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Photographie

Ma photo de la semaine 49: nu

Réalisée ce soir-même, elle honore une œuvre unique du créateur Jean Austruy, potier, céramiste, sculpteur, dont une belle exposition a été inaugurée ce soir à Saint-Marcellin.

(C) Jean Austruy
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Egypte

Bibliotheca Alexandrina

Voici deux ans, la Bibliothèque d’Alexandrie signait un accord avec l’Institut du Monde Arabe à Paris dans le but d’échanger des expos, des colloques et des pratiques en particulier pour la numérisation de documents.
Cette semaine, un nouvel accord vient de prendre corps. La grande Bibliothèque Nationale de France offre 500 000 livres à la Bibliothèque d’Alexandrie (http://www.bibalex.org/News/News_search_En.aspx) . Il s’agit de livres que la BNF (http://www.bnf.fr/fr/acc/x.accueil.html) possédait au moins en deux exemplaires, donc elle ne se défait d’aucune archive. Il s’agit de livres récents (1996-2006) qui permettront à Alexandrie de disposer d’un département de littérature contemporaine française ainsi que sciences, histoire, anthropologie, ….

Bibliothèque d’Alexandrie

Il faut saluer cette belle initiative qui conforte un peu la présence culturelle française en Egypte, laquelle souffre des difficultés financières et autres réductions de crédits. Une cérémonie a eu lieu à Marseille lors du départ du conteneur des premiers livres. Une autre aura lieu à l’arrivée du dernier: pourquoi ne pas en être ?

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Ecologie

Avant Copenhague, les écolos (certains) s’énervent …

A quelques jours de l’ouverture de la conférence de Copenhague, les écologistes redoutent qu’elle n’accouche que d’une souris, que leurs revendications ne soient pas prises suffisamment en compte, que cette rencontre internationale débouche sur un échec. Ils se savent minoritaires, et comme toute minorité qui est mal à l’aise, ils se cherchent des responsables, des adversaires qu’ils accusent de conduire le monde à la catastrophe. Le capitalisme est le premier de ces adversaires, quand bien même cette doctrine économique est la plus partagée dans le monde, se moquant pas mal des idéologies, des religions, des régimes politiques. Le capitalisme est né il y a bien longtemps, il n’est qu’à étudier Venise. Les échanges commerciaux datent des routes du sel, des épices ou de l’encens, plus tard des richesses coloniales; la mondialisation du commerce n’est pas née au XX° siècle.

Si la population adhère encore assez aux objectifs écologistes qui visent à “faire du bien à la terre”, il n’est pas certain qu’elle adhère aux moyens qui sont préconisés, parce que ceux-ci feront peut-être du mal à l’homme. Trop souvent, les écolos se sentent investis d’une mission (ils sont messianiques) et développent des programmes explicatifs du tout et dont les résultats sont souvent plus négatifs que si rien n’était fait . Prenons quelques exemples.

Seattle. L’Organisation Mondiale du Commerce. Et l’occasion d’une gigantesque campagne contre la marchandisation du monde, contre le libéralisme en matières d’échanges commerciaux, allant jusqu’à reprendre un texte rédigé à la sortie de la guerre mondiale, en 1945, et signé à Cuba pour tenter d’organiser les échanges commerciaux sur des bases bilatérales et égalitaires. Résultat: il n’y a pas d’accord et les négociations reprennent avec difficulté, les tiers-mondistes et écologistes crient à la victoire. Mais quelle victoire ? Une victoire du laissez-faire pendant 10 ans encore, caractérisée par les subventions agricoles au maïs ou au lait, à la PAC, … Aujourd’hui, alors que les négociations sur le Cycle de Doha reprennent (et s’achèvent ?) à Genève, le silence de tous les opposants est assourdissant et la quasi-totalité des pays en voie de développement réclament la libéralisation des prix des matières premières et des produits agricoles et la fin des subventions occidentales. Ils sont convaincus que c’est pour eux la seule façon de sortir du sous-développement, à la seule condition que les échanges soient établis de façon honnête.

