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Ecologie

L’Apocalypse selon Pascal Bruckner

Le 5 novembre, Le Monde avait consacré deux pleines pages à la dénonciation d’un supposé complot des industriels du DDT accusant les écologistes d’être à l’origine de la recrudescence du paludisme en Afrique parce que ce produit y était interdit. Ces deux pages faisaient référence au fait que Pascal Bruckner reprenait cette thèse dans son livre « Le fanatisme de l’Apocalypse: sauver la terre, punir l’homme ». Pour en trouver mention, il a fallu chercher. Jusqu’à la page 177/275, et dans un minuscule passage de …cinq lignes. Le livre précité ne saurait donc se résumer à cette polémique.

Cet essai reprend quasiment toutes les idées qui ont été exprimées ici dans ce blog au sujet des écologistes radicaux (et non pas des écologistes en général !). On y retrouve les commentaires de Latouche sur la décroissance dans les pays du Sud (Décroissance), le droit au développement (Le-droit-au-développement-vu-du-Nord-et-vu-du-Sud), la limitation des naissances, la relocalisation (Avant-Copenhague-les-écolos-(certains)-s-énervent-…), la critique, voire l’interdiction de la voiture individuelle(Niqab-automobile-et-société-social-écologiste), la relocalisation (Le-monde-de-Conrad-Schmidt), les raccourcis « démocratiques » de Dominique Bourg(Démocratie-écologique-ou-dictature-écologique), ou le discours de Michel Rocard (Les-messies-de-l-apocalypse), converti sur le tard à l’écologie radicale.
On y retrouve toutes les personnalités de ce mouvement, toutes citées à un moment ou à un autre dans les plis de ce blog: Yves Paccalet et son « L’humanité disparaîtra; bon débarras ! », Serge Latouche, Yves Cochet, Hervé Kempf, Al Gore, Dominique Bourg et Kerry Whiteside, Jean-Pierre Dupuy, Michel Rocard, Pierre Rabhi, d’autres encore, largement regroupés autour des thèses des philosophes Hans Jonas et Ivan Illich. C’est dire que ce petit livre aurait pu rencontrer notre adhésion, voire notre enthousiasme. Et pourtant, ce n’est pas le cas.

(DR)

Ce n’est pas le cas, parce que la démonstration n’est pas crédible, entachée d’ironie acerbe et de critiques parfois « limites » et contradictoires. Notre conviction est faite qu’il existe un courant écologique qui prône une décroissance de nos sociétés, au motif de la finitude de notre planète et de ses ressources. Nous avons aussi démontré que ce courant ne se caractérisait pas par son sens inné de la démocratie; les propositions élitistes de Dominique Bourg en sont un exemple frappant. Nous avons également posé la question lancinante du développement des pays émergents, et plus singulièrement celui de l’Afrique. A ce jour, les propositions vont du « détachement » de ces pays de l’ensemble mondial afin qu’ils ne suivent pas la même courbe de développement (Latouche) à l’acceptation pure et simple d’une situation de déni de justice; « l’Afrique peut enseigner à l’Occident comment s’accommoder de la frugalité » (Kempf), en passant par la mise en place de programmes autoritaires de limitation des naissances. Ce courant existe bel et bien: il est anti-humaniste, il est anti-démocratique, il est sectaire parce que défendant une pseudo religion de la terre-mère, il est égoïste parce qu’essentiellement occidental, il est malthusianiste parce que voulant imposer une limitation arbitraire des naissances dans les pays en développement, bref, il est dangereux. Il n’est pas, à lui seul, l’écologie. Le dénoncer est nécessaire. Mais le dénoncer n’est pas dénoncer l’écologie.

Alors à quoi sert-il d’enjoliver son propos avec des accusations d’antisémitisme à l’attention de José Bové ? A quoi sert-il d’accuser les radicaux de l’écologie d’être des pétainistes, alors qu’ils sont les premiers à dénoncer tous les écolos-sceptiques comme étant des « fascistes gris » ?, à quoi sert-il d’ironiser sur les tenants de l’amour des animaux et de la chute des séparations entre espèces ? Il y a bien assez à dire dès à présent, dans le cadre d’un débat démocratique et de société, pour ne pas encombrer le discours de scories et de commentaires agressifs quand ils se veulent humoristiques.
L’histoire des tenants de l’Apocalypse moderne reste à écrire.

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Ecologie

L’électricité, un droit pour tous

Dans un récent rapport cité par Le Monde du 11 octobre (http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/10/11/le-defi-de-l-acces-universel-a-l-energie_1585694_3244.html), l’Agence Internationale pour l’Energie (AIE) souligne que 1,3 milliard d’humains (soit 20% de la population mondiale) n’ont pas accès à l’électricité et que cette situation justifie la mise en place d’un plan d’action international.

Biosphère, sans doute le commentateur le plus tranquillement totalitaire de toute la blogosphère écolo-radicale, s’insurge contre cette idée et pose la question: « L’électricité est-elle un droit ? » Afin d’étayer cette question philosophique qui mérite effectivement réflexion, il feint grossièrement de n’attribuer à l’électricité pour seules fonctions de faire tourner nos téléphones mobiles et éclairer nos nuits  »a giorno ».

Nous ne lui ferons pas l’injure (car il le sait !) de lui rappeler que l’électricité, c’est aussi un usage domestique (éclairage, chauffage, eau chaude, climatisation, réfrigération, cuisinières et fours, autres appareils ménagers, radio, TV, ordinateur et téléphone de nos maisons), c’est aussi un usage industriel (machines, moteurs électriques, pompes, automatismes, centres de données (qui servent tant à Biosphère pour diffuser ses idées)), et c’est enfin un usage collectif, communautaire, comme l’éclairage de sécurité de nos rues, certes, mais surtout dans le domaine de la santé (radiothérapie, radiographie, endoscopie, scanner,..).

