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Ecologie

Moins d’hommes sur terre, ou moins d’humanité ?

C’est en juin dernier qu’une troupe de scientifiques a publié un article dans Nature (http://www.nature.com/nature/journal/v486/n7401/full/nature11018.html) selon lequel les déséquilibres environnementaux entraineraient une perte de la biodiversité telle qu’en 2100 nous assisterions à un « effondrement » des écosystèmes.
A vrai dire, la prédiction n’est pas nouvelle. L' »effondrement » dont ils parlent est pronostiqué depuis 1968 par le « Rapport du Club de Rome », plus exactement le « Rapport Meadows » (MIT).
Ce n’est donc pas le contenu de cette thèse qui interpelle. Ce sont surtout les réactions et les commentaires qu’elle a suscités.

Tout au long de l’été, les réactions n’ont pas manqué face à la prise de position des chercheurs. Le blog Eco(lo) (http://ecologie.blog.lemonde.fr/2012/07/27/la-fin-de-la-planete-en-2100/) d’Audrey Garric, Biosphère, France 2 à propos des couples qui ne veulent pas faire d’enfants, …
Caroline Fourest, le 29 juin, a pris argument de la Conférence Rio +20 et de l’absence du droit à se reproduire pour les femmes dans les orientations de ce Forum pour formuler un vigoureux plaidoyer en faveur de la régulation mondiale de la population. Dans un post intitulé « Croissez et polluez » (http://carolinefourest.wordpress.com/2012/07/05/croissez-et-polluez/), après avoir stigmatisé l’attitude de l’Eglise et, plus paradoxalement, celle de l’Egypte, elle en conclut que « l’absence de choix de procréation pour les femmes entraîne un monde toujours plus peuplé, plus pollué, plus inégalitaire et plus injuste ».

Deux types de réactions. La race humaine est trop importante en nombre, ce qui est la cause de la désastreuse évolution de la planète. A cela deux remèdes: soit réduire drastiquement la population mondiale par une régulation volontaire (et volontariste) des naissances, soit faire en sorte que l’humanité disparaisse pour de bon !

Réduire les naissances ? Nous sommes aujourd’hui plus de 7 milliards d’humains sur cette terre. Serons-nous 9 milliards en 2050 ? Ou davantage ? La croissance est essentiellement due à l’évolution démographique des pays pauvres, ceux qui ont déjà des difficultés alimentaires. Les pays occidentaux entrent globalement dans une phase de baisse démographique. En Europe, c’est le cas de l’Allemagne, de l’Italie ..
A l’inverse, en Afrique, au Burkina, Burundi, Congo (les 2), Guinée, Liberia, Mali, Niger, Ouganda … les populations devraient tripler d’ici à 2050.
La réponse à la surpopulation mondiale (s’il y a surpopulation !) n’est pas occidentale et les couples qui refusent de faire des enfants n’apportent aucune solution au problème. Leur attitude est strictement individuelle, elle n’est même pas messianique.
Et si limitation des naissances il doit y avoir, ce ne peut être qu’en Afrique, en Asie (Inde). La Chine, pour sa part, a fait l’effort substantiel de la politique de l’enfant unique. Elle va chèrement le payer par un vieillissement de sa population. Actuellement des assouplissements ont été introduits, d’autres le seront.
D’après l’ONU, si l’on veut parvenir au chiffre de 9 milliards d’hommes dans 40 ans, il faut faire davantage que se limiter au strict renouvellement des populations. Il faudrait réduire le taux de fécondité à un niveau inférieur au seuil de remplacement, avant d’y revenir dans un siècle !
Parler de ceci en Europe, en Occident, à l’ONU, c’est s’engager sur des chemins douloureux. Des chemins marqués par des croyances, des cultures, parfois même la simple volonté de faire assez d’enfants pour en garder quelques uns tant le taux de mortalité infantile est élevé. Des chemins marqués par des idéologies, des religions (http://www.libertepolitique.com/L-information/Decryptage/Rio-20-victoire-du-Saint-Siege-contre-l-imperialisme-reproductif). on peut le regretter, mais c’est un fait qu’il existe dans certaines régions une forte opposition au contrôle des naissances. Il existe également de mauvaises expériences, faites de stérilisations forcées, d’avortements imposés. Il existe enfin un rejet du discours « colonialiste » venu d’Occident: ce sont les « blancs » qui demandent aux peuples en développement de faire moins d’enfants. En termes brutaux: « de quoi se mêlent-ils ? »

