à voir l’un avec l’autre: le discours de Dakar et le discours de Grenoble.
Le discours de Grenoble, un discours de stigmatisation, de ségrégation, d’exclusion, notamment à l’égard des Roms, n’est pas de notre propos, ici et aujourd’hui.

Par contre, le discours de Dakar mérite quelques commentaires et il y a longtemps que nous souhaitons le faire sur ce blog. En effet, ce discours est devenu un incontournable, une icône de la critique envers Sarkozy, un leit-motiv du TSS. Or, ce discours ne mérite paradoxalement, ni autant de mépris et d’insultes, mais ni éloges particuliers. Pour s’en rendre compte, encore faut-il le lire au préalable et faire un petit effort de compréhension et d’analyse. ce qui n’est assurément pas le cas, ni de Martine Aubry, ni de François Hollande qui, à La Rochelle, le rattachait à la francophonie, ni de Ségolène qui, à son propos, a demandé pardon (!), ni de ceux qui le référencent sous DailyMotion (ou autres serveurs de vidéos) comme « discours raciste » en n’en retenant qu’une infime portion …

Prononcé le 26 juillet 2007 à l’Université de Dakar, ce texte a été écrit par Henri Guaino. S’il a suscité immédiatement des réactions contrastées et parfois très vives en Afrique, il a fallu attendre plusieurs mois (en fait octobre 2007) pour qu’en France il fasse l’objet d’un débat public. Car c’est BHL qui a qualifié son auteur de « raciste », en prenant bien soin de distinguer l’auteur (raciste) de l’orateur (pas raciste !). Il est des distinctions qui sont particulièrement subtiles, mais bien utiles pour l’avenir de celui qui rêve d’être Grand Vizir !

Alors le racisme ? Toute une première partie (28% du texte !) est consacrée à une dénonciation de la traite des noirs, de l’esclavage, puis du colonialisme. Jamais aucun Président, ni de Gaule, ni Mitterrand, ni Pompidou, Giscard, Chirac, ni aucun ministre, fut-il Premier, n’a prononcé de pareilles phrases. Et même s’il s’y trouve un refus explicite de la repentance, nous ne sommes pas loin de la demande de pardon.

 »… le passé ne s’efface pas . ».
 »il y a eu des fautes, il y a eu des crimes … »
 »il y a eu la traite, il y a eu l’esclavage … »
 »les européens sont venus en conquérants, ils ont pris la terre de vos ancêtres. »
 »ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes … »
 »ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire … »
 »ils ont eu tort. »
 »le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. »
 »il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail … »

Même les dix lignes qui suivent alors et qui se veulent inscrites dans la vision que le colonialisme n’a pas été que mauvais, même ces dix lignes sont reconnaissance de faute.

 »… il y avait parmi eux des hommes de bonne volonté, qui croyaient faire le bien … »
 »ils se trompaient … »
 »ils croyaient donner la liberté, ils créaient l’aliénation … »
 »ils croyaient briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante … »
 »ils croyaient donner l’amour sans voir qu’ils semaient la révolte et la haine … »
 »la colonisation fut une grande faute. »

Cette déclaration est alors suivie d’un appel à la jeunesse à qui il est dit que  »c’est en puisant dans les valeurs de la civilisation africaine que vous serez tirés vers le haut, car ces valeurs sont un antidote au matérialisme et à l’individualisme ».
Ce passage revêt une grande importance: il se situe juste avant le « virage » du discours, cette fameuse phrase tellement souvent sortie de son contexte, voire interprétée totalement à contresens:  »le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». Les mots qui précédaient montrent bien qu’il ne s’agit pas de dire que l’homme africain ne serait pas entré dans l’histoire, ou que l’homme africain n’aurait pas d’histoire. Non, le texte dit que  »jamais l’homme ne s’élance vers son avenir ».

Et se développe alors une consternante seconde partie, aussi longue que la dénonciation des méfaits de l’homme blanc. Une seconde partie dans laquelle est décrite sur un ton paternaliste, condescendant et docte, une culture noire faite d’une  »croyance en un éternel recommencement, où il n’y a pas d’idée de progrès et dans laquelle la nature commande tout. L’homme y est immobile au milieu d’un ordre immuable, il ressasse et répète ses regrets d’un âge d’or qui n’a jamais existé et il n’arrive pas à se libérer de ses mythes. »

Après une référence à Léopold Senghor, qui adressait des poèmes en français à toute l’Afrique, le discours lance un appel à une Renaissance africaine qui débarrassera l’Afrique des mythes qui voilent sa face.

 »Et cette Renaissance, je vous la propose ». Tel est le thème de la dernière partie de ce discours (là-aussi, une petite trentaine de %). Ce que veut l’Afrique est ce que veut la France; la coopération, l’association, le partenariat, l’immigration négociée, l’unité africaine, l’Eurafrique …

A ce niveau du discours, y a t-il sincèrement quelque chose de nouveau ? Probablement pas. Il s’agit toujours de cette volonté française de garder coûte que coûte le pré-carré africain, en s’assurant d’obtenir une part conséquente des matières premières, une part conséquente des marchés de développement de ce continent, une part conséquente de soumission ou de vassalité politique à l’égard de la vieille métropole, dans toutes les cours et les tribunes internationales où cela est utile.

Alors raciste ? Non. Mais néo-colonialiste, oui. Et ne mélangeons pas colonialisme et racisme, car même si le second a souvent accompagné le premier, il n’en est pas l’essence.

Considérer ce discours comme « le discours raciste de Sarkozy », c’est faire une grossière erreur, une faute. C’est se priver de toute possibilité de critique élaborée, car quand on a dit raciste on a tout dit. Et dans le cas présent on n’a rien dit des relations entre la France et l’Afrique.

