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Mali: le Parlement français se livre à une formalité

En avez-vous entendu parler dans la presse ? Ou à la télévision ? Non, bien sur ! Et pourtant le Parlement français est saisi demain 22 avril 2013 pour débattre de la prolongation ou non de la présence française au Mali. Ce débat est rendu obligatoire par la Constitution (Art. 35) qui stipule que si une intervention peut être décidée par le Chef des Armées (le Président de la République), elle ne peut être poursuivie plus de quatre mois sans débat et autorisation parlementaires.
Faites un test : rechercher trace de l’annonce de ce débat sur Google, vous ne la trouverez pas. Il vous faudra atteindre un lien avec la presse malienne et notamment l’agence Maliweb pour avoir confirmation du fait.
Comme pour d’autres débats, il s’agit de faire vite, de ne pas s’attarder, bref de ne pas trop réfléchir et de profiter de l’inertie et de la douce soumission de la population française et de ses médias pour entériner une guerre et une occupation du pays malien.
La Commission des Affaires Etrangères et de la Défense du Sénat s’est déjà prononcée en faveur de la prolongation de l’intervention, mardi 16, et le résultat du débat ne fait l’ombre d’un doute pour personne.

Dans tous nos précédents posts consacrés à l’intervention malienne, nous avions souligné les risques inhérents à cette attitude guerrière et solitaire (solitaire parce que tous les moyens de négociation et de débat avaient été volontairement rejetés, aussi bien avec l’adversaire, qu’avec les pays de la région, qu’avec l’Europe).

Tout d’abord, le risque humain et sociétal, sanitaire et humanitaire. Ce sont des centaines de milliers de Maliens qui ont quitté leur pays pour échapper aux violences des islamistes et qui ne sont pas revenus depuis le début de l’intervention. Bien au contraire, les migrations se poursuivent pour la simple raison que la situation n’est en rien stabilisée et que les populations redoutent les nouvelles violences des militaires maliens, ou de nouveaux affrontements entre touaregs et africains noirs. En moins d’un an, de avril 2012 à février 2013, le nombre de réfugiés et déplacés maliens est passé de 268 000 à 457 000 (sources HCR) (http://maliactu.net/manque-cruel-de-fonds-pour-laide-humanitaire-au-mali/), lesquels se répartissent en Mauritanie, au Niger et au Burkina Faso, ainsi que dans les autres régions du pays, Bamako principalement. Nul besoin de vous raconter ce que sont les camps de réfugiés, mais si vous en avez l’envie, allez faire un tour sur les pages du HCR.

Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (DR)

Les réfugiés, les déplacés, ce sont autant de familles qui ont tout abandonné, qui ont tout perdu et qui ne retrouveront jamais le peu qu’elles possédaient auparavant, mais qui leur permettait de vivre et de s’insérer dans la société. La destruction de ce tissu sociétal rend caduque et mensonger tout discours sur le développement futur de la région, un discours déjà bien difficile à croire pour lui-même.

Ensuite, le risque ethnique. Certains esprits forts affirment que ce n’est pas là l’une des dimensions du conflit qui agite la région depuis longtemps. Oh, que si ! Les troupes françaises ne sont pas encore parties parce que cet aspect de la question malienne n’est absolument pas solutionné à l’heure actuelle. Pour mémoire, aucun soldat malien n’opère à Kidal. Pourquoi ? Pour mémoire, seuls les tchadiens interviennent dans cette région et ils parlent de se retirer du Mali. Quant à la ville, sécurité et fonctionnement quotidiens y sont assurés par les touaregs du MNLA. Il y a de la scission dans l’air ! Une scission que jamais les Maliens ne sauraient accepter (http://maliactu.net/fenetre-ouverte-pourquoi-nos-braves-soldats-ne-sont-pas-a-kidal/). Une scission lourde de dangers, très lourde.

Enfin, un risque politique. Nous ne parlons pas de chez nous, en France, pays où le débat tourne autour du mariage pour tous, ou du patrimoine des ministres, mais bien du Mali.
Le débat démocratique dans ce pays devient de plus en plus contrarié, les journalistes en savent quelque chose. Outre le cas de Boukary Daou, qui a été emprisonné par les Services de Renseignement maliens (délibéré le 23 avril), Reporters Sans Frontières a souligné que les cas de violences ou d’intimidations auprès des journalistes ont augmenté au point que le Mali est passé de la 25° place à la 99° dans son classement relatif à la Liberté de la presse (http://fr.rsf.org/press-freedom-index-2013,1054.html).
Tout dernièrement , Malijet a annoncé que « Coulibaly et Fabius ont frôlé l’incident diplomatique », mais le lien a très rapidement été supprimé. Pour expliquer l’histoire, il semble que le Ministre des Affaires Etrangères (Coulibaly) n’ait pas du tout apprécié d’être exclu d’un tête à tête entre Fabius et Diaconda Traoré, le Président en intérim.
Autre exemple de la décomposition politique, un exemple qui nous ramène au conflit avec les touaregs du MNLA. Ceux-ci ont appuyé, selon leurs dires, la nomination d’un Gouverneur de la région de Kidal; Mohamed Ali Ag Albassaty . Qui l’a désigné ? Nul ne le sait bien, puisque le Ministre de la Communication du Mali considère qu’il s’agit là d’un non-évènement car un gouverneur doit être désigné par le Conseil des Ministres, ce qui ne semble pas être le cas : « Kidal fait parti du Mali. Ceux qui se donnent le droit de nommer un gouverneur sont incompétents pour le faire ».
Un autre fait ? Aminata Traoré, dont on a déjà beaucoup parlé ici, et Oumar Mariko, un militant anti-capitaliste d’ultra-gauche, se sont vus interdire de visa (http://www.maliweb.net/news/politique/diplomatie/2013/04/21/article,141163.html), par la France, pour venir en Europe, en particulier en Allemagne, afin de présenter leurs points de vue sur l’avenir du Mali dans le cadre d’un débat organisé par le journal Prokla et la Fondation Rosa Luxembourg.

Cette décomposition politique du Mali est donc alimentée depuis la France, une preuve en est le discours de François Hollande, le 28 mars , sur France2, lorsqu’il a sommé le Mali de mettre en place des élections présidentielles (à minima) avant juillet, déclarant qu’il serait « intraitable » sur la question (http://www.courrierinternational.com/article/2013/04/02/le-mali-une-province-francaise-comme-les-autres). Avons-nous déjà entendu le Président français exprimer avec une telle véhémence son souci de voir l’Italie, par exemple, se sortir d’une situation politique ubuesque ? Non, il n’est pas admis de se comporter avec l’Italie, par exemple, comme l’on peut se comporter avec le Mali, pays que l’on vient de visiter de sud en nord. La France a un vital besoin d’élections afin de « légaliser » au plus vite sa position, et peu importe que le pays soit aussi divisé, voire davantage qu’avant l’intervention, peu importe si les populations sont déplacées en plus grand nombre qu’avant l’intervention, les arguments qui prévalaient en décembre 2012 pour ne pas faire d’élection n’ont plus cours en mai 2013.

Un dernier risque était celui des otages. La libération de la famille retenue au Nigéria ne saurait les faire oublier. Mais où sont-ils ?

Oui, le débat que les honorables parlementaires (députés et sénateurs) vont conduire ce 22 avril est bien loin de la réalité : « une simple formalité ».

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Guerre au Nord-Mali, une décision grave

Ainsi donc, depuis ce vendredi 11 janvier 2013, la France est engagée dans un nouveau conflit. Un conflit visant à chasser des islamistes terroristes d’un territoire longtemps considéré comme « chasse gardée » de la France. Il n’est pas possible de passer sous silence cette dimension du problème, puisque dans le même temps, la France se retire d’Afghanistan où elle se trouvait pour en chasser les islamistes terroristes ! Alors, pourquoi deux poids et deux mesures ?