Taxe carbone. Quelques pays européens s’arment de cette taxe destinée à compenser la production de carbone induite par la fabrication, la distribution, la destruction des biens de consommation. Face à l’Europe, les pays en voie de développement ont bien souvent une industrie encore en retard environnemental et sont donc de plus ou moins grands pollueurs. L’idée est donc lancée de créer une taxe carbone sur le produits importés, taxe qui s’appliquerait aux frontières de l’Europe. Cette taxe soutenue par les écologistes posent un certain nombre de questions. Compte tenu de ce qui précède sur les négociations commerciales, y aura t’il des produits exemptés ? Lesquels ? Et qui décidera ? L’Occident ? Les pays en voie de développement n’attendent qu’une chose: pouvoir se développer !! Ce développement se traduira inévitablement par une hausse de la production de CO². Comment sera calculé l’effort fourni par le pays concerné pour diminuer cette hausse ? Dans le monde, 1,5 milliards d’hommes n’ont pas l’électricité et n’attendent que de l’avoir. Quand ils l’auront, ils achèteront des équipements électriques: chauffage ou climatisation, appareils ménagers, médias. Tout cela fait du CO² ! Qui, quand, comment sera jugé l’effort environnemental auquel ces hommes consentiront ? Et par qui ? L’Occident ? A la lumière de ces questions, la taxe carbone aux frontières ressemble bien davantage à notre stupide taxe professionnelle: plus l’on travaille, plus l’on progresse, plus on a des emplois, et plus on paye.

Décroissance et relocalisation. Ça y est, on parle enfin (Envoyé-Spécial-chez-les-décroissants) de cette théorie, souvent sans bien savoir (ou sans le dire) ce qu’il y a derrière. Disons quand même que les leaders de cette doctrine économique envisagent un retour à un niveau de consommation énergétique comparable à celui que la France avait en … 1955. Pour cela, les grands principes sont la modération drastique de nos consommations, l’éclatement des villes, le retour à la campagne, la production locale et la consommation locale, ce que l’on appelle la relocalisation. Questions: Qui va choisir les produits relocalisés et ceux qui ne le seront pas ? Va-t’on construire des véhicules (même si ce ne sont plus des voitures à essence) dans chaque pays, dans chaque région ? des téléviseurs, des machines industrielles ? Devrons-nous multiplier les sites de production, usines et ateliers, et donc multiplier les pollutions ? Les plus radicaux n’envisagent pas de consommer autre chose que ce qui est produit à moins de 100 km de chez eux. C’est très vivable pour les occidentaux, mais comment appliquer cela à certains peuples peu gâtés par la nature ? Et puis, comment empêcher que le pays voisin considère que la voiture produite ici est meilleure que celle produite chez lui ? Comment mettre fin à la libre circulation des marchandises ? En mettant fin à la libre circulation des hommes ? Frontières, douanes, taxes, marché au noir et retour des nationalismes …

Limitation des naissances. Et voilà la dernière idée à la mode. Limiter les naissances dans le monde ne peut s’appliquer qu’exclusivement aux pays en voie de développement. Le développement de tous les autres fait qu’ils ne font pas trop d’enfants et même souvent pas assez pour éviter le vieillissement de leurs populations. Et comment le faire ? En suivant l’exemple chinois !! C’est à croire que les maoïstes sont à la tête des groupes écolos ! D’autant que la référence est absurde, puisque le gouvernement chinois est revenu sur l’enfant unique, autorisant deux enfants par couple, ne serait-ce que parce qu’une fille va se marier et abandonner ses parents biologiques. Dans les autres pays, la mortalité infantile est si élevée qu’il est impensable d’imposer une limitation au nombre d’enfants. Les enfants(L-UNICEF-à-Bamako] sont la seule richesse des couples; quand ils en ont plusieurs, il devient de tradition d’en garder une moitié avec soi, pour sauvegarder les coutumes et la famille, et d’envoyer les autres en ville, soit pour étudier et assimiler les avantages du “progrès”, soit pour travailler et envoyer de l’argent. Cette gestion de la famille est à la source de l’essentiel de l’émigration.

Sans doute, certains écolos sont de droite (des malthusianistes, des tenants du complot universel, …), mais beaucoup d’autres nous préparent un monde autoritaire, voire totalitaire, réintroduisant de façon caricaturale la lutte des classes dans l’écologie, appelant à la mort du “capitalisme brun ou vert-de-gris”, un peu comme Hugo Chavez déclare que « ‘si les pauvres n’ont pas d’eau au robinet, c’est parce que les riches remplissent leurs piscines ».

Le monde est en danger, très certainement.

Ce n’est pas le libéralisme qui le sauvera.

Ce n’est pas non plus cette écologie pleine d’amalgames dangereux qui saura défendre une stratégie acceptable par bientôt sept milliards d’hommes.

L’heure n’est plus aux rassemblements en Place de Bastille, l’heure n’est pas à la révolution qui vient, ni au grand soir romantique. L’heure est à définir ENSEMBLE comment faire BIEN vivre de 7 à 9 milliards d’humains.