On peut s’éclairer à la bougie (!), mais on ne peut pas se passer de tout ce que l’électricité aide à faire tourner. On peut trier les usages de l’électricité en fonction de leur intérêt individuel et collectif, mais on ne peut pas tout condamner.

L’homme a cinq besoins incontournables: le sommeil, l’alimentation, l’affection, la connaissance et le jeu (dixit Umberto Eco). Il est au moins deux, voire trois, de ces besoins (l’alimentation, la connaissance et le jeu) qui ne peuvent être garantis et développés que par l’usage de l’électricité.
1) L’alimentation qui exige la conservation par le froid et la cuisson afin d’économiser le bois là où il n’y en a déjà plus.
2) La connaissance qui exige l’existence d’un réseau d’informations: téléphone, radio, télévision, informatique, vidéo, …
3) Enfin le jeu, éventuellement, parce qu’il peut rejoindre les réseaux dont il est question ci-dessus.

Parce que l’électricité satisfait aux usages individuel, industriel et collectif dont nous avons parlé ci-dessus, parce que l’électricité permet l’épanouissement de fonctions essentielles à l’homme, nous soutiendrons que l’électricité est un DROIT.
Ce droit se situe dans le même ordre d’idée que le droit à l’eau potable, que le droit aux traitement des eaux usées, que le droit à la collecte des déchets, que le droit à se voir proposer des systèmes de déplacement afin de circuler librement, que le droit à accéder à une information mondiale, etc, etc …

l’AIE et l’ONU ont souligné que la pauvreté, le changement climatique, la rareté de l’eau, la santé, la crise alimentaire, l’égalité des chances pour les femmes ont un lien étroit avec l’absence d’énergie.
Contestant cette analyse, Biosphère réaffirme, c’est une habitude, que la pauvreté est avant tout la conséquence d’une société pas assez solidaire et de … sa surpopulation. Malthusianisme, quand tu nous tiens ! Et, sur son blog (http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/10/12/lelectricite-ou-la-sagesse-il-faut-savoir-choisir/), il dénonce le fait que « l’accès de tous aux énergies « modernes » butera sur la problématique du financement: les riches ne partagent pas ».

Dans la mesure où le développement de l’énergie électrique moderne concerne tout autant les pays riches que les pays en développement,
parce que les pays riches se satisfont actuellement des fonds de pétrole et que les pays pauvres sont bien encombrés de leurs révoltes et de leur .. pauvreté,
parce que les sites susceptibles de produire une énergie propre ne sont pas aussi nombreux dans les pays industrialisés que dans les autres,
parce que les conditions climatiques sont souvent plus favorables chez les seconds que chez les premiers,
cette affirmation du financement impossible n’est pas tout à fait exacte. Il existe des projets en zone saharienne, TREC par exemple (http://www.terre-finance.fr/L-energie-solaire-du-Sahara-se-prepare-a-eclairer–vtptc-1692.php) du même type que la centrale solaire thermodynamique (centrale à concentration) qui vient d’être inaugurée en Espagne, mais en plus grand encore. Ces projets n’avanceront que si pays riches et pays en développement sont intéressés à leur réalisation.

Centrale à concentration solaire (DR)

Faire avancer le débat nécessite d’associer pays producteurs et pays consommateurs et d’imaginer des structures de distribution de l’énergie produite. Chacun sait que l’électricité ne se stocke pas (en tout cas pas directement), il faut donc distribuer cette ressource au fur et à mesure de sa production. Créer des câbles sous-marins, sorte d’électroducs, concevoir un réseau international, by-passer la production d’une zone géographique à l’autre selon les besoins exprimés, l’heure et le fuseau horaire, apporter sur l’ensemble des garanties de protection et de protection de l’installation.

Pour exemple, l’Inde lance un appel d’offres (http://www.lemoci.com/011-59724-1-Appel-d-offres-transport-de-l-electricite-solaire-dans-le-Gujarat.html) pour le transport de l’électricité produite par une centrale solaire de 500 MW, celle de Paranka.

Mais cette stratégie de réseau mondial ne plaira pas à Biosphère ! son projet de social-écologie, de Deep Ecology, ne s’accommode que de la relocalisation et s’oppose à toute notion de réseau.

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Droits de l'homme

2011 ou la tentation totalitaire

“Indignez-vous“, le petit livre de Stéphane Hessel qui se vend comme des petits pains m’indisposait un peu. Pour deux raisons. La première est que l’auteur y recycle toutes les luttes que l’on peut rencontrer de par le monde pour en faire une sorte de “somme” qu’il espère mobilisatrice. D’autres avant lui ont essayé cette démarche (L’appel des appels ) et cela n’a pas toujours fonctionné. L’écart entre les très riches et les très pauvres, la Sécurité Sociale, les mauvais traitements infligés à notre planète, l’immigration et le sort honteux fait aux Roms, le capitalisme financier et les luttes palestiniennes, … il y a de l’amalgame là-dessous et surtout une vieille tentation d’expliquer ce “tout” par la théorie du complot ou des complots.

(DR)

Le second reproche tient à la référence fondamentale de ce texte, à savoir le programme du Conseil National de la Résistance élaboré il y a 66 ans. Très sincèrement, je ne vois pas la jeunesse dans son ensemble adhérer à un document qui appartient à ses grand-parents, même si les idées qu’il contient sont encore d’actualité. Cela permet à Stéphane Hessel d’aborder le thème de la résistance en ces termes: « il faut s’indigner, dénoncer, et désobéir quand ce qui est légal devient illégitime ». Mais qui décide de cet “illégitime” ? Les circulaires faites aux Roms sont illégitimes ! D’autant plus que leur légalité française ne tient pas devant la légalité européenne et c’est pour cela qu’elles ont été retirées. La désobéissance d’un enseignant opposé à l’application de circulaires est-elle légitime ? En tant que fonctionnaire, ne devrait-il pas se démettre ?

