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Plus on est riche, plus on est heureux

Tel est, du moins pour deux chercheurs de l’Université de Rotterdam, la conclusion d’une vaste enquête internationale (67 pays) conduite à partir des données d’une « banque du bonheur ».
L’Institut IZA (Allemagne) parvient à la même conclusion à l’issue des travaux de chercheurs américains. Plus le revenu par tête est élevé, plus le niveau de satisfaction individuelle est élevé. Il augment proportionnellement à l’élévation du PIB.
Ces informations exceptionnelles ne datent pas d’aujourd’hui, mais du 26 février 2013 (c’est loin tout ça !) et elles ont été recueillies dans un billet de Marie de Vergès, dans Le Monde. Celle-ci conclut son article en affirmant qu’avant de parler bonheur, le devoir des gouvernements est donc de parler de croissance. Et, mieux encore, de la favoriser …, la croissance !
Faire un si long détour par des enquêtes sans grand intérêt, pour se contenter d’affirmer que la croissance est indispensable au bonheur des humains, est un bien curieux raisonnement, c’est un peu enfoncer des portes ouvertes.
En effet, les tenants de la croissance à tout prix le savent parfaitement; toute notre société est basée sur ce réflexe d’insatisfaction générale qui n’est comblé que par l’acquisition de nouveaux biens, donc l’augmentation des revenus. Et les partisans de la décroissance le savent tout aussi bien puisque c’est la société qu’il dénoncent afin de la remplacer par une société plus frugale et plus partageuse.

Les premiers ne changent rien, ou pas grand-chose, au système de croissance-consommation qui prévaut actuellement. Ils ferment les yeux sur la diminution des ressources naturelles, sur les difficultés écologiques de notre planète, sur le réchauffement de celle-ci … Il faut croître ? Eh bien, croissons !
Les seconds prônent un ralentissement de l’activité économique, une relocalisation des productions de tous ordres, une éco-conception des produits, mais sont bien incapables d’expliquer comment appliquer ces belles résolutions dans des pays ou continents qui n’ont pas encore (et de loin …) adopté le style de vie occidental et qui en ont faim.

Un homme a réalisé une vaste synthèse de cette question « croissance-décroissance » en 2011 (2012 pour la traduction française). Il s’agit de Jeremy Rifkin et de « La troisième révolution industrielle« . L’homme n’est pas un inconnu et il parcourt la planète pour propager ses idées, avec, parfois, il est vrai, un certain succès.

(C)


Rappelons tout d’abord ce que sont les trois révolutions industrielles.
La première révolution industrielle est celle de la vapeur, du charbon, du chemin de fer, de l’imprimerie, plus exactement de l’information imprimée sur les journaux et gazettes. En effet, Jeremy Rifkin, et c’est nouveau, s’attache à définir un lien organique entre une technologie de communication et une source d’énergie. Cette première révolution industrielle a pris naissance au Royaume-Uni et s’est développée entre 1750 et 1850.
La seconde révolution industrielle est, pour Jeremy Rifkin, celle du pétrole et du téléphone. C’est également celle du tout-à-l’égout, de l’eau potable et de l’électricité à domicile, du moteur à explosion, des produits chimiques, de la naissance des loisirs. La croissance de la productivité pendant cette seconde révolution a été phénoménale.
Tous les économistes (ou presque) s’accordent à reconnaître que nous sommes entrés ou que nous entrons dans la troisième révolution industrielle. Le moteur de celle-ci serait, et ceci est globalement acquis, le développement de la société de communication, la multiplication des centres de stockage de données, la dématérialisation de celles-ci (le cloud), la vitesse de circulation de l’information d’un point à l’autre et en tous points de la planète. Mais il manque une caractéristique à cette définition de la troisième révolution, une caractéristique qui en soit le vecteur d’un nouvel accroissement de productivité, une caractéristique qui aurait un lien organique avec le caractère informatique de la société. Cette caractéristique, ce sont les énergies renouvelables !

Jeremy Rifkin entreprend alors la description de la société de la troisième révolution industrielle, une société extrêmement décentralisée où chacun serait, à la fois, consommateur et producteur d’énergie.
Cette société repose sur cinq piliers.

  • 1°) Le passage aux énergies renouvelables; solaire, éolienne, géothermique, marémotrice, hydraulique, biomasse … sans que soient privilégiées les installations puissantes et hyper-concentrées. Au contraire, une multiplication de millions de centres de production d’énergie, ce qui nous amène au second pilier.
  • 2°) La transformation du parc immobilier de tous les continents en micro-centrales énergétiques (éolien, solaire, …). Rien que pour l’Europe des 27, Jeremy Rifkin estime qu’il y a … … 190 millions d’immeubles, bâtiments administratifs, industriels ou commerciaux, résidences ou zones pavillonnaires qui peuvent devenir des mini-centrales électriques: le soleil sur le toit, le vent sur les murs, les ordures qui sortent de la maison, la chaleur du sous-sol sous les fondations … tout est prétexte à production d’énergie.
  • 3°) Le déploiement de la technologie de l’hydrogène et d’autres techniques de stockage sur l’ensemble de l’infrastructure, afin de stocker les énergies intermittentes. Car, en effet, le soleil ne brille pas tout le temps, le vent ne souffle pas tous les jours, et pendant ces journées de disette nous avons autant besoin d’énergie. Il faut donc avoir de l’énergie en réserve. Malheureusement, l’énergie électrique se stocke très mal (batteries). Le choix de l’hydrogène comme vecteur de stockage n’est pas vraiment nouveau. Romano Prodi, dans une conférence prononcée le 16juin 2003, disait « Nous affirmons clairement ce qui rend le programme européen sur l’hydrogène réellement visionnaire. Notre objectif est de passer graduellement à une économie de l’hydrogène totalement intégrée et fondée sur les sources d’énergies renouvelables d’ici le milieu du siècle ». Si l’on ne prend que le cas de l’Europe, comment distribuer dans tout le continent l’énergie produite par des millions de bâtiments ? Le quatrième pilier y répond.
  • 4°) L’utilisation de la technologie de l’Internet pour transformer les réseaux électriques de tous les continents en inter-réseaux, comme en un vaste réseau multi-nodal mondial. La technologie informatique et les compteurs intelligents sont parfaitement capables de gérer ce réseau. Vous avez des besoins en raison du froid, d’un surcroît d’activité ? Tel un Internet électrique, le réseau transporte l’énergie depuis les zones qui sont en stockage excédentaire parce qu’il fait nuit et que le temps est clément. A l’inverse, votre électricité excédentaire parce qu’il fait grand vent est revendue au réseau et va servir une région de calme plat et de brumes froides. Mais la production électrique ne s’arrête pas là, voyez le cinquième pilier.
  • 5°) Le changement de moyens de transport, en choisissant des véhicules électriques branchables ou à pile à combustible, capables d’acheter et de … vendre de l’électricité sur le réseau mondial. Il s’agit de véhicules à énergie électrique et munis d’une pile à hydrogène. Sans énergie, ils se rechargent sur des bornes qui équiperont routes, autoroutes, collectivités et particuliers. En roulant, ils produisent de l’électricité qui est stockée sous forme d’hydrogène. Et, à l’arrêt, ce qui représente la majorité du temps, ils sont branchés sur le réseau pour distribuer leur électricité excédentaire et ne conserver que le strict nécessaire pour repartir.