Cette question n’est pas la seule à devoir être posée. Notamment « Pourquoi cette précipitation ? » La montée en température a été soigneusement orchestrée comme en chaque occasion depuis le début de ce conflit, et chaque clan a consciencieusement joué sa partition. Les uns paradant en laissant photographier des rangées de pick-up, les autres en dénonçant une marche en avant de milliers de rebelles se dirigeant vers Bamako.

Lorsque la semaine dernière Ansar Eddine a déclaré publiquement qu’il renonçait à la trêve et qu’il reprenait ses actions, il était clair que les prétendues négociations n’auraient jamais lieu, tout simplement parce que personne ne les souhaite. Ou parce que personne n’est à même de représenter de façon qualifiée qui que ce soit. Il n’y a pas d’Etat au Mali ! Et justement parce qu’il n’y a pas d’Etat, l’intervention de la France est immorale ! Et dangereuse !

Ne parlons pas de la vie des otages qui, d’ores et déjà, est compromise. Mais parlons de la démocratie qui disparaît pour longtemps des tribunes maliennes ! Parlons du risque phénoménal de division entre le nord et le sud, même et surtout après une campagne militaire ! Parlons du risque de débordements raciaux entre noirs et arabes, entre noirs et touaregs ! Parlons des séquelles que ne manquera pas de laisser derrière lui cet interventionnisme ! Et enfin, dernier mais pas le moindre, parlons du risque de catastrophe sanitaire et humanitaire lié au déplacement forcé de centaines de milliers de personnes, en Mali du Sud, en Mauritanie, au Niger, au Burkina Faso …

Notre propos n’est pas de trouver la moindre excuse aux islamistes terroristes, puisque tel est désormais leur nom. Il est d’affirmer que la France est fautive de s’embarquer dans ce conflit alors qu’elle n’en a pas le mandat explicite de l’ONU, qu’elle a toujours affirmé haut et fort qu’elle n’interviendrait pas directement et qu’elle n’a fait strictement aucun geste, aucun effort en faveur de négociations.

Nous regrettons ici de nous retrouver sur cette position qu’avec les seuls PC et Parti de Gauche. Nous regrettons qu’une fois encore les partis « classiques » ne sachent pas régler les graves problèmes de notre monde autrement qu’avec la force et l’armée. Nous regrettons … nous sommes en colère !

Voici un extrait d’éditorial publié à Alger voici quelques jours, le 26 décembre exactement, par le quotidien L’expression (http://www.lexpressiondz.com/edito/166267-syrie-mali-face-a-la-meme-equation.html):

« comment peut-on concevoir une intervention militaire étrangère au Mali sans avoir restauré l’Etat?
Sans avoir réunifié les Maliens? Les partisans de la solution militaire jurent que la force africaine sera déployée pour aider l’armée malienne. L’Occident jure qu’il n’enverra pas de troupes à terre mais se contentera d’une aide logistique. Dans quel Etat se trouve l’armée malienne pour accueillir la force africaine et la logistique occidentale? Alors que le bons sens et la démocratie commandent à remettre en place les institutions maliennes, rallier tous les Maliens, y compris ceux qui sont au Nord, pour combattre les mercenaires étrangers regroupés sous divers sigles d’organisations terroristes et qui veulent imposer leur loi à la population.%%%
On ne combat pas des terroristes avec les moyens classiques d’une armée. Notre naïveté nous fait croire que couper les terroristes de la population civile qui aidera l’armée par le renseignement est une condition sine qua non dans le règlement de la crise qui secoue le Mali. Le Mnla et Ansar Eddine représentent précisément cette population civile du Nord. Avec leur concours, le sort des terroristes est scellé. Dans le cas contraire, les forces de la Cédéao vont vers une défaite certaine contre un ennemi invisible et très mobile dans l’immensité du désert. Que se passera-t-il alors? Et c’est là que les va-t-en guerre veulent arriver. C’est sur une telle situation qu’ils appuieront la nécessité d’une intervention militaire directe des troupes occidentales. Pour parvenir à la «sahélisation» programmée. C’est-à-dire délocaliser le terrorisme international de l’Afghanistan au Sahel. »

Le reste du billet faisait référence à la Syrie et nous l’avons retiré de la citation.

Mais cet extrait nous ramène à des interrogations déjà émises:  » »pour quelles raisons ? », « Pourquoi cet acharnement à vouloir intervenir et à tordre les évènements pour mieux le faire ? »

Pas de photo pour illustrer cet article: la guerre ne le mérite pas.

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Au Mali, chronique d’une guerre annoncée

Les dirigeants africains de la CEDEAO se sont mis d’accord, hier 11 novembre, pour l’envoi d’une troupe de 3300 hommes dans le Nord-Mali, afin d’en chasser les islamistes radicaux qui y appliquent la charia et surtout y implantent les bases arrières d’un « biosystème » à leur façon: trafics, drogue, enlèvements …
Il reste encore à obtenir le feu vert de l’ONU pour cette intervention qui ne pourrait guère avoir lieu avant plusieurs mois. De plus, la fenêtre de tir sera exceptionnellement courte puisque les fortes chaleurs rendront invivable aux combattants le désert.

Abuja-Les dirigeants de la CEDEAO décident la guerre (C)Pius Utomi Ekpei/AFP


Ceci dit, les objections à la réalisation de cette campagne militaire se font de plus en plus nombreuses.
Passons en revue les dernières déclarations et objections.
L’Algérie, tout d’abord, que d’aucuns avaient hâtivement placée dans le camp des « favorables » à la guerre vient d’exprimer toutes ses réserves. En compagnie du Burkina Faso, ce pays vient de réussir une scission du front islamiste en place au Nord-Mali: Ansar Eddine déclare officiellement refuser les actions terroristes. L’Algérie est particulièrement attachée à l’intégrité et l’inviolabilité de son territoire et elle craint qu’un conflit au Nord-Mali entraîne inévitablement des débordements sur ses frontières.
Le Burkina Faso, que l’on vient de citer, est présidé par Blaise Compaoré, un Président contesté et contestable, qui désire avant tout jouer un rôle politique éminent dans la région (et sauver sa place). Sa volonté de mettre des hommes à lui à la tête du « gouvernement » malien et sa conduite des négociations avec les rebelles du Nord-Mali sont des illustrations de cette volonté. Il n’en reste pas moins que le Burkina, par sa parole, est, de loin, favorable à une solution négociée au lieu d’un affrontement.
La Mauritanie s’avère violemment opposée à une intervention militaire. « Une guerre contre les islamistes armés qui occupent le nord du Mali serait dévastatrice pour les pays voisins qui seront alors victimes d’un volcan aux cendres incandescentes », voici ce qu’a déclaré le Président de l’Assemblée Nationale mauritanienne, Messaoud Ould Boulkheir. Pour la Mauritanie également, un conflit armé au Nord-Mali présente le risque important de débordements susceptibles de mettre en cause l’intégrité territoriale du pays et son régime démocratique. Le danger est bien réel de voir s’inviter quelques déséquilibres dans ce pays dont le Président Aziz est absent par suite de blessures infligées accidentellement par un soldat de son armée: l’opposition démocratique demande une transition vers au nouveau gouvernement et des forces, peut-être moins démocratiques, manifestent et jettent de l’huile sur le feu.

Romano Prodi, dont nous avions souligné le rôle que lui a confié l’ONU, et dont certains dirigeants européens font très peu cas, s’est prononcé (notamment à Alger !) en faveur de la recherche de la paix par le dialogue. « Je suis venu chercher la paix et nous devons travailler ensemble et avec une bonne volonté pour instaurer la paix dans cette région. Nous avons encore la possibilité de travailler pour la paix et profiter des cadres internationaux et des engagements de l’ONU dans le cadre de la lutte contre le terrorisme pour préserver l’unité nationale du Mali. Toutes les guerres qui ont été menées de par le monde ont causé de grandes tragédies pour l’humanité. La guerre en dernier ressort, car nous avons encore la possibilité de travailler pour la paix ».
Il est clair que l’ONU n’adopte pas une position de jusqu’au-boutiste et que les attitudes respectives de la France et de l’Union Européenne sont de plus en plus isolées.
Pour terminer (pour l’instant), ce tour d’horizon international, citons la Chine, elle-aussi opposée à une intervention armée au Nord-Mali.

