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Collapse

Les vidéos conspirationnistes, les vidéos « fin du monde », les vidéos qui développent les thèses du complot, tout cela n’a qu’un intérêt très limité. Et pourtant, l’Internet et la blogosphère en sont remplis, cela déborde.

« Collapse » n’est pas tout à fait de cet ordre. L’homme interviewé, Michaël Ruppert, se veut un « lanceur d’alertes ». A vrai dire, il n’a aucune compétence particulière pour aborder les questions dont il parle. Il était policier (LAPD), quelque peu espion et son principal fait de guerre est d’avoir dénoncé des trafics de drogue initiés par la CIA, sans doute pour compromettre des personnalités et des hommes politiques à éliminer.

Mais Michaël Ruppert s’est passionné pour UN sujet, celui du peak oil et de ses conséquences. Il nous affirme que la production pétrolière est à son sommet et qu’elle ne fera que baisser et que RIEN ne viendra la remplacer avec la même efficacité et les mêmes capacités, même pas le soleil et le vent. Et que s’il y a complot, c’est que nos gouvernants le savent tous et que leur unique volonté est de le cacher à leurs populations. Car, la fin du pétrole et l’impossibilité de le remplacer, c’est la fin de notre civilisation, l’effondrement (collapse).

Non seulement, nous ne mettrons plus d’essence dans nos voitures, mais nous ne pourrons plus fabriquer de voitures, ni d’engrais, ni de peintures, ni de vernis, ni de matériaux de construction, ni de … brosses à dents !

Nous sommes entrés dans la période d’effondrement de notre civilisation et les tensions financières, les émeutes, les révoltes en sont les prémices et la preuve.

Michaël Ruppert parle avec sérieux, avec émotion parfois (feinte ?) et son message n’en paraît que plus crédible. L’effondrement de notre société se traduit par plusieurs périodes. tout d’abord, l’incrédulité, le déni, « ce n’est pas vrai », puis la colère destructrice, la violence et la révolte, comme en Grèce ou en Angleterre, mais partout dans le monde et sans doute dans les pays arabes, nous dirait Ruppert si ce texte ne datait pas de 2009.

Ensuite, le marchandage, « j’aurais peut-être pu faire autrement », « et si j’essayais ça ? ». Viennent ensuite, la dépression et l‘acceptation, et ce n’est qu’à ce moment-là que l’on trouve la force de remonter.

Là où Ruppert se distingue de beaucoup d’autres prophètes, c’est qu’il n’aborde aucunement la notion de réchauffement climatique. Le seul moteur de notre humanité est l’énergie. Au fur et à mesure que celle-ci croissait, les masses monétaires en jeu ont augmenté et la population s’est mise à croître. LA courbe est unique des finances mondiales, de la démographie et de la production pétrolière. Lorsque la production d’énergie diminuera, et cela est inévitable, toutes les courbes s’effondreront.

Alors, que faire ?

– acheter de l’or en barre et détruire ses cartes de crédit,
– isoler sa maison,
– se débarrasser de tous les produits chimiques,
– se satisfaire d’une seule ligne de téléphone fixe,
– acheter des livres sur la médecine naturelle,
– acheter des semences (des vraies qui font des graines qui germent à leur tour),
– et cultiver son jardin.
Bref, autosubvenir à ses besoins et penser « local » exclusivement.

Alors, à chacun d’en juger. Cela rejoint l’attitude de C. Schmidt et ne répond pas davantage aux interrogations que pose son attitude.

Dans un cas comme dans l’autre, la réaction est strictement individuelle, en attendant la phase d’acceptation qui permettra peut-être de trouver des idées pour reconstruire une civilisation !

Et puis, confier ses économies à de l’or en barre, à combien d’Africains, à combien d’Indiens ou de Chinois cela est-il possible ? L’effondrement que l’on nous promet avec tant d’insistance et de capacité de persuasion, nous entraîne vers un monde bien peu solidaire. Un monde où chaque pays, chaque petite région, chaque petite collectivité, chaque famille devra défendre le peu de ses biens et ses terres pour manger.
La fin des guerres n’est pas pour demain.