Résoudre nos problèmes d’énergie, de développement, d’écologie, de maintien des écosystèmes par une réduction de la population mondiale est une idée simpliste. Au niveau de vie des africains, la terre peut abriter bien davantage que 9 milliards d’individus ! Le vrai problème, c’est que sur les 7 milliards actuels, il en est 1 milliard qui vit dans les pays riches et qui a un impact supérieur à celui des 6 autres milliards réunis !
Plutôt que de ne pas faire d’enfant, il serait plus juste de réduire sa consommation énergétique, réduire son impact sur l’environnement ET aider les pays du sud à croître plus harmonieusement.
En Afrique, ne pas se satisfaire du seul planning familial, mais inciter à la création de nouvelles règles de vie. Christian Troubé (reporter spécialisé dans les questions Nord-Sud) le résume ainsi: « En soi, la décroissance démographique ne produit pas mécaniquement de la croissance économique. Elle doit se nourrir d’écoles, d’hôpitaux, d’emplois et de parité entre les hommes et les femmes ».

(C)PRB


Le second réflexe face aux prévisions du collectif des chercheurs qui anticipent l’effondrement des écosystèmes pour 2100 est celui d’une haine envers l’humanité. Il y avait déjà le célèbre « l’humanité va disparaître: bon débarras » d’Yves Paccalet. Il y a maintenant des gens qui « envisagent' », qui « souhaitent » cette disparition, accusant l’homme d’être responsable des dysfonctionnements de la planète: « La seule chose que je souhaite personnellement, c’est que l’humanité disparaisse rapidement » (lu dans un blog).
Quelle est la finalité de tels propos ? Quelle peut en être la justification « philosophique » ? Quel but est poursuivi en voulant placer la planète sous un statut de Parc Naturel dans lequel les espèces, hors l’homme, évolueraient selon leurs « libres » déterminismes ? Quel chaos en perspective ! Quel en est l’intérêt puisque personne ne sera là pour le voir ?
L’homme ne fait-il partie intégrante de la planète ? Et de tous les bio-systèmes ? Certes, il est le seul animal a avoir conquis l’ensemble de la terre (et un peu davantage !), le seul à utiliser (abusivement) ses ressources vivantes et ses ressources fossiles, le seul à dominer toutes les autres espèces. Mais l’homme est aussi l’humain, celui qui est seul à disposer de l’intelligence « au carré », à la « puissance 2 »: il sait qu’il sait ! Grâce et à cause de cette intelligence, il est actuellement le seul espoir de la planète.
Ce n’est sans doute pas pour demain, ni pour après-demain, l’humanité traversera bien des crises, mais son intelligence l’aidera à les surmonter, à les transcender .. ou à survivre.

Alors que les Dieux Noirs qui veulent « disparaître » le fassent. Mais qu’ils le fassent sans bruit. Et, en attendant, qu’ils se taisent.


En savoir davantage: Population Reference Bureau (http://www.prb.org/Publications/Datasheets/2012/world-population-data-sheet.aspx)

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Droits de l'homme

Le 8 mars, c’était la journée des femmes

L’intérêt que suscite cette journée, en fait « Journée des Droits de la Femme », auprès de l’auteur de ce blog est traditionnellement à peu près nul. Au contraire,la conviction est grande qu’il s’agit avant tout d’une vaste opération de bonne conscience et que les choses continuent le lendemain tout comme elles étaient la veille. Le lecteur fidèle de cette feuille consacrée aux solidarités le sait parfaitement: depuis qu’elle existe, nombreuses ont été les interventions « féministes », et tout dernièrement encore à propos de la place des femmes dans les pays arabes, du sort qui leur est trop souvent réservé, des violences qui leur sont faites (Egypte-la-violence-faite-aux-femmes) ou des actes de rébellion (Réponse-à-la-violence-faite-aux-femmes) qu’elles réalisent.