Alors, en France ?
Les oppositions à ce conflit sont actuellement extrêmement minoritaires. La droite et la gauche parlementaires adoptent exactement la même attitude, celle de l’approbation face à un risque constitué par le terrorisme et l’islamisme. Seule l’extrême-gauche, Mélanchon, Médiapart …dénoncent la préparation de ce conflit au motif qu’il s’agit avant tout d’une intervention franco-américaine de caractère néo-colonialiste et impérialiste. Le site Atlantico (http://www.atlantico.fr/decryptage/reconquete-nord-mali-echec-previsible-jean-bernard-pinatel-542012.html) (« considéré » de droite) publie aujourd’hui un article signé de Jean-Bernard Pinatel, général 2° section, intitulé « La conquête du Nord-Mali, un échec prévisible ». Et c’est tout pour aujourd’hui: le reste de la presse n’est constitué que de va-t-en-guerre, à commencer par « Le Monde » !

Est-ce donc une erreur que de persister à croire que la guerre au Nord-Mali sera une catastrophe ? Une catastrophe parce qu’elle entraînera encore plus de misères qu’il n’y en a actuellement dans cette sous-région du Sahel. Une catastrophe parce que les réfugiés (au Niger, au Tchad, en Mauritanie) ne seront plus 300 à 400000, mais le double, si ce n’est davantage. Une catastrophe, parce que les relations déjà difficiles entre africains et arabes, entre africains et touaregs, seront détruites pour de longues générations. Une catastrophe parce que le fait militaire ne viendra jamais à bout de la volonté de quelques illuminés fanatiques, il n’est qu’à voir en Afghanistan, et nous n’avons pas encore vu le pays après le départ des troupes occidentales ! Alors, remplacer l’Afghanistan par le Mali ? Sous le prétexte qu’il y a du pétrole, de l’or, peut-être du gaz ? Une catastrophe, parce que vont se superposer, se percuter deux antagonismes: les africains contre les djihadistes et les africains contre les touaregs !

Deux hommes, en qui l’on croyait pouvoir accorder un peu de confiance, viennent de s’exprimer de la pire façon.
Tout d’abord, Mohamadou Issoufou, Président de la République du Niger depuis 18 mois. Alors que les discussions des derniers temps le laissaient apparaître comme réticent à une intervention armée, le voici qui intervient publiquement (http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/11/12/nord-mali-les-djihadistes-visent-l-europe-selon-le-president-nigerien_1788997_3212.html) pour donner corps aux pires fantasmes de notre classe politique. « Si on les laisse faire, les djihadistes ne s’arrêteront pas en Afrique de l’Ouest. Leur objectif, c’est l’Europe. Qui tient l’Afrique tient l’Europe. La non-intervention serait bien pire qu’une intervention. Maintenant, nous n’avons plus le choix, Il faut que l’opinion française comprenne que l’intervention au Mali est nécessaire pour protéger l’Europe et pour éviter que les troubles qui ont gagné le monde arabe ne se propagent en Afrique ».
Autre voyageur de commerce au service de l’Occident, Abdou Diouf, Secrétaire Général de la Francophonie. « La France, avec d’autres, et notamment les Nations Unies et l’Union européenne, a le devoir d’intervenir dans cette affaire pour aider le Mali et les pays de la sous-région tant la menace est sévère ». A la question de savoir si la France ne se trouvait pas désormais face à des concurrents mieux placés pour satisfaire leurs appétits en Afrique, la réponse est la suivante: « Franchement, je ne pense pas. Il est cependant vrai que, depuis plusieurs dizaines d’années, l’Afrique a multiplié les partenariats économiques avec des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou la Turquie. La France doit donc rivaliser avec sans doute plus de concurrents qu’auparavant. Mais c’est une bonne chose ! Aujourd’hui, l’Afrique est en position de négocier à son avantage, de demander le respect de ses valeurs – et de celles qu’elle défend au sein de la Francophonie ».
On ne saurait mieux dire que la présence de la France dans ce conflit est un gage pour garder sa place en Afrique !
Alors, que faire ?
Cesser le tam-tam militariste ! Parler de négociations ! Avec Ansar Eddine et avec le MNLA (http://moussa-blog.azawadunion.com/) ! Davantage que les djihadistes venus souvent d’Algérie et/ou de Libye, ce sont eux les gens du Nord-Mali ! Il n’est point de ralliement en masse de combattants venus de tout le continent, voire même d’Europe ou de France, à l’exception de deux fanatiques (il ne s’agit que d’intoxication médiatique !). Aider la population (communication) à résister, car elle en a envie et besoin ! Monter des opérations de police ! Créer les conditions d’un vrai développement économique, social et culturel de cette région, ce que le Sud-Mali n’a jamais fait malgré les promesses et les accords successifs ! Donner de l’audience politique aux habitants du pays ! Patrouiller sur toutes les frontières pour contrecarrer la libre circulation des terroristes et des trafiquants ! Aider le Mali à réintégrer des processus démocratiques, et le plus vite sera le mieux, car les hommes qui prendront la parole le feront au nom du peuple, ce qui n’est pas le cas actuellement !
Cela, la France et l’Europe peuvent aider à le faire !
Tieman Coulibaly, Ministre des Affaires Etrangères du Mali, partisan de la guerre, refuse l’organisation d’élections en son pays, au motif que l’intégrité de celui-ci n’est plus une réalité. Il a de belles phrases:
« Organiser des élections sans les territoires occupés, ce serait ajouter la honte à la honte ». C’est possible, et il ne lui est pas interdit de le penser, mais ne croît-il pas que déclarer la guerre alors que l’on n’est que membre d’un gouvernement largement auto-désigné ne lui donne que peu d’autorité morale ?


A lire, un bilan des forces djihadistes (http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20121112170338/actualite-afriquemali-de-quelles-forces-disposent-les-jihadistes.html), réalisé par « Jeune Afrique ».

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La France n’a rien à foutre militairement au Mali

C’est difficile et c’est triste à dire, mais il existe des intellectuels africains prompts à retourner leurs sentiments. Il n’y a pas un mois que le nouveau président français est élu et qu’il a pris ses fonctions que déjà certains lui lancent des appels à aider le Mali.
Afin de justifier un aussi rapide revirement, ils précisent que la France de Sarkozy ne leur a jamais rien donné et qu’au contraire elle leur a pris et les a maltraités. Comme de bien entendu, ressort comme un tarte à la crème le discours de Dakar, mal lu et mal cité, ou bien les accords d’immigration rejetés par ATT. Ces intellectuels se sont-ils mobilisés pour défendre le bilan d’ATT lorsque celui-ci a été chassé du pouvoir ?

Le Mali vit une situation catastrophique: situation de guerre au nord, situation humanitaire des réfugiés qui quittent le pays pour la Mauritanie ou le Niger, situation idéologique insupportable avec la proclamation d’un Etat islamique de l’Azawad et surtout les exactions quotidiennes de « combattants » livrés à eux-mêmes, situation politique incontrôlable à Bamako.

Un membre d’Ansar Dine (C)Romaric Ollo Hien/AFP

La France tient-elle actuellement un nouveau langage à l’égard de l’Afrique ? Probablement pas.
Laurent Fabius n’a pas autre chose à dire que « nous tiendrons un autre discours que celui de Dakar ». Est-ce bien vrai ? Un fois enlevé (avec justesse) le volet colonialiste et daté du discours de Dakar, le fond reste le même !

Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, vient de le dire tout clairement.
« Le dispositif français en Afrique fera l’objet d’un nouveau Livre blanc évaluant les menaces et le rôle que la France doit jouer. Nous sommes très préoccupés par la situation au Sahel. Il y a des risques majeurs qu’il devienne un nouveau sanctuaire du terrorisme, avec, en plus, la dislocation du Mali. Il faut retrouver les principes de l’intangibilité des frontières, de l’intégrité du pays. Mais nous n’avons pas l’intention de revenir aux traditions d’ingérence. Il est indispensable que les organisations africaines agissent. C’est une fois qu’un mandat des Nations Unies, sollicité par les organisations africaines, sera décidé, que nous apprécierons la manière dont la France, qui ne doit pas fuir ses responsabilités, s’associera militairement. Il est souhaitable que des initiatives soient prises rapidement. L’idéal serait que l’ensemble soit accompagné par l’Europe, ce serait une forme de responsabilisation vis-à-vis de l’Afrique. C’est à partir du moment où il y aura un mandat que nous pourrons agir et activer nos éléments de soutien sur place. »

Mais de quelle responsabilité française parle t-on ? Et de quelle responsabilisation européenne ? Celle qui est née du colonialisme ? Et jamais nous ne nous posons la question de savoir si les peuples africains (et non quelques intellectuels ludions) ont envie et ont besoin de cette « responsabilité ». Relisez donc ce fameux discours (ou lisez-le une bonne fois pour toutes): vous y trouverez les mêmesréférences à des liens historiques, des liens de solidarité avec l’Europe.

La France n’avait rien à faire en Libye, elle n’y a pas respecté le mandat qui lui avait été confié, elle a fait d’énormes dégâts que payent au comptant le Mali, la Mauritanie, le Niger …
La France n’a rien à faire en Syrie et la première raison en est justement le non-respect du mandat précédent en Libye.
La France n’a rien à faire militairement au Mali. Cela ne fera qu’ajouter des désastres aux désastres …

Davantage qu’intervenir militairement, l’Europe doit faire connaître ses choix à haute et intelligible voix auprès des organisations africaines.
L’Europe doit aider l’Afrique à se définir un modèle de développement, et à le mettre en œuvre. La solution malienne se trouve dans la prise en charge de l’ensemble de l’avenir du pays par les maliens eux-mêmes, toutes populations et religions confondues.
Là est le rôle de la France et de l’Europe: pas dans les armes …

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Sauver Benghazi pour mieux punir Syrte,

défendre les populations civiles à Benghazi avec un mandat à peu près clair de l’ONU pour mieux violer ce mandat à Syrte et y faire la chasse à Khadafi, invoquer la démocratie et la responsabilité de l’Occident à Benghazi pour mieux s’en moquer et ne pas les respecter à Syrte dans le but de se venger de celui que l’on a appelé un tyran et qui venait camper (au sens propre) sous les fenêtres des chefs d’état occidentaux. Est-ce là le bilan de la campagne de Libye ?

Guerre en Libye, 20 mars 2011 (DR)

Et qu’avons-nous gagné ? Rien, si ce n’est probablement un désastre.

Un désastre en raison de la réaction (de la contre-révolution !!) islamiste. Comme il était prévisible, les révoltes arabes donnent tour à tour le pouvoir aux islamistes et c’est une vue de l’esprit que de croire qu’Ennahda, en Tunisie, sera respectueux de la démocratie, de la place de la femme, du droit de croire ou de ne pas croire. Des déclarations inquiétantes ont déjà été faites en ce sens, qui ont été démenties par les nouveaux hommes forts qui ont besoin de la « reconnaissance » occidentale.
En Libye, point n’est besoin de s’étendre: la « collaboration » entre les factions se fera sur le dos des droits élémentaires.
Quant à l’Egypte, tout s’y prépare pour que les Frères Musulmans et les salafistes se partagent le pouvoir.
Ce qui n’était pas une révolution cède la place à la réaction la plus classique. Il fallait s’y attendre et seuls les journalistes romantiques pouvaient se tromper et nous tromper en nous gavant d’images de madones au drapeau ou de lanceurs de grenade et en nous faisant vivre les évènements en « direct live ». Pour mémoire, il en est ainsi de toutes les « révolutions »: Mai 68 s’est achevé sur les Champs par une monstre manif de la droite et le retour de l’essence dans les pompes, Obama encensé par les chroniqueurs n’est plus désormais qu’un velléitaire, … Les révoltes arabes suivent le même chemin parce que les forces de la jeunesse, celles qui ont su si bien utiliser les réseaux sociaux et internet, ne revendiquent pas tant un fonctionnement démocratique de la société, mais avant tout la LIBERTE, la liberté de travailler, de gagner sa vie, de discuter, de consommer, de se déplacer, de voyager.
Et parce que les forces de la contestation, quoique souvent riches culturellement, ne sont pas politisées. Les militants aguerris se trouvent dans des structures qui attendent cette alternative depuis des décennies et qui ont su réagir très rapidement: Ennahda ou les Frères Musulmans et la kyrielle d’institutions sociales et humanitaires qu’ils ont su mettre en place et animer. Quant aux intellectuels de gauche, aussi méritant soient-ils, ils n’ont bien souvent aucune structure, aucun parti historique, aucun syndicat derrière eux. Et ce ne sont pas eux qui peuvent promettre que demain, la télévision sera gratuite !

Un désastre à cause du « deux poids, deux mesures ». Parce qu’il n’y a pas à se venger d’humiliations qu’aurait pu infliger le président Assad aux gouvernements occidentaux, aucune intervention n’est prévue pour mettre un terme au calvaire de son peuple. Certes Assad a sans doute raison: il sait depuis toujours que céder la place, c’est laisser entrer, ici aussi, l’islamisme politique. Alors, pour sauver ce qui peut encore l’être, tout comme ce qui aurait pu être imaginé en Libye, n’est-il pas possible d’exercer d’impitoyables pressions (refus de tous produits en provenance de Syrie, fermeture de tous les comptes, boycott de toutes les entreprises, exclusion de toutes les institutions internationales, …?
Il restera dans l’esprit des peuples du Maghreb, du Moyen-Orient et d’Afrique la terrible explication de ce « deux poids, deux mesures »: il s’agissait, en Libye, de faire main basse sur les richesses.

Un désastre à cause du transfert des risques de conflit. Les Touaregs que l’on a, bien imprudemment, traités de mercenaires alors qu’il ne s’agissait que de tribus fidèles à la tribu des Khadafi (et cette sorte de fidélité ne se rompt que par la mort) rentrent au pays les bras chargés d’armes. D’autres combattants, ceux d’AQMI, cherchent à occuper le Nord-Mali, le Nord-Niger, les franges de la Mauritanie pour y installer leur base africaine. Eux aussi ont les bras chargés d’armes de toutes sortes. Afin de déloger AQMI de leur territoire, les Touaregs ne leur déclarent ni plus ni moins que la guerre, ainsi qu’à l’armée malienne dont ils considèrent qu’elle a des « connivences » avec les terroristes. Et tout cela moins d’un an avant les élections présidentielles au Mali (avril-mai 2012), l’un des rares pays africains à être une démocratie quasi exemplaire ! Au-delà du Mali, ce sont le Niger, l’Algérie et la Mauritanie qui ne manqueront pas d’être concernés par ce nouveau conflit.