Alors « Collapse », il faut le regarder. Cela dure 80 minutes (en deux parties) ! Il ne faut pas le regarder si vous avez 80 minutes à perdre. Non, il faut le regarder en lui consacrant 80 minutes de votre temps. Afin de savoir ce qui nous attend …. ou afin de savoir ce qu’il faudrait faire pour que cela n’advienne pas …

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La CGT, Dunkerque et Total

Les périodes pré-électorales sont propices à ce genre d’affaires et de conclusions désastreuses. Après quelques jours de blocage des raffineries, et sous la forte pression du gouvernement, la CGT vient d’obtenir l’engagement de Total de ne fermer aucune raffinerie française pendant cinq ans, à l’exception de celle de Dunkerque qui sera soit rouverte, soit transformée en une autre activité industrielle. Sur ce dernier point, il n’y a aucune différence par rapport aux précédentes déclarations de Total qui déclarait cesser les activités de la raffinerie sans licenciement.

Objectivement, cette grève n’avait même pas pour motif le maintien des emplois, mais le maintien strict d’une activité industrielle existante. Et c’est là qu’il y a problème.

« A défaut de changements majeurs de son modèle économique, la France s’oriente au cours de la prochaine décennie vers une croissance bloquée en dessous de 1 % par an, un chômage permanent, une spirale de déficits de la balance commerciale et des comptes publics, avec une impasse structurelle de 5 % du PIB. Les remèdes sont connus. Du côté du marché du travail, la priorité doit aller au soutien de l’emploi, à l’accompagnement personnalisé des chômeurs, à l’intégration des immigrés, à la formation initiale et continue, enfin et surtout, à la flexibilité. Mais la clé demeure le rétablissement de la compétitivité qui passe par le développement prioritaire du secteur marchand, notamment de l’industrie, par un effort de productivité dans le secteur public, enfin par la refondation de la nation* ».

Cela demande des efforts intellectuels, certes, mais la défense de l’emploi ne doit pas (plus) signifier la défense de l’emploi existant. Il serait temps de sensibiliser les salariés à la nécessaire évolution de leur carrière, et de les y aider par l’accompagnement et la formation adéquats. Il y avait, au cours des années 1990-2000 une meilleure prise en compte de la flexibilité que celle que nous constatons actuellement.

Dans cette affaire Total, que voyons-nous ?

Dans cinq ans, quelle sera le besoin en carburants en France ? Alors que les constructeurs sont dans l’obligation de réduire toujours davantage la consommation de leurs véhicules ? Alors que le véhicule électrique et/ou le véhicule à hydrogène auront (espérons-le) pris de l’ampleur ? Alors que les consommateurs auront poursuivi le changement de leurs habitudes, avec plus de covoiturage, moins d’automobiles en centre ville, plus de déplacements doux ? Alors que la consommation baissera pour de simples raisons économiques liées au coût du carburant qui ne manquera pas de remonter, car dans cinq ans nous serons au “Peak Oil” ?

La CGT qui n’a rien compris aujourd’hui, se trompe et trompe les salariés. Dans le cas présent de Dunkerque s’il faut des emplois industriels, ce n’est plus prioritairement dans la raffinerie, mais probablement dans les énergies renouvelables. Il en est de même pour les autres raffineries du groupe et dans cinq ans, il sera trop tard pour le reconnaître.

Grève à la raffinerie de Donges (C)Ouest France Reuters

Pour sa part, Europe Ecologie a fait encore mieux: elle appelle le Groupe Total à la fois « à maintenir l’emploi dans ses raffineries » et à « assurer la reconversion de ses activités et de ses salariés » notant par ailleurs une « absence totale de stratégie industrielle de long terme, dans un monde où le pétrole se raréfie ». Il ne serait pas inutile de clarifier le discours, mais il faudra, là aussi, attendre des lendemains post-électoraux.

*Citation extraite de “Après le déluge. La grande crise de la mondialisation”, de Nicolas Baverez (2009)

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Prix du pétrole: fondamentaux physiques ou financiers …?

L’AIE (Agence Internationale de l’Energie) vient de publier une mise à jour de ses prévisions 2010 (http://fr.rian.ru/energetics/20100211/186038483.html) en matière de consommation mondiale de pétrole. Cette correction en date du 11 février intervient, à la hausse, un mois après une prévision publiée en janvier.

La consommation mondiale de pétrole en 2010 serait de 86,5 millions de barils/jour, essentiellement portée par les pays émergents et l’Asie, soit en augmentation de 1,94% par rapport à 2008. Le prix moyen du baril serait de 75 $.

La consommation de pétrole en 2009 a été de 84,9 millions de barils/jour, à un prix moyen de 58 $, et en baisse de 1,5% par rapport à 2008.