Et pour cela, il n’est que la négociation permanente, l’échange, le dialogue, la confrontation, la démocratie quoi ! Et ceci par des organisations comme l’ONU, l’OMC, le FMI, la Conférence sur le climat, l’Organisation Mondiale du Travail, etc, etc … dans lesquelles une représentation équitable de tous les pays doit être mise en place. Le G20 n’est qu’un maigre progrès par rapport au G8 ! C’est un G97 permanent (G20 + G77 des pays en développement), comme celui de Copenhague, qu’il faut mettre en marche. L’heure est à des hommes politiques qui savent prendre leurs responsabilités non pas devant la prochaine élection, mais devant l’avenir. Et vite …

Pour conclure, cette phrase de Slavoj Zizeck. « La confrontation la plus sérieuse avec le problème écologique consisterait tout d’abord à accepter les conclusions des grands darwiniens comme Stephan Jay Gould, selon lequel la nature n’existe pas. L’attitude critique et rationnelle consiste à abandonner cette vision néo-romantique qui envisage la nature comme un mouvement circulaire équilibré que la démesure de l’homme serait amenée à perturber. (…) La nature est elle-même pleine de catastrophes, elle est une série d’accidents, elle est excès et folie. Qu’est-ce que le pétrole si ce n’est la trace organique d’un cataclysme naturel inimaginable ? ». C’est dérangeant …

Seconde conclusion: parce qu’il faut agir, il FAUT signer l’appel Copenhague 2009 .Pour que les pays industrialisés s’engagent à réduire leurs émissions de GES à hauteur de 40% d’ici à 2020, pour que les pays industrialisés aident financièrement et technologiquement les pays en voie de développement, pour que chacun agisse localement et réduise ses propres émissions et pollutions.

(C)Copenhague 2009
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Ecologie

Des suisses, du coton bio et du compost

Si ce n’était le coté xénophobe, démagogique, égoïste et islamophobe de la votation suisse contre les minarets, on serait tenté de rappeler que, de 1536 à 1810, les protestants ont interdit la construction de lieux de culte catholiques dans le canton de Vaud. Et que ce n’est qu’en 1832 que les catholiques de Lausanne ont eu le droit d’édifier un clocher. Il y a donc des précédents !!

Parlons donc d’un aspect plus intéressant des suisses, et de gens qui ne sont probablement pas ceux qui ont voté OUI ce dimanche. Il existe dans ce pays une ONG nommée Helvetas (http://www.helvetas.org/wFrancais/index.asp), dont la devise est « Agir pour un monde meilleur ». Elle a été créée en 1955 et compte plusieurs dizaines de milliers d’adhérents. Son objectif principal est “la réalisation de projets de développement à l’étranger”.

L’étranger, c’est l’Afrique, l’Asie, l’Amérique Latine. Les projets se regroupent en quatre catégories: les infrastructures en milieu rural, la gestion durable des ressources naturelles, la formation et la culture, la société civile et l’état.

Les pays dans lesquels intervient Helvetas sont le Guatemala, le Honduras, Haïti, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Bénin, l’Ethiopie, la Tanzanie, le Mozambique, l’Afghanistan, le Bhoutan, le Kirghizistan, le Laos, le Népal, le Sri Lanka, le Vietnam.

Parlons un peu du Mali. Helvetas s’y engage dans le domaine de la distribution de l’eau, de la formation (enseignement primaire en particulier pour les filles), de la production agricole et de la sensibilisation à l’éradication des mutilations génitales féminines. Par ailleurs, Helvetas a créé à Bamako une école de formation en photographie.

Dans le domaine agricole, le coton biologique est une priorité. En 2007, les producteurs maliens organisés sous l’égide d’Helvetas, ont produit 1300 tonnes d’un coton graines acheté par les firmes Migros et Switcher afin d’en faire des vêtements ou de la ouate labellisés Max Havelaar. En 2008, ce sont 5500 producteurs qui se sont engagés dans cette culture avec une production de 2000 tonnes de coton graines. La région Bretagne a signé un accord d’achat de 3000 tonnes jusqu’en 2010. L’égrenage du coton se fera en Afrique, le filage à Fès au Maroc et le tissage à Laval, en France. Quatre entreprises bretonnes en font des vêtements.

Boules de coton

L’intérêt pour la fabrication de coton bio est évident, puisque le prix d’achat est supérieur de 50% à celui du coton traditionnel. Pour être bio, le coton doit être cultivé sans pesticides et engrais de synthèse, ces derniers étant remplacés par du fumier ou du compost. Le repos et la fertilité des sols sont assurés par une rotation des cultures, en particulier avec des légumineuses.