Un désastre à cause de la mort de nos relations avec l’Afrique. D’aucuns diront « Tant mieux, c’est la fin de la Françafrique ». Mais le bilan est plus triste que cela parce que les relations entre notre pays et les pays africains vont bien au-delà de ces relations de pouvoirs et d’affaires.
Il y avait déjà les questions de l’émigration des Africains et de leur immigration rejetée chez nous. Il y a maintenant un sentiment de mépris de la part des occidentaux et d’humiliation pour les Africains, et ceci pour une raison essentielle. La Libye a été le théâtre d’une intervention militaire, et son chef d’état a été assassiné par des armées occidentales (ou sous couvert de celles-ci) sans l’accord du Continent africain. Le Continent africain a été bafoué, son avis n’a jamais été pris en considération, il n’a même jamais été sollicité. Certes, cet avis était peu audible, entaché qu’il était pas des « solidarités » acquises avec beaucoup d’argent, beaucoup de contrats. Il n’empêche, Khadafi a été l’un des rares à savoir parler de la Nation Africaine. Jacob Zuma, Président de l’Afrique du Sud, a tenté, à plusieurs reprises, d’ouvrir des pourparlers (et non des négociations !) entre les forces en présence. En avez-vous seulement entendu parler ? Il a dénoncé la primauté accordée à l’OTAN (et donc à Paris, Londres et Washington) sur l’ONU pour « gérer » l’affaire libyenne. En avez-vous eu connaissance ?
La guerre libyenne s’achève sur l’humiliation de toute l’Afrique (http://www.journaldumali.com/article.php?aid=3772), du Maghreb au Proche-Orient et à l’Afrique du Sud, en passant pas l’Afrique de l’Ouest. En date du 18 octobre dernier, l’intellectuel et historien Achille Mbembe affirmait dans « Le Monde » que « la France n’est plus notre soleil ». Le conflit libyen et son traitement spécifiquement français, avec la complicité de quasi toutes les forces politiques, et notamment celles de gauche, n’ont fait qu’assombrir un peu plus notre « soleil ».

Enfin, pour terminer, un probable désastre à cause d’une possible partition de la Libye. On ne le dira jamais assez, la Libye est un pays de tribus que Khadafi avait réussi à rassembler sur un objectif commun, au prix, c’est certain, de violences et de crimes impardonnables. Désormais, ceux de Benghazi s’opposent et s’opposeront à ceux de Tripoli ou de Syrte ou de Misrata et vice-versa. Les territoires, les richesses, le pétrole, tout fera l’objet de conflits et de partages violents et la Libye d’aujourd’hui risque la partition en deux, voire trois, entités non viables.

Oui, un désastre et aucun bénéfice, si ce n’est pour quelques pétroliers …

PS: chroniqueuse au « Monde », Caroline Fourest a un vrai beau franc-parler et ses analyses sont d’une justesse et d’une précision dignes du scalpel. Il faut la lire sur son blog (http://carolinefourest.wordpress.com/) et sur le site de l’association-revue dont elle fait partie: ProChoix (http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2006/12/19/1061-presentation-de-la-revue).
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Droits de l'homme

Niger, Tunisie, Egypte nous interpellent

Depuis le début de l’année, des événements tous plus violents les uns que les autres s’enchaînent et interpellent vigoureusement la France, et au-delà l’Europe, voire tout ce qu’il est coutumier d’appeler le monde occidental.

Le Niger, tout d’abord, avec l’enlèvement et la mort des deux otages Vincent Delory et Antoine de Léocour. Nous en avons parlé ici (Le-Niger-la-France-et-les-otages). Indubitablement, leur mort est consécutive à l’engagement des forces armées nigériennes et françaises pour arrêter le convoi d’AQMI ou de ses “fournisseurs” avant qu’il ne “disparaisse” au Mali. La mort des deux jeunes gens n’est pas une bavure, c’est la conséquence d’un acte de guerre au cours duquel deux adversaires se sont affrontés. Avec cet événement, nous avons assisté à un virage brutal de l’attitude française envers les prises d’otages. Il n’est désormais plus question de laisser AQMI kidnapper ou faire kidnapper des français sans réagir. Il doit être mis fin au lucratif négoce des rançons qui permet à Al Quaida de s’équiper en armes et en matériel et de financer ses intermédiaires. Les activistes ont pourtant déjà remporté une victoire: les européens sont partis, y compris et surtout ceux qui apportaient une aide humanitaire au pays, au travers de multiples ONG. Les touristes ne viendront plus avant longtemps, alors que certains villages ne vivaient que de ce tourisme équitable. Il est probable que désormais la situation évolue vers des attentats, comme tout dernièrement en Mauritanie avec la destruction d’un véhicule chargé d’explosifs.

Quel intérêt avons-nous à être au Niger et à y rester, protégés par une force militaire ? AREVA, notre quasi seule présence économique dans ce pays, celle de l’extraction de l’uranium (http://www.temoust.org/uranium-le-marche-va-t-il-se,13964). La question n’est pas celle de notre programme nucléaire, car même s’il devait être freiné ou interrompu, nous aurions besoin d’uranium (d’autres pays aussi à qui nous le revendons sous forme de concentré). Désormais, son extraction se fera sous la protection de l’armée !

Mines d’uranium au Niger (DR)

Il est certain (quoiqu’en pense Ecologie-Les Verts) qu’il n’est pas possible de privilégier la négociation par rapport à l’usage de la force. Car AQMI ne veut pas négocier, ne cherche même pas à négocier, il ne veut qu’éradiquer les occidentaux du Sahel, parce que ce sont des infidèles. Et pour cela, il enrôle les jeunes sans emploi et les assomme d’une idéologie basique. Comment contrer cette dangereuse évolution ? Est-ce possible ? Est-ce souhaitable ? On rejoint là le débat récurrent des relations entre la France et l’Afrique. La France a remis 3 millions d’euros d’aide budgétaire au Niger en début d’année. Ce n’est pas suffisant. C’est AREVA qui doit faire son aggiornamento, mettre ses pratiques en accord avec ses mots (http://www.areva.com/FR/notreoffre-412/prospection-et-extraction-d-uranium-pour-un-approvisionnement-durable.html), embaucher des jeunes maintenant que tous les expats sont partis, maintenant que tous les humanitaires sont partis, les former, leur apprendre les techniques d’assainissement des villes et villages, la viabilité des routes, les former pour distribuer l’aide alimentaire, pour trouver de l’eau, créer un jardin, faire un peu d’agriculture, satisfaire la faim des enfants, reconstituer les troupeaux … Et puis investir dans la protection de l’environnement (neutralisation de ses produits d’extraction) et enfin verser à l’état nigérien une juste compensation de la plus-value opérée sur le bien mis à sa disposition: la terre du Niger. Est-ce rêver ?

Pour terminer sur le Niger, notons le calme du 1er tour des élections législatives et présidentielle et saluons la promesse faîte et tenue par les militaires: rendre le pouvoir aux civils, peut-être au peuple …

La Tunisie ensuite, au sujet de laquelle nous avons déjà émis quelques commentaires (Tunisie-Egypte-…). Toutes les 48 heures, le comportement du gouvernement français revient sur le devant de la scène, alimenté par les centaines de commentaires des “révolutionnaires de la dernière heure”. (« Depuis trois semaines, une effervescence médiatique sans précédent rattrape deux décennies de mutisme, de mensonges et d’ignorance » – Myriam Marzouki, le 23/01/2011).

Prenons le récent exemple de MAM. Des colonnes entières de journaux et des centaines de commentaires Internet lui reprochent d’avoir utilisé l’avion d’un industriel proche de Ben Ali. C’est là une instrumentalisation de la révolte tunisienne à des fins strictement internes à la politique française. Sur l’affaire, effectivement entre Noël et le Jour de l’An, les manifestations étaient encore circonscrites loin de Tunis, même si elles commençaient à prendre ampleur et signification. Avec MAM, des milliers de Français (sans doute certains commentateurs d’aujourd’hui …) prenaient des vacances à Hammamet ou à Djerba.

Aucun de ces commentateurs n’a posé le vrai problème. Si elle avait utilisé l’avion de cet industriel six mois plus tôt, en août, cela aurait-il été normal ? Si cet avion appartenait à un industriel d’opposition, cela aurait-il été normal ? Apparemment oui, pour tous ces commentateurs ! Et pourtant c’est NON: il s’agit d’un conflit d’intérêt, et en tant que tel c’est inacceptable. Là est la vraie faute de MAM, comme celle de Sarkozy avec le yacht de Bolloré.

Et maintenant l’Egypte qui sombre progressivement dans le chaos.