    Un rêve, une fiction, une utopie, une folie ?
    Nul ne saurait le dire avec certitude. Ce qui est vrai, c’est que ce schéma est techniquement réaliste et réalisable. Ce qui est vrai, c’est que les chercheurs et les premières entreprises pilotes travaillent en ce sens. Ce qui est vrai, c’est que les cinq piliers de cette nouvelle révolution industrielle sont adoptables par tous les continents, tous les pays, y compris les plus pauvres et les plus déshérités de notre planète. Ce qui est vrai, c’est que ce développement industriel sera créateur de centaines de milliers d’emplois. L’auteur donne des chiffres, mais gardons-nous de les prendre pour vérité absolue. Ce qui est vrai, enfin, c’est que cette perspective de troisième révolution industrielle met à mal toutes les théories de décroissance volontaire ou subie. De plus, en respectant les objectifs d’une société décarbonée.

    La suite du livre est beaucoup moins plaisante. Jeremy Rifkin développe ses idées sur ce que pourrait être la civilisation de la troisième révolution industrielle. Le fait que la production d’énergie soit extrêmement décentralisée suscitera la naissance d’une société dans laquelle les états se regrouperont par intérêts continentaux, où les relations hiérarchiques se feront latéralement et non plus verticalement, où la propriété s’effacera au bénéfice des services collectifs, où l’enseignement sera « latéral »et partage d’expériences, où l’homme retrouvera ses liens originels avec les animaux et la nature, où le travail lui-même disparaîtra pour que ne subsiste que le travail social et gratuit … bref, « c’est seulement quand nous commencerons à penser en famille étendue mondiale – famille qui ne comprend pas seulement notre propre espèce, mais aussi tous nos compagnons de voyage dans cet habitat évolutionniste qu’est la Terre – que nous serons capables de sauver notre communauté biosphérique et de régénérer la planète pour nos descendants ».
    Rien n’oblige à souscrire à cette profession de foi au sens littéral du terme. Commençons déjà par mettre en place les cinq piliers de l’autonomie énergétique et nous verrons bien comment évolue notre monde.

    Dans notre région, en Rhône-Alpes, près de Grenoble et son pôle scientifique, il existe des entreprises dont l’activité s’inscrit résolument dans ce schéma. Citons McPhy Energy (http://www.mcphy.com/fr/), dont l’objet est entièrement orienté vers le stockage de l’hydrogène solide (hydrures métalliques), citons SymbioFCell (http://www.symbiofcell.com/), qui s’est donné pour objectif d’équiper les véhicules de piles à combustibles de façon à accroître leur autonomie électrique. L’un d’entre eux, la Green GT H2, participera aux prochaines 24 Heures du Mans.
Green GGT H² (C)

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On va continuer de parler d’essence

Ainsi, ils l’ont fait (Discussion-dans-un-parfum-d-essence) !
Ils ont réduit le prix de l’essence, la promesse a été tenue. Si les français et la presse avaient demandé que le pain et le vin soient gratuits, peut-être bien qu’ils l’auraient fait également au motif que 99% des sondés y étaient favorables !

« Coup d’épée dans l’essence » a titré « Le Monde ». Et c’est bien exact, d’autant plus que le prix à la production est actuellement, sur la dernière quinzaine, à la stabilisation. Ce qui fait que les trois centimes dont se prive le gouvernement et qu’il prend dans notre poche droite pour le redonner à la poche gauche des automobilistes ne sont que d’une utilité et d’une efficacité très relatives. Le complément apporté par les distributeurs revient à une baisse d’environ 2% (http://www.automobile-club.org/se-deplacer-mobilite/prix-des-carburants.html) de tous les carburants.

Mais plus paradoxal encore est l’appel lancé par les ministres des finances du G7 pour « inviter » l’OPEP à augmenter sa production dans le but de faire baisser les coûts. Il y a quelque chose de surréaliste dans cette demande faite à l’initiative de NOTRE ministre des finances. De surréaliste et d’un peu « colonialiste ». C’est à se demander si ces gens ont vraiment tout compris du monde actuel !

Car enfin, les pays producteurs de pétrole n’ont pas pour vocation première de satisfaire les économies occidentales, mais bien d’assurer leur propre développement, leur propre croissance. On peut débattre à l’infini de leurs choix de développement, mais il est évident que seul un pétrole « assez cher » est à même de leur rapporter des devises. Il existe un prix de vente du baril qu’ils s’évertuent à préserver en jouant sur la production.

Par ailleurs, augmenter la production, n’est-ce pas reculer pour mieux sauter ? Les réserves ne sont pas infinies, selon les régions la production a atteint, ou va atteindre, son « Peak Oil », et il faudra bien remplacer ce pétrole par une autre énergie, ou par une … économie d’énergie.
Ainsi que l’indique le lien ci-dessus, le prix des carburants en France (y compris avant l’opération douteuse de baisse des prix) était inférieur à ce qu’il est en Grande-Bretagne, en Suède, en Norvège, en Italie, aux Pays-Bas, en Suède, au Portugal, en Belgique, au Danemark et même en Grèce. Il fut un temps où les écologistes appelaient de leurs vœux un prix de carburant à 2, voire 3 € le litre. Ils y voyaient un excellent moyen pédagogique pour réduire la consommation, favoriser les transports en commun, développer le co-voiturage ou le travail à domicile. Est-ce que cette pédagogie a joué son rôle dans les pays cités plus avant ?
Il serait bien de l’entendre dire. Mais, les écologistes, on ne les a pas beaucoup entendus sur ce sujet ces derniers temps !