Discours de Benghazi (DR)

Un autre exemple ? La récente « libération » de la Libye a donné lieu à un vibrant discours de Sarkozy auprès des habitants de Benghazi. Très paradoxalement, les commentateurs et analystes français, les ténors politiques et en particulier ceux du PS, ont salué ce discours tout comme ils avaient tous globalement salué l’action guerrière de la France dans ce pays. Le voici:  »« Jeunes de Benghazi, jeunes de Libye, jeunes Arabes, la France veut vous dire son amitié et son soutien. Vous avez voulu, vous avez voulu la paix, vous avez voulu la liberté, vous voulez le progrès économique. La France, la Grande-Bretagne, l’Europe seront toujours aux côtés du peuple libyen. Mais, amis de Benghazi, nous vous demandons une chose, nous croyons dans la Libye unie, pas dans la Libye divisée. Peuple de Libye, vous avez démontré votre courage. Aujourd’hui, vous devez démontrer un nouveau courage, celui du pardon et celui de la réconciliation. Vive Benghazi, vive la Libye, vive l’amitié entre la France et la Libye » »

Bien qu’il ne comporte que quelques lignes, n’y retrouve t-on pas la même construction ? L’appel aux jeunes, la leçon toute de paternalisme et de condescendance, et l’appel subliminal à la coopération économique ?

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Immigration

Immigration: un rapport

« Il dit qu’il méprisait leur projet et qu’organiser la fuite des gens était une œuvre de traître parce qu’elle empêchait d’entreprendre le changement à l’intérieur du pays. « Le changement dont ce pays a besoin ». Puis il se tut et au bout d’un moment, comme si une autre voix, eau vive, avait traversé l’épaisseur fossile de sa chair il ajouta: « Quand on ne peut rien changer pourtant il faut s’enfuir. »

Extrait de « Les hommes-couleurs » de Cloé Korman (Seuil), ce petit texte traite de la « fuite » des mexicains vers les USA. Mais la même phrase peut s’appliquer aux migrants tunisiens (surtout des hommes) auxquels on entend souvent reprocher qu’ils quittent leur pays au moment où celui-ci s’ouvre (un peu) à la liberté, et au moment où leurs bras et leur travail pourraient lui permettre de se développer.
Sous un aspect d’évidence, cette sentence rejoint le texte du roman de Cloé Korman: quand on ne peut rien changer pourtant il faut s’enfuir !

Tunisie, Egypte, là où l’on parle de « printemps arabe », les nouvelles orientations du pays, une nouvelle économie, tout cela sera bien difficile à mettre en place, si tant est que l’on y parvienne un jour. Et cela ne se fera qu’avec l’aide de l’Europe qui tergiverse tant et mieux. L’ouverture relative de ces pays devrait inciter à relancer au plus vite des coopérations, en matière d’études universitaires, en matière de créations d’entreprises, … L’Union pour la Méditerranée est quasi morte: il est l’heure de créer une nouvelle union pour la Méditerranée et peu importe son nom.

La nature même du « printemps arabe » montre que la revendication majeure des femmes et hommes qui manifestent est celle d’une autonomie économique et d’une possibilité d’accession à une forme de consommation (image de progrès) telle qu’elle est largement développée en Occident. Aux yeux du peuple, la nature du régime est avant tout condamnable, et condamnée, parce que la famille et le clan à la tête du pays se sont surtout servis sans mesure. L’Egypte prépare déjà un assouplissement des peines de Moubarak parce que celui se dit prêt à restituer sa fortune mal acquise. En Tunisie cependant les commentaires vont bon train sur les millions amassés par Ben Ali, mais personne encore n’envisage comment les utiliser au profit de l’économie tunisienne. La question n’est pourtant pas neutre puisque l’on peut lire que ces détournements de fonds et ces achats d’or et bijoux représentent plus d’un PIB annuel du pays (39,56 milliards de dollars en 2009). Imaginez que l’Europe s’engage à y ajouter un montant identique en trois-quatre ans, ne croyez-vous pas que cela faciliterait un redémarrage économique du pays ?

Cette question des réfugiés tunisiens empoisonne l’atmosphère européenne. Une majorité de pays d’Europe est prête à revoir les principes de libre circulation de Schengen. Les commentaires les plus excessifs sont entendus, lus, écrits ici ou là. L’Europe s’habille des oripeaux de la xénophobie.
En France même, les citoyens véhiculent ces commentaires avec un facilité toujours plus grande et en laissant libre cours aux amalgames les plus faciles. Immigration, insécurité, islamisme, sont mélangés et se répondent les uns aux autres pour expliquer toutes les difficultés de nos sociétés: vie dans les quartiers, chômage, crise économique …
Le débat politique lui-même est simplifié à l’outrance.
Le ministre de l’intérieur prétend vouloir limiter l’immigration officielle, tout en poursuivant ses attaques envers l’immigration clandestine, mais ce n’est là qu’effet d’annonce, histoire de tenter de reprendre quelques voix à l’extrême-droite. C’est très probablement dans son rôle électoral, mais ce n’est pas ce qui fait évoluer l’analyse des français.
A tort ou à raison, ceux-ci jugent qu’il y a trop d’immigrés en France. Ce jugement s’appuie exclusivement sur l’affirmation d’un constat: « cela se voit » ! Constat raciste donc ! S’appuyant sur une différence de couleur de peau essentiellement ! Et faisant fi de l’existence de milliers de français originaires des DOM ou des TOM qui n’ont pas la peau blanche ! Mais tout le monde est dans le même sac ! Constat également que l’on « retrouve ces gens dans toutes nos grandes villes » ! Bien sûr, car là est le travail que nous leur réservons et qu’ils sont seuls à accepter: la construction, les travaux publics, la surveillance, la sécurité, le nettoyage et la propreté (des aéroports, gares, MIN, grandes surfaces), la collecte des déchets, …
Un exemple ? Le Festival de Cannes donne l’occasion à quelques femmes de service d’un petit palace de se manifester et de réclamer la régularisation de leurs titres de séjour.