Très probablement des foules sont manipulées pour défendre Moubarak. Mais il est fondamental de comprendre que ce pays de 80 millions d’habitants n’est pas la Tunisie. Il existe deux Egypte aujourd’hui. Celle des jeunes, nourris à l’Internet (Facebook, Twitter, les blogs …), assez cultivée et très contemporaine, ouverte sur l’occident, avide de connaître elle aussi la liberté et la richesse qu’affiche cet autre monde. Et puis celle des pauvres, souvent analphabètes, soumise, qui gagne chaque jour à peine ce qu’il faut pour manger trois  »falafels » le soir: cette Egypte-là ne peut que ressentir le vertige et la peur à l’idée de perdre son Raïs. Ce n’est pas une raison pour la mépriser. Les policiers eux-mêmes en font partie (au contraire de l’armée), leurs salaires sont miséreux (ce qui explique leur quête constante d’un bakchich) et il n’est pas besoin de les pousser beaucoup pour aller contre-manifester.

People demonstrate in support of the Egyptian people’s protests against the regime of President Hosni Mubarak in front of the Egyptian consulate in Chicago on January 29, 2011. The embattled Mubarak tapped Egypt’s military intelligence chief as his first-ever vice president and named a new premier as a mass revolt against his autocratic rule raged into a fifth day. Fresh riots in several cities left three protesters dead in Cairo and three police in the Sinai town of Rafah, bringing to at least 51 the number of people killed nationwide since the angry protests first erupted on January 25. AFP PHOTO / Mira OBERMAN

Qu’on ne se méprenne pas sur les convictions de ce blog très souvent exprimées dans les nombreux posts consacrés à l’Egypte: 30 ans de pouvoir autocratique et de régime “spécial”, c’est trop !

Des hommes essaient de comprendre et d’expliquer qu’il faut sans doute passer par des phases de transition correctement négociées (contenu, échéance). Boutros Boutros-Ghali est de ceux-là. Mais il est copte … il ne sera même pas écouté. D’autres sont trop seuls, comme El Baradei, et s’appuient sur des forces “obscures”. Enfin, il en est, sans doute, qui attendent que le fruit mur tombe de l’arbre …

Comment devons-nous nous comporter ? Quelle attitude prendre ? Que faut-il dire ?

Les mots définitifs emplissent les colonnes des journaux: “Il faut appeler une dictature, dictature”, “les intellectuels français fustigent le silence de Paris”, “L’Union de la méditerranée: l’échec de Sarkozy”, etc …

Peut-on dénoncer une “dictature” (Tunisie ou Egypte) quand plusieurs millions de français y ont pris leurs vacances depuis des années: 600 000 français par an dans chaque pays ?

Comment peut-on conserver des liens avec ces pays tout en faisant comprendre que des progrès doivent être accomplis en matière de libertés individuelles, de statut de la femme, de liberté de la presse, … ?

Comment concilier ces impératifs avec la réalpolitik ? Pour la Tunisie, l’Egypte, comme pour le Niger, on peut aussi cesser toutes relations commerciales et se réfugier dans la posture. Cela ne changera rien et d’autres pays feront les affaires que nous ne ferons plus. La Chine, par exemple, ne sera pas regardante sur la démocratie … elle ne connaît pas !! Et les mêmes commentateurs viendront demain reprocher à un autre gouvernement (voire au même) le déclin de la France. La voie est étroite entre le silence complice et l’ingérence inacceptable. La presse a un rôle à jouer. Mais elle doit le jouer en permanence et non seulement lorsque le maelström médiatique le lui impose. Ensuite, les hommes et femmes politiques… s’ils renoncent aux privilèges et aux conflits d’intérêt.

De même, dire et écrire que l’Union pour la Méditerranée est un échec à cause des conditions de sa création avec des états insuffisamment démocratiques est une fondamentale erreur. Cela veut d’abord dire qu’elle n’a, même actuellement, aucun droit à exister. Et puis, avec de tels principes, l’ONU, le FMI, la Banque Mondiale, l’UNICEF, l’UNESCO, tout cela n’aurait pas le droit d’exister. En Europe, l’Espagne n’a certes été intégrée qu’en 1985 parce que la CEE voulait qu’elle évolue vers un régime démocratique. Cependant, dès 1970, un accord préférentiel était signé pour servir de cadre aux échanges commerciaux entre les deux parties. Le dialogue a toujours des vertus, y compris avec un partenaire peu démocratique. Le tout est de ne pas remplacer le dialogue par la complaisance.

Si l’UPM est actuellement un échec, c’est bien à cause des rivalités entre pays et à cause du conflit israélo-palestinien. Et si les révoltes actuelles ne recouvrent pas le Maghreb et le Proche-Orient d’un voile de fermeture et de repli sur soi, alors oui, l’Union pour la Méditerranée sera à réinventer. Car ce n’est que par elle que pourront être abordées des questions de paix, de développement, de croissance et d’environnement. L’idée ne doit pas être si mauvaise, puisque des intellectuels africains nous la reprochent en considérant qu’elle est tournée contre eux et qu’elle devrait être remplacée par un plus large accord Europe-Méditerranée-Afrique.

En attendant, avec vigilance et fermeté, ici et maintenant, il nous faut refonder la démocratie.

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Immigration

Les migrants du Mali

Sous le titre général de « Bamako World Wide », Carine Fouteau a publié récemment sur Médiapart une série d’articles consacrée aux migrations maliennes et surtout au dramatique devenir de ces migrants.

En quelques mots, le cadre est tracé: la faiblesse des revenus (36% des habitants vivent avec moins de 1 dollar par jour), ajoutée aux aléas du climat et à l’explosion démographique (13,7 M d’habitants aujourd’hui, 40 millions en 2050 ??) fait que les maliens, déjà traditionnellement enclins à la migration, partent encore plus nombreux.

C’est ainsi que les commerçants préfèrent le voyage sud-sud, notamment avec Dubaï ou l’Arabie Saoudite. Un bilan de la BCEAO indiquerait que la part des exportations vers l’Europe serait tombée de 83,5% en 2002 à 5,6% en 2006. Que valent ces chiffres stupéfiants qui n’ont de valeur que s’ils sont rapportés au volume d’affaires. Le dernier rapport connu des comptes extérieurs du Mali (09/04/2010) précise que les exportations ont atteint 935 milliards de Francs CFA en 2008, dont 70% pour l’or, 10% pour le coton et 5,5% pour les animaux vivants. Les zones destinataires de ces exportations étaient l’Afrique pour 86,7%, l’Asie pour 7% et l’Europe pour 5%. D’où il ressort que des chiffres incomplets ne peuvent rien signifier ! Quant au reste du commerce dont parle l’article, il relève avant tout des importations. D’une part sous la forme d’une activité qui échappe à tout contrôle et à toute réglementation, aussi bien à la sortie d’Arabie Saoudite qu’à l’entrée au Mali. D’autre part, dans le cadre d’un commerce unilatéral consistant en l’importation de matériels ou de pièces détachées d’origine chinoise via Dubaï ou Charjah. Cette “mondialisation par le bas” comme l’appelle l’auteure n’est en fait qu’un aspect de la mondialisation tout court.

L’article suivant aborde le choix des étudiants qui préfèrent poursuivre leurs études aux USA plutôt qu’en France. A n’en pas douter, il s’agit là de la conséquence de deux mouvements. Le premier est la volonté des élites africaines issues des classes supérieures de s’exprimer en anglais et de s’orienter vers des professions dites d’avenir: informatique, économie, … Le second est à chercher dans les très mauvaises conditions d’attribution des visas par la France, conditions qui ne peuvent que jouer un rôle d’épouvantail. « L’état des lieux des relations diplomatiques entre le Mali et la France est désastreux ». Et la dernière incursion de l’armée française au Nord Mali, sans en avoir prévenu ATT et sans son accord, ne va pas arranger les choses.