J’ai bien un troisième reproche davantage adressé à l’éditeur: celui d’inscrire Stéphane Hessel dans la liste des … nobélisables (dixit Télérama). Est-ce vraiment important ?, est-ce vraiment d’actualité ?

Et puis voici qu’aujourd’hui je découvre cette petite interview (http://www.rue89.com/entretien/2010/12/30/stephane-hessel-12-aubry-serait-ma-candidate-preferee-182841) et sa suite (http://www.rue89.com/2010/12/31/hessel-22-la-ve-republique-a-une-constitution-dangereuse-182928) dans Rue 89. Interview accompagnée d’un appel à la jeunesse que je ne peux que rejoindre dans sa forme et dans son fond. Certes, Stéphane Hessel y est moins radical que dans son livre, mais il est aussi plus réaliste, appelant à une réflexion et à une mobilisation collective, à lutter pour un contre-pouvoir citoyen et des réformes institutionnelles (y compris au FMI).

En fait, la réflexion est bien ce qui manque le plus. La dérive droitière de l’Europe que l’on peut constater aussi bien en France qu’en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Norvège, dans les pays baltes, voire à la tête de l’Europe avec la prise de fonction de la Hongrie ne peut justifier n’importe quelle attitude. Le populisme de Mélanchon n’est pas une réponse, pas plus que “l’insurrection qui vient”: méfions-nous d’un terreau sur lequel on se contente de s’indigner, mais dans lequel nihilistes et anarchistes de tout poil sèment leurs idées.

Le 21 décembre, Jean-Christophe Rufin a publié dans “Le Monde” un passionnant article (”Wikileaks ou la troisième révolte”) dans lequel il présente ce qu’il pense être une filiation entre trois mouvements importants de la lutte des citoyens contre la raison d’Etat. Il s’agit de l’ingérence humanitaire illustrée par Médecins du Monde et Médecins sans Frontières contre le “respect diplomatique” que pratiquait la Croix-Rouge. La seconde étape était l’altermondialisme caractérisé par quelques grand-messes et beaucoup de divisions dont fait encore preuve le Forum Social Mondial (NB: le prochain a lieu en Février à Dakar). Quant à la troisième étape, elle serait constituée aux yeux de JC Rufin par l’irruption de l’écologie radicale et du militantisme virtuel (Wikileaks pour modèle). En sa conclusion, l’auteur pose des questions dérangeantes.

« L’initiative citoyenne sous toutes ses formes, en particulier les centaines de milliers d’associations qui couvrent tous les champs d’activité, s’est à l’évidence constituée aujourd’hui en cinquième pouvoir dans les démocraties. La dernière génération de mouvements citoyens que symbolise Wikileaks a le mérite de présenter de ce cinquième pouvoir un visage extrême et inquiétant qui interroge sur ses limites. (…) En poussant sa logique au plus loin, il est possible d’imaginer que l’activité de ce cinquième pouvoir peut, à terme, rendre les démocraties impossibles à réformer et peut-être même à gouverner, les secrets impossibles à protéger, l’autorité, même émanant de la loi et garantie par la justice, impossible à exercer. »

Bien entendu, les militants de ces mouvements s’insurgent. Les écologistes radicaux et profonds jurent qu’ils ne feront pas de mal à une mouche, même s’ils doivent prendre de drastiques décisions. Mais n’est-ce pas faire “du mal” à l’homme que de lui interdire la liberté de circulation, de créer un parlement de « sachants »(Démocratie-écologique-ou-dictature-écologique) ou de réglementer son droit à reproduction ?

D’autres rétorquent que le vrai visage inquiétant est celui de « la dilution des principes démocratiques, le recul de l’Etat de droit, la professionnalisation de la démocratie représentative, le mensonge érigé en méthode de gouvernement qui expliquent la formidable perte de confiance des citoyens dans les institutions dites démocratiques et qui constituent la principale menace contre le contrat social » (Raoul Marc Jennar) et que l’écologie radicale et le militantisme virtuel ne sont que réponses appropriées.

Rien n’est moins sur et JC Rufin signale une banderole récente proclamant que « ce que 500 députés ont fait, trois millions de manifestants peuvent le défaire ». A bien comprendre, il s’agit-là d’un rejet radical de la démocratie représentative. Faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? Faut-il condamner la démocratie représentative parce qu’elle a failli ici ou là et dans certains de ses aspects ? Si les citoyens n’ont plus confiance dans les institutions démocratiques, en qui ? en quoi ? pourraient-ils donc avoir confiance ? En des meneurs, des agitateurs, des populistes ? Rappelons-nous que l’histoire donne rarement raison aux “avant-gardes éclairées”, même s’il y faut parfois du temps …

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Ecologie

Living Planet Report

Le WWF vient de publier un rapport sur l’état de la planète et surtout sur la “consommation” que nous faisons de celle-ci: le Living Planet Report (http://wwf.panda.org/about_our_earth/all_publications/living_planet_report/). Ce rapport est réalisé depuis 2000, et tous les deux ans, en collaboration avec Global Footprint Network (http://www.footprintnetwork.org/en/index.php/GFN/blog/2010/10/). Le rapport 2010 est né de la compilation de données acquises en 2007.