La gauche française est-elle capable de définir et de proposer une politique de l’immigration qui en soit une ? Au-delà de la critique violente de la droite, à laquelle il est reproché de faire une politique de droite, que formule la gauche ?
Pas grand chose, et comme vient de le souligner Ségolène Royal, elle est particulièrement mal à l’aise sur ce terrain.

Pourtant, des parlementaires de toutes tendances (majoritairement à gauche, cependant !) viennent de publier les résultats de l’Audit de la politique d’immigration, d’intégration et de codéveloppement, un audit initié voici plus d’un an par l’association « Cette France-là ».
Curieusement, DEUX rapports sont publiés concernant l’ensemble des auditions. Le premier l’est par les parlementaires eux-mêmes et vous pouvez le trouver ici (http://issuu.com/smazetier/docs/rapport_de_l_audit_de_la_politique_d_immigration__?viewMode=magazine&mode=embed). Pas très facile à lire et non annotable !! Le second l’est (d’aujourd’hui) par l’association « Cette France-là » et vous pourrez le trouver ici (|http://www.cettefrancela.net/actualites/article/l-association-cette-france-la-a). Il est intitulé « Rapport d’audit de la politique d’immigration de Nicolas Sarkozy. A de mauvaises questions, apporter de pires réponses ».

Rapport des parlementaires sur l’immigration (DR)

Il y a sans doute des divergences d’interprétation et de conclusions là-dessous. Mais lesquelles ? Après avoir lu le premier rapport, il faudra lire le second. Quoi qu’il en soit, le rapport des parlementaires a été froidement accueilli par la presse et notamment par Libé (http://www.liberation.fr/societe/01012336895-un-audit-timide-pour-la-politique-d-immigration), sous la signature de Catherine Coroller, qui l’a qualifié d »audit timide » qui ne se livrait pas à une critique très virulente de la politique d’immigration. Quant au second rapport, celui de « Cette France-là », il a été critiqué dans « Le Monde », sous la plume d’Elise Vincent, qui le considère comme « manquant de nuances et de contre-propositions ».

L’une des constatations de ce travail des parlementaires est de conclure que les immigrés « coûtent moins en prestations sociales que ce qu’ils rapportent ». Honnêtement, cette conclusion, montée en épingle par la presse de gauche est elle réellement une conclusion … de gauche ? Les immigrés ne sont-ils qu’une variable d’ajustement de notre économie ? Doit-on les accepter chez nous uniquement parce qu’ils « coûtent moins » ?

Il est heureusement des conclusions plus réalistes et plus humaines. Elles sont formulées par Françoise Laborde, sénatrice de Haute-Garonne.

  • Rétablir une procédure unifiée de la naturalisation.
  • Sécuriser le séjour des étrangers en sortant de la carte d’un an renouvelable, seule condition pour que les personnes s’investissent et se projettent dans l’avenir.
  • Suspendre toute politique de reconduite systématique.
  • Créer un droit à l’aller-retour.
  • Supprimer le ministère dédié.
  • Interdire toute performance chiffrée en matière de lutte contre l’immigration clandestine.
  • Mettre en place une politique européenne d’immigration commune, humaine, responsable et accueillante.
  • Harmoniser au niveau européen la gestion de la rétention administrative des immigrants clandestins sous contrôle de la Cour Européenne des Droits de l’Homme.
  • Créer un Office Européen en charge de l’immigration sous l’autorité de la Commission Européenne, faisant appliquer, par les services compétents, au niveau de chaque état, la politique d’immigration européenne.
  • Accentuer la coopération policière et douanière, sous l’autorité de l’Office en charge de l’immigration.
  • Instaurer une carte de résidence temporaire unifiée permettant aux ressortissants de pays hors de l’union de travailler librement sur l’ensemble du territoire de l’union.

« Timide », disent-ils !

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Droits de l'homme

Renvoi des étrangers

La flagellation et le masochisme médiatiques dont font preuve nos organes d’information font qu’en permanence on ne regarde que ce qui se passe (mal) dans notre pays, perdant souvent, de ce fait, les éléments de compréhension de mouvements bien plus larges.

Il en est ainsi de l’attitude xénophobe de rejet des étrangers. En France, la stigmatisation des Roms au cours des mois passés en a été la principale illustration. Et chez nos voisins ?

La récente déclaration d’Angela Merkel proclamant l’échec total de la politique d’intégration des étrangers en Allemagne est venue ponctuer quatre mois de débat public au cours duquel nombre d’arguments n’ont rien eu à envier à ceux qui ont été prononcés au cours du débat relatif à notre identité nationale. Il est même possible de dire que notre débat a été relativement encadré de par sa nature “officielle”, ce qui n’est pas le cas du débat allemand qui se déroule par médias interposés. Mais en avez-vous entendu parler ?

Et la Suisse ? Vous vous souvenez de la votation relative à l’interdiction des minarets. Pour les français, cette décision est tombée comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Et pour cause, personne ne leur en avait parlé … avant. Or, fidèle à sa démocratie directe, la Suisse s’apprête à de nouvelles votations sur un projet visant à expulser du pays tous les étrangers coupables de crimes. Comme pour les minarets, l’UDC (Union Démocratique du Centre, bien peu démocratique et bien peu centriste) est à l’origine de cette “initiative sur le renvoi des étrangers”. Ce texte prévoit le renvoi de toute personne de nationalité étrangère condamnée pour un délit grave ou pour avoir perçu abusivement des prestations d’assurances sociales ou de l’aide sociale.

Double peine, il se trouve que ce texte est contraire aux dispositions du droit international ainsi qu’avec la constitution fédérale. Cela n’a pas interdit au Parlement de déclarer recevable cette initiative tout en rédigeant une contre-proposition (soutenue par le PS) ayant les mêmes buts, mais affirmant que les expulsions seront exécutées dans le respect de la constitution et du droit international.

A ce jour, une large majorité de suisses approuvent l’initiative de l’UDC et rejettent la contre-proposition. Personne n’en parle en France. Il y en a qui vont se réveiller lundi 29 novembre avec de drôles de surprises !

