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Pour quelques arpents de bois et de champs bons à rien

Dans une tribune du Monde, datée du 4 novembre, le philosophe Edgar Morin a cru possible de comparer la lutte des écologistes contre les partisans d’un développement économique soutenu à une « guerre de civilisation ». Edgar Morin est excellent lorsqu’il prend la peine d’organiser sa pensée, il l’est moins lorsqu’il devient un militant.
La seule « guerre de civilisation » qui se déroule actuellement (et à qui personne ne veut reconnaître ce nom) concerne la lutte entre l’occident et de nombreuses autres civilisations, à commencer sans doute par l’islam. Mais ce sujet nous entraîne loin du débat du jour.

La bataille des mots fait rage entre les pro-Center Parcs et les anti-Center Parcs à Roybon.
Mais ces mots sont-ils bien représentatifs des enjeux et des objectifs respectifs de chacun des deux camps ? Il est permis de fortement en douter.

Les principaux thèmes qui suscitent des échanges et de l’animation sont les suivants :
La légalité du projet, la destruction de la forêt, la question de l’eau, la nature des emplois créés, le type de vacances proposées. Reprenons les un par un.

La légalité du projet. Elle est indiscutable, même s’il peut apparaître choquant pour certains qu’une enquête publique aboutissant à un avis négatif des commissaires enquêteurs puisse être suivi d’une autorisation préfectorale. Mais entretemps, la Société Pierre et Vacances a remanié son projet et le Comité Départemental environnement et risque sanitaires et écologiques (CODERST) a pu délivrer un avis largement favorable. Comme dans chaque projet de ce type sujet à une contestation similaire, nous retrouvons les mêmes arguments d’illégalité, de manipulation des élus, d’enquêtes tronquées, d’avis de commissions diverses ignorés, de pots-de-vin en sous-main et, plus généralement, d’absence de dialogue. En l’occurrence, à Roybon, le dialogue dure depuis sept ans déjà, sous la forme de recours successifs auprès du Tribunal Administratif, jusqu’à présent tous rejetés les uns après les autres. La légalité a toujours été respectée et le dialogue tant revendiqué ne consiste en définitive qu’à vouloir faire plier l’adversaire.

La destruction de la forêt. Que n’entend-t-on pas sur ce sujet ? Voici que l’on nous montre des couples de jeune zadistes ou de vieux soixante-huitards qui pleurent cette forêt détruite dans laquelle ils ne pourront plus venir se promener en été ou ramasser les champignons à l’automne. De telles images font sans doute du bien à l’audience de France 2, mais elles relèvent strictement de la manipulation. La forêt des Chambarans recouvre plus de …. 30000 hectares. Ce sont seulement 150 hectares qui sont concernés par le projet, dont seulement 35 hectares seront construits (cottages et piscine-bulle) et ..reboisés ! Il est impossible de parler de destruction de la forêt quand seulement 0,4 % de celle-ci sont impactés par le projet !

La question de l’eau et des zones humides. Toute la forêt des Chambarans n’est qu’une gigantesque zone humide. L’eau sourd de ces terres en des points élevés tout au long de l’année. Résurgence de nappes aquifères nées dans les Alpes et prisonnières de couches imperméables de glaise ? Demandez donc aux zadistes où se trouve la Croix de Mouse, petit sommet d’où l’eau jaillit, ou bien le vallon de Passardière, ou encore les mares et cuvettes si proches de la Maison Forestière de l’Etoile, paradis des grenouilles ! S’ils le savaient, ils y découvriraient de singuliers mixages de glaise et d’eau.

La nature des emplois créés. En ce domaine, on se trouve en plein délire. Lors de la période de construction, ce sont environ 1500 emplois qui seront créés afin de préparer les terrains et construire les bâtiments. Des entreprise locales ou proches seront retenues, c’est d’ailleurs déjà le cas pour les forestiers appelés à préparer les terrains. Ensuite, lorsque l’exploitation du Center Parcs prendra effet, ce sont 700 emplois, dont 60% (420 emplois) à temps plein et 80% en CDI. Les opposants répètent à l’envie qu’il s’agit d’emplois non qualifiés, d’emplois aux horaires réduits. Comment peut-il en être autrement alors que nous nous trouvons face à une entreprise d’hôtellerie ? Alors oui, il y aura des femmes de chambre, des personnels d’entretien, mais il y aura également des chefs d’équipes, des chefs de service, pour encadrer ces personnels. Et puis, une « ville » de 5000 habitants, qui tourne toute l’année, a besoin de professionnels de santé, de professionnels de la maintenance des bâtiments (toiture, vitrerie, …), de plombier-chauffagistes, de pisciniers, d’animateurs, de personnels administratifs, de professionnels d’un office du tourisme (Saint-Antoine l’Abbaye est à proximité immédiate) … Autant que l’on sache, ce ne sont pas des emplois précaires ou non qualifiés !

