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Immigration

Retour sur l’immigration

Acte premier: 3 octobre 2013.
359 migrants trouvent la mort à quelques encablures de Lampedusa.

Acte second: le 16 octobre 2013 (http://maliactu.net/niger-2-500-enfants-morts-de-malnutrition-en-8-mois/).
« Plus de 2.500 enfants de moins de 5 ans sont morts des suites de la malnutrition sur les huit premiers mois de l’année au Niger, l’un des pays les plus touchés par ce fléau, a-t-on appris mercredi auprès de l’Unicef. »
« La plupart des victimes sont des nourrissons dans leurs deux premières années, très fragiles. Le Niger n’étant pas en situation de famine, les décès liés à la malnutrition sont bien plus rares chez les enfants plus âgés ou chez les adultes. »
« Malgré ce nombre important de décès, la prise en charge de la malnutrition a progressé par rapport à l’année précédente, remarque Guido Cornale, le responsable de l’Unicef au Niger, pays pauvre où elle est endémique et massive. »
« Sur 252.427 enfants de moins de 5 ans traités entre le 1er janvier et le 5 septembre 2013 pour malnutrition ou pour des maladies qui lui sont liées, 2.524 sont morts, ce qui représente une mortalité de 1 pour 100, indique M. Cornale à l’AFP. »
« En 2012, année de crise alimentaire, la mortalité était de 1,6 pour 100 (environ 5.900 morts sur 370.000 traités), contre 1,4 en 2011, année de bonnes récoltes (env 4100 / 293.000) et 1,7 en 2010, autre année de crise alimentaire (env 5.560 / 330. 000), selon les chiffres de l’Unicef. »
« Chaque enfant mort est une perte de trop. Mais cela montre aussi qu’on arrive à contenir le taux de létalité de la malnutrition aiguë sévère, et même à le faire reculer », observe M. Cornale ».
« Sans l’aide internationale au Niger, on verrait les enfants mourir par dizaines de milliers » », ajoute-t-il, saluant également le travail du gouvernement nigérien, qui « répond » aux attentes des bailleurs. »
« La malnutrition n’est toutefois « pas seulement une conséquence de l’insécurité alimentaire », explique Guido