Les données principales de ce rapport (que vous aurez cœur d’aller lire sur les sites de l’un ou l’autre des rédacteurs) met en évidence une “surconsommation” des richesses naturelles de la terre par l’ensemble du monde en développement, c’est à dire non seulement les Etats-Unis et l’Europe, mais aussi certains pays en développement ou émergents.

C’est ainsi que les 31 pays de l’OCDE sont à l’origine de 37 % de l’empreinte globale de l’humanité sur la planète terre, que les seuls pays des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) y contribuent pour près de 30 % alors que les 63 membres de l’Association des Pays d’Asie du Sud-Est et de l’Union Africaine n’émargent que pour 12 %.

Mais allez donc vous “amuser” avec les tableaux interactifs qui permettent de juger de la production de carbone, des capacités forestières, de la pêche ou des superficies de terres agricoles ou de terres construites. A l’arrivée, les “gagnants” sont (toutes données cumulées):

  • les Emirats Arabes Unis, avec une “consommation” moyenne par habitant de 10,7 “hectares” de notre terre.
  • le Qatar, le Danemark (8,3), la Belgique (8), les USA (8), l’Estonie, le Canada (7), l’Australie, Koweït.
  • La France, précédée par l’Allemagne et suivie par l’Italie, atteint 5 “hectares” par habitant.

La “consommation” de ressources planétaires qui est requise pour un développement durable est d’environ 2 “hectares”. Au total, la population planétaire consomme une fois et demi ce que la terre est à même de lui fournir en matières de ressources naturelles et de capacité à régénérer les déchets carbonés. Le précédent rapport faisait état de 1,4 terre. Une projection vers 2050 montre que nous “consommerions” 2,8 terres chaque année … s’il en reste encore !!

Cette hyperconsommation des ressources de notre terre s’accompagne d’une dégradation environnementale, déjà engagée depuis plusieurs décennies dans les pays développés, et en croissance nette dans les pays en développement. Ceux-ci rejoignent les pays développés en matière de destruction des espèces (mammifères, oiseaux, poissons, reptiles, …)

Ce rapport souligne à très juste titre la tenaille ou le cercle vicieux dans lequel se trouvent piégés ces pays: la dégradation des écosystèmes affecte et affectera le futur de la santé, du bien-être et du devenir de ces pays qui sont les plus pauvres et les plus vulnérables. Or, ce sont eux qui ont aujourd’hui le plus besoin d’eau pure, de terres, de nourriture correcte, de carburants, d’énergie et de matières premières …, s’ils veulent mettre un terme à la pauvreté.

WWF, fidèle à sa doctrine, nous invite à dresser notre propre empreinte écologique et à nous engager à la réduire par des actions à la maison, en voyage, au bureau, à l’école, pour les achats, la nourriture, les jeux, .. C’est un début. Il n’est pas certain que cela suffise et nos sociétés se doivent de réfléchir vite et bien pour proposer des alternatives à la voiture en ville, à la consommation sans fin d’énergie électrique, à la réduction drastique des déchets à la source, etc ..

Il en est d’autres qui veulent employer des moyens de pression plus radicaux et qui n’hésitent pas à le dire et à le filmer (Grande Bretagne – Campagne 10/10/10).

Cette “création” a été [retirée de la diffusion (http://www.1010global.org/uk/2010/10/statement-1010-uk-director), à la suite de réactions très défavorables, parce qu’elle était une “erreur” (mistake). Il s’agit bien davantage d’une FAUTE et surtout de la preuve, s’il en fallait encore une, du caractère idéologique et totalitaire de CERTAINS écologistes. En être arrivé à cette idée tordue, au point de “suggérer” la destruction physique et violente des récalcitrants à la lutte environnementale et à la réduction volontaire de ses productions de CO2 témoigne d’une perte totale de tous les repères démocratiques.

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La décroissance ne s’applique pas qu’aux pays de l’OCDE

Dans son supplément magazine du 17 juillet, Le Monde publie un court dossier consacré, sous la rubrique “La tendance”, aux décroissants. A vrai dire, en février 2009, l’émission “Envoyé Spécial » (Envoyé-Spécial-chez-les-décroissants) avait déjà abordé ce sujet et le changement de média tout comme le changement de support n’ont pas modifié grand chose à la superficialité de l’approche. Aujourd’hui comme hier, on nous fait la description d’individus qui sont convaincus de faire changer les choses parce qu’ils ont, à titre personnel et strictement individuel, décidé de changer de style de vie. Tout comme Conrad Schmidt (Le-monde-de-Conrad-Schmidt), leur réflexion s’arrête à la porte de leur foyer, dès lors qu’ont été supprimés la viande, les automobiles et l’avion. Seul reste l’internet, ce nouveau média censé permettre une connaissance satisfaisante du monde et autorisant surtout une prise de parole largement démultipliée.

On pourrait noter, pour s’en amuser, une forte tendance de ces décroissants à vouloir vivre au chaud et au soleil: Marseille, Forcalquier, la Drôme, l’Ardèche, l’Ariège, … mais la chose n’est pas nouvelle puisque les décroissants de 68 avaient déjà choisi le Larzac. Plus gravement on notera à nouveau l’absence totale de référence à ce que leur comportement peut apporter au reste du monde, celui qui est en développement (comme on dit pudiquement), celui qui a faim et soif, celui qui veut accéder aux richesses que notre Occident étale et que certains dénoncent. Que l’on se rassure, Yves Cochet nous explique que « la décroissance ne s’applique qu’aux pays de l’OCDE » mais que les pays en développement doivent savoir qu’ils n’atteindront jamais le niveau de vie occidental. Mais quelle croissance doivent-ils appliquer ? A quoi doivent-ils dès à présent renoncer en termes d’espoirs et d’objectifs ? Et qui, et comment, choisira le seuil de développement ? Par exemple, s’équiper en électricité doit-il s’accompagner du renoncement à la climatisation ? Développer les communications doit-il s’accompagner d’une forte restriction de l’usage de la voiture individuelle ?