Enfin, le type de vacances proposé. Certes, ce ne sont pas les vacances que nous, auteur de ces lignes, irons passer car nous préférons de loin la découverte des pays et des hommes. Mais de quel droit condamner un projet parce que les vacances relèvent de la « société de consommation » ? Nous connaissons des familles avec jeunes enfants qui ont trouvé plaisir à fréquenter un Center Parcs parce qu’elles y avaient le cadre idéal pour la détente de chacun. Si c’est ce style de vacances qui est critiquable, alors il est sans doute urgent de s’en prendre au Club Méditerranée et à tous ses imitateurs !

Roybon, maison forestière occupée (C)Philippe Desmazes

En fait, cette dernière critique pointe vers la véritable raison d’agir de tous ceux qui s’opposent à des projets qu’ils qualifient d’inutiles : aéroport de Nantes, TGV Lyon-Turin, barrage de Sivens, gares TGV, Center Parcs de Roybon et d’ailleurs. Et ce véritable objectif est double : tout d’abord celui de la destruction de l’Etat, ensuite celui de la mise en place d’une nouvelle société de décroissance.

Le vocabulaire employé en est l’illustration parfaite. L’un des récents tracs diffusés par les opposants au Center Parcs de Roybon commence ainsi : « La mort d’un jeune homme de 21 ans, militant contre un projet inutile impliquant la disparition d’une précieuse zone humide est une tragédie. Mais c’est également un signe des temps. La répression policière contre le militantisme écologique n’a, semble-t-il, jamais été aussi violente.(…) Le projet de barrage de Sivens, auquel s’opposait, avec d’autres, Rémi, ce jeune étudiant assassiné, est sans conteste un crime écologique majeur. Mais le Center Parcs de Roybon l’est également avec dix fois plus de zones humides détruites ».

En ce qui concerne la destruction de l’Etat, la dialectique est puissante et l’extrême-gauche sait, depuis très longtemps, s’en servir. Si ce tract commence par une référence à la mort tragique d’un militant opposé au barrage de Sivens, ce n’est pas un hasard. C’est même, à vrai dire, une formidable récupération de l’évènement. Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’il satisfait les militants verts extrémistes, mais il est évident qu’il leur apporte un énorme service.
Lorsque des drones ont survolé récemment les centrales nucléaires françaises et que des forces de police se sont mises en demeure d’en retrouver les « pilotes », nous avons pu lire que « les drones apportaient la démonstration du caractère policier de l’énergie nucléaire ». Aujourd’hui, nous pouvons comprendre que la mort de Rémi Fraisse apporte la démonstration du caractère policier de notre système démocratique basé sur des élections. Il faut donc le combattre et le remplacer par l’expression directe des populations concernées. C’est-à-dire par l’anarchie !

Quant à la décroissance, cette nouvelle idéologie de la vie joyeuse et communautaire, nous en retrouvons l’expression dans ces caricatures de l’emploi proposé par le projet Center Pacs. De vrais comportements de Bisounours ! Nous avons déjà abordé la question des emplois peu qualifiés. Est-il envisageable de transférer Minatec sur le site de Roybon ? Si oui, faisons-le car en voilà des emplois hautement qualifiés ! Plus grave encore : le discours de ces militants quantifie l’aide publique apportée à chaque emploi créé d’un montant de 240000 €. Afin de conclure que cette même somme remise à des entrepreneurs aurait permis la création de plusieurs emplois. Comme si la création des emplois ne relevait que de montants financiers plus ou moins conséquents mis à disposition d’entrepreneurs ! Non, il y faut un projet que personne, jusqu’à présent, n’a su, n’a pu, porter dans ce canton abandonné.
Le prix de vente des terrains, le coût des aménagements et besoins annexes, tout cela est également pointé du doigt comme une anomalie. Mais existe-t-il des projets alternatifs qui sauraient se passer de terrains à bas coût, d’adductions d’eau, de branchements pour l’énergie ou les eaux usées, de voiries conséquentes ? Tous les grands projets de développement, quels qu’ils soient, impliquent un engagement financier des collectivités. Et tous ces projets, lorsqu’ils réussissent, engendrent des retombées financières pour leur région d’implantation : salaires, commerces, fournisseurs, recettes fiscales … et favorisent le maintien sur place des populations.
Enfin, et c’est aussi grave, de quel droit et avec quels arguments, quels critères, des militants peuvent-ils décider d’un projet qu’il est inutile et le combattre avec toute la violence et la manipulation de l’opinion nécessaires ?