Ecolière arabe (DR)

Le 8 mars, Le Monde et France Inter ont cependant publié un appel de huit femmes arabes, intitulé « Appel des femmes arabes pour la dignité et l’égalité ». Les femmes concernées sont (pour que leurs noms ne soient pas oubliés) la Tunisienne Souhayr Belhassen, la Présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, Bochra Belhadj Hmida, tunisienne cofondatrice de l’association tunisienne des femmes démocrates, Shahinaz Abdel Salam, une blogueuse égyptienne, Nawal El Saadawi, Egyptiennne, médecin psychiatre et écrivaine, Tahani Rached, réalisatrice égyptienne, Samar Yazbek, romancière syrienne, Azza Kamel Maghur, Libyenne, avocate, membre du Conseil libyen des droits de l’homme et Wassyla Tamzali, féministe algérienne.

Cet appel est ouvert à toutes les signatures. Il a déjà été remis le 13 mars au Secrétaire Général de la Ligue des Etats Arabes. Il le sera le 25 mai prochain au Président du Conseil Européen. Bien entendu, il faut soutenir et signer (il est encore temps !) ce texte, que voici en français.

« Nous, femmes arabes impliquées dans les luttes pour la démocratie, la dignité et l’égalité,
Nous, actrices au premier plan des changements exceptionnels que connaît le monde arabe,tenons à rappeler à l’opinion publique que les femmes sont en droit de bénéficier au même titre que les hommes du souffle de liberté et de dignité qui gagne cette région du monde.
Depuis toujours les femmes mènent des luttes pour obtenir des acquis, plus ou moins importants selon les pays. Mais ces acquis demeurent en deçà de leurs aspirations et font de leur statut un des plus reculés dans le monde.
Les violences demeurent répandues tant dans l’espace public que privé et très peu de mesures sont prises pour mettre fin à ce fléau.
Les codes de la famille ne sont dans la plupart des pays arabes que des textes instituant l’exclusion et la discrimination.
Les autres lois que sont le code de la nationalité, certains codes civils et les lois pénales ne font que renforcer ces discriminations. Ces lois violent les droits les plus élémentaires et les libertés fondamentales des femmes et des fillettes par l’usage de la polygamie, le mariage des mineures, les inégalités en matière de mariage, de divorce, de tutelle sur les enfants ou encore l’accès à la propriété et à l’héritage.
Certaines lois permettent même à la parentèle masculine de tuer des femmes et des filles avec le bénéfice de circonstances atténuantes dans le cadre des crimes d’honneur.
Si la majorité des pays arabes (à l’exception du Soudan, et de la Somalie) a ratifié avec plus ou moins d’empressement la Convention sur l’Elimination de toutes les Formes de Discrimination à l’Egard des Femmes (CEDAW), adoptée par l’ONU en 1979, ces ratifications sont restées sans impact réel sur le statut et la condition des femmes.
Aujourd’hui que le monde arabe est en phase de construction démocratique pour la consolidation de l’Etat de droit et des droits humains, nous considérons que si l’égalité ne peut se réaliser sans la démocratie, la pleine jouissance de cette démocratie ne peut se réaliser sans une égalité totale entre les hommes et les femmes.
C’est pourquoi nous appelons les Etats, les partis politiques et la société civile dans ces pays à tout faire pour que la dignité des femmes et leur égalité avec les hommes ne soient pas une fois de plus sacrifiées au nom de prétendues priorités.
Aucune démocratie en effet ne peut se construire au détriment de la moitié de la société. Ensemble nous avons fait notre présent, ensemble nous construirons un avenir meilleur.
Nous exigeons :