(C)Charles Platiau/Reuters
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Discussion dans un parfum d’essence

Quelques excuses pour une aussi longue absence: tout d’abord, cette période électorale n’a pas franchement été très inspiratrice dans la mesure où les sujets favoris de ce blog sont justement ceux qui n’ont pas été (ou si peu) abordés par les candidats.
Ensuite, le mois de mai est le mois de l’Europe (qui le sait ??) et nous nous sommes plutôt engagés en faveur d’une action concertée (http://blog.quadrivium-europa.eu/) avec divers Comités de Jumelage et surtout des liens avec des citoyens d’Allemagne, d’Italie, de Roumanie ..

Voilà c’est fait, un nouveau gouvernement est en place dont on peut attendre à tout le moins un plus grand respect de la République. Pour le reste, on verra à l’usage car, de toutes façons, l’exercice sera TRES difficile.
Ce soir, les premières décisions à caractère symbolique sont tombées. Il en est une, cependant, qui reste en sursis. C’est celle qui concerne le blocage du prix des carburants. La raison en est bien simple: depuis quelques dizaines de jours le prix des carburants est à la baisse et on ne bloque pas des prix lorsqu’ils sont à la baisse !

(DR)

Cela n’empêche cependant pas de réfléchir à cette proposition électorale. Electorale ou électoraliste ? Plus directement, le blocage des prix des carburants n’est-il pas une triple erreur: fiscale, politique et écologique ?

Une erreur fiscale.

Michel Sapin, nouveau ministre du travail, est allé, ces derniers jours, jusqu’à parler de la TVA perçue par l’Etat sur les carburants dont le coût est trop élevé comme d’une « TVA indue » qu’il faut restituer au consommateur. La notion de taxe indument perçue est, à l’évidence, avant tout morale. Mais la morale est-elle une bonne conseillère en matière fiscale ? Si la réglementation fiscale prévoit une taxation en pourcentage de la valeur, cela doit s’appliquer quelles que soient les variations de cette valeur. La règle ne peut être modifiée de façon arbitraire pour telle ou telle marchandise et pas pour une autre: gaz, huile d’olive ou abonnement téléphonique !
Si la morale doit prévaloir en matière fiscale, alors il vaudrait peut-être mieux s’attarder sur les taxes amoralement perçues (sans morale) sur les jeux de hasard, l’alcool et le tabac. Si cela n’est pas fait, c’est qu’elles rapportent trop à l’Etat, davantage sans doute que les dégâts que causent les produits en question. Alors pourquoi deux poids et deux mesures quand il s’agit de l’essence ?
Enfin, bloquer le prix des carburants revient à mettre en œuvre une injustice fiscale, car on ne peut à la fois prétendre aider les classes moyennes dans leurs déplacements et financer le carburant des 4 X 4 et autres véhicules de luxe !

Une erreur politique.

Bien évidemment, tout un chacun s’est fait la remarque: le prix de l’essence monte, on décide de le bloquer pendant trois mois. Que fait-on à l’issue des trois mois si, pendant ce temps-là, le prix « officieux » a continuer d’augmenter ? On prolonge le blocage ? On cherche une autre formule ? Si c’est pour en arriver là, autant chercher l’autre formule tout de suite !
Une bonne réponse à un problème ne se trouve que si le problème en question a été correctement posé. Lors de la campagne, François Hollande a déclaré que le surcoût du carburant pouvait atteindre 200 € par mois ! Quelle que soit la période prise en compte, ce surcoût est … impossible.
Prenons l’exemple du SP98, dont le prix moyen était de 1,55 € en novembre 2011. Le prix moyen constaté fin avril 2012 était de 1,71 €. Soit un surcoût de 0,16 €. Sur cette base de surcoût, 200 € représenteraient 1250 litres de carburant par mois !! Pour un véhicule consommant 9 litres au 100 km en parcours urbain, cela fait un kilométrage mensuel de … 13900 km. Et, pour un couple, près de 7000 km chacun. Impossible ! Impensable !
Des références: France Inflation (http://france-inflation.com/graph_carburants.php) ou Zagaz (http://www.zagaz.com/stats.php).

Pourquoi faire appel à des raisonnements erronés et à des calculs faux pour subventionner les carburants ? Et d’ailleurs, que doit-on subventionner ? Un besoin ou « une » réponse à ce besoin ? L’Egypte subventionne la farine et le pain, depuis des années. Il s’agit pour elle de permettre l’alimentation de ceux qui n’ont pas de ressources. En fait, ce qui est aidé, c’est le besoin de se nourrir et il n’existe pas d’alternative à ce besoin: si l’on n’a pas les moyens de se nourrir, il ne reste que le pain subventionné. Et soyons rassuré quant à la justice fiscale: les riches n’achètent pas l »’aïch baladi » (le pain populaire) !
Par contre, le besoin de se déplacer doit pouvoir trouver d’autres réponses, toutes aussi satisfaisantes, que la seule utilisation individuelle du pétrole et des carburants !! Cela nous amène à la troisième erreur.

Une erreur écologique.

Il fut un temps où les écologistes rêvaient d’un litre d’essence à 10 €. En raison de la raréfaction du pétrole (pic pétrolier), ils y voyaient un solide argument pour que la consommation de carburant soit drastiquement réduite et que des solutions de remplacement pour les déplacements quotidiens soient imaginées. Ce raisonnement faisait partie de la « pédagogie des catastrophes » chère aux écologistes. Mais il n’y a plus d’écologistes ! Leur score aux Présidentielles ne mérite même pas que l’on s’y attarde. Les leaders politiques ne pensent qu’à négocier des places au Parlement ou des portefeuilles dans les ministères. Les autres se sont tus ou répètent un catéchisme sans plus y croire.

Pourtant, et sans atteindre 10 €, un litre d’essence à 2 € aurait beaucoup d’avantages. Il permettrait, par simple effet mécanique, de limiter la circulation en distance parcourue et en vitesse. Or moins de vitesse + moins de kilomètres = moins de morts !

Il permettrait à chaque usager actuel de se poser vraiment la question des économies et donc d’utiliser les transports en commun, d’utiliser des moyens de transport alternatifs, de co-voiturer. Personne ne pourra s’exclure de cette réflexion et de ses solutions, car il n’est pas une seule personne, même la plus isolée à la campagne, qui n’ait pas un bout de chemin commun avec une autre personne lorsqu’elle va faire ses achats ou lorsqu’elle part au travail !
Comment faire ? Vivre, se déplacer et travailler en réseau ! Ou utiliser les réseaux pour vivre, se déplacer et travailler !
Et mettre en commun les horaires, les véhicules, les parkings …
Quel(le) ministre est prêt(e) à engager le débat sur cette nécessaire évolution des mentalités ?