Au début du XX° siècle, entre 1900 et 1920, Roybon a connu une phase positive en matière d’emploi. C’est dans cette petite ville qu’étaient installés les ateliers de réparation de tout le matériel du réseau ferré métrique qui rejoignait Lyon. Tout ce réseau a progressivement disparu, remplacé par la voiture, le camion et le pétrole. Roybon a, par ailleurs, dans le même temps, perdu près de 20% de sa population, passant de 1947 habitants en 1890, à 1565 habitants en 1920. Le train n’a apporté des emplois qu’un temps, il a surtout favorisé l’exode rural ! Roybon n’a rien gagné au passage de la première à la seconde révolution industrielle. Nous pourrions faire en sorte que le passage de la seconde à la troisième révolution industrielle (celle des réseaux, de l’énergie renouvelable et des loisirs) lui soit plus profitable.

Non, décidément non ! Les zadistes ont pour idéologie de dénoncer la « violence des loisirs » personnifiée par les Center Parcs. Convenez donc que la défense des zones humides, de la forêt, des petites bêtes et/ou des petites fleurs est bien le cadet de leurs soucis !%%%
Pour en revenir à Edgar Morin, la troisième révolution industrielle aboutira peut-être à la disparition du travail (Jeremy Rifkin), mais point n’est nécessaire que les militants gauchistes y contribuent par avance et de façon sauvage.

NB: les « champs bons à rien » sont l’origine étymologique des Chambarans.

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De quel bois tu te chauffes ?

Comme à son habitude, Ségolène Royal vient de prendre une décision arbitraire et sans concertation aucune, s’appuyant sur ses seules convictions et sans s’inquiéter nullement de savoir si les dites convictions sont fondées ou non. Cela concerne l’interdiction des feux de cheminées en foyer ouvert dans une partie de l’Ile de France.
Des feux de cheminées, nous en avons parlé ici le 18 décembre 2007 (Gestion-des-déchets:-le-parler-vrai), cela fait donc SEPT ans, dans un post où il était d’ailleurs question pour la première fois des Chambarans et du projet de Pierre et Vacances. Dans ce post, nous avions signalé le haut niveau de pollution des feux de bois (et feux de jardin), une constatation déjà ancienne de plusieurs années (2001), mais ignorée par les écologistes qui faisaient l’amalgame entre « feu de bois » et « ressource naturelle et durable ». C’est ce même amalgame qui conduit aujourd’hui la ministre de l’écologie à faire des déclarations …. « ridicules ».
Les feux de cheminée, nous en avons encore parlé le 30 décembre 2007 (Feu-de-cheminée-et-pollution), mais il y était davantage question des émanations des chaufferies au bois: une pollution dont on ne parle pas encore beaucoup.

Feu de cheminée (DR)

Enfin, le 27 avril 2008 (Feu-de-cheminée), nouvel essai pour dénoncer les pollutions du feu de bois et pour saluer l’initiative de la Californie afin d’interdire les cheminées ouvertes dans tout logement neuf et pour limiter l’usage du foyer ouvert lors des périodes de pollution.
Cette décision venait s’ajouter à la même décision déjà prise en Suisse, au Québec, au Canada, à Londres … D’autres interdictions suivront probablement, en Rhône-Alpes peut-être, là où des études démontrent que la pollution au feu de bois est supérieure à la pollution automobile.
Tour cela ne veut pas dire que le feu de bois est interdit. Il existe des dispositifs fermés, disposant d’une combustion suffisante pour réduire au maximum les impuretés et les poussières. Il existe également des dispositifs brûlant des « pellets », ou granulés de bois. Mais à Paris intra-muros, le feu de bois, quel que soit l’appareil, c’est fini !
Afin de compléter vos informations sur le sujet, voici ce qu’en disent les « Décodeurs » du Monde (http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/12/09/les-feux-de-cheminees-sont-ils-si-polluants_4537257_4355770.html).
Bonne lecture.