En 2008, la consommation moyenne a été de 86,1 millions de barils par jour. Elle était de l’ordre de 85 millions de barils/jour en 2007.

Ainsi, les prévisionnistes nous annoncent le retour d’une consommation pétrolière voisine, voire supérieure, à celle que nous connaissions au moment de la grande crise qui a vu le coût du baril s’élever jusqu’à 145 $. Les mêmes faits produiront-ils les mêmes effets ? Cela est bien probable.

Jean-Marie Chevalier et un groupe d’experts viennent de remettre au gouvernement, et singulièrement au Ministère de l’Economie, un rapport relatif à la volatilité des prix du pétrole (http://www.economie.gouv.fr/services/rap10/100211rapchevalier.pdf) . Après un rappel des périodes 2000-2003 (stabilité des prix à 22-28 $ le baril), 2004-2008 (explosion de la demande et envolée vers les 100 $) et 2008-2009 (interactions entre éléments physiques et financiers caractérisée par la montée à 145 $ et la chute à 36 $ suivie d’une remontée en 2009), les auteurs soulignent que « dans l’abondante littérature consacrée au sujet il est difficile de trancher entre les tenants des fondamentaux physiques (demande des pays émergents, crainte d’un peak oil, crise économique, etc…) et les tenants des fondamentaux financiers (rôle des taux de change et taux d’intérêt, montée en puissance du pétrole “papier”, arrivée des nouveaux intervenants tels que les fonds indexés sur les matières premières, les comportements moutonniers-herding-des investisseurs, le jeu des arbitragistes spot-futures et ses limites) ».

« En conclusion, on peut avancer: »

 »- que le jeu de certains facteurs financiers a pu amplifier les mouvements à la hausse ou à la baisse des cours, augmentant la volatilité naturelle des prix du pétrole, »

 »- qu’on ne peut exclure que de tels mouvements ne se reproduisent dans les années à venir, à la volatilité naturelle s’ajoutant celle due aux comportements d’investisseurs financiers qui considèrent le pétrole (et plus généralement les matières premières) comme une classe d’actifs arbitrables par rapport à d’autres, »

 »- que les tensions fortes sur les cours se manifesteront en raison essentiellement de fondamentaux physiques (sous-investissement en nouvelles capacités) d’ici la fin de la décennie, »

 »- que le fonctionnement des marchés financiers du pétrole et la logique financière des acteurs qui les animent sont porteurs de risques difficilement contrôlables qui peuvent engendrer un risque systémique”. »

Dans le développement de ces idées, il est intéressant de noter que la spéculation joue sans doute un rôle dans les désordres du prix du pétrole, mais que celui-ci reste largement conditionné par le coût futur du produit. Ainsi l’exemple donné des arbitragistes qui achètent un produit  »spot » et le revendent au prix  »futur », profitant de capacités de stockage en mer évaluées à 130 millions-180 millions de barils, soit de 3 à 4 jours de consommation mondiale (1% de la consommation mondiale !). Quand bien même ces spéculateurs feraient cette opération trois ou quatre fois l’an, ce ne serait qu’une masse de 3 à 4% de la consommation mondiale qui seraient soumise à ce jeu d’augmentation artificielle des coûts. Sans compter que le jeu est risqué pour ce type de spéculation: lorsque le prix chute, le pétrole stocké est rapidement dévalué. Par ailleurs, la capacité de stockage atteint vite des limites qui sont “contre-productives” pour les spéculateurs, puisque le stock tend à contenir les prix.

Le coût futur du produit est le plus souvent conditionné par des éléments physiques (ouragan Katrina, production au Liberia, peak oil, …): « les fondamentaux physiques demeurent les principaux déterminants des prix du pétrole à moyen et long terme ». (Cette dernière phrase est un intertitre dans le document de Jean-Marie Chevalier).

« Une variable joue un rôle absolument majeur: le niveau et le calendrier des investissements d’exploration-production. Il convient de distinguer la question du volume des réserves de pétrole prouvées et récupérables et, d’autre part, le problème de la transformation de ces réserves en capacité de production. La crise économique a eu un impact très négatif sur le montant des investissements (…) et elle a exacerbé les incertitudes sur l’évolution attendue de la demande pour le pétrole. Par ailleurs, l’accélération de la prise de conscience des problèmes liés au réchauffement climatique apporte des incertitudes additionnelles.