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L’électricité, un droit pour tous

Dans un récent rapport cité par Le Monde du 11 octobre (http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/10/11/le-defi-de-l-acces-universel-a-l-energie_1585694_3244.html), l’Agence Internationale pour l’Energie (AIE) souligne que 1,3 milliard d’humains (soit 20% de la population mondiale) n’ont pas accès à l’électricité et que cette situation justifie la mise en place d’un plan d’action international.

Biosphère, sans doute le commentateur le plus tranquillement totalitaire de toute la blogosphère écolo-radicale, s’insurge contre cette idée et pose la question: « L’électricité est-elle un droit ? » Afin d’étayer cette question philosophique qui mérite effectivement réflexion, il feint grossièrement de n’attribuer à l’électricité pour seules fonctions de faire tourner nos téléphones mobiles et éclairer nos nuits  »a giorno ».

Nous ne lui ferons pas l’injure (car il le sait !) de lui rappeler que l’électricité, c’est aussi un usage domestique (éclairage, chauffage, eau chaude, climatisation, réfrigération, cuisinières et fours, autres appareils ménagers, radio, TV, ordinateur et téléphone de nos maisons), c’est aussi un usage industriel (machines, moteurs électriques, pompes, automatismes, centres de données (qui servent tant à Biosphère pour diffuser ses idées)), et c’est enfin un usage collectif, communautaire, comme l’éclairage de sécurité de nos rues, certes, mais surtout dans le domaine de la santé (radiothérapie, radiographie, endoscopie, scanner,..).

On peut s’éclairer à la bougie (!), mais on ne peut pas se passer de tout ce que l’électricité aide à faire tourner. On peut trier les usages de l’électricité en fonction de leur intérêt individuel et collectif, mais on ne peut pas tout condamner.

L’homme a cinq besoins incontournables: le sommeil, l’alimentation, l’affection, la connaissance et le jeu (dixit Umberto Eco). Il est au moins deux, voire trois, de ces besoins (l’alimentation, la connaissance et le jeu) qui ne peuvent être garantis et développés que par l’usage de l’électricité.
1) L’alimentation qui exige la conservation par le froid et la cuisson afin d’économiser le bois là où il n’y en a déjà plus.
2) La connaissance qui exige l’existence d’un réseau d’informations: téléphone, radio, télévision, informatique, vidéo, …
3) Enfin le jeu, éventuellement, parce qu’il peut rejoindre les réseaux dont il est question ci-dessus.

Parce que l’électricité satisfait aux usages individuel, industriel et collectif dont nous avons parlé ci-dessus, parce que l’électricité permet l’épanouissement de fonctions essentielles à l’homme, nous soutiendrons que l’électricité est un DROIT.
Ce droit se situe dans le même ordre d’idée que le droit à l’eau potable, que le droit aux traitement des eaux usées, que le droit à la collecte des déchets, que le droit à se voir proposer des systèmes de déplacement afin de circuler librement, que le droit à accéder à une information mondiale, etc, etc …

l’AIE et l’ONU ont souligné que la pauvreté, le changement climatique, la rareté de l’eau, la santé, la crise alimentaire, l’égalité des chances pour les femmes ont un lien étroit avec l’absence d’énergie.
Contestant cette analyse, Biosphère réaffirme, c’est une habitude, que la pauvreté est avant tout la conséquence d’une société pas assez solidaire et de … sa surpopulation. Malthusianisme, quand tu nous tiens ! Et, sur son blog (http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/10/12/lelectricite-ou-la-sagesse-il-faut-savoir-choisir/), il dénonce le fait que « l’accès de tous aux énergies « modernes » butera sur la problématique du financement: les riches ne partagent pas ».

Dans la mesure où le développement de l’énergie électrique moderne concerne tout autant les pays riches que les pays en développement,
parce que les pays riches se satisfont actuellement des fonds de pétrole et que les pays pauvres sont bien encombrés de leurs révoltes et de leur .. pauvreté,
parce que les sites susceptibles de produire une énergie propre ne sont pas aussi nombreux dans les pays industrialisés que dans les autres,
parce que les conditions climatiques sont souvent plus favorables chez les seconds que chez les premiers,
cette affirmation du financement impossible n’est pas tout à fait exacte. Il existe des projets en zone saharienne, TREC par exemple (http://www.terre-finance.fr/L-energie-solaire-du-Sahara-se-prepare-a-eclairer–vtptc-1692.php) du même type que la centrale solaire thermodynamique (centrale à concentration) qui vient d’être inaugurée en Espagne, mais en plus grand encore. Ces projets n’avanceront que si pays riches et pays en développement sont intéressés à leur réalisation.

Centrale à concentration solaire (DR)

Faire avancer le débat nécessite d’associer pays producteurs et pays consommateurs et d’imaginer des structures de distribution de l’énergie produite. Chacun sait que l’électricité ne se stocke pas (en tout cas pas directement), il faut donc distribuer cette ressource au fur et à mesure de sa production. Créer des câbles sous-marins, sorte d’électroducs, concevoir un réseau international, by-passer la production d’une zone géographique à l’autre selon les besoins exprimés, l’heure et le fuseau horaire, apporter sur l’ensemble des garanties de protection et de protection de l’installation.

Pour exemple, l’Inde lance un appel d’offres (http://www.lemoci.com/011-59724-1-Appel-d-offres-transport-de-l-electricite-solaire-dans-le-Gujarat.html) pour le transport de l’électricité produite par une centrale solaire de 500 MW, celle de Paranka.

Mais cette stratégie de réseau mondial ne plaira pas à Biosphère ! son projet de social-écologie, de Deep Ecology, ne s’accommode que de la relocalisation et s’oppose à toute notion de réseau.

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Primaires, croissance et petites voitures

Nous voici au bout de la dernière ligne droite et dans quelques heures sera connu le nom de celle ou de celui qui défendra les couleurs de la gauche socialiste aux prochaines présidentielles.
Nous n’allons pas gâcher notre plaisir. Ces primaires ont été une excellente occasion de parler de « politique » dans notre pays, ce qui n’est pas si fréquent que ça. Habituellement, on y parle bien davantage de scandales, de coups bas ou de valises de billets, ce qui n’est pas vraiment de la « politique ».
Ces primaires porteront également, si les électeurs se déplacent massivement, le renouveau, venu de l’extérieur, du parti socialiste, un parti où les éléphants et les militants devront faire preuve de modestie et d’ouverture, l’exact contraire d’un parti sénatorial.