Malheureusement le coton bio, c’est bien beau, mais ça reste et ça restera probablement longtemps encore très marginal.

Production de coton bio de l’Afrique de l’Ouest (Mali, Burkina, …) en 2008: 2 900 tonnes, soit le double de la production de 2007.

Production mondiale de coton bio en 2008: 145 000 tonnes.

Production mondiale de coton en 2008: 26 500 000 tonnes.

La production de coton bio de l’Afrique de l’Ouest représente 0,01% de la production mondiale de coton !

C’est pourquoi Helvetas, sans abandonner la filière coton, s’oriente désormais vers l’agriculture biologique, le maraîchage biologique, en reprenant les mêmes concepts que ceux de la culture du coton, c’est à dire la production de matière organique (compost), le conseil agricole, le soutien à la production de tomates, oignons, aubergines, …, la mise en place d’une labellisation ou certification des produits. Il s’agit, ni plus ni moins, de poursuivre l’action pour améliorer les conditions de vie en milieu rural, en satisfaisant les besoins maraîchers des marchés nationaux, régionaux, voire internationaux.

Un détail intéressant dans cette démarche: celui de la fabrication du compost. Dans les zones rurales, les déchets végétaux (plants arrachés, feuilles, branches, …) sont nombreux et peuvent satisfaire en grande partie la fabrication d’un compost de qualité. Dans la zone périphérique de Bamako où nombreux sont les maraîchers, il devrait être possible de fabriquer un compost avec la partie fermentescible des ordures ménagères. Les critères de tri des déchets et de maturation du compost sont fondamentaux, mais la filière déjà pratiquée de façon artisanale (Nyama-nyama) mériterait d’être développée.

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Le Monde

Fumer tue

et hop !! on remet ça (Censurer-tue-…) ! Très régulièrement “Le Monde” (papier) ou “Le Monde.fr” s’indignent vertueusement des censures effectuées sur des affiches représentant des artistes cigarette aux lèvres et dont la cigarette est effacée. Dans la dernière livraison du “Monde Magazine”, c’est Didier Pourquery qui s’y colle en déclarant que la société est devenue complètement stupide à force d’autocensure !

Que n’a t’il balayé devant sa porte avant d’écrire avec autant d’allant ! La collection “Le Monde du Jazz” s’est elle-même livrée à trois reprises au moins à cet exercice … stupide. Afin que chacun s’en persuade bien, voici les pochettes originales dessinées par Bruno Vacaro.

Celle de Django Reinhardt, à nouveau.

(C) Dessin Bruno Vacaro

Celle de Count Basie.

(C) dessin Bruno Vacaro

Et celle de Fats Waller.

(C) Dessin Bruno Vacaro

Comparez avec les pochettes distribuées par “Le Monde” et vous serez convaincus: aucune de ces pochettes n’a de cigarette.

Je sais, c’est une petite chose, la face du monde n’en est pas changée, mais ne faudrait-il pas être irréprochable avant de prononcer de telles sentences sur la société ?

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Photographie

Ma photo de la semaine 48: Chartreuse

Elle date de ce soir-même; la Chartreuse sous un dernier rayon de soleil couchant.

Chartreuse (Isère)
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Egypte

Les cochons et les déchets en Egypte

En avril, l’Egypte a fait abattre tous les cochons (Tuez-les-tous-…-les-cochons) du pays. 300000: c’est le nombre d’animaux qui ont été tués, alors que se déclenchait l’épidémie mondiale de grippe A (H1N1). Et pas toujours de façon “humaine”, comme l’ont montré certaines vidéos. L’objectif absurde de cette décision était d’empêcher le développement de la maladie, alors que le cochon n’est pour rien dans sa transmission.

Les effets de cette décision sont inattendus et amènent l’Egypte à s’interroger et à se demander si elle a eu raison.

Ce n’est pas la douleur de la minorité copte agressée dans ses pratiques alimentaires et ses traditions culturelles qui est à l’origine de cette interrogation.

Ce n’est pas non plus la forte réprobation internationale, qui en est restée à des déclarations de principe sur l’inutilité d’une telle décision.

C’est un peu le fait que malgré toutes ces “précautions”, la grippe A est bel et bien entrée en Egypte et qu’elle y a déjà fait des victimes. C’était pourtant prévisible.