De tels faits sont bien plus graves qu’un discours encore une fois cité dans ces articles, celui de Dakar. Il a pu certes heurter quelques intellectuels, sans doute avec raison. Mais il est impensable d’accuser ce discours d’être raciste. Il n’est en fait qu’une imagerie datée, traditionnelle et paternaliste de l’Afrique. C’est un discours vieux de plusieurs dizaines d’années. C’est en fait une manière de dire que l’Afrique n’a pas pris le train de la mondialisation. Pourtant, d’autres tiennent, sans s’en rendre compte, le même discours. A commencer par les écolos radicaux, tenant de le décroissance, qui veulent vouer l’Afrique à un développement agricole auto-centré. A continuer par les milliers d’associations charitables qui consacrent leur quelques sous, en toute bonne foi, à l’apprentissage de la langue française, à la récupération et au recyclage de matières diverses, bref à l’acceptation d’une vie faite de misère et de soumission …

La série des articles s’oriente alors vers le descriptif apocalyptique des conditions d’expulsion des maliens, des ghanéens, des tchadiens ou nigériens depuis la Libye. Le postulat de départ est qu’ainsi la Libye répond favorablement aux attentes des pays européens avec lesquels elle a normalisé ses relations.Elle se comporte comme un “chien de garde” de l’Europe.Tout comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie ou la Mauritanie.

Outre que cette affirmation très “politique” fait peu de cas de l’identité de chacun de ces pays, elle s’appuie sur une affirmation “erronée”. Tous les maliens expulsés de Libye déclarent s’y être rendus pour y travailler ! Ont-ils le choix de dire autre chose lorsqu’ils sont emprisonnés et battus ? La vérité est qu’ils sont en Libye (ou en Algérie, ou au Maroc, …) pour rejoindre l’Eldorado européen. Et qu’ils sont des centaines chaque jour à grossir le flux. Ils ne viennent pas pour travailler en Libye, car cela relève d’une insupportable soumission envers les arabes. La migration africaine des maliens se fait avant tout vers le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Burkina Faso, … elle ne se fait pas vers le Maghreb.

Migrants maliens de retour de Libye (C)France24

En lieu et place de développer une thèse fausse, il serait sans doute plus constructif de comprendre l’émigration des Africains, de comprendre la difficulté à les recevoir de la part de pays comme le Niger ou le Maghreb, de favoriser une meilleure circulation des gens, des richesses et des talents là-bas comme ici chez nous.

Très curieusement, et comme en écho avec la volonté des étudiants maliens d’aller poursuivre leurs études aux Etats-Unis, la série d’articles s’achève par l’expulsion d’une malienne depuis l’état de l’Ohio. Les titres de la presse d’aujourd’hui nous apprennent que les républicains veulent faire de la lutte contre l’émigration leur prochain cheval de bataille. Les hispaniques sont visés en priorité, certes, mais un jour viendra où les noirs non américains seront inquiétés à leur tour.

En conclusion, la série est intéressante, très intéressante, mais trop souvent construites sur des idées préconçues, alimentant la désormais traditionnelle opposition entre tenants d’un contrôle dur de l’immigration et partisans d’un humanisme qui ne solutionne rien.

Ce sont 200 nouveaux émigrants qui arrivent chaque jour à Agadès, au Niger. Certains restent, certains repartent, certains reviennent, certains disparaissent, … Les passeurs font leurs affaires et les bandits de tous ordres ont organisé le “marché”.

Le Niger, c’est aussi le pays où Michel Germaneau a été capturé et où il est probablement mort de maladie et de grand âge. L’équipée franco-mauritanienne, à visée de reconnaissance, a donné l’occasion aux ravisseurs d’annoncer une exécution pour venger cette expédition. Il est sans doute plus facile d’annoncer une “vengeance” que de reconnaître que l’otage est décédé de mauvais soins ou d’absence de soins dans les mains de ses ravisseurs. A l’appui de cette thèse, l’absence de revendication publique et officielle et l’ignorance complète dans laquelle se trouvaient les “intermédiaires négociateurs” maliens.

Alors, faire la guerre à AQMI ne résoudra rien. Et Nicolas Sarkozy serait mieux inspiré de faire la guerre à la pauvreté en Afrique, de faire la guerre pour le développement de l’Afrique. C’est facile (ou presque). Il lui suffit de réduire la dette de ces pays, de donner sa part du PIB promises dans le cadre du Millénaire pour le Développement, d’appeler l’Europe à ses cotés, de favoriser des initiatives locales d’associations ou d’entrepreneurs locaux et de confier le contrôle de ces actions à des organismes internationaux comme l’UNESCO, l’UNICEF, la FAO, le BIT, l’OMS, l’ONU, et d’autres encore, en fonction de la nature du projet.

Additif du 10 janvier 2011,
Compte tenu des commentaires exprimés sur ce post et relatifs à la disparition de Michel Germaneau, je ne peux manquer de signaler cette info de “Marianne » (http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/AQMI-l-otage-Michel-Germaneau-est-mort-de-maladie-faute-de-medicaments_a93.html) publiée ce jour.

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Immigration

Les frontières de la Mauritanie

Pour se défendre d’AQMI (Al Qaida au Maghreb Islamique), la Mauritanie met en place et multiplie les postes frontière au sud avec le Sénégal et le Mali, à l’est avec le Mali et bientôt au nord avec l’Algérie et le Sahara Occidental.

Face au développement de trafics en tous genres (armes et drogues: Cocaïne-à-Gao), face aux raids et enlèvements perpétrés par les membres d’AQMI, la réaction du gouvernement mauritanien est compréhensible. Mais les modalités en sont-elles les meilleures ? La Mauritanie, comme le nord du Mali voisin, comme le Niger, comme le nord du Tchad, tout cet ensemble forme un territoire de nomades, ou à tout le moins de populations pour lesquelles les frontières héritées de la colonisation, voici cinquante ans, n’ont pas grande signification. La libre circulation des hommes y est depuis toujours une réalité.

Mauritanie (C)RFI

Et rajouter des postes frontière avec des douaniers en armes et des soldats qui auront pour mission de contrôler et de ficher tous les étrangers de passage, voire de mettre un terme à l’émigration clandestine, ne sera pas chose facile à faire comprendre et à faire accepter. Et que vont devenir les “illégaux” déjà installés dans le pays ? Par exemple, il existe plusieurs millions de maliens qui vivent et travaillent en Afrique, ailleurs que dans leur pays et tous ne sont pas des ressortissants “légaux”, loin de là !

De façon plus inquiétante, le ministre mauritanien de la défense a déclaré: « nous sommes prêts à tout sacrifier pour la sécurité, c’est le défi numéro un, devant le développement, devant la démocratie ». Faut-il en déduire que même le développement, même la démocratie, seront sacrifiés sur l’autel de la sécurité ? Pour sûr, AQMI pourra se flatter d’avoir gagné !

La célébration des cinquantenaires (Cinquante-ans-d-indépendances] ne pourrait-elle être l’occasion de la création d’une vraie brigade internationale (entre tous les états voisins) avec pour mission de patrouiller et “habiter” un territoire immense et bien souvent “vide de toute présence administrative” et en repousser les trafiquants et autres preneurs d’otages ?

Et à condition que le contexte soit clairement défini et que la maîtrise reste aux mains des pays sud-sahariens, la France pourrait sans doute apporter une aide technique.

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Cinquante ans d’indépendance

  1. Il y a cinquante ans, ce sont 17 pays africains qui accédèrent à l’indépendance. Par ordre alphabétique actuel, le Bénin (1er août), le Burkina-Faso (5 août), le Cameroun (1er janvier), la Centrafrique (13 août), le Congo (15 août), la République Démocratique du Congo (30 juin), la Côte d’Ivoire (7 août), le Gabon (17 août), Madagascar (26 juin), le Mali (22 septembre), la Mauritanie (28 novembre), le Niger (3 août), le Nigeria (1er octobre), le Sénégal (20 août), la Somalie (1er juillet), le Tchad (11 août) et le Togo (27 avril). La France, par ses empires coloniaux qu’étaient l’Afrique Occidentale Française (AOF) et l’Afrique Equatoriale Française (AEF), occupait une position largement prédominante auprès de toutes ces populations.