A vrai dire, ces primaires ont été tellement passionnantes que la droite rêve d’en faire autant, ne serait-ce que pour retrouver quelques micros et quelques caméras. Fillon nous dit qu’il n’en est pas question avant 2012 puisque le président sortant est candidat. Cela n’est pas exact. Le président sortant n’est pas candidat et ne le sera, peut-être, qu’en février. Et il y a dans cette déclaration un manque certain de courage. Imaginons des primaires à droite. Soit Sarkozy est désigné comme le candidat et, en ce cas, il est suffisamment légitimé pour qu’il n’y ait aucune ambigüité à le voir solliciter un second mandat. Ses challengers n’auraient que la possibilité honorable de se retirer. Soit il n’est pas désigné et cela signifie a) que ses troupes se divisent et partent en débandade, b) qu’un(e) autre que lui fait mieux l’affaire, c) que les électeurs ne voteraient pas davantage pour lui. Dans ce cas, il est sans doute plus profitable de le savoir en février que d’attendre une sanction en mai.

Candidats aux Primaires de la gauche (DR)

Revenons à nos primaires et aux candidats socialistes. Bien évidemment, il leur a manqué du temps nécessaire pour aborder l’agriculture, la politique étrangère, … tous sujets qui se sont résumés à des phrases choc ou des expressions iconiques.
Il est cependant trois secteurs de l’actualité qui ont été totalement ignorés, et ceci par tous les candidats.

Il s’agit tout d’abord de l’Europe et de la nécessaire évolution vers davantage de fédéralisme. Seul Baylet a ici rappelé ses convictions. Il s’agit ensuite de la coopération avec les pays en développement (la citation à deux reprises du discours de Dakar par Martine Aubry ne tient pas lieu de politique !), du dialogue nord-sud, de la place de la France en Méditerranée, dans le Maghreb, au Proche-Orient et ailleurs dans le monde. Alors que les « printemps arabes » ne débouchent toujours pas sur davantage de liberté, d’indépendance et d’initiative, alors que les élections à venir sont lourdes de risques quant à la confiscation des espoirs, personne n’en a parlé. Tout comme personne n’a simplement posé la question du « Que fait-on en Afghanistan ? ». Pour des candidats à la présidentielle qui savent que la politique étrangère relève d’un pré-carré régalien, il y a là un singulier décalage. Ils sont restés bien franco-français !

L’autre secteur ignoré est celui du choix de développement pour notre pays et, au-delà, pour l’Europe et le reste du monde. Croissance ou décroissance ? La question ne se pose même pas ! Le salut est dans la croissance ! Quant à savoir quel type de croissance, cela n’interpelle aucun candidat potentiel. Si l’on envisage, peut-être, à l’horizon 2050, une possible raréfaction du pétrole, alors Ségolène Royal a une réponse toute trouvée: la voiture électrique dont SA région s’est faite la championne. Singulière pauvreté de raisonnement.

Tout d’abord, parce que le pétrole ne sert pas uniquement à fabriquer l’essence et le gazole de nos véhicules, le fioul lourd de nos bateaux ou le kérosène de nos avions. Certes, cela représente 60% du pétrole pompé. Mais les 40% restant servent à fabriquer les plastiques omniprésents, les matériaux de construction (isolation) et une vaste catégorie de produits chimiques (médicaments, engrais, alcools, huiles, cires, solvants, détergents, bitume, …). Dans ces 40% on trouve encore le pétrole utilisé pour faire tourner les industries majeures (acier, verre, …), les centrales électriques, le chauffage industriel, collectif et domestique, …

Alors, remplacer tous nos véhicules à moteur thermique par des véhicules électriques implique toujours une énorme consommation de pétrole: pour fabriquer ces nouveaux véhicules, qu’ils soient en acier ou en plastique, pour fabriquer les batteries, pour fabriquer l’énergie de ces batteries, …
Certes, au cœur des villes, à l’échelle des micro-transports, la solution de la voiture électrique est à prendre en considération. Mais dans l’ensemble de la société ? Combien de voitures dans le monde ? Un milliard, un milliard trois cent millions selon le compteur de Carfree (http://antivoitures.free.fr/). Dont 60 millions de plus rien qu’en 2011.
Il faut savoir que ce gros milliard de véhicules est essentiellement distribué en Occident: 815 véhicules pour 1000 habitants aux USA, 690 en Italie, 610 en Espagne, 600 en France et au Japon, 570 en Grande-Bretagne, 550 en Allemagne, 245 en Russie, mais seulement 150 au Brésil, 42 en Chine et 18 en Inde.

Les constructeurs redoutent la crise qui fait baisser leurs ventes … en Occident. Mais ils rêvent tous des ventes qui augmentent dans les pays en développement. Prenons l’exemple des BRIC: ces augmentations sont de 6% en Chine, 7,5% au Brésil, 15% en Inde, 56% en Russie, rien que pour l’année qui vient de s’écouler entre août 2010 et août 2011.

Faisons le même rêve que les constructeurs. La société de croissance poursuit son développement dans ces nouveaux pays avec les mêmes critères que ceux qui prévalent actuellement en Occident. Soyons réalistes et retenons le modèle français, soit 600 véhicules pour 1000 habitants (6 véhicules pour 10 personnes, parents, enfants et grand-parents compris !)

Le Brésil (194 millions d’habitants) dispose déjà de 150 véhicules pour 1000 habitants. Il lui faut en acquérir 600-150 = 450, soit 87 millions de véhicules (à population constante).

La Russie (142 millions d’habitants). C’est 50 millions de véhicules qu’elle doit acquérir pour passer de 245 à 600 véhicules pour 1000 habitants.

L’Inde (1 155 millions d’habitants). Même s’ils sont du type de la Nano Tata (Tata-Nano), ce sont … 672 millions de véhicules qui sont nécessaires pour atteindre le même taux de pénétration du véhicule individuel.

Enfin la Chine. Avec son milliard 330 millions d’habitants et son taux de 42 véhicules pour mille habitants, il lui faut s’équiper de … 838 millions de véhicules.

Soit, à population constante et pour ces seuls 4 pays des BRIC une mise en circulation sur  »x » années de 1 milliard 650 millions de véhicules, davantage que ce qu’il y a actuellement sur la planète.