L’UDC ne fait pas dans la dentelle en matière de communication. Voici un florilège de ses affiches sur le thème de l’accueil des étrangers, et nous nous abstiendrons de revenir sur l’affiche dont le drapeau suisse est transpercé par des minarets.

Voici une affiche locale à Genève qui a fait grand bruit de ce coté de la frontière.

Une affiche de 2008 pour réclamer un durcissement des conditions de naturalisation.

L’affiche visant à recueillir les signatures nécessaires à l’initiative sur le renvoi des étrangers.

Et l’affiche de propagande pour la prochaine votation.

L’UDC fait école et son affiche représentant un mouton noir (et gris) jeté hors de la patrie à coups de pied a été reprise en Allemagne, en Espagne, en Italie, toujours par l’extrême-droite. Un état de fait à méditer et qui devrait suffire pour que les partisans d’une immigration réfléchie, partagée et concertée se mettent à unifier leurs actions au niveau européen.

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Développement solidaire

Histoire de foules et de solidarité

Ce post est impérativement à relier au précédent (/Au-lieu-des-manifs-…-un-projet-politique), sous peine d’incompréhension.

Parmi les “enseignements” qui sont tirés des nombreuses manifestations contre la réforme des retraites, il en est un qui veut croire en la naissance de nouvelles solidarités ou le renforcement de solidarités intergénérationnelles prééxistantes.

Il est, en tous les cas, une solidarité qui ne s’est guère exprimée: c’est la solidarité entre français de diverses origines. La série de photos qui suit (captée sur internet dans l’ordre d’apparition sur requête) en fait la démonstration. Les photos de manifs sont suivies de photographies de foules toutes aussi parisiennes, celles du métro. A l’évidence, il ne s’agit pas de la même France …. où est l’erreur ?

Manif pour la retraite à 60 ans (DR)
Manif pour la retraite à 60 ans (C)SIPA
Manif pour la retraite à 60 ans (C)Julien Nibeaudeau Roffet
Manif pour la retraite à 60 ans (C)SIPA
Manif pour la retraite à 60 ans (DR)




Foule de métro (C)Patrick Kovarick-AFP
Foule de métro (C)Fred Dufour-AFP
Foule de métro (C)Reuters
Foule de métro (C)LCI

Merci aux photographes dont j’ai capté les images.

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Ecologie

Au lieu des manifs, … un projet politique

Il est bien difficile d’émettre un jugement critique sur le mouvement contre la réforme des retraites sans courir le risque de passer pour un vieux réac. C’est pourtant ce qu’il faut tenter de faire. En précisant au préalable que mes orientations libérales (cf le sens de ce mot (Libéral) me poussent à rejeter la méthode et les objectifs gouvernementaux en la matière.

Depuis l’été (un “été pourri” par l’affaire Bétancourt qui a joué son rôle dans le discours contestataire), il est devenu habituel d’entendre que les français sont majoritaires pour défendre ce mouvement. Or, rien n’est moins certain.

De 1 à 3 millions de manifestants (depuis des générations, on a sûrement trouvé le moyen de compter les foules, alors pourquoi ne le fait-on pas ? ou pourquoi ne publie t-on pas les vrais chiffres ?), cela ne fait que 2 à 3 % de la population. Où sont les autres ? Ce n’est pas la “Commune”, ce n’est pas “Mai 68″. Les “sociologues” de service ont beau nous dire qu’ils manifestent “par procuration” et les sondages nous indiquer qu’ils sont nombreux à soutenir le mouvement, il est tout de même possible d’émettre quelques critiques. Les résultats d’un sondage sont proportionnels à l’ »ouverture » de la question du sondeur.

A « Accordez-vous votre soutien à ce mouvement qui vise à défendre la retraite à 60 ans pour tous ? », il est possible de trouver 71% de réponses favorables, ce qui signifie que même les électeurs fidèles de la droite se sentent “motivés”. (D’ailleurs, les 71 % sont retombés à un peu plus de 50% !)

Mais à « Etes-vous d’accord, pour défendre la retraite à 60 ans, que se dessine un vaste mouvement de blocage de l’économie: alimentation, carburants, …? », la réponse favorable est deux fois moindre. Méfions-nous donc de la présentation médiatique (voire de la manipulation ..) d’une grève ou de manifs par procuration. L’évolution des sociétés se fait certes bien souvent à l’initiative de minorités éclairées et agissantes, encore faut-il que le soutien qui leur est reconnu et accordé le soit sur des bases claires, profondes et sincères et non sur des sondages. En la matière, nous aurions à apprendre des révolutions “de couleur” (révolution orange) dans les pays de l’Europe de l’est.

Secondement, au-delà du nombre de manifestants, se pose la question du positionnement des lycéens et étudiants. Certes, ceux-ci font des pieds et des mains devant les médias, dans les chats et au fil des commentaires sur internet pour affirmer qu’ils sont bien “concernés” par le mouvement. On ne peut cependant qu’en douter au vu de leur contribution à celui-ci. Le jeune Colombani courant d’une porte de lycée à une autre, en répétant l’unique et seul slogan de son argumentaire, « Faire travailler les vieux deux ans de plus, c’est créer 1 million de chômeurs » est presque tragique. Une jeune lycéenne criant en tête du cortège lyonnais « On est là pour défendre nos avantages acquis » est encore plus triste. Loin de les renvoyer à d’autres occupations, il serait plus agréable de les voir s’engager sur d’autres thèmes.

Les emplois de demain (2014-2017), lorsque ces jeunes sortiront de leur scolarité, ne seront pas ceux que les vieux leur auront laissés, mais ceux que l’économie aura su créer. Et pour cela, ce n’est pas un mouvement de contestation qui les créera, mais bien une volonté politique, par exemple celle d’accroître nos investissements en R et D (Recherche et Développement), ne serait-ce que pour nous positionner plus favorablement face à la concurrence des nouveaux groupes industriels des pays émergents.