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Atelier d’écriture IV

Coté jardin

13 octobre 2014

C’est un tout petit jardin bien caché au fond du lotissement. Pour le découvrir, il faut d’abord amadouer son jardinier, un vieil homme courbé en deux, même lorsqu’il ne pousse pas sa brouette.
Comme les murs des propriétés voisines le délimitent sans faiblesse, alors il les a quelque peu camouflés à l’aide de plantes grimpantes, lierres, liserons et autres lianes fleuries selon les saisons.
Au centre du jardin, un bassin dont les carreaux de verre qui l’émaillaient se décollent peu à peu, abrite une dizaine de poissons rouges qui méditent en attendant leur nourriture. Trois petits bassins annexes, construit avec l’âme des pierres, reçoivent l’eau qui circule et provoque de fines cascades.
Une longue plate-bande qui aurait pu n’être qu’un cauchemar de mauvaises pensées traverse l’espace et butte sur un petit pavillon de gardien, havre de méditation mais également abri primitif pour les outils et les boutures multiples dans leurs pots empilés.
Ce n’est pas un jardin bien peigné, les orties en font partie, les herbes folles, les plantes odorantes aussi, mais c’est un vrai refuge. Les allées blêmes mènent au décor d’un massif métissé, trois arbres fruitiers composent un verger et, tout au fond, contre le mur d’un immeuble aveugle, une minuscule colline, comme un mamelon accueillant, incite à la douceur.
Deux bancs de bois, peints en bleu délavé, usés depuis longtemps, vous y attendent. Les meubles ont encore ce pouvoir au parterre. Un petit réchaud à alcool, une théière et quelques tasses invitent à la pause.
Soyez le bienvenu. Entrez …


Une ville, la nuit

17 novembre 2014

Le soleil s’est caché sous ses couvertures et voici que c’est la lune qui se glisse hors de son lit, entre les deux gratte-ciels, au pied, là tout en bas.
L’obscurité tombe peu à peu et, dans le même temps, des kilomètres de pavés, des flots de mica, des nuées de verre et de miroirs s’éclairent, s’enluminent, éclatent en mille feux d’artifice.
La foule s’attarde, dans le bruit et la rumeur, tandis que les publicités lumineuses ruissellent sur les façades.
Le béton et l’acier transpirent, suent, les sons et les rythmes, les couleurs et les odeurs.
A tous les étages, des gyrophares de la rue aux projecteurs placés sur les toits pour la sécurité des aéronefs, les lumières s’allument, s’éteignent, clignotent et puis perdent peu à peu de leur force. Seules, les rangées vides des fenêtres de bureaux sont toutes pareillement éclairées. Un lancinant laser vert tourne imperturbablement dans le ciel.
Une moiteur chaude monte des avenues, le métro se fait rare sur ses viaducs et les grilles des souterrains halètent de plus en plus calmement, la foule se disperse, éclate en petits groupes qui échangent et partagent en se fondant dans l’obscurité des ruelles adjacentes ou en disparaissant derrière les portes des bars ou des clubs de nuit.
Les taxis, lumière verte ou lumière rouge sur le toit, sont de plus en plus nombreux à poursuivre leurs maraudes, taximètre en service.
Jamais la ville ne dort, dressée sur ses colonnes, fière de ses remparts et de ses clochers, de ses bastilles et de ses tours, de ses ponts et de ses places, de ses fontaines et monuments.
Au risque du vertige, au risque de mourir, jamais son cœur ne s’arrête de battre : la ville est comme un être vivant, une sorte de géant anthropophage.