Ce n’est plus un rêve, c’est un cauchemar. Alors, on entend dire « Il ne faut pas que ces pays choisissent ce mode de développement et de croissance ! ». Qui leur dit ça ? Qui leur en donne l’exemple ? Qui leur montre un contre-exemple ?Qui leur parle de transports collectifs ?Qui leur propose de rééquilibrer logement et travail ? (sans compter qu’il y a là des réponses à nos questions sur les banlieues !).

Oui, même passionnantes, ces primaires nous laissent sur notre faim et d’autres débats doivent encore avoir lieu. Notre conviction quant à la décroissance est bien connue, cela n’interdit pas de s’intéresser à ce qu’en dit le « candidat de la décroissance », Clément Wittmann (http://www.clementwittmann2012.fr/) !! Une façon de rééquilibrer les manques du discours socialiste …

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Pétrole

Collapse

Les vidéos conspirationnistes, les vidéos « fin du monde », les vidéos qui développent les thèses du complot, tout cela n’a qu’un intérêt très limité. Et pourtant, l’Internet et la blogosphère en sont remplis, cela déborde.

« Collapse » n’est pas tout à fait de cet ordre. L’homme interviewé, Michaël Ruppert, se veut un « lanceur d’alertes ». A vrai dire, il n’a aucune compétence particulière pour aborder les questions dont il parle. Il était policier (LAPD), quelque peu espion et son principal fait de guerre est d’avoir dénoncé des trafics de drogue initiés par la CIA, sans doute pour compromettre des personnalités et des hommes politiques à éliminer.

Mais Michaël Ruppert s’est passionné pour UN sujet, celui du peak oil et de ses conséquences. Il nous affirme que la production pétrolière est à son sommet et qu’elle ne fera que baisser et que RIEN ne viendra la remplacer avec la même efficacité et les mêmes capacités, même pas le soleil et le vent. Et que s’il y a complot, c’est que nos gouvernants le savent tous et que leur unique volonté est de le cacher à leurs populations. Car, la fin du pétrole et l’impossibilité de le remplacer, c’est la fin de notre civilisation, l’effondrement (collapse).

Non seulement, nous ne mettrons plus d’essence dans nos voitures, mais nous ne pourrons plus fabriquer de voitures, ni d’engrais, ni de peintures, ni de vernis, ni de matériaux de construction, ni de … brosses à dents !

Nous sommes entrés dans la période d’effondrement de notre civilisation et les tensions financières, les émeutes, les révoltes en sont les prémices et la preuve.

Michaël Ruppert parle avec sérieux, avec émotion parfois (feinte ?) et son message n’en paraît que plus crédible. L’effondrement de notre société se traduit par plusieurs périodes. tout d’abord, l’incrédulité, le déni, « ce n’est pas vrai », puis la colère destructrice, la violence et la révolte, comme en Grèce ou en Angleterre, mais partout dans le monde et sans doute dans les pays arabes, nous dirait Ruppert si ce texte ne datait pas de 2009.

Ensuite, le marchandage, « j’aurais peut-être pu faire autrement », « et si j’essayais ça ? ». Viennent ensuite, la dépression et l‘acceptation, et ce n’est qu’à ce moment-là que l’on trouve la force de remonter.

Là où Ruppert se distingue de beaucoup d’autres prophètes, c’est qu’il n’aborde aucunement la notion de réchauffement climatique. Le seul moteur de notre humanité est l’énergie. Au fur et à mesure que celle-ci croissait, les masses monétaires en jeu ont augmenté et la population s’est mise à croître. LA courbe est unique des finances mondiales, de la démographie et de la production pétrolière. Lorsque la production d’énergie diminuera, et cela est inévitable, toutes les courbes s’effondreront.

Alors, que faire ?

– acheter de l’or en barre et détruire ses cartes de crédit,
– isoler sa maison,
– se débarrasser de tous les produits chimiques,
– se satisfaire d’une seule ligne de téléphone fixe,
– acheter des livres sur la médecine naturelle,
– acheter des semences (des vraies qui font des graines qui germent à leur tour),
– et cultiver son jardin.
Bref, autosubvenir à ses besoins et penser « local » exclusivement.

Alors, à chacun d’en juger. Cela rejoint l’attitude de C. Schmidt et ne répond pas davantage aux interrogations que pose son attitude.

Dans un cas comme dans l’autre, la réaction est strictement individuelle, en attendant la phase d’acceptation qui permettra peut-être de trouver des idées pour reconstruire une civilisation !

Et puis, confier ses économies à de l’or en barre, à combien d’Africains, à combien d’Indiens ou de Chinois cela est-il possible ? L’effondrement que l’on nous promet avec tant d’insistance et de capacité de persuasion, nous entraîne vers un monde bien peu solidaire. Un monde où chaque pays, chaque petite région, chaque petite collectivité, chaque famille devra défendre le peu de ses biens et ses terres pour manger.
La fin des guerres n’est pas pour demain.

Alors « Collapse », il faut le regarder. Cela dure 80 minutes (en deux parties) ! Il ne faut pas le regarder si vous avez 80 minutes à perdre. Non, il faut le regarder en lui consacrant 80 minutes de votre temps. Afin de savoir ce qui nous attend …. ou afin de savoir ce qu’il faudrait faire pour que cela n’advienne pas …

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Ecologie

Péril climatique et développement

La reprise économique devait bien finir par arriver et, avec elle, la remontée des perturbations de l’environnement. L’AIE a publié le 30 mai un document soulignant que les émissions de CO2 induites par les consommations d’énergies fossiles ont atteint en 2010 le niveau record de 30,6 gigatonnes, soit 5% de plus qu’en 2008.
Bien entendu, aussitôt, les experts et les diplomates s’affrontent pour évaluer les conséquences de ce « record ». Les premiers considèrent que la limitation de la hausse des températures moyennes dans le monde à 2°C est une cause de plus en plus difficile à défendre. En effet, il faudrait d’ores et déjà que la production de CO2 diminue, au lieu d’augmenter, ou, à tout le moins, qu’elle n’augmente que d’une infime proportion (0,3-0,5%) chaque année et pendant plusieurs décennies.