Nombre de commentateurs des pays étrangers, d’Europe, d’Asie ou des USA s’étonnent de ce mouvement et le qualifient bien souvent de revendication d’avantages acquis et de défense de petits intérêts, sans aucune vision d’avenir, sans aucune vue d’ensemble.

Il est un fait que deux visions de ce mouvement tendent à s’imposer, non contradictoires, parfois même superposables, mais toute aussi vaine l’une que l’autre. La première est celle d’un romantisme de la contestation, illustré par des photos de “Mariannes” juchées sur les épaules de leurs copains et agitant des drapeaux rouges, ou de “barricades” composées de trois tables, deux chaises et quatre poubelles devant l’entrée des lycées. La seconde relève de la même “mémoire révolutionnaire”, mais est plus radicale. On y retrouve une certaine jeunesse cultivée et diplômée qui prône la « révolution » et l’ »insurrection ». Mais pour faire quoi ? Pour remplacer notre vieux monde par quoi ? Elle n’en sait rien et, à vrai dire, … s’en fout.

Delacroix – La Liberté guidant le peuple

Le problème, c’est que personne n’en sait rien, à propos de ce que pourrait ou devrait être notre société. Personne, dans ces manifs, ne parle un tant soit peu de l’avenir presqu’immédiat, de la crise écologique, du manque futur de matières premières, à commencer par le pétrole dans quelques années (très peu …). Tous les manifestants sont les porte-paroles d’un monde qui a vécu et qui s’écroule, et aucun d’entre eux ne veut le voir. Leur seul moteur commun est constitué par un rejet d’une élite bourgeoise, souvent méprisante et peu ouverte au débat. Mais ce rejet, parfois poujadiste, tout rassembleur qu’il peut être, ne fait pas un PROJET POLITIQUE.

Cécile a beau être en tête des manifs, le discours des Verts est totalement inaudible, car il est inexistant. Bien sûr, pour survivre politiquement, il lui a bien fallu défendre la retraite à 60 ans. Bien sûr, elle l’a fait au moyen de quelques simplifications (non, la durée de travail individuelle des allemands n’est pas inférieure à la française, mais un plus grand nombre d’emplois partiels fait baisser la moyenne générale !), mais elle et ses amis n’ont rien à dire sur le monde de 2014-2017, celui des jeunes qui manifestent aujourd’hui.

Quant aux radicaux, Olivier ou Jean-Luc, après la révolution, que proposent-ils ? Comment voient-ils une France anticapitaliste au sein de l’Europe ? dans le concert mondial ? Comment ne voient-ils pas que LEUR notion de révolution est finie ? Et que si révolution il doit y avoir, elle est ailleurs et à commencer dans la création d’une société:

-développant des notions d’activités professionnelles variables tout au long de la vie,

  • acceptant un libre départ à la retraite à l’âge de son choix, de 50 à 70+ ans, les revenus étant fonction de ce départ,
  • sachant inventer et créer, au travers de technologies de pointe, les nouvelles habitations, les nouveaux moyens de transport et de déplacement, les nouveaux modes de vie, ..
  • riche en liens entre générations, sexes, origines, couleurs de peau ou religions,
  • hyper-économe en énergie,
  • ouverte à l’Europe et désireuse de dépasser les frontières,
  • ouverte aux migrants à qui une participation à l’économie peut être proposée pour répondre à nos besoins, ainsi qu’un retour vers le pays d’origine après formation et aide à la réinstallation,

Mais, de tout cela, point n’est question aujourd’hui. Cette révolution n’est envisagée par personne. Si l’ambition de la gauche socialiste tourne autour du  »care », c’est surtout de  »take care of himself » que l’on entend parler dans ces manifs. Et à ce jeu, la droite est la plus forte: il est à craindre qu’elle nous le rappelle en 2012.

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Immigration

Les migrants du Mali

Sous le titre général de « Bamako World Wide », Carine Fouteau a publié récemment sur Médiapart une série d’articles consacrée aux migrations maliennes et surtout au dramatique devenir de ces migrants.

En quelques mots, le cadre est tracé: la faiblesse des revenus (36% des habitants vivent avec moins de 1 dollar par jour), ajoutée aux aléas du climat et à l’explosion démographique (13,7 M d’habitants aujourd’hui, 40 millions en 2050 ??) fait que les maliens, déjà traditionnellement enclins à la migration, partent encore plus nombreux.

C’est ainsi que les commerçants préfèrent le voyage sud-sud, notamment avec Dubaï ou l’Arabie Saoudite. Un bilan de la BCEAO indiquerait que la part des exportations vers l’Europe serait tombée de 83,5% en 2002 à 5,6% en 2006. Que valent ces chiffres stupéfiants qui n’ont de valeur que s’ils sont rapportés au volume d’affaires. Le dernier rapport connu des comptes extérieurs du Mali (09/04/2010) précise que les exportations ont atteint 935 milliards de Francs CFA en 2008, dont 70% pour l’or, 10% pour le coton et 5,5% pour les animaux vivants. Les zones destinataires de ces exportations étaient l’Afrique pour 86,7%, l’Asie pour 7% et l’Europe pour 5%. D’où il ressort que des chiffres incomplets ne peuvent rien signifier ! Quant au reste du commerce dont parle l’article, il relève avant tout des importations. D’une part sous la forme d’une activité qui échappe à tout contrôle et à toute réglementation, aussi bien à la sortie d’Arabie Saoudite qu’à l’entrée au Mali. D’autre part, dans le cadre d’un commerce unilatéral consistant en l’importation de matériels ou de pièces détachées d’origine chinoise via Dubaï ou Charjah. Cette “mondialisation par le bas” comme l’appelle l’auteure n’est en fait qu’un aspect de la mondialisation tout court.