  • la préservation des acquis, l’égalité totale et effective et l’inscription des droits des femmes dans les constitutions.
  • les mesures législatives et administratives afin d’éradiquer les violences faites aux femmes.
  • la ratification et le respect de la CEDAW sans réserve dans son esprit et dans toutes ses implications concrètes.
  • l’adoption de lois qui protègent les femmes des inégalités sociales et économiques, des discriminations, en particulier familiale.
  • les mesures d’action positive afin d’assurer l’accès des femmes aux postes de décision et à leur pleine participation à la vie politique et associative.
  • la dénonciation des voix qui s’élèvent ici et là pour discriminer les femmes au nom d’une lecture rétrograde des préceptes religieux ainsi que celles qui voudraient leur interdire une participation pleine et entière à une vie digne et respectueuse des droits humains. »

    Du courage, il en faut pour écrire cela. Du courage, il en faudra à chacune d’entre elles pour défendre, dans son pays, ce qu’elle a signé ici. Entre autres pour Azza Kamel Maghur, membre du Conseil Libyen des droits de l’homme, qui revendique ici l’égalité totale et effective avec les hommes et qui devra se contenter de la présence de 10 % de femmes dans la prochaine Assemblée de son pays (d’ailleurs, si Assemblée il y a …).
    En fait la phrase la plus courageuse et la plus porteuse d’espoir et d’avenir est celle-ci: « la dénonciation des voix qui s’élèvent ici et là pour discriminer les femmes au nom d’une lecture rétrograde des préceptes religieux ».
    Bravo et merci mesdames.
    La présentation de l’Appel, c’est ici (http://www.franceinter.fr/evenement-revolutions-arabes-revolutions-des-femmes-8-mars-8-femmes).
    Le texte de l’appel en français et en anglais, c’est ici (http://www.mesopinions.com/L-appel-du-8-mars-pour-la-dignite-et-l-egalite-petition-petitions-a89238a98fc0692c7924831a31f907b8.html).
    Le texte de l’appel en arabe, c’est ici (http://www.franceinter.fr/evenement-revolutions-arabes-revolutions-des-femmes-8-mars-8-femmes?page=3)
    42106 signataires à ce jour.
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Egypte

Tunisie, Egypte, Libye … et si on rangeait le romantisme

Même reporté en avril, le procès dressé au Directeur de Nessma TV pour avoir diffusé en octobre 2011 le (remarquable) film d’animation de Marjane Satrapi, « Persépolis », n’en reste pas moins le premier procès politique du nouveau gouvernement tunisien. Aux portes du tribunal s’affrontent les partisans de la liberté d’expression et les salafistes, porteurs d’un islam rigoureux et rigoriste. Les mêmes, d’ailleurs, organisent des grèves dans les universités tunisiennes afin que les étudiantes puissent porter le nikab en cours, y compris lors des examens.

En Egypte, les élections législatives ont consacré les partis islamistes en leur accordant 71% des sièges (47% pour les Frères Musulmans et 24% pour les Salafistes). Elles n’ont pas consacré la place des femmes (http://egyptactus.blogspot.com/2012/01/parlement-egyptien-cherchez-la-femme-2e.html) dans la nouvelle société puisque celles-ci sont … 12 dans un parlement de 498 membres ! Point n’a été besoin d’une loi comme en Libye, limitant la place des femmes à 10 % des élus à la Chambre.

En Libye, puisqu’il est question d’elle, c’est le nouveau gouvernement qui peine sérieusement à se mettre en place, travaillé qu’il est par les tensions entre tribus et régions et par les divisions, le manque de perspective. Et vous parle t-on de l’Armée de Libération de la Libye qui mène la « contre-révolution » et vient de reprendre Bani Walid ?