Quant aux diplomates, chargés de défendre les intérêts de leurs pays respectifs, les voilà s’affrontant sur la responsabilité et les devoirs des uns et des autres.
Les « uns » étant les pays développés qui sont sommés de faire des efforts et de montrer la voie, au motif de leur « responsabilité historique ». Ils ont été, en effet, les premiers et sont toujours de grands consommateurs d’énergies fossiles afin d’assurer leur expansion économique ou simplement garantir le niveau acquis de celle-ci.
En face d’eux, les « autres » sont les pays en développement, et notamment la Chine et l’Inde qui sont à l’origine de 75% de l’augmentation des émissions, selon l’AIE. Ces pays sont donc fermement invités à faire, eux aussi, des efforts en vue de la réduction de leurs émissions. Ils ont cependant tendance à se défausser quelque peu de cette responsabilité en arguant de l’immobilité des pays développés.

Ils sont également soutenus dans cette attitude par quelques groupements écologiques (RAC: Réseau Action Climat) qui défendent l’idée que « les pays riches délocalisent leurs productions vers les pays du sud, et donc délocalisent leurs émissions ». Cela n’est pas totalement faux. Cependant, cette position risque d’entraîner une grave erreur d’analyse sur le court terme.
Les pays en développement ne sont plus, et la Chine en particulier, l' »atelier du monde ». Ces pays se développent désormais pour eux-mêmes: fer, acier, ciment, pâte à papier, engrais, automobiles, logements, trains, … font partie des plans de croissance. L’urbanisation avance à pas forcés.

Prenons l’exemple d’un pays dont on parle peu sous l’angle économique (mais davantage à propos de son éventuelle adhésion à l’Europe): la Turquie. Est-ce un pays développé ? Pas encore ! Est-ce un pays émergent ? Déjà plus !
Le 12 juin prochain auront lieu les élections législatives et le pays est traversé de caravanes sonores et animé de meetings colorés. Le parti AKP du premier ministre Recep Tayyip Erdogan est bien parti pour remporter ces élections … et les suivantes ! Il y croit puisqu’il articule sa campagne autour de l’année … 2023, l’année du 100° anniversaire de la proclamation de la République.
Les slogans dressent un bilan des années 2002 à 2010. Ce bilan est un édifiant témoignage du développement exponentiel du pays. La production de CO2 n’est pas mesurée ! Mais la Turquie pouvait-elle, avait-elle le droit de faire autrement ?

  • Le budget de la santé est passé de 3,91 milliards de lires turques en 2002 à 13,4 milliards en 2010 (+242% !)
  • Le budget de l’éducation est passé de 7,5 milliards à 28,5 milliards (+280% !)
  • Le budget de l’enseignement professionnel de 2 millions de lires turques à 270 millions.
  • Les salles de classe sont passées de 100 élèves à 20 élèves.
  • Les unités de soins intensifs de 869 à 8100.
  • Les constructions de logements de 43145 entre 1983 et 2002 à 458758 entre 2003 et 2010.

Au-delà d’un bilan et de slogans électoraux, le fait est là, la Turquie est entrée dans le concert des pays développés et des pays émetteurs de CO2 !
Le quotidien « La Croix » de ce jour parle assez bien des « tigres anatoliens » (http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Les-tigres-anatoliens-tirent-la-croissance-turque-EP-2011-06-05-621869) qui portent cette expansion.


Ce développement sera celui que prendront tous les pays émergents, aujourd’hui en Asie et en Amérique Latine, demain en Afrique.
Il devient donc urgent de trouver une autre forme de développement et de cesser d’invoquer une impossible, une impensable décroissance. Les pays neufs n’ont aucun désir de décroître, ils ont l’ambition d’apporter à leurs peuples les « bienfaits » que nous avons connus depuis près d’un siècle, à défaut de quoi ces peuples émigreront ailleurs.

Il devient donc urgent de proposer des alternatives énergétiques plus conséquentes que les éoliennes ou les panneaux photovoltaïques, surtout si ceux-ci doivent être accompagnés de multiples bassins de stockage à plusieurs niveaux pour transformer une énergie volatile en énergie disponible.

Utopie ? que la mise en réseau mondial de la production, de la distribution et de la consommation d’énergie propre ? Car il existe toujours un lieu pour produire l’énergie capable d’alimenter le lieu qui en a besoin. L’information, le trafic aérien, la marché sont bien construits en réseaux mondiaux: pourquoi pas l’énergie propre ?

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Pétrole

La CGT, Dunkerque et Total

Les périodes pré-électorales sont propices à ce genre d’affaires et de conclusions désastreuses. Après quelques jours de blocage des raffineries, et sous la forte pression du gouvernement, la CGT vient d’obtenir l’engagement de Total de ne fermer aucune raffinerie française pendant cinq ans, à l’exception de celle de Dunkerque qui sera soit rouverte, soit transformée en une autre activité industrielle. Sur ce dernier point, il n’y a aucune différence par rapport aux précédentes déclarations de Total qui déclarait cesser les activités de la raffinerie sans licenciement.

Objectivement, cette grève n’avait même pas pour motif le maintien des emplois, mais le maintien strict d’une activité industrielle existante. Et c’est là qu’il y a problème.

« A défaut de changements majeurs de son modèle économique, la France s’oriente au cours de la prochaine décennie vers une croissance bloquée en dessous de 1 % par an, un chômage permanent, une spirale de déficits de la balance commerciale et des comptes publics, avec une impasse structurelle de 5 % du PIB. Les remèdes sont connus. Du côté du marché du travail, la priorité doit aller au soutien de l’emploi, à l’accompagnement personnalisé des chômeurs, à l’intégration des immigrés, à la formation initiale et continue, enfin et surtout, à la flexibilité. Mais la clé demeure le rétablissement de la compétitivité qui passe par le développement prioritaire du secteur marchand, notamment de l’industrie, par un effort de productivité dans le secteur public, enfin par la refondation de la nation* ».

Cela demande des efforts intellectuels, certes, mais la défense de l’emploi ne doit pas (plus) signifier la défense de l’emploi existant. Il serait temps de sensibiliser les salariés à la nécessaire évolution de leur carrière, et de les y aider par l’accompagnement et la formation adéquats. Il y avait, au cours des années 1990-2000 une meilleure prise en compte de la flexibilité que celle que nous constatons actuellement.

Dans cette affaire Total, que voyons-nous ?

Dans cinq ans, quelle sera le besoin en carburants en France ? Alors que les constructeurs sont dans l’obligation de réduire toujours davantage la consommation de leurs véhicules ? Alors que le véhicule électrique et/ou le véhicule à hydrogène auront (espérons-le) pris de l’ampleur ? Alors que les consommateurs auront poursuivi le changement de leurs habitudes, avec plus de covoiturage, moins d’automobiles en centre ville, plus de déplacements doux ? Alors que la consommation baissera pour de simples raisons économiques liées au coût du carburant qui ne manquera pas de remonter, car dans cinq ans nous serons au “Peak Oil” ?