L’article suivant aborde le choix des étudiants qui préfèrent poursuivre leurs études aux USA plutôt qu’en France. A n’en pas douter, il s’agit là de la conséquence de deux mouvements. Le premier est la volonté des élites africaines issues des classes supérieures de s’exprimer en anglais et de s’orienter vers des professions dites d’avenir: informatique, économie, … Le second est à chercher dans les très mauvaises conditions d’attribution des visas par la France, conditions qui ne peuvent que jouer un rôle d’épouvantail. « L’état des lieux des relations diplomatiques entre le Mali et la France est désastreux ». Et la dernière incursion de l’armée française au Nord Mali, sans en avoir prévenu ATT et sans son accord, ne va pas arranger les choses.

De tels faits sont bien plus graves qu’un discours encore une fois cité dans ces articles, celui de Dakar. Il a pu certes heurter quelques intellectuels, sans doute avec raison. Mais il est impensable d’accuser ce discours d’être raciste. Il n’est en fait qu’une imagerie datée, traditionnelle et paternaliste de l’Afrique. C’est un discours vieux de plusieurs dizaines d’années. C’est en fait une manière de dire que l’Afrique n’a pas pris le train de la mondialisation. Pourtant, d’autres tiennent, sans s’en rendre compte, le même discours. A commencer par les écolos radicaux, tenant de le décroissance, qui veulent vouer l’Afrique à un développement agricole auto-centré. A continuer par les milliers d’associations charitables qui consacrent leur quelques sous, en toute bonne foi, à l’apprentissage de la langue française, à la récupération et au recyclage de matières diverses, bref à l’acceptation d’une vie faite de misère et de soumission …

La série des articles s’oriente alors vers le descriptif apocalyptique des conditions d’expulsion des maliens, des ghanéens, des tchadiens ou nigériens depuis la Libye. Le postulat de départ est qu’ainsi la Libye répond favorablement aux attentes des pays européens avec lesquels elle a normalisé ses relations.Elle se comporte comme un “chien de garde” de l’Europe.Tout comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie ou la Mauritanie.

Outre que cette affirmation très “politique” fait peu de cas de l’identité de chacun de ces pays, elle s’appuie sur une affirmation “erronée”. Tous les maliens expulsés de Libye déclarent s’y être rendus pour y travailler ! Ont-ils le choix de dire autre chose lorsqu’ils sont emprisonnés et battus ? La vérité est qu’ils sont en Libye (ou en Algérie, ou au Maroc, …) pour rejoindre l’Eldorado européen. Et qu’ils sont des centaines chaque jour à grossir le flux. Ils ne viennent pas pour travailler en Libye, car cela relève d’une insupportable soumission envers les arabes. La migration africaine des maliens se fait avant tout vers le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Burkina Faso, … elle ne se fait pas vers le Maghreb.

Migrants maliens de retour de Libye (C)France24

En lieu et place de développer une thèse fausse, il serait sans doute plus constructif de comprendre l’émigration des Africains, de comprendre la difficulté à les recevoir de la part de pays comme le Niger ou le Maghreb, de favoriser une meilleure circulation des gens, des richesses et des talents là-bas comme ici chez nous.

Très curieusement, et comme en écho avec la volonté des étudiants maliens d’aller poursuivre leurs études aux Etats-Unis, la série d’articles s’achève par l’expulsion d’une malienne depuis l’état de l’Ohio. Les titres de la presse d’aujourd’hui nous apprennent que les républicains veulent faire de la lutte contre l’émigration leur prochain cheval de bataille. Les hispaniques sont visés en priorité, certes, mais un jour viendra où les noirs non américains seront inquiétés à leur tour.

En conclusion, la série est intéressante, très intéressante, mais trop souvent construites sur des idées préconçues, alimentant la désormais traditionnelle opposition entre tenants d’un contrôle dur de l’immigration et partisans d’un humanisme qui ne solutionne rien.

Ce sont 200 nouveaux émigrants qui arrivent chaque jour à Agadès, au Niger. Certains restent, certains repartent, certains reviennent, certains disparaissent, … Les passeurs font leurs affaires et les bandits de tous ordres ont organisé le “marché”.

Le Niger, c’est aussi le pays où Michel Germaneau a été capturé et où il est probablement mort de maladie et de grand âge. L’équipée franco-mauritanienne, à visée de reconnaissance, a donné l’occasion aux ravisseurs d’annoncer une exécution pour venger cette expédition. Il est sans doute plus facile d’annoncer une “vengeance” que de reconnaître que l’otage est décédé de mauvais soins ou d’absence de soins dans les mains de ses ravisseurs. A l’appui de cette thèse, l’absence de revendication publique et officielle et l’ignorance complète dans laquelle se trouvaient les “intermédiaires négociateurs” maliens.

Alors, faire la guerre à AQMI ne résoudra rien. Et Nicolas Sarkozy serait mieux inspiré de faire la guerre à la pauvreté en Afrique, de faire la guerre pour le développement de l’Afrique. C’est facile (ou presque). Il lui suffit de réduire la dette de ces pays, de donner sa part du PIB promises dans le cadre du Millénaire pour le Développement, d’appeler l’Europe à ses cotés, de favoriser des initiatives locales d’associations ou d’entrepreneurs locaux et de confier le contrôle de ces actions à des organismes internationaux comme l’UNESCO, l’UNICEF, la FAO, le BIT, l’OMS, l’ONU, et d’autres encore, en fonction de la nature du projet.

Additif du 10 janvier 2011,
Compte tenu des commentaires exprimés sur ce post et relatifs à la disparition de Michel Germaneau, je ne peux manquer de signaler cette info de “Marianne » (http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/AQMI-l-otage-Michel-Germaneau-est-mort-de-maladie-faute-de-medicaments_a93.html) publiée ce jour.

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Développement solidaire

L’Afrique et les Objectifs du Millénaire

La publication d’un rapport ou de statistiques permet de faire le point sur des données globales et d’aider à trier parmi les opinions. Ainsi de l’Afrique. Est-elle “mal partie” (René Dumont en 1962), “maudite” (Cinquante-ans-d-indépendances) ou “bien partie ” (|http://www.leaders.com.tn/article/pour-son-second-cinquantenaire-l-afrique-noire-est-bien-partie) ? Le rapport d’étape des OMD (http://www.un.org/fr/millenniumgoals/pdf/report2010.pdf), Objectifs du Millénaire pour le Développement (ONU), publié le 16 juin, autorise quelque analyse.