C’est surtout le fait d’une incroyable situation sanitaire caractérisée par des amoncellements d’ordures en plein centre ville du Caire et de nombre de grandes villes. Les déchets s’entassent, pourrissent, dégagent d’insupportables odeurs. Dans la quasi totalité des zones urbaines égyptiennes (sauf Alexandrie), les services de collecte et de traitement des ordures sont presque inexistants. Mais, au Caire, les cochons élevés par les chrétiens égyptiens (coptes) avaient pour mission de se nourrir et d’engraisser en mangeant la partie fermentescible des ordures ménagères: déchets verts, déchets de cuisine, reliefs des restaurants, déchets des marchés publics, … Cette partie fermentescible représente 50 à 60 % des déchets en volume.

Les cochons ne mangent plus rien et dans le quartier de Muqqatam, les  »zabbaleen » (récupérateurs et trieurs de déchets), pratiquement tous coptes, ne parviennent plus à trier les déchets. La partie fermentescible pourrit dans leur quartier et les empêche de récupérer de façon efficace les autres parties recyclables: plastique, papier, carton, métal, …

Les cochons n’engraissent plus et les familles des  »zabbaleen » n’ont plus ni ce bénéfice alimentaire, ni cette source de revenus. Cela n’est plus.

Bien sûr, d’aucuns disent que puisque l’état les a mis dans cette « merde », au sens propre (!) du terme, c’est à lui de les en sortir. Mais c’est mal connaître l’homogénéité, la réactivité et la volonté de cette communauté qui, d’ores et déjà, se tourne vers les producteurs de déchets, les familles, les citadins, les ménages, pour les inciter à faire le tri de leurs déchets à la source. Cela permettra aux  »zabbaleen » d’orienter plus rapidement les diverses catégories de déchets vers les circuits de recyclage adéquat, notamment les fermentescibles vers la fabrication de compost.

La partie n’est pas gagnée, loin de là, mais d’une énorme faute politique naîtra peut-être une évolution originale en matière d’assainissement des villes des pays en voie de développement, une alternative viable à la mise en place de prestataires étrangers.

Pour en savoir davantage sur les  »zabbaleen », voici les références de deux films, ni l’un ni l’autre diffusés en Europe (sauf erreur) et de leurs sites respectifs: “Garbage Dreams (http://www.garbagedreams.com/) ” (photos sur Flickr (http://www.flickr.com/photos/garbagedreams/), remarqué par Al Gore et “Marina of the Zabbaleen (http://www.marinathemovie.com/)“.

(C)Garbage Dreams
Rue de Muqqatam (C)Garbage Dreams
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Photographie

Ma photo de la semaine 47: vitrail

Pas de photographies cette semaine, rien à se mettre sous l’objectif !

Celle-ci date déjà de septembre; il s’agit de la lumière projetée par un vitrail sur le pilier d’un édifice religieux.

Effet de vitrail-Ile de Ré
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Mali

L’UNICEF à Bamako

Ann M. Veneman est la Directrice de l’Unicef. Elle revient d’un court séjour au Mali, lequel pays assure actuellement la présidence du Conseil d’Administration de cet organisme, depuis février 2009.

A son retour Ann M. Veneman a rédigé un court rapport publié dans la presse nord-américaine. Ce rapport actualise des données que l’on peut déjà trouver dans les fichiers de l’Unicef, mais sa sécheresse souligne la gravité de la situation des enfants maliens et de leurs mères.

° Un enfant sur cinq ne parvient pas à son cinquième anniversaire. Les causes principales en sont la pneumonie, la diarrhée, la malaria (paludisme).

° Un enfant sur trois de moins de cinq ans n’a pas un poids correct pour son âge.

° Chaque femme a 1 risque de décès sur 15 pour des causes en relation avec ses maternités tout au long de sa vie (hygiène, eau, ..). Ce risque est de 1 sur 8000 dans les pays occidentaux.

° 71% des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans et un tiers de celles-ci le sont avant l’âge de 15 ans.

° 85% des femmes subissent des mutilations génitales.

Ann Veneman, Directrice de l’UNICEF

La pauvreté, l’ignorance, les traditions culturelles profondes, et maintenant le changement climatique et son cortège de sécheresses ou d’inondations, tout se ligue pour que cette situation soit particulièrement difficile à faire évoluer.

Et pourtant ce n’est que par l’amélioration de leurs conditions de vie, l’acquisition d’une autonomie culturelle, sociale, politique et économique que les femmes feront moins d’enfants, parce qu’elles feront des enfants qui vivront.