Parce qu’ils ont exclusivement axé leurs commentaires sur une vision romantique de la « révolution », les journalistes sont perdus et n’y comprennent plus grand-chose. Dans un récent éditorial, « Le Monde » va jusqu’à dire que les islamistes qui ont raflé la mise dans tous ces pays ont « pris le train en marche ». Tel autre chroniqueur stigmatise ceux qui, dès le début, doutaient de l’avenir en les traitant de « je vous l’avais bien dit ».

Et pourtant, les choses se sont bien passées comme il était prévisible qu’elles se passent.

Tout d’abord, parce que c’est faire injure aux groupements islamistes de les accuser d’avoir pris le train en marche. Ils sont dans l’opposition et le soutien aux populations depuis infiniment plus longtemps que les « révolutionnaires » de Facebook. En Egypte, comme en Tunisie, ils ont payé le prix de leur travail de fond par la prison, la confiscation de leurs biens, l’exil. Comment imaginer que les populations aidées et soutenues, quand bien même ce serait au prix d’un endoctrinement idéologique, se détourneraient de leurs bienfaiteurs, ceux qui leur donnaient à manger et qui leur apportaient une raison d’espérer ?
Ensuite, parce que les « révolutionnaires », comme on les appelle, ont commis plusieurs erreurs. En premier lieu, parce que leur révolte est avant tout revendicatrice de liberté individuelle et de droit à la consommation. S’ils permettent de communiquer rapidement et d’échanger des mots d’ordre, les réseaux sociaux ne sont pas adaptés à la réflexion idéologique. Ensuite, parce qu’ils se sont laissés prendre aux filets d’un radicalisme certain: pas d’organisation politique, priorité de fait à la jeunesse et, singulièrement, la jeunesse la plus favorisée, forte tendance à l’absolutisme, voire à l’anarchie. C’est ainsi qu’on en arrive à manifester quotidiennement contre les Forces Armées (SCAF) alors même qu’un processus électoral se déroule dans des conditions assez satisfaisantes et désigne un parlement légitime.

27 janvier 2012-Manifestation au Caire (DR)

Tout laisse à penser que les Frères Musulmans ont passé depuis longtemps des accords avec les militaires (sinon, comment expliquer qu’ils déclaraient dès avril 2011 ne pas vouloir présenter de candidats dans toutes les circonscriptions législatives ?). Ne peut-on laisser le nouveau parlement faire ses preuves et contingenter, comme il est prévu, la place des Forces Armées ? Il est devenu d’actualité de dénoncer le rôle économique des dites Forces Armées. Effectivement, celles-ci, depuis les années Nasser, possèdent et animent une bonne part de l’économie égyptienne. Mis à part les licences de fabrication d’armements, les autres engagements sont plutôt anciens et « désuets »: eau minérale, pâtes alimentaires, fabrication d’appareils ménagers, … Il est assez improbable que cette « richesse » économique soit à l’origine du pouvoir de l’armée, lequel est beaucoup plus politique, fondé et appuyé sur des réseaux, constitué de gouvernorats et autre structures administratives. C’est cela que le nouveau parlement et le futur Président de la République (élection prévue en juin 2012) devront modifier.

A condition que les « révolutionnaires » et les « libéraux » leur en laisse le loisir et que, pendant ce temps, tout en restant vigilant, ils réfléchissent à l’extension et la popularisation de leur mouvement, à l’ouverture de celui-ci à toutes les catégories de la société, aux jeunes comme aux moins jeunes, aux femmes comme aux hommes, aux croyants comme aux laïcs, car, contrairement à ce qu’ils pensent, l’unanimisme pro-révolution ne s’est pas emparé de tout le pays: les récentes élections en sont la preuve.
Il est temps de ranger le romantisme au rayon des accessoires de l’histoire et de se préoccuper du véritable avenir de ces pays.

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Egypte

Réponse à la violence faite aux femmes

Il s’agit d’une photo publiée sur la page FaceBook de Kareem Amer. « Ne me dites pas comment m’habiller. Mais dites-leur de ne pas me violer ».
En guise de réponse à ça (Egypte-la-violence-faite-aux-femmes), et à ça (L-Egypte-la-femme-…).