(C)OMD

Huit objectifs (http://www.ecoloinfo.com/2010/02/05/le-temps-presse-8-grands-realisateurs-tournent-le-film-8/), s’était donné la communauté internationale, afin de favoriser le développement des pays laissés pour compte. L’objectif N° 1, “Eradiquer l’extrême pauvreté et la faim” est, paraît-il, globalement atteignable. La crise a,certes, entraîné un ralentissement des progrès, mais la monde reste capable d’atteindre la cible qui est de réduire de moitié la proportion de population dont le revenu est inférieur à 1 $ par jour.

1 $ ou 1,25 $ ??. Car les tableaux qui suivent parlent de 1,25 $. Est-ce pour tenir compte de l’inflation ? Toujours est-il que l’Afrique Subsaharienne, celle qui nous intéresse aujourd’hui, avait 58 % de sa population qui vivait avec moins de 1,25 $/j en 1990. Il n’y en a que 51 % en 2005.

De plus, parmi tous ces gens qui vivent avec moins de 1,25 $/jour, il faut savoir que le revenu moyen était de 0,92 $ (- 26 %) en 1990. Ce revenu moyen est de 0,99 $ en 2005.

En matière d’emploi, en 1998, 82 % des travailleurs ne disposaient que d’un emploi précaire, c’est à dire qu’ils étaient soit à leur propre compte, soit au service de familles, mais non rémunérés. En 2008, cette proportion est encore de 75 %.

Certes, ce ne sont pas de pareils revenus qui peuvent bien contribuer à une nourriture suffisante. En 1990-92, 31 % de la population était dénutrie. En 2005-07, la proportion n’est plus que de 26 %. Malheureusement, les indicateurs actuels montrent que la crise alimentaire de 2009-10 fait très probablement remonter ces chiffres. Un enfant sur quatre de moins de 5 ans souffre d’insuffisance pondérale, ceux des zones rurales ayant deux fois plus de “chance” de souffrir d’insuffisance pondérale. Cette inégalité est également ventilée selon la richesse du groupe ou de la famille. Parmi la fraction des 20 % de la population la plus riche, il y a moins de 20 % d’enfant de moins de 5 ans qui soient dénutris. Mais parmi les 20 % de la population la plus pauvre, ce sont plus de 35 % des enfants de moins de 5 ans qui sont dénutris.

L’objectif N° 2 des OMD vise à “Assurer l’éducation primaire pour tous les enfants” et, au niveau mondial, l’espoir d’atteindre cet objectif diminue. En Afrique Subsaharienne, en 1999, le taux de scolarisation en primaire était de 58 %. Il est de 76 % en 2008, ce qui signifie qu’en moyenne, un enfant sur quatre n’est nullement scolarisé. Si cet enfant est une fille, que son entourage est pauvre et qu’elle vit en milieu rural, elle accumule les mauvais points et a peu de chance de pouvoir aller à l’école.

L’objectif N° 3 consiste à “Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes“. Qu’en est-il en matière de scolarité pour l’Afrique Subsaharienne ? En 2008, pour 100 garçons scolarisés en primaire, il y a 91 filles. Pour 100 garçons scolarisés en secondaire, il y a 79 filles. Et pour 100 garçons scolarisés en enseignement supérieur, il y a 67 filles. Car la pauvreté d’abord est un obstacle à l’éducation des filles les plus âgées.

Les hommes sont plus nombreux à avoir un emploi rémunéré, les femmes sont reléguées dans les emplois subalternes et précaires, elles sont sur-représentées dans le secteur informel où n’existent ni sécurité ni avantages sociaux. Les emplois de haut niveau sont réservés aux hommes. Et si les femmes accèdent parfois au pouvoir politique, ce n’est qu’à la condition que des mesures spéciales les y aident (quota).

L’objectif N° 4 des OMD a pour but de “Réduire la mortalité infantile des enfants de moins de 5 ans de 2/3 entre 1990 et 2015“. Ce taux était de 184 décès pour mille enfants de moins de 5 ans en 1990. Il est de 144 pour mille enfants en 2008. En Afrique Subsaharienne, autant dire que l’objectif est inatteignable !

Améliorer la santé des mères et réduire de 3/4 le taux de mortalité maternelle“, tel est l’objectif N° 5. En 1990, 41 % des accouchements se pratiquaient avec un personnel soignant qualifié. En 2008, ce sont 46 % des accouchements: faible évolution. Là également, la richesse décide de tout. En Afrique Subsaharienne, parmi les 20 % de femmes les plus pauvres, il en est 55 % qui sont examinées au moins une fois pendant leur grossesse. Parmi les 20 % les plus riches, elles sont … 85 % à être examinées au moins une fois.

Autre chiffre: le nombre de naissances pour mille filles de 15 à 19 ans. Il était de 124 en 1990, de 119 en 2000 et de 121 en 2007, autant dire qu’il ne bouge pas et que la contraception reste largement inexistante. Pour comparaison, dans l’ensemble des régions développées du monde, ce chiffre est de 23 pour mille en 2007.

L’objectif 6 vise à “Combattre le VIH, le paludisme et autres maladies” pour d’ici à 2015 enrayer la progression du VIH et inverser la tendance.

Assurer un environnement durable“; tel est l’objectif 7. En Afrique Subsaharienne, toujours, seuls 49 % de la population avaient un accès à une source d’eau améliorée. Ils sont 60 % en 2008. Par contre les installations sanitaires restent aujourd’hui encore un réel problème. Les utilisateurs d’installations sanitaires améliorées représentaient 28 % de la population en 1990, ils sont .. 31 % en 2008 c’est à dire aucun progrès.Les utilisateurs d’installations non améliorées et d’installations collectives totalisaient 36 % en 1990 et 42 % en 2008. Enfin, les pratiquants bien malgré eux de la défécation à l’air libre représentaient 36 % de la population en 1990 et encore 27 % en 2008.