Et non par l’imposition de politiques dictées de loin, d’Occident; politiques qui seront dénoncées comme celles des colonialistes, des blancs (la lutte contre l’excision est un exemple de ces causes qui sont mal perçues par les populations à qui elles sont destinées).

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Mali

Cocaïne à Gao

Voici plus d’un an (Lectures-africaines), j’avais cité le groupe de chercheurs de Futurs Africains. Celui-ci avait commis un livre passionnant sur l’avenir de l’Afrique. Parmi les scenarii envisagés, il en était un, dramatique et négatif, qui ne voyait guère de développement pour ce continent, mais au contraire une chute vers le terrorisme, le trafic de drogues, les économies parallèles.

Voici quelques jours, début novembre, selon une agence de l’ONU, un Boeing en provenance du Venezuela s’est posé à quelques kilomètres de Gao pour livrer probablement près d’une dizaine de tonnes de cocaïne. L’avion s’est écrasé au redécollage et a été incendié pour effacer des traces. Venait-il pour la première fois ?

Cette information est en soi inquiétante et peu favorable pour l’avenir du Mali. Certes, l’Afrique de l’Ouest était déjà un point de transit de la drogue à destination de l’Europe (ici un article de 2007) (http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2007-11-08/le-trafic-de-cocaine-s-etend-en-afrique-de-l-ouest-dit-interpol/924/0/208880), mais dans le cas présent les moyens employés deviennent … industriels !

Qui réceptionne et qui assure le transit jusqu’en Europe ? Les autorités maliennes risquent d’accuser les troupes d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) et/ou les rebelles touarègues à tout le moins de complicité et cela n’est pas fait pour arranger une situation qui tendait à se calmer. Cela explique sans doute le silence malien jusqu’à présent sur cette affaire. Quant aux touaregs, leur agence de presse Temoust rejette ce soir cette information en parlant de “fantasme”… Il est pourtant certain qu’AQMI comme les Touaregs contrôlent bien ces territoires et donc connaissent les trafiquants.

Par ailleurs, Gao, bien qu’à plusieurs centaines de kilomètres de la frontière algérienne, confirme son rôle de base arrière de ces trafics. Une base arrière qui n’est qu’à un millier de kilomètres de Bamako et qui contrôle tout le nord-est du pays.

Saisie de cocaïne (C)Reuters-Tomas Bravo

Pour apporter quelques informations complémentaires sur les enjeux de cette région, voici un extrait d’un manuscrit passé entre mes mains et intitulé “Gao, je t’aime”. Il ne s’agit pas d’un roman, mais davantage d’une chronique rédigée au fur et à mesure de l’intégration d’une jeune fille dans le petit monde de Gao, à la faveur de l’amour et par le biais d’actions humanitaires. Ce manuscrit contient quelques analyses originales quant à la place des arabes dans la société malienne. A noter que l’on peut joindre l’auteur, Jacques Da Rocha, à ce mail: jdaro@free.fr