En fait, le dossier dont il est question fait un peu l’amalgame entre deux tendances très distinctes des décroissants, et ne s’en cache pas. Mais ces deux tendances sont strictement incompatibles et il est cocasse de voir s’exprimer Yves Cochet, Serge Latouche ou Vincent Cheynet (tiens, il manque Paccalet !) à propos de ces adeptes de l’An 01. Eux sont plutôt partisans d’une révolution (Niqab-automobile-et-société-social-écologiste), non seulement culturelle, mais aussi matérielle, dont les attendus sont parfois fort peu démocratiques quoi qu’ils en disent à longueur de colonnes et de blogs.

Quant aux autres, on les retrouve malheureusement trop souvent porte-paroles d’une idéologie passéiste, du retour vers des années qui étaient meilleures, plus saines, plus conviviales, plus ceci ou plus cela. Ils oublient simplement de dire que ces année-là étaient également les années sans l’eau sur l’évier, sans l’électricité le soir à la maison et sans beaucoup d’espoir pour les enfants s’ils ne pouvaient aller à la ville pour étudier au-delà du certificat d’études.

Je reviens d’Italie, Région du Trentin-Haut-Adige, zone du massif de la Brenta (une merveille !). La promotion touristique de la région s’articule autour de la nature, des sports (rafting, escalade, randonnée, …), de l’art, de la culture, de la gastronomie et c’est très bien fait. Pour être dans l’air du temps, alors que d’autres maisons de l’environnement sont abandonnées par faute de crédits dans cette même région, il a été ouvert par le Parc Naturel Adamello Brenta (PNAB) une Maison de la Nature (http://www.pnab.it/vivere_il_parco/proposte_vacanza.html) qui s’est donné pour objectif de faire découvrir la nature, le ciel, les plantes utilisables en médecine douce, les vieilles recettes de cuisine, les randonnées avec un âne, la découverte des activités rurales traditionnelles (fenaison) ou la connaissance des animaux (bovins, ovins, poules, etc …) le tout pour plus de 400 € par personne et par semaine !

Dolomites de la Brenta

J’arrive à la maison pour découvrir dans le journal local qu’une association écologiste vient de réaliser le fauchage de 3400 m² avec deux percherons, dans le but de promouvoir le retour à une agriculture économe en énergie !

Tant que l’on en restera à l’une ou l’autre de ces deux expressions de l’écologie contemporaine, la “radicale” et la “passéiste”, il y a peu de chances que l’idée même de vivre autrement puisse trouver matière à se développer.

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Le monde de Conrad Schmidt

Le texte qui suit a été publié dans « La décroissance, le journal de la joie de vivre » (?). Conrad Schmidt est le fondateur d’un parti canadien: le  »Workless Party » (Parti pour moins de travail) et l’auteur d’un livre intitulé « Workers of the World, Relax ».

« Ca a commencé par la voiture. Je me suis dit que si je m’en débarrassais, et que je me rendais en vélo au boulot, j’allègerais mon empreinte sur l’environnement. Résultat, outre le fait que j’étais plus en forme, je me suis retrouvé avec un surplus de 400 dollars par mois, parce qu’une bagnole ça coûte cher. Et la question s’est posée de ce que j’allais faire avec cet argent en plus. Si j’achète un plus gros ordinateur, ou que je me paye un voyage en Europe, ça revient au même, je continue de nuire. La consommation est donc exclue. De la même façon, si je m’offre des massages ou des cours d’espagnol, comment est-ce que, eux, mon masseur et mon prof vont-ils dépenser cet excédent de revenu ? Sans doute qu’ils seront moins scrupuleux que moi et qu’ils vont accumuler des biens inutiles qui viendront aggraver la situation. Conclusion, soit je détruis ce fric, je le brûle, sois je m’offre du temps. A partir de ce moment-là, j’ai commencé à travailler quatre jours par semaine, puis j’y ai pris goût, je me suis investi dans la communauté, j’ai quitté mon job, j’ai enquêté sur les politiques, j’ai fait des films, écrit des bouquins … »

Conrad SChmidt (DR)

C’est pas parce que c’est l’époque du bac, mais on va faire un peu d’analyse de contenu de texte.

Voilà un homme, bien sous tout rapport, sans doute honorablement connu dans son quartier et apprécié par ses collègues, qui décide de se séparer de son automobile afin d’améliorer son empreinte environnementale. Cela lui rapporte quelques 400 $ mensuels, soit environ 320 euros, soit une quinzaine d’euros par jour de travail. A moins que la voiture soit très gourmande, ou que les péages urbains soient très élevés, cela représente tout de même plusieurs dizaines de kilomètres quotidiens … à faire en vélo. Passons.

En renonçant à sa voiture, Conrad a privé son garagiste et ses salariés (pour les révisions), son carrossier et ses salariés (pour les retouches en cas de petite rayure), son pompiste et ses salariés, et d’autres encore, de sa petite contribution personnelle à leur niveau de vie (et quel que soit le niveau de celui-ci). Je ne pense pas que pour eux, la solution se trouve dans la pratique du vélo.