La population urbaine d’Afrique Subsaharienne vit pour 70 % (en 1990) et encore 62 % (en 2010), dans des taudis ou bidonvilles.

Dernier objectif, le N° 8, qui vise à “Mettre en place un partenariat mondial en consacrant 0,7 % du Revenu National Brut à l’aide au Développement (APD)“. Ont atteint ou dépassent ce chiffre, le Danemark (0,83), le Luxembourg (1,0), les Pays-Bas (0,80), la Norvège, la Suède (1,01 %). La France se situe entre 0,44 et 0,48 %, l’Allemagne à 0,40, l’Autriche 0,37, le Portugal 0,34, la Grèce 0,21 (on est rassurés, ce n’est pas là qu’elle a dilapidé ses finances !) et l’Italie, bonne dernière avec 0,20 %.

Tous ces chiffres concernent l’Afrique Subsaharienne, c’est à dire, pour l’ONU, tous les pays africains au sud du Sahara, donc y compris l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Sud. En clair, c’est toute l’Afrique sauf la bande qui va de la Mauritanie à l’Egypte.

Donc, dans cette Afrique Subsaharienne, il y a le Mali, classé 178° pays sur 182 par la même ONU en ce qui concerne le développement humain. Compte tenu de cette extrême pauvreté, il est certain que tous les chiffres applicables au Mali se situent dans la partie la plus défavorable de la fourchette. Et pourtant Amadou Toumani Touré, Président du Mali, (Le Figaro, 29/06/2010) attend beaucoup de la découverte de pétrole dans le nord du pays (en plein dans cette zone où s’agitent AQMI et autres trafiquants). Il considère le pétrole comme une bénédiction car les richesses qu’il apportera permettront de pacifier la région (est-ce certain ?), de créer des écoles, des dispensaires, bref d’atteindre les Objectifs du Millénaire au moins en ce qui concerne l’eau, la santé et l’éducation. Mais il voit aussi le pétrole comme une malédiction (gestion non transparente, atteintes à l’environnement, ..) et pour cela veut s’inspirer de la gestion de son fonds pétrolier par la Norvège.

Dans un récent entretien sur France O (http://www.la1ere.fr/infos/actualites/afrique-aminata-traorele-choix-du-modele-economique-ne-nous-a-jamais-ete-laisse_25901.html), Aminata Traoré ne prend pas position au sujet des chiffres des OMD. Elle s’élève juste contre une analyse qui voudrait déduire de la moindre souffrance de l’Afrique dans le contexte de crise que tout va bien et que le continent est en passe d’émerger. Les chiffres précédents le prouvent encore, Aminata Traoré le dit bien: « Tout cela ne signifie pas pour autant davantage de prospérité, de paix et de respect pour les africains ». Aminata Traoré considère que « l’Afrique s’est laissée dicter un agenda qui n’a rien à voir avec les besoins des africains, dans les domaines de l’emploi, de l’environnement, de l’alimentation, de l’éducation, … Il faudrait que l’Afrique fasse le choix de SON modèle économique et mette un terme au modèle prédateur qui met à sac le continent ».

Aminata Traoré (DR)

Enfin, dans une récente interview du Monde (24/06/2010), c’est Pascal Lamy, le Directeur Général de l’OMC, qui apporte un autre point de vue. Lui non plus ne parle pas directement des résultats d’étape des OMD, mais il s’en inspire quand il souligne la diminution de la pauvreté grâce à l’ouverture des marchés et à la mondialisation. Il s’en inspire quand il souhaite la conclusion des négociations de Doha et la conclusion d’accords mondiaux et non plus bilatéraux, car ce ne sont pas ces accords qui pourront résoudre les questions des barrières tarifaires ou des subventions agricoles. « Il faut que les pays en développement puissent mieux valoriser leur potentiel agricole ». Il s’en inspire encore quand il souligne que l’Europe est très pessimiste en matière de mondialisation, et peut-être avec raison. « Pour maintenir son modèle social, sans doute le meilleur, elle a besoin de croissance et de démographie. Elle n’a aucune des deux. Il lui faut donc soit renoncer à ce fameux modèle social, soit accepter l’immigration, soit faire des réformes de structure qui augmentent le potentiel de croissance. Plus facile à dire qu’à faire ! » Il s’en inspire enfin lorsqu’il dit que la réduction de la pauvreté n’est pas suffisante. Si l’on veut que le politique remplace l’économique (voire le financier et le spéculatif) en matière de développement mondial, il faut aussi lutter contre les inégalités et accorder plus d’attention à la redistribution supranationale, c’est à dire … donner au moins les 0,7 % du PIB prévus par les OMD !

Pascal Lamy (C)Weforum+Swiss Image+Rémy Steinneger

En conclusion, l’Afrique noire subsaharienne a encore beaucoup de chemin à faire. L’y aider est indispensable et relève d’une solidarité beaucoup plus internationale, en tout cas beaucoup plus européenne qu’elle ne l’est actuellement. Il est intéressant de constater que des questions comme le pétrole (son coût, son exploitation, le peak oil, ..), la santé (palu, hygiène, salubrité, ..), l’émigration et l’immigration (qualitative et quantitative, pour quelle reconnaissance, ..), sont des questions récurrentes lorsque l’on parle du développement solidaire. Ce n’est pas pour rien que ce blog a choisi ces thèmes.

Aminata Traoré ne croit pas au “marché”. ATT et Pascal Lamy y croient. Mais tous se rejoignent pour dire que la France seule ne peut plus grand chose pour l’Afrique. Au contraire, c’est elle qui a besoin de l’Afrique, c’est elle qui doit jouer la carte de l’amitié et de la solidarité si elle ne veut pas que la Chine n’écrive qu’une nouvelle étape de l’exploitation de l’Afrique.