N’est-ce pas ce qu’en termes plus ramassés on appelle le Peak Oil, c.a.d le pic pétrolier, le moment où la baisse de production de pétrole sera confrontée à une hausse constante de la demande ? Les capacités d’investissement-production rencontreront bientôt une limite qui sera imposée par la trop grande profondeur des réserves prouvées (-12000 m), les difficultés techniques (croûte de sel de plusieurs milliers de m. d’épaisseur, densité trop élevée des sables bitumineux, …), ou les oppositions environnementales et/ou culturelles.

Puits de pétrole (C)Preciohm

Le rapport Chevalier poursuit alors par une série d’une vingtaine de propositions visant à améliorer le fonctionnement des marchés pétroliers (transparence) et définir une stratégie pour l’Europe: 1- propositions organisationnelles, 2- gouvernance financière, 3- transparence des transactions, 4- transparence de la formation des prix, 5- renforcement des règles anti-abus de position dominante, 6- séparation des activités analyste/trader et compte propre/compte client, 7- scénarisation de la demande future de l’Union Européenne en produits pétroliers en cohérence avec la stratégie environnementale, 8- mise en cohérence de la fiscalité pétrolière à l’échelle européenne, 9- meilleure connaissance des stocks.

Il est bien entendu qu’aucune de ces propositions ne soit à contester, mais il est singulier qu’une seule idée soit en adéquation avec la teneur du rapport. Toutes les propositions sont exclusivement d’ordre financier à l’exclusion de celle qui préconise une meilleure anticipation des besoins européens en produits pétroliers et ceci en accord avec les objectifs environnementaux.

Il n’est rien sur la réorientation de la politique énergétique.

Il n’est rien sur la conquête économique d’une liberté à l’égard du pétrole.

Il n’est rien sur l’économie de l’énergie.

Et pourtant, ne sont-ce pas là des facteurs déterminants pour le futur prix du pétrole ? Jean-Marie Chevalier a oublié ses exhortations du 15 février 2005 (il y a exactement 5 ans), à l’occasion du 11° cycle de conférences de politique énergétique de la Direction Générale Energie et matières Premières (DGEMP):

« la bataille du siècle consiste à mesurer et internaliser les externalités, faire de l’efficacité énergétique une priorité internationale, réduire les gaz à effet de serre, mettre l’énergie au service du développement économique, responsabiliser les acteurs et renforcer la régulation mondiale ».

Il n’est pas tout à fait indifférent de savoir si tel ou tel analyste est davantage en faveur des causes spéculatives ou des causes physiques en ce qui concerne le coût du pétrole. En effet, les premiers seront tenants de solutions anticapitalistes à la (les) crise(s) que nous vivons, tandis que les seconds seront en faveur d’un “autre développement”. Mais c’est là un autre débat. Voir post antérieurs (Pétrole:-le-retour) .

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Pétrole: le retour

Trois annonces en moins de 48 heures remettent sur le tapis la question du prix du pétrole et soulignent la complexité de la question. J’ai beaucoup d’affection pour Michel Rocard, mais il est un peu léger et réducteur de sa part de n’affecter qu’au seul rôle des spéculateurs et hedge funds la hausse de cette matière première. Dans un précédent post (Où-l-on-reparle-du-prix-du-pétrole-…] , j’ai eu l’occasion de le dire: la spéculation ne “prend” que sur un terrain favorable, elle ne fait qu’amplifier des mouvements de fond.

Plateforme pétrolière (C)Eric Riopel-GPL

Or, quels sont les mouvements de fond ?

1) L’Agence Américaine de l’Energie revoit à la hausse ses prévisions de consommation mondiale du pétrole. A cause d’une légère reprise en Occident, mais surtout d’une forte demande en Asie. Si la consommation mondiale a diminué de 1,79 millions de barils par jour en 2009 par rapport à 2008, elle pourrait ré-augmenter de 1,10 millions de barils par jour en 2010. Nous ne serions donc qu’à – 700 000 barils par jour de la consommation de 2008, année de la crise. Quelles seront les conséquences de cette reprise de la consommation ? Le prix du baril serait de 75 dollars d’ici à décembre 2010 « parce qu’une forte offre persiste sur le marché ». Qu’en sera-t-il en 2011 ?

2) La Banque Mondiale, pour sa part, s’attend à une demande faible en 2010. Elle estime que le prix moyen du baril serait de 63 dollars (lissé sur un an), au lieu de 55,5 dollars en moyenne en 2009.