Aujourd’hui, tous ces pays se préparent (quand ils ne l’ont pas déjà fait, comme le Sénégal) à célébrer avec faste leur accession à l’indépendance. En France, seuls TV5 Monde (http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Independances-afrique-cinquantenaire-2010/p-6141-Afrique-1960-un-continent-en-marche-vers-son-independance.htm), France24 (http://www.france24.com/fr/20100204-dossier-dix-sept-pays-africains-fete-cinquantenaire-independance) et ARTE (http://afrique.arte.tv/) ont pris l’initiative de réaliser des dossiers érudits à propos de cet anniversaire (images, vidéos, textes, témoignages, commentaires). La presse écrite, quotidienne et hebdomadaire, est quant à elle singulièrement absente: l’indépendance des pays africains n’est pas une réalité chez nous.

Il serait question que notre 14 juillet soit l’occasion d’un défilé militaire dans lequel s’aligneraient des délégations armées africaines. Est-ce là le meilleur symbole de cette indépendance ? N’est-ce pas encore un succédané de cette “Françafrique” tant détestée ?

Carte des indépendances (C)La Documentation Française

Et chez eux ? Quel bilan tirent-ils de ces 50 années d’indépendance ? Un bilan très mitigé, dans lequel ressortent très fréquemment les constatations suivantes:

  • Nous fêtons le 50° anniversaire du maintien du joug, du cordon ombilical, de la dépendance de facto.
  • Nous vivons encore dans un système de caractère néo-colonial.
  • Nous avons renoncé aux idéaux de 1960: souveraineté politique, autonomie de pensée, …
  • Notre économie est à sens unique, pourvoyeuse de matières premières, et sous la dépendance des économies et des institutions occidentales.
  • La dégradation de notre environnement est considérable.

Et pourtant, quelques idées nouvelles et fortes jaillissent cependant.

La toute première concerne l’économie et l’autonomie économique. Dambisa Moyo, économiste d’origine tanzanienne, a publié « L’aide fatale », un livre qui prêche pour une fin raisonnée de l’aide occidentale à l’Afrique, au bénéfice d’une politique d’échanges (investissements contre matières premières), d’une suppression du protectionnisme américain et européen, d’un développement local des intermédiaires financiers, de la naissance d’institutions démocratiques et solides, d’un encouragement au commerce, à l’investissement et à la création d’emplois.

Cette thèse, ce livre, sont repoussés d’un revers agacé de la main par tous ceux qui vivent par et pour l’aide. « Pensez-donc ! Supprimer l’aide ? Et comment feront-ils ? ». Pourtant la thèse est courageuse. L’auteur, économiste d’origine tanzanienne, n’arrive pas d’un pays qui commémore cette année son indépendance, mais peu s’en faut (1961). De plus, son pays d’origine a fait de nombreuses et parfois difficiles expériences politiques et économiques.

Une seconde idée nouvelle vient récemment d’être relancée par le Président du Sénégal, Abdoulaye Wade. Il s’agit de créer une union économique des pays africains dont la monnaie est le franc CFA et de remplacer cette monnaie par une monnaie proprement africaine. Et ces pays se superposent assez bien à ceux qui fêtent leur indépendance à quelques exceptions près: Mauritanie, Nigeria, Somalie, … Le Président sénégalais n’est peut-être pas le mieux placé pour défendre cette idée. Et pourtant, elle est symptomatique de critiques de l’Afrique noire à l’égard d’un système hérité de la colonisation et qui n’a pour seul objectif que de maintenir la sujétion des économies locales à l’économie française.

Certes, le franc CFA, aligné sur l’euro, est une monnaie solide et forte, probablement à l’abri de bien des perturbations. Mais le système souffre de trop nombreux “défauts”. A commencer par l’obligation faite aux pays africains de déposer 50% des réserves de change sur des comptes français, soit plus de 12 milliards d’euros.

L’arrimage du franc CFA à l’euro entraîne une perte d’autonomie des pays africains. A un euro fort, franc CFA fort et donc manque de compétitivité internationale. Ce qui est encore supportable pour les économies européennes ne l’est pas pour les économies africaines.

Enfin, le système est visiblement conçu pour permettre un rapatriement aisé des capitaux vers la France par les grands opérateurs industriels.

Parler d’une nouvelle union économique et monétaire du Centre Ouest Africain n’en fera probablement pas une réalité pour demain, mais il est important que les économistes s’en préoccupent.

Autre idée nouvelle, qui émane des intellectuels africains celle-ci. Certains d’entre eux constatent que depuis plusieurs décennies ils constituent une “diaspora” installée en Europe (en France) ou aux USA. Cette communauté pense, analyse, propose et publie en français ou en anglais. Elle n’est pas engagée auprès de ses peuples. Ses écrits mêmes sont pratiquement introuvables dans les capitales africaines. Certes, le “public” du livre d’auteur africain y est encore limité. Mais pourquoi une coopérative ne discuterait-elle pas des droits d’édition et de diffusion (voire de traduction !) de ces livres auprès de tous les éditeurs occidentaux et pour le seul marché africain ?

D’autres auteurs veulent réhabiliter les langues endogènes dans leurs écrits: wolof, bambara, …

Et certains vont encore plus loin. C’est le cas de Moussa Konaté qui vient de publier “L’Afrique noire est-elle maudite ?” (Fayard). Moussa Konaté est éditeur à Bamako, il est également codirecteur du Festival Etonnants Voyageurs dans sa version malienne.

(C) Moussa Konaté-Fayard

Après avoir retracé la place respective de l’individu, de la famille, du groupe et de la société dans la culture africaine, l’auteur dresse un constat terrible: « La colonisation se poursuit par la soumission des élites noires aux exigences occidentales ».

« Si l’on veut que l’Afrique ne fasse pas comme ou plus que l’Occident, mais qu’elle fasse mieux, alors il faut retrouver une nouvelle école. Actuellement, l’école et l’enseignement restent des transmetteurs colonialistes. Les langues occidentales comme vecteur essentiel de l’instruction rejettent la majorité des populations paysannes, des populations moins privilégiées qui ne s’expriment pas dans une langue européenne. Le recours aux langues africaines est le moyen de s’affirmer à la face du monde et de retrouver confiance en soi ».

Alors que la dernière génération de ceux qui ont vécu la décolonisation (ceux qui avaient entre 10 et 20 ans ont aujourd’hui entre 60 et 70 ans !) se prépare à fêter l’anniversaire dans une certaine douleur, il est heureux de constater un renouvellement de la réflexion sur l’avenir de l’Afrique.

Et la France dans tout çà ? Avec l’Europe, il lui faut revoir ses liens privilégiés et mettre un terme à la “Françafrique”, aider ces pays à se créer une union économique et monétaire, revoir les priorités des aides au développement (AFD), rediscuter du rôle de la francophonie, définir une politique d’émigration-immigration, …Effectivement, c’est moins facile qu’un défilé sur les Champs Elysées …

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Sahel

Une analyse de la situation sahélo-saharienne

En novembre dernier (Cocaïne-à-Gao), dans un post consacré au trafic de drogue dans le nord du Mali, j’avais inséré un texte consacré à l’histoire des tensions dans la région sahélo-saharienne, entre Mali, Mauritanie, Algérie et Niger. L’enlèvement de Pierre Camatte n’a pas permis de mettre en évidence une analyse sérieuse de la situation qui prévaut dans cette zone. Bien au contraire, puisque nombre de commentateurs se sont contentés d’accusations démagogiques à l’égard de la France qui “tuait le tourisme” en déconseillant cette région à ses ressortissants.

“Le Républicain”, organe de presse du Mali, a publié aujourd’hui une analyse assez complète (http://www.maliweb.net/category.php?NID=58753&intr=) et surtout assez fine de la situation politique et sécuritaire au Nord. Cela vaut le coup de le signaler et surtout de le lire.

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