Traboule à Lyon (C)Wikimedia Commons


Deux gones chez les canuts

8 décembre 2014

La traboule est bien sombre. Les murs humides sont si proches que l’on se cogne à droite, à gauche. Seuls les habitants de la Croix-Rousse peuvent s’y retrouver dans ce labyrinthe de ruelles, de passages, d’escaliers, de tunnels, de montées et de descentes : il faut, pour cela, avoir une sorte de fil d’Ariane dans la tête.
Soudain, une petite placette, comme un puits de lumière, se découvre à notre vue. Les façades laissent apparaître des escaliers de pierre ouverts sur l’extérieur. Notre guide nous entraîne directement vers l’un d’entre eux, que nous montons rapidement avant de pénétrer dans l’atelier. Une dizaine de métiers à tisser vibrent, claquent et cliquètent en cadence, les navettes, affolées, vont et viennent à grande vitesse entre les nappes de fils mordorés et chamarrés, les étoffes de soie s’enroulent à l’extrémité des machines et l’une d’entre elles, future étoffe sacerdotale d’or et d’argent, brille dans la lumière solaire que dispense la fenêtre.
Des cris, un vacarme se font brutalement entendre et couvrent le bruit des machines. Alertés, nous redescendons précipitamment. Un canut au foulard rouge est dressé au centre de la courette, comme un funambule, en équilibre sur un tonneau. Ses cheveux blonds bouclés s’agitent au rythme de ses colères : visiblement, il appelle à la grève. Les ouvriers l’entourent, le pressent et se mettent à chanter une chanson quasi révolutionnaire. « C’est nous, les canuts », répètent-ils.
Au-delà de l’agitation, là-bas, derrière une fenêtre du premier étage, entre les vitres et les rideaux et tentures, loin du bruit et de l’agitation, deux jeunes gens s’embrassent, enlacés, attachés l’un à l’autre, à l’écart des manifestations qui les indiffèrent. Elle est blonde et sa chevelure vénitienne nappe ses épaules comme un vêtement de parade le ferait. Ils rêvent de leur prochaine fête d’amour, peut-être leur prochain mariage, noce tant espérée. Ils imaginent « des cordes, des guirlandes, des chaînes d’or entre les fenêtres et les balcons », des ballons enrubannés qui flottent sur la tête de leurs invités, des étoiles scintillantes, des boules lumineuses par brassées à n’en plus finir, des images qui tournent et virevoltent, des soieries plus chatoyantes les unes que les autres, …
Ils rêvent de leur vie comme ils dérouleraient un long écheveau de fil doré auquel famille, amis et canuts seraient reliés, un peu comme par une parole tissée.

(D’après Arthur Rimbaud)

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Divers

Une jeunesse désenchantée

Il se nomme Emmanuel Schneider. Il est étudiant de l’Ecole Polytechnique. Il a entre 18 et 28 ans, ce sont là un peu les bornes de la Génération Y. Il a été choisi parmi plusieurs centaines d’étudiants qui avaient répondu à un appel lancé par le Cercle des Economistes: « Inventez 2020: la parole aux étudiants ». Et il vient de publier un texte dans le cadre des Rencontres Economiques d’Aix en Provence, un manifeste en faveur d’une jeunesse désenchantée (Le Monde du 1er juillet 2014).

Le préambule est raide !
Les jeunes ont de plus en plus de difficultés à entrer sur le marché du travail et le concept de génération sacrifiée, une génération caractérisée par le chômage de masse et les emplois précaires, est devenu réalité. Même les jeunes diplômés sont « malheureux » (Pourquoi-la-génération-Y-est-elle-malheureuse) parce qu’ils sont contraints d’accepter des emplois qui ne correspondent pas à leur niveau et parce qu’ils redoutent avant tout le déclassement.
« L’impression que la génération précédente, celle des baby-boomers, a assuré son bien-être aux dépens de la nôtre s’est installé »

Part de la génération Y dans la population (C)Palmis

Emmanuel Schneider propose alors une liste d’actions à plus ou moins long terme, qui toutes ont pour objectif de réinsérer la jeunesse dans le tissu social et de susciter une société plus cohésive, ainsi qu’il le dit plusieurs fois.
Parmi ses préconisations:

  • développer l’apprentissage, une nécessité qui sera d’ailleurs à l’ordre du jour de la Conférence Sociale de Lundi-Mercredi prochains, au moment où l’apprentissage s’effondre littéralement en France,
  • créer une allocation de début de vie, un complément plutôt qu’un salaire, ce qui pourrait permettre la mise en place d’un SMIC jeune. L’auteur rappelle qu’à salaire égal, celui du SMIC, pourquoi un employeur embaucherait-il un jeune à former à la place d’un salarié déjà formé en recherche d’emploi.
  • instituer un service public de l’emploi pour les nouveaux travailleurs,
  • assurer la représentation des jeunes dans la sphère politique. Cela implique la fin du cumul des mandats et la création d’une variante de la parité hommes-femme au bénéfice d’un équilibre jeunes-moins jeunes. Emmanuel Schneider précise qu’au Parlement il y avait en 1981 UN élu de moins de 40 ans pour UN élu de plus de 60 ans. En 2007, ce rapport est devenu UN à NEUF !!
  • engager une réflexion sur la pédagogie et développer une enseignement heureux et participatif.

    Toutes ces propositions méritent une large réflexion si l’on veut « réintégrer la jeunesse dans les sphères économique et politique de notre société ».
    « Dans le cas contraire, la jeunesse risque de se retourner vers les faiseurs de rêves populistes. Cela sonnerait comme le glas de nos démocraties libérales et risquerait de nous replonger dans les heures les plus sombres de notre histoire. »