3) Enfin, Francisco Blanch, analyste chez Merrill Lynch , est convaincu que le prix du baril va s’envoler de nouveau et ceci pour trois raisons:

  • parce que le marché du pétrole marche de pair avec celui des devises qui se préparent à de grandes tensions,
  • parce que l’OCDE poursuit une politique monétaire laxiste,
  • et parce que des mesures concrètes pour réduire la demande mondiale en pétrole ne sont pas adoptées.

Toutes ces raisons font que le prix du baril pourrait atteindre 82 dollars en 2010 et plus de 100 dollars à l’approche de 2011.

En bref, tout semble redevenir comme avant. Parce que l’on ne change ni de modèle de consommation, ni de modèle financier, ni de modèle économique, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Il est même des commentateurs si optimistes qu’ils n’hésitent pas à annoncer le retour de la prospection pétrolière et des annonces faramineuses qui lui sont liées. C’est ainsi que dans le Golfe du Mexique et au large du Brésil, des gisements “géants” viennent d’être découverts … à 11 kilomètres de profondeur, sous une croûte de sel de 2 km et pour un coût de 240 millions de dollars LE forage !!

Ces “découvertes” ne font que ralentir quelque peu la baisse des réserves mondiales connues. Et, surtout, leur coût d’exploitation (est-elle seulement possible ?) ne saurait plaider en faveur d’un pétrole bon marché.

N’est-il pas temps de passer à d’autres modèles ?

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Où l’on reparle du prix du pétrole …

Le baril de pétrole a atteint 72 $ à New York ce vendredi 12 juin. J’ai piqué le graphique ci-joint aux Echos (http://bourse.lesechos.fr/bourse/matieres/details_matieres.jsp?Code=XWTI&Place=RMSE-TR&Codif=TSB&Secteur=ENERGIE) que je remercie (droits réservés).

(C) Les Echos

Le presse nous informe qu’il s’agit là du prix du baril en octobre 2008, alors qu’il était en pleine dégringolade. Elle ne nous dit pas que ce prix était également celui du baril à mi-2006, puis à mi-2007.

Et les commentateurs économiques recommencent à se livrer à toute une farandole de spéculations: situation au Nigeria, reprise économique aux Etats-Unis ( ou dégradation moins forte que prévue), saison des migrations routières dans ce même pays alors que l’essence n’y est pas chère et que les 4 X 4 remisés à l’automne sont ressortis, reprise des importations et de la consommation chinoise, et bien entendu parce que dans les salles de marché les traders se remettent à spéculer sur l’or noir.

Comme on ne peut spéculer qu’en faveur d’un produit dont on a de bonnes raisons d’espérer une augmentation de coût, ces commentateurs économiques ont inventé un nouveau truc: les pétroliers font de la rétention ! Tous les ports du monde sont encombrés de bateaux pleins jusqu’à la gueule en attendant que les prix remontent ! Et savez-vous combien de barils représenterait ce “stockage” ? 100 millions de barils (pour info un baril c’est presque 159 litres !).

Vous allez dire qu’effectivement, ce n’est pas négligeable. Mais savez-vous quelle est la consommation quotidienne de la planète entière en matière de pétrole ? Actuellement 84,2 millions de barils par JOUR.

Ce qui revient à dire que les pétroliers spéculeraient sur la consommation mondiale en pétrole de …. 28 heures de la vie du monde !!! Une journée et quatre heures !!

C’est exactement comme si, moi, on m’accusait de spéculer sur le prix des denrées alimentaires parce que j’ai stocké dans mes placards un pack de bière, deux kilos de pâtes et six litres de lait !!

Non, la vraie raison relève de façon têtue des règles de l’offre et de la demande.

A 33 $ le baril, comme en décembre, il est économiquement impossible d’extraire du pétrole en eau profonde (coût d’exploitation 50 $), en eaux très profondes (55 $), dans l’océan arctique (70 $), dans les sables bitumeux (>60 $) et donc le pic de production du pétrole se rapproche trop vite.

A 70 $ le baril, ce type d’extraction peut être envisagé. De plus, les pays du Moyen Orient, le Vénézuela, la Russie, l’Algérie, d’autres encore sont satisfaits car la limitation volontaire de leur production porte ses fruits et leur permet d’empocher des dividendes dont ils ont grand besoin.

Donc 70 $ pour aujourd’hui. Et demain ?