(pour expliquer)” la rébellion, la facilité est de se concentrer sur les raisons évoquées des sécheresses trop longues des années 90 qui ont désorganisé la société nomade, entraîné la faillite de son économie et en conséquence ont amené les Arabes et les Touaregs à se réfugier à la périphérie des villes, vers le fleuve Niger, dans les pays limitrophes et jusqu’à la Libye, pays ouvrant ses frontières à de futurs guerriers. On peut alors écrire que la résultante est une sédentarisation volontaire au sens où elle n’est pas imprimée directement par l’état. Mais les origines d’un climat social dégradé sont plus profondes et remontent à l’indépendance. D’une part, à cette époque, le commerce transsaharien décline au profit du développement du commerce entre l’Europe et le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin, via les ports de Dakar, Abidjan, Lomé, Cotonou. D’autre part, la jeune république du Mali se caractérise par une forte centralisation sur sa capitale Bamako et crée une monnaie nationale. Grave erreur. Cette nouvelle devise sans valeur est non convertible et entraîne la faillite des éleveurs qui ne peuvent plus exporter leurs animaux. Du mécontentement des nomades, naît la révolte dans le Nord d’une tribu Touareg. L’état décrète des zones d’insécurité -les mêmes qu’aujourd’hui- aux alentours de Kidal, accélérant la sédentarisation mais aussi la généralisation de l’état de révolte des tribus réfractaires à s’appauvrir davantage aux abords des villes et qui doivent faire face à l’aversion des habitants. Le retour au franc CFA ne redynamise pas assez l’économie. Le mal est fait. Puis les années 70 à 80 sont marquées par les sécheresses. Les troupeaux sont décimés, des camps de réfugiés insalubres aux abords de Gao et de Tombouctou voient le jour. Le peu du commerce qui subsiste est contrarié par des taxes prohibitives, voire purement interdit. La corruption sévit, les commerçants franchissent les frontières par des itinéraires clandestins et dangereux qu’ils se partagent avec les trafiquants de cigarettes. De nos jours, sur ces mêmes parcours, d’autres formes de commerce se sont développées: drogue, armes, commerce humain par l’acheminement des clandestins. Dans les villes du Nord, les Arabes ont ouvert des échoppes qui parfois sont lucratives. Ces commerçants assurent la vente des importations provenant d’Algérie et de Mauritanie à travers les réseaux de leurs «frères» transporteurs de marchandises souvent non déclarées.
Faite de guerres et de razzias, la relation entre Touareg et Arabes a vu naître des alliances éphémères avec la rébellion. Le fossé entre les nomades et les sédentaires noirs est profond malgré les rapports économiques qui les rendent complémentaires, voire partenaires. L’enrichissement relatif des sédentaires et l’appauvrissement des nomades attisent le racisme et la rancune. Phénomène amplifié lorsque le climat s’en mêle, lorsque la saison sèche commence prématurément les nomades se rapprochent du fleuve avec leur bétail alors que les récoltes ne sont pas terminées. Il s’ensuit des situations très tendues et qui dérapent facilement en conflits. Au sein même de la société arabe du Mali, divisée en plusieurs classes, répartie dans plusieurs tribus, les choses ne sont pas plus simples. L’Arabe du Mali hérite de la classe sociale de son père. Il peut être noble – de race pure, sans métissage – , descendant de familles guerrières ou maraboutiques. A l’origine les nobles ne travaillent pas: libres, de teint clair, ce sont principalement les commerçants et les forgerons. Les nobles de race noire sont exclusivement les griots. Enfin, il peut être captif, de race noire, affranchi ou esclave en dépit de l’abolition. Trois grandes tribus arabes sont présentes au Mali: les Bérabich, tribu guerrière de l’Azawad, les Kountas, tribu maraboutique de la région de Gao dont sont issus les imam, cadi, uléma et marabouts et les Arabes du Tilemsi à l’Est. Si la cohésion est forte entre les clans d’une tribu, il n’en va pas de même entre toutes les tribus. La guerre tribale qui sévissait entre Kountas et Arabes du Tilemsi depuis 1997 n’a «officiellement» pris fin que tout récemment, en fin d’année 2003. S’ajoute à ces trois tribus l’entité respectée des shérifs, peu nombreux, prétendus descendants directs du prophète Mahomet.
Avec l’émancipation de la majorité des captifs, les nobles et hommes libres ont perdu beaucoup de leur main d’œuvre et de leur influence. Les captifs émancipés – même si certains sont restés attachés à la famille à laquelle ils appartenaient – se sont en grande partie sédentarisés, ont annexé des terres et se sont parfois enrichis, amenant à la situation paradoxale lors des sécheresses, de nobles venant se réfugier chez leurs anciens esclaves! Les mêmes nobles perdent aussi de leur influence auprès de leurs enfants confrontés au monde extérieur via l’école. Il n’en demeure pas moins que les Arabes gardent une fierté de leur histoire, celle d’un peuple conquérant, insoumis, riche de connaissances et brave, mais absent de la scène politique. Ce vide laisse le champ libre à l’état qui peut parler du Nord comme du « Mali inutile ». L’occident ne prend conscience de la situation dans laquelle se trouvent les nomades qu’en 1985 à l’occasion d’une nouvelle année de sécheresse. Dès lors, les grandes ONG se mobilisent et s’épuisent après moult