En renonçant à sa voiture, Conrad a également renoncé à ses vacances que rien ne l’obligeait à prendre en même temps que tout le monde. Il a mis un terme aux escapades vers les montagnes de Banff où ses amis font encore de l’escalade. Il a ainsi privé son hôtelier et ses salariés, son restaurateur et ses salariés de sa petite contribution individuelle à leur niveau de vie. Pour eux, la solution ne se trouve pas dans la pratique du vélo. Il a aussi privé ses anciens amis de l’Université des visites qu’ils leur faisait une ou deux fois l’an: ils habitent trop loin et le Greyhound ne passe pas jusqu’au fond de leur vallée.

Conrad ne le dit pas ici (on peut supposer qu’il le dit ailleurs), mais il est probable que depuis sa découverte des économies possibles, il a du renoncer aussi à s’acheter de la viande, des fruits exotiques (et comme à part la pomme, la poire, la framboise, la cerise, le bleuet ou myrtille, il ne pousse pas beaucoup de fruits au Canada, ils sont presque tous exotiques), voire supprimer le café au bénéfice d’une camomille sucrée au sirop d’érable. Depuis, il élève trois poules, cultive ses salades et fait son pain. Il a ainsi privé son épicier et ses salariés, son boucher et ses salariés, son boulanger et ses salariés de sa petite contribution individuelle à leur niveau de vie.Pour eux la solution ne se trouve pas dans la pratique du vélo.

Poussant le raisonnement à fond, Conrad (puisqu’il ne bouge plus de chez lui) a simplifié son habillement au plus sobre: des socques, un pantalon de denim, une chemise à carreaux. Pour l’esthétique, la coupe de cheveux se fera à la maison … (et, à l’occasion, ce sera nu sur un vélo …)

Conrad est content de lui. Il a singulièrement réduit son empreinte écologique. Mais l’a fait tout seul, en indépendant, sans penser aux conséquences de ses actes, en égoïste

Et puis Conrad s’est posé la question de l’usage auquel il pouvait consacrer tout cet argent. Ne lui sont venues à l’esprit que trois hypothèses: le consommer, ou le brûler, ou moins travailler.

Le brûler ? Il devait rester en Conrad un fond de morale qui l’en a empêché en dernière extrémité.

Le consommer ? Cette hypothèse est rejetée pour deux motifs. Le premier vise à dire que si Conrad s’offre un matériel informatique dernier cri ou s’il décide de partir à la découverte du Monde, il ne fera que déplacer les causes de son hyperproduction de CO2. Donc, les fabricants d’ordinateurs et les compagnies aériennes n’auront pas sa petite contribution individuelle au niveau de vie de leurs salariés. Le second motif relève d’un comportement plus totalitaire: je ne me ferai pas faire de massages, ni n’apprendrai l’espagnol, car ces gens vivent déjà assez bien comme ça et n’ont pas besoin de mon argent qu’ils vont accumuler. Conrad s’est réservé le libre choix de l’usage de son argent, mais il est hors de question qu’il reconnaisse ce libre choix à un autre, de surcroît si cet autre est un industriel, un commerçant, un artisan, un libéral, un travailleur indépendant, bref un capitaliste.

Curieusement, il est une idée qui n’a même pas traversé l’esprit de Conrad: celle de faire profiter d’autres de cet argent économisé, les plus pauvres que lui par exemple, ou les immigrés en son pays, ou les habitants de pays en développement. Il n’est pas seul dans ce cas. Lors d’un reportage sur les décroissants, “Envoyé Spécial” avait filmé un couple de cadres qui fabriquait son lombricompost dans l’appartement et glanait sur les marchés. La question de l’usage de leurs économies n’avait pas été abordée et eux s’étaient bien gardé d’en parler. Le nombril de Conrad se trouve en occident et, honnêtement, il n’a rien à faire du développement des autres pays qui n’ont qu’à choisir le même modèle que lui.

Parvenu à ce niveau de réflexion, Conrad aurait du aller se coucher et attendre la fin. Pas d’auto, pas de tourisme, pas de découvertes intellectuelles, que fait-il de la musique, de la lecture, de la peinture, ? Non, Conrad est un intellectuel écologiste radical. Il a donc pris la plume, pris la caméra et développé le concept de la société qu’il préconise. Vend-t’il ses productions ? Le succès aidant, n’a t’il pas peur de se retrouver avec trop d’argent ? Ou distribue t’il ses écrits sur le net ? En ce cas, il existe encore une catégorie de travailleurs dont Conrad a besoin: les communicants, ceux qui (hard ou soft) permettent à la communication, aux idées, aux images, aux vidéos, de parvenir à nos écrans, nos téléphones, nos ordinateurs, nos tablettes.

L’écologie radicale, un combat ?

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Développement solidaire

Libéral

« Le pire ennemi du terrorisme, celui qu’il redoute, méprise et cherche à détruire est le libéralisme. Je ne désigne pas par ce terme l’esprit d’un capitalisme sans règles, mais la philosophie et la pratique de la liberté elle-même. Je parle du libéralisme en vertu duquel les gens pensent ce qu’ils veulent, qui tient l’église et l’état en deux sphères séparées, et refuse d’imposer jusque dans les moindres recoins de l’activité humaine une doctrine et une vérité uniques. Il m’arrive, quand je parle de libéralisme, d’avoir à l’esprit la définition restrictive et américaine de ce terme: le libéralisme désigne ici la gauche réaliste et démocratique aux Etats-Unis. Mais mes observations du libéralisme et des libéraux ne m’ont pas poussé à un optimisme débridé. Car il y a toujours quelque chose d’étrangement faible dans la mentalité libérale, une simplicité, une ingénuité, quelque chose d’enfantin – une innocence qui remonte au XIX° siècle et peut-être même au-delà, et qui a régulièrement conduit des gens animés des idéaux les plus élevés et des principes les plus éclairés à se tromper de la manière la plus calamiteuse qui soit sur leurs pires ennemis. Toute l’histoire du XX° siècle, une grande partie au moins de celui-ci, a été écrite par les ennemis les plus acharnés du libéralisme. Elle fut en même temps l’histoire de la réticence du libéralisme à prendre la mesure de son ennemi le plus acharné. »