La CGT qui n’a rien compris aujourd’hui, se trompe et trompe les salariés. Dans le cas présent de Dunkerque s’il faut des emplois industriels, ce n’est plus prioritairement dans la raffinerie, mais probablement dans les énergies renouvelables. Il en est de même pour les autres raffineries du groupe et dans cinq ans, il sera trop tard pour le reconnaître.

Grève à la raffinerie de Donges (C)Ouest France Reuters

Pour sa part, Europe Ecologie a fait encore mieux: elle appelle le Groupe Total à la fois « à maintenir l’emploi dans ses raffineries » et à « assurer la reconversion de ses activités et de ses salariés » notant par ailleurs une « absence totale de stratégie industrielle de long terme, dans un monde où le pétrole se raréfie ». Il ne serait pas inutile de clarifier le discours, mais il faudra, là aussi, attendre des lendemains post-électoraux.

*Citation extraite de “Après le déluge. La grande crise de la mondialisation”, de Nicolas Baverez (2009)

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Ecologie

Un nouveau 4 X 4 Renault

En plein forum de Copenhague, Renault annonce qu’il va produire un nouveau 4×4, par le biais de sa filiale roumaine Dacia. Comme cette rubrique n’a pas pour vocation de faire de la pub pour les automobiles, on se contentera de préciser que ce véhicule, le Duster, produira de 140 à 150 g/km de CO².

Ce niveau est supérieur à ce que l’Europe considère d’ores et déjà comme une “norme” à atteindre pour chaque véhicule de chaque constructeur: moins de 140 g/km. Et cette”norme” n’est pas exagérément contraignante, loin s’en faut.

Donc Renault n’a rien compris. Pour sa défense, il déclare que ce véhicule qui sera vendu à un prix record de 14000 € environ, n’est pas destiné au marché européen. Par européen, il doit falloir comprendre Europe de l’Ouest, parce qu’étant fabriqué en Roumanie, il paraît bien difficile de ne pas l’y vendre. Renault nous précise qu’il est destiné à des pays où ce type de véhicules est quasi indispensable (au moins pour les classes moyennes !); la Russie, le Brésil, le Maghreb, la Turquie, (tiens, elle aussi veut faire partie de l’Europe …), le Moyen-Orient, l’Ukraine…

Il est pourtant regrettable qu’un constructeur comme Renault ne se mette pas en pointe pour créer le vrai véhicule tous chemins, dont ont probablement besoin ces pays, qui soit enfin économe en carburant et pauvre en rejets. Non, on va au plus simple, au plus profitable, en reprenant des plateformes et des bases moteurs déjà existantes afin de créer un pollueur de plus. Les pays en développement ont besoin de se développer, certes, mais il est impératif qu’ils le fassent en prenant en compte des paramètres énergétiques et environnementaux draconiens. Il est certainement du rôle des grands industriels de les aider dans ces choix. Ce n’est pas ce que fait Renault !

(C)Dacia Renault Duster

Quant à ne pas vendre ce véhicule en Europe de l’Ouest, on dit: “Chiche ?”. N’est-ce pas déjà le discours que Renault tenait lors du lancement de la Dacia: « c’est pas un véhicule pour la France ! »

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Pétrole

Pétrole: le retour

Trois annonces en moins de 48 heures remettent sur le tapis la question du prix du pétrole et soulignent la complexité de la question. J’ai beaucoup d’affection pour Michel Rocard, mais il est un peu léger et réducteur de sa part de n’affecter qu’au seul rôle des spéculateurs et hedge funds la hausse de cette matière première. Dans un précédent post (Où-l-on-reparle-du-prix-du-pétrole-…] , j’ai eu l’occasion de le dire: la spéculation ne “prend” que sur un terrain favorable, elle ne fait qu’amplifier des mouvements de fond.

Plateforme pétrolière (C)Eric Riopel-GPL

Or, quels sont les mouvements de fond ?

1) L’Agence Américaine de l’Energie revoit à la hausse ses prévisions de consommation mondiale du pétrole. A cause d’une légère reprise en Occident, mais surtout d’une forte demande en Asie. Si la consommation mondiale a diminué de 1,79 millions de barils par jour en 2009 par rapport à 2008, elle pourrait ré-augmenter de 1,10 millions de barils par jour en 2010. Nous ne serions donc qu’à – 700 000 barils par jour de la consommation de 2008, année de la crise. Quelles seront les conséquences de cette reprise de la consommation ? Le prix du baril serait de 75 dollars d’ici à décembre 2010 « parce qu’une forte offre persiste sur le marché ». Qu’en sera-t-il en 2011 ?

2) La Banque Mondiale, pour sa part, s’attend à une demande faible en 2010. Elle estime que le prix moyen du baril serait de 63 dollars (lissé sur un an), au lieu de 55,5 dollars en moyenne en 2009.

3) Enfin, Francisco Blanch, analyste chez Merrill Lynch , est convaincu que le prix du baril va s’envoler de nouveau et ceci pour trois raisons:

  • parce que le marché du pétrole marche de pair avec celui des devises qui se préparent à de grandes tensions,
  • parce que l’OCDE poursuit une politique monétaire laxiste,
  • et parce que des mesures concrètes pour réduire la demande mondiale en pétrole ne sont pas adoptées.

Toutes ces raisons font que le prix du baril pourrait atteindre 82 dollars en 2010 et plus de 100 dollars à l’approche de 2011.

En bref, tout semble redevenir comme avant. Parce que l’on ne change ni de modèle de consommation, ni de modèle financier, ni de modèle économique, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Il est même des commentateurs si optimistes qu’ils n’hésitent pas à annoncer le retour de la prospection pétrolière et des annonces faramineuses qui lui sont liées. C’est ainsi que dans le Golfe du Mexique et au large du Brésil, des gisements “géants” viennent d’être découverts … à 11 kilomètres de profondeur, sous une croûte de sel de 2 km et pour un coût de 240 millions de dollars LE forage !!

Ces “découvertes” ne font que ralentir quelque peu la baisse des réserves mondiales connues. Et, surtout, leur coût d’exploitation (est-elle seulement possible ?) ne saurait plaider en faveur d’un pétrole bon marché.

N’est-il pas temps de passer à d’autres modèles ?