Et bien demain, vers fin 2010, ce sera 90, 95, 100 $ et davantage quand la crise sera finie et que le monde, à nouveau, se rendra compte qu’il n’y a pas de pétrole pour tout le monde. Fait important, il y a au moins un analyste qui est convaincu de cette prévision: Goldman Sachs.

PS: les précédents commentaires sur ce sujet sont déjà anciens, mais il n’est pas interdit de les relire (OPEP-et-prix-du-pétrole) …

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Coût du pétrole et nombre de morts sur la route

Les deux indices paraissent avoir, au moins temporairement, une corrélation. En effet la délégation interministérielle à la sécurité routière vient de publier les chiffres du mois d’octobre 2008, lesquels traduisent une augmentation de près de 17% du nombre de tués sur les routes par rapport au mois d’octobre 2007 (Source AFP).

(DR) gouv.fr

La raison en serait la baisse du coût des carburants. Celle-ci se traduirait par une augmentation des distances parcourues par les automobilistes, ainsi qu’une augmentation de la vitesse moyenne.

Ce que la délégation interministérielle ne dit pas, car ce n’est pas sa préoccupation, c’est que la consommation de carburant a nécessairement augmentée ! C’est pourquoi, après la crise, le coût du pétrole remontera car il fera à nouveau défaut. D’autant plus que l’OPEP envisage une nouvelle baisse de production, avec pour “meneur” le Venezuela qui a peur pour le financement de ses plans sociaux.

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Baril, pétrole, etc …

Le pétrole remonte au-dessus de 110 dollars …

Le cours du baril de pétrole à New York gagne 16,37 $ US à 120,92 $ …” (ceci le 22 septembre 2008, aujourd’hui …)

Dans un précédent post (OPEP-et-prix-du-pétrole) , je disais ne pas croire à une baisse durable du prix du pétrole et j’en donnais mon explication. Je ne tire aucune gloire de ce rapide retournement de conjoncture, mais le fait est là !! Outre les aspects financiers internationaux, il apparaît nettement qu’un simple cyclone sur le Golfe du Mexique et/ou la baisse de production de l’Arabie Saoudite sont susceptibles d’entraîner des effets immédiats.

Et dire que la gauche dénonce une taxe “pique-nique” que (par clientélisme) la droite n’a pas le courage d’adopter. Economistes et politiciens manquent TOUS du plus élémentaire courage: celui de SE dire la vérité et donc de la dire autour d’eux. Il n’y a plus assez de pétrole pour les besoins du monde actuel: il faut changer de style d’économie et de style de vie …

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OPEP et prix du pétrole

Contrairement aux opinions de la majorité des commentateurs politiques ou économiques, l’OPEP a pris la décision de réduire -immédiatement- sa production de pétrole de 520 000 barils par jour, soit d’environ 0,6%. Cette décision a été prise le jour même où le baril repassait sur le marché en-dessous de 100 $. Il faut y voir un lien de cause à effet, car il est certain que des pays producteurs comme le Venezuela, l’Iran, voire le Koweit, sont en fait les vrais « spéculateurs » dont les commentateurs ci-dessus nous rebattent quotidiennement les oreilles. Ils le sont parce que l’OPEP elle-même a pour mission de faire respecter une politique des quotas visant à assortir l’offre à la demande. Ils le sont parce qu’ils souhaitent préserver un pétrole à trois chiffres afin de financer leurs politiques sociales et… l’après-pétrole.

Que venons-nous de vivre depuis le début de l’année ?

Le 12 mars 2008, l’Agence Internationale de l’Energie estime que le marché est en manque de 580 000 barils par jour et que cette situation devrait perdurer jusqu’au second trimestre 2008.

Mi-juillet 2008, le baril est coté à son plus haut: 147 $. Non pas parce que les spéculateurs s’en donnent à cœur joie; bien au contraire, l’indice HFRX Global Strategy (http://www.lecho.be/mon_argent/article/Les_hedge_funds_peinent_a_s%27adapter_aux_aleas_boursiers.7917005-611.art) chute de 2,8 %, après avoir perdu déjà 1 % le mois précédent. Voilà des spéculateurs qui ne sont pas très avisés !! Si le coût du pétrole montent, c’est parce que la production est inférieure aux besoins !

Cédant aux injonctions US, l’Arabie Saoudite remet unilatéralement, sans l’accord de l’OPEP, 600 000 barils quotidiens sur le marché. C’est pas curieux, cette correspondance stricte entre 580 000 et 600 000 ?