Ne me dites pas comment m’habiller, dites-leur de ne pas violer (DR)

Voilà une nouvelle et bonne petite contribution au débat sur la place de la femme dans la vie sociale et la vie civique de l’Egypte.

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Egypte

Egypte: la violence faite aux femmes

Question: Dans une manif, en France, si une fille se fait vigoureusement malmener, aurons-nous le lendemain une nouvelle manifestation pour protester contre le traitement qui lui est infligé au motif qu’elle est une femme ?

C’est ce qui vient de se passer en Egypte. Au cours d’une nouvelle (et quotidienne) manifestation demandant le départ de l’armée, une femme voilée a été violemment molestée. Sa tunique s’étant ouverte lors de sa chute au sol, on peut voir son soutien-gorge et son ventre. La vidéo permet de voir que les policiers qui la malmènent alternent les coups (de pied) et les tentatives infructueuses pour rabattre son vêtement et cacher ce qui ne peut être montré. Il n’est pas possible d’affirmer qu’il y a volonté délibérée de la dénuder, par contre il est certain que la violence exercée par la police n’est en rien atténuée par le fait que c’est une femme qui est à terre.

Egyptian army soldiers arrest a female protester during clashes at Tahrir Square in Cairo December 17, 2011. Soldiers beat demonstrators with batons in Cairo’s Tahrir Square on Saturday in a second day of clashes that have killed nine people and wounded more than 300, marring the first free election most Egyptians can remember. REUTERS/Stringer (EGYPT – Tags: CIVIL UNREST POLITICS TPX IMAGES OF THE DAY) FOR BEST QUALITY IMAGE: ALSO SEE GM1E7CJ1PFH01

Il n’y a rien d’étonnant à cette attitude dont nous avons déjà parlé (L-Egypte-la-femme-…). La violence sexuelle (physique et morale) faite aux femmes est omniprésente dans la société égyptienne et il est une « évidence » que les forces de police et de l’armée pratiquent couramment cette violence sans qu’il soit besoin de la « codifier », ni d’y « inciter » les hommes.

Alors, manifester ? D’aucuns diront (et ils le disent déjà !) que cet évènement permettra à la contestation de rebondir, alors même que les manifestations à répétition s’essoufflent, tandis que les électeurs votent pour les Frères Musulmans et/ou les salafistes.

Soulignons cependant quelques contradictions d’importance. Peut-on manifester en déclarant que les femmes sont une « ligne rouge » ( »khat ahmar ») et qu’elles ne peuvent être battues, ce qui est, à contrario, reconnaître que les hommes, eux, peuvent être battus ?!
Ou, en d’autres termes, peut-on exprimer des revendications sur le droit des femmes alors que les droits de l’homme ne sont pas respectés ?!
Voici 48 heures, la télé nous montrait le frère de la victime déclarant que celle-ci « avait honte » et vivait « cachée chez elle ». Il faut toujours se méfier des frères et savoir que dans ces cas-là, ils expriment avant tout leurs sentiments (voire ressentiments) à eux. Quoi qu’il en soit, cet évènement nous ramène encore une fois aux révolutions fondamentales que devront bien affronter les démocrates arabes: la laïcité, c’est à dire la séparation du religieux et du civil, et, dans le cas présent, la place de la femme dans la société, égale de l’homme et non derrière une « ligne rouge » !

Le divorce entre les manifestants et les électeurs fait l’objet des analyses du journal Al Ahram. Celui-ci énonçait la semaine dernière que « les libéraux perdent beaucoup de temps à faire des manifestations plutôt que de se faire des réseaux. Renverser Moubarak ne garantit aucune légitimité électorale et ça n’a rien à voir avec gagner des élections ». Cette semaine, le même magazine parle de l’échec des libéraux (http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2011/12/21/doss1.htm) et de la victoire d’Al Nour, le parti des salafistes.