ponctions à ce qu’une infime partie de leur aide atteigne la cible. On est alors proches du coup de grâce pour le nomadisme. En plus des contraintes économiques, la présence renforcée des militaires dans le Nord du pays -militaires noirs venus du Sud – fait peser la menace de la confrontation. Le racisme historique entre les deux populations est ravivé. S’amorce la vengeance des gens du Sud et la destruction des gens du Nord. Les « teint clair » descendent inexorablement au plus bas de l’échelle sociale. Ils ne peuvent l’accepter et beaucoup d’hommes jeunes choisissent de s’exiler dans les autres pays sahariens, l’Algérie, la Mauritanie, la Libye, le Niger étant en proie aux mêmes maux. Des tribus éclatées par la rigidification des frontières se reconstituent et tombent sous le joug de l’endoctrinement idéologique et politique utiles au Front Polisario du Sahara Occidental en lutte contre le Maroc et aux troupes libyennes en lutte contre le Tchad. Des jeunes arabes s’engagent dans les conflits, ils acquièrent l’expérience du combat, des armes, du financement. Le vieux rêve d’un état saharien indépendant refait surface, soutenu par la Libye. La rébellion est activée à partir du mois de juin 1990 par des attaques visant les postes de police et militaires. Son but premier est de forcer l’état à prendre des mesures de développement au Nord comparables à celles du Sud et de donner un statut spécifique à l’Azawad. Ces revendications vont dans le sens d’une reconnaissance d’être des citoyens maliens à part entière. Seulement, certains groupes rebelles vont plus loin et revendiquent une autonomie complète de l’Azawad. Ils parlent de la libération de l’Azawad, ce qui sous-entend que les nomades sont prisonniers de l’état. Par opposition, une milice « patriotique » Songhay verra le jour en 1994.
En janvier 1991 un premier accord de paix n’est pas respecté. Tout comme le second quelques mois plus tard, suite à des exactions commises par les militaires et les sédentaires: massacres, empoisonnements de puits, … Les civils arabes et touaregs sont constamment inquiétés. C’est l’exode vers l’Algérie pour les camps de réfugiés le long de la frontière malienne et également en Mauritanie. L’Algérie qui craint une extension de la rébellion sur son territoire pèse de tout son poids pour de nouveaux accords de paix, ratifiés en janvier 1992: paix officielle, mais l’insécurité règne et les règlements de comptes sont fréquents jusqu’en 1994. L’ONU met en place un plan de réinsertion des ex-rebelles par une aide financière à la restitution des armes et des aides aux projets. Contre toute attente, les populations noires du Nord perçoivent ces aides aux nomades comme une injustice, eux-mêmes ayant subi l’insécurité et la crise économique. Jusqu’en 1995, ils perpétuent des exactions barbares. Il reste un malaise général, la cohabitation entre nomades et sédentaires semble bien utopique. Si la rébellion n’a pas modifié les limites des territoires des arabes, l’Azawad est devenu le symbole de leur droit à la reconnaissance, leur aire d’influence économique s’est élargie. Tous les exilés ne sont pas rentrés au pays et les échanges commerciaux se sont accrus, toujours sous la forme de réseaux internes à la communauté. Les rebelles ont renoué par la force des choses avec le savoir des générations passées et avec leurs origines. Bien entendu, le retour au nomadisme n’est pas un retour vers le passé, les nomades commerçants utilisent les matériels et techniques modernes: 4X4, camions, téléphone satellite … et les transporteurs peuvent acheminer – hors saison des pluies – des marchandises encombrantes et lourdes et des denrées périssables. Les ex-rebelles qui ne sont pas retournés à la vie nomade se livrent aux trafics des clandestins, des cigarettes et au banditisme assimilable aux razzias d’antan. Ceux que l’on peut qualifier de néo-nomades diffèrent de leurs parents car le point d’attache n’est plus le campement familial, mais la maison en ville, voire plusieurs maisons dans plusieurs villes, dans plusieurs pays pour les plus aisés, perpétuant les migrations. Les esclaves des nomades, pour l’écrasante majorité sédentaire sont devenus des néo-sédentaires. Parmi les ex-rebelles, un maigre pourcentage est intégré dans la fonction publique et l’armée: la possibilité de gravir les échelons et de devenir de hauts fonctionnaires est bien réelle.
Reste que les régions du Nord, malgré les efforts de l’état, souffrent de divers maux: peu d’accès de communication goudronnés, absence d’eau courante dans les villages avec des risques permanents d’épidémies, nombreuses coupures d’eau et d’électricité et peu de collecte des ordures dans les villes, hôpitaux et dispensaires sous équipés et secteur de l’éducation sous développé. La renaissance identitaire des arabes du Mali par la rébellion ne se fond pas dans la société malienne et les arabes continuent autant que possible à vivre en réseau fermé et en conséquence cette ethnie retombe dans l’anonymat et reste méconnue des occidentaux.

18 novembre 2009: des civils d’ONG humanitaires quittent Gao devenue trop dangereuse … Et pendant ce temps-là, des voix officieuses laissent entendre que la plaque tournante de la drogue, c’est Dakar. Et que la cocaïne apportée par le Boeing devait rejoindre l’Europe en passant par Dakar !! On voit le détour … et l’on n’y croit pas une seconde.