Ce texte est de la main de Paul Berman, écrivain engagé dans la gauche américaine, et il est extrait de “Les habits neufs de la terreur” (Hachette). L’auteur y développe l’idée que le terrorisme qui frappe l’occident n’est pas le fruit de l’islamisme, mais du totalitarisme. Le même totalitarisme qui s’épanouit dans le monde tout au long du XX° siècle: fascisme des années 30 avec sa cohorte de mouvements sympathisants d’extrême droite, nazisme, communisme et ses compagnons de route (militants politiques, syndicalistes, écrivains, …) convaincus que le libéralisme vaut le fascisme et donc que les imperfections du communisme sont à passer pour négligeables, maoïsme, polpotisme, j’en passe et des meilleurs, et maintenant islamisme radical.

Un totalitarisme dont la civilisation libérale porte l’entière responsabilité, en raison de ses faiblesses et de ses échecs. Ne revenons pas sur ces faiblesses passées; voyons celles d’aujourd’hui. Doctrines relatives à la protection des ressources pour l’Occident ou à l’interdiction des outils de défense (non prolifération), liens privilégiés avec les systèmes les plus rétrogrades et/ou tyranniques, incompréhension totale des courants culturels du monde, exploitation des ressources sans vergogne, arrogance occidentale en tous lieux, en tous temps, …

TOUS les totalitarismes se reconnaissent à la volonté qu’ils affirment de réconcilier l’homme avec un dieu, de mettre un terme à la division libérale du spirituel et du temporel. Alors, un dieu n’est pas toujours Dieu; ce peut être la race ou la classe, mais tout le système est construit pour que la logique, la doctrine et la vérité soient uniques.

Voici deux mois (Deep-Ecology-Hard-Ideology) , j’avais déjà fait quelques observations sur ce que je crois être un risque totalitaire dans le développement de la pensée écologiste radicale (et uniquement celle-ci). J’y ajouterai une nouvelle critique. Le mouvement d’écologie profonde a conscience de tenir un discours très occidental. Il lui est facile de plaider l’économie des matières premières et des ressources naturelles en préconisant un vie plus frugale. Il n’a probablement pas tort. Ce qui fait problème, c’est que les habitants des pays en développement vivent déjà dans la frugalité. Alors, les tenants de l’écologie radicale ont inventé une nouvelle philosophie selon laquelle les Pays en Développement peuvent être moteurs d’une nouvelle éthique de développement, d’un nouveau concept: celui du “bien-être” opposé au “mieux-vivre”. Cette idée rencontre même quelque succès chez certains socialistes …..

Ce “concept” (!) présente deux lourds dangers. Le premier tient au fait qu’il concerne les PED qui ont encore une éventuelle possibilité de réorienter leur développement. Les choses sont déjà pliées pour les BRIC (Brésil , Russie, Inde, Chine, …). Elles le sont probablement pour le reste de l’Amérique Latine, pour l’Indonésie et le Proche-Orient. Alors que reste t-il ? L’Afrique ! En donnant de bons conseils de développement, l’homme blanc va t-il encore ajouter une couche à sa monumentale incompréhension des cultures du Monde ?

(C)BRIC

Le second danger relève également d’un grand mépris des PED. Leur parler de “bien-être”, c’est leur dire de “faire avec” leur pauvreté, de s’en accoutumer, d’imaginer qu’ils peuvent faire une richesse morale de leur misère ! Alors que les PED ont un urgent besoin de satisfaire des droits qui ne leur sont pas reconnus: celui de manger à sa faim, celui de disposer d’eau potable, celui d’avoir l’énergie électrique, celui de pouvoir déplacer hommes et marchandises (droit à la libre circulation !) par des routes ou des voies ferrées, celui de ne pas vivre au milieu des ordures ou des cloaques, celui de conduire ses enfants à l’école puis à l’université, celui de pouvoir découvrir (à son tour) les merveilles du monde, … Qui oserait dire qu’il ne s’agit pas là de droits fondamentaux ?

Non, les Pays en Développement ont besoin de croissance et non de dangereuses rêveries néocolonialistes à propos de la sagesse et du “bien-être”.

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Ecologie

Deep Ecology = Hard Ecology

Ce que l’on appelle Deep Ecology ne se traduit pas par Ecologie Profonde, mais par Ecologie Radicale. Quant à être une nouvelle idéologie, il n’y a aucun risque à vexer qui que ce soit en l’affirmant: les militants de la deep ecology sont les premiers à le revendiquer haut et fort.

Et comme toute idéologie, celle-ci commence par se choisir les bases d’une … religion. Sont déclarées hors-jeu toutes les religions du bassin méditerranéen, christianisme, judaïsme, islam, au motif que leurs fondamentaux n’accordent pas de place à la terre, à la nature. La bible et son Deutéronome sont considérés comme les commandements d’un chef de bande. La Genèse confie à l’homme toutes les créations des cinq premiers jours afin qu’il les domine, en lui recommandant de croître et de se multiplier. Il est vrai que, quelle que soit celle des trois religions que l’on prenne en considération, les exégètes et les théologiens ont bien du mal à déceler quelques racines écologiques. Donc la religion qui nous est proposée est celle de la déesse-terre, celle que préconise Evo Morales, la religion de Pachamama. Vous pouvez apprécier l’effort culturel qu’il reste à produire pour neutraliser près de 3000 ans d’histoire biblique et judéo-chrétienne !