Par ailleurs, la consommation des Etats-Unis, face à ce carburant trop cher, baisse de … 800 000 barils par jour dès le mois de juin. Cela correspond à une baisse de 4 % de la consommation.

Ailleurs, en Europe et en Occident en général, c’est la période estivale et l’activité économique décroît.

En Chine, les JO sont l’occasion d’interrompre des pans entiers de l’activité industrielle.

Et donc, le baril repasse de 147 à 100 $ ! Il y a désormais TROP de pétrole !!

Puits de pétrole (DR)

Et maintenant, que va t-il se passer ?

L’été occidental est fini. Les frimas arrivent. La pause écologique en Chine s’achève le 15 septembre, à l’issue des Jeux Paralympiques. La consommation mondiale va reprendre son rythme expansif d’environ 1 % par an. Les bonnes habitudes prises par certains conducteurs américains (et européens) vont s’amollir devant une baisse relative du prix du pétrole. L’OPEP réduit sa production afin de revenir quasiment à la situation de début 2008. Les stocks vont progressivement s’amenuiser. Tout est en place pour que le baril reste durablement installé au-dessus de 100 $. Je ne suis pas économiste, mais je suis presque prêt à le parier.

D’autant plus qu’aucun de ces commentateurs si avisés ne s’autorise à réfléchir à … disons seulement à moyen terme. Or, la situation d’une consommation supérieure à la production possible se rapproche de plus en plus vite. TOTAL prévoit le Peak Oil (http://aspofrance.org/|fr) et ici (http://www.oleocene.org/node/23|fr) pour 2015-2020, jour où la production de pétrole déclinera inexorablement. Mais quel est le commentateur qui a le courage de voir un peu plus loin que sa chronique économique (ou politique) hebdomadaire ?

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Pétrole: on n’a pas fini d’en parler

« Quando l’acqua tocca al naso, si impara a nuotare » (Quand l’eau t’arrive au nez, tu apprends à nager) se plaisait à répéter mon beau-père. Mais en matière de pétrole, de pic de Hubbert et d’économie, il en est qui ne sauront jamais nager !

C’est le cas d’un économiste (Thomas I. Palley|http://www.project-syndicate.org/commentary/palley5/French|fr) qui écrit un papier dans « Le Monde Economie » de ce 1er juillet. En économiste pur et dur, il ne voit qu’une courbe de croissance de la consommation de pétrole d’une part et des stocks qui sont … 10% au-dessus de ce qu’ils étaient il y a dix ans. Il en déduit donc que l’augmentation des cours actuels n’est que le fruit de la spéculation !! Le comble, c’est qu’il déclare que « la flambée actuelle des prix du brut ne prendra fin que par une récession qui épuisera la capacité des consommateurs à absorber la hausse, ou lorsque le lent processus de substitution au pétrole prendra effet ». Peut-il nous expliquer pourquoi il y aura « lente substitution », si ce n’est parce que le pétrole vient à manquer ?

Et que croyez-vous qu’il propose comme action populaire pour mettre un terme à cette situation ?

« Si les consommateurs ne remplissaient le réservoir de leur automobile qu’à moitié, ils feraient immédiatement baisser la demande. Etant donné le manque de capacité de stockage, cela pourrait rapidement faire descendre les cours et griller les spéculateurs .. »

Faisons un rapide calcul.

Il y a moins de UN milliard d’automobiles dans le monde, ce chiffre est attendu vers 2010.

Un réservoir fait 50 litres en moyenne.

Soit 50 milliards de litres théoriquement stockés.

Statistiquement, parmi les véhicules en circulation, il doit y en avoir autant dont le réservoir est plein, que ceux dont le réservoir est à moitié vide, et que de ceux qui doivent passer incessamment à la pompe. Prenons la valeur médiane et cela ne fait désormais que 25 milliards de litres de carburant

Ne remplissons qu’à demi tous ces réservoirs et cela fera quelques 12,5 milliards de litres de carburant que devront stocker les pétroliers.

Exprimé en barils de 159 litres, cela fait environ 78 millions de barils de carburant. Quand on sait que la production mondiale quotidienne de pétrole est de 86 millions de barils, on reste rêveur devant la petitesse de la proposition !!

Sans doute s’agissait-il d’un article destiné à être publié le 1er avril !