Pachamama. Illustration traditionnelle

Autre idée forte d’une idéologie; se désigner des adversaires, et souvent plus que cela: des ennemis.

Le premier ennemi des écologistes radicaux, c’est celui qui conteste peu ou prou le réchauffement climatique et la part que l’homme y joue, quand bien même le ferait-il de bonne foi. Celui-là est un négationniste.

L’ennemi du second cercle, c’est le capitalisme dont il n’y a strictement rien à attendre et qui est qualifié de capitalisme brun ou de capitalisme vert-de-gris.

Quant aux ennemis du troisième cercle, ce ne sont ni plus ni moins que les états, accusés de “pratiquer le national-socialisme parce que contraints de mener une politique d’exploitation expansive” (Hans-Dieter Klein-1989).

Tout ce vocabulaire qui fait un peu froid dans le dos n’est pas fortuit, il n’est pas choisi au hasard, bien au contraire. Il véhicule une telle charge historique, politique, émotionnelle qu’il autorise tout militant de l’écologie radicale à “entrer en résistance”.

Il existe un blog (un peu “désagréable” par ailleurs, parce qu’anonyme) qui reprend quotidiennement cette idéologie: Biosphère (http://biosphere.ouvaton.org/) . Sous une présentation parfois “petite fleur”, c’est bien une nouvelle société qui est souhaitée (pédagogie de la catastrophe) et préparée (déclarations, symboles, manifestations). Un exemple de ce 5 février:

 »L’émission Globalmag, désormais diffusée du lundi au jeudi sur Arte, veut raconter de belles histoires, aborder l’écologie de manière positive avec lucidité sans être sinistre et cul-pa-bi-li-sant. C’est là un refus manifeste de la réalité à venir. La fin du pétrole accompagnera la fin de la civilisation thermo-industrielle, la fête est finie. Mais ce n’est pas de la morosité de reconnaître que les temps vont être durs, c’est de la lucidité, du réalisme, une attitude responsable. »
 »La culture occidentale centrée sur le développement nie cette évidence : même les civilisations sont mortelles. Toute chose naît, grandit et dégénère pour mourir à la fin. L’enfant voit le jour pour mourir un jour, comme les autres animaux, les plantes, la terre, le soleil. Mais le jeunisme incite à effacer les rides et à cacher les fins de vie ; le progrès technique loue les nouvelles inventions, mais oublie toutes les techniques obsolètes et les friches industrielles ; la croissance économique se veut sans fin sur une planète finie. La culture occidentale célèbre le développement, le culte du toujours plus, et nous obtenons un trop-plein, une démesure : suractivité, surdéveloppement, surproduction, surabondance, surpêche, surpâturage, surconsommation, suremballage, surendettement, surmédicalisation… Or, après l’exubérance de la vie, il y a le déclin. Après la consommation de masse, il y a les pénuries. Tout à une fin. Image anxiogène ? »
 »Puisqu’il y a une incompatibilité entre les croyances actuelles en une croissance sans fin et les limites biophysiques de l’économie, alors soyons heureux de vivre autrement, plus simplement. Nous allons mourir un jour ? La belle affaire ! Faisons de notre vie un amour de la vie toujours renouvelé, un amour de notre planète si belle dans le soleil couchant. Faisons vite tant qu’il est encore temps. La vie est si courte ! »

Mais dans la pratique, cela se traduit par:

  • une vie plus simple, dans laquelle sont relocalisées les productions et les consommations, limités les transports et déplacements, interdit l’usage non professionnel des voitures, … (les villes en transition de Rob Hopkins en sont la préfiguration)
  • la régulation de la population mondiale, le malthusianisme, …
  • la réorientation des sciences et des techniques vers une réappropriation par les gens autonomes. Un exemple: à la place de l’usine de charcuterie, c’est le cochon qu’on tue et sale avec l’aide des voisins. Et pour la robe, c’est la machine à coudre à commande au pédalier …

A titre individuel, peut-être est-il possible de suivre ces préceptes.

A titre collectif et sociétal, comment imaginer que pourront être évitées les décisions et actions coercitives que les tenants de l’écologie radicale justifient déjà au nom des guerres qui seront ainsi évitées ou minimisées ?

A titre universel enfin, qu’en est-il du développement des pays en voie de développement (PED) et qu’en est-il du développement de ceux qui n’ont encore rien (ni eau courante, ni électricité par exemple, …) ?

La deep ecology n’est qu’une idéologie très occidentalo-centrée (Avant-Copenhague-les-écolos-(certains)-s-énervent-…)

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Ecologie

Engager une profonde réflexion écologique: seconde résolution pour 2010

Ce n’est qu’une préface, un préambule.

Parce que je suis convaincu que la Conférence sur le Climat de Copenhague n’est pas un échec, parce que je crois fermement que des méthodes nouvelles doivent être inventées pour discuter à 192 sans rejeter l’ONU qui peut préfigurer un gouvernement mondial, parce que l’on ne peut pas laisser la place aux seuls écologistes de la “Deep Ecology”, trop absolus, trop autoritaires, en résumé trop dangereux et parce que l’on ne peut pas, non plus, laisser le champ libre à tous ceux qui nient le réchauffement climatique, l’empoisonnement de notre terre par les déchets et pollutions et la fin des matières premières, alors oui il faut engager une profonde réflexion écologique au niveau de chaque individu.

Deux philosophes nous y ont récemment invité dans “Le Monde”.

Michel Serres, le 22 décembre 2009: « On a oublié d’inviter la terre à la conférence sur le climat ».

Edgar Morin, le 10 janvier 2010: « Ainsi il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper ».

Duel au bâton (C)Goya

On en reparle bientôt.