Jerrycan


Plus sérieusement, mais plus dramatiquement, sur cette question du “peak oil”, je vous invite à écouter Yves Cochet (http://lesverts.fr/article.php3?id_article=4028|fr) . C’est récent (22 mai), c’est un peu long, c’est mal filmé, le public est irrespectueux comme c’est pas possible à l’égard de la caméra, mais alors quelle pédagogie ! Mais, ça fait peur … On en reparle, si vous le voulez bien.

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Pétrole

Coût du pétrole et réactions politiciennes

Depuis de nombreuses années déjà, de doctes scientifiques, de solides ingénieurs, de bons écologistes nous préviennent que le coût du pétrole va durablement augmenter et, probablement (à l’inverse des précédents chocs pétroliers) ne jamais redescendre. C’est notamment le cas de l’ASPO (Association for the Study of Peak Oil), dont vous pouvez découvrir la composition de la branche française (http://aspofrance.org/) . Cette association prévient que la PRODUCTION de pétrole va atteindre (a atteint ?) un pic (plutôt un plateau) au-delà duquel elle ne fera que décroître. Soit, en 2007, une moyenne journalière de 85 millions de barils. La raison en est exclusivement technique: même si le stock de réserves prouvées peut théoriquement permettre une production de pétrole jusqu’en 2040, il devient de plus en plus difficile de l’extraire pour des raisons physiques. On appelle cela la déplétion. En conséquence, les 85 millions de barils quotidiens risquent fort d’être un maximum. BP et TOTAL voient ce pic vers 2015, l’ASPO le voit en 2010 + ou – 2 ans !!!!

Source ASPO

Dans le même temps la demande en pétrole est constamment à la hausse en raison du décollage économique de la Chine, de l’Inde, de l’ensemble de l’Asie, demain de l’Afrique noire (on l’espère …). En bonne logique économique, le prix du pétrole ne peut que monter. Ajoutons à cela une situation géopolitique qui fait que l’Arabie Saoudite dispose de 25% des réserves de la planète et l’Irak 10%. Comme il n’est quand même pas possible de faire des guerres de partout !!

Cela on le sait depuis longtemps, depuis 1956 !! (Hubbert). On sait aussi que la fin du pétrole est synonyme de crises profondes économiques et sociales, qu’il faut préparer la relève énergétique, qu’il faut réduire la voilure en termes de consommation énergétique (d’aucuns parlent de décroissance).

Et que voit-on aujourd’hui ? Qu’entend-on plus exactement ?

a) l’Huma qui parle de la « révolution » que doivent faire pécheurs, agriculteurs, routiers pour continuer à toujours consommer autant de gazole, mais à plus bas prix ! Et qui pour cela triche sur les rapports entre prix du baril et prix à la pompe.

b) Marianne qui stigmatise les « spéculateurs », sans voir qu’ils ne sont que la mouche à merde qui vient butiner sur une situation dangereuse ! Les spéculateurs ne font pas ou ne défont pas une économie, ils profitent juste de ses faiblesses.

c) Last, but not the least, Bertrand Delanoé qui s’en prend à Total qui se goinfre ! Elle est facile celle-là et elle doit payer auprès de mon électorat ! Oui, Total fait des super-bénéfices puisqu’ils sont une marge des prix de vente ! Oui, il est possible politiquement d’obtenir des producteurs qu’ils détournent une partie de leurs profits vers d’autres besoins. Encore faut-il définir lesquels. Est-ce qu’il s’agit encore et toujours de conserver nos habitudes, nos voitures, notre chauffage à 20°+, nos transports par voie de camions, et notre environnement dégradé, et notre changement climatique … sans compter que les prochaines années exigeront des pétroliers qu’ils investissent bien davantage afin d’extraire bien moins de pétrole !!

Quand va t’on se décider à employer un vrai langage et à dire les choses comme elles sont ? Quand va t’on sérieusement aborder les sujets comme la taille et l’énergie motrice de nos voitures, la multiplication exponentielle des solutions de transport en commun, la réduction raisonnée de nos consommations exotiques, la miniaturisation, l’allègement de poids, la modification des constituants de tous nos équipements, et tant d’autres sujets encore.

Au lieu de cela, les politiciens jouent aux politiciens en se disant qu’ils auront bien le temps demain ou après-demain de dire la vérité. NON, ils n’auront pas le temps, la crise est là, devant nous, aujourd’hui ! Et leurs prétendues « révolutions » ne sont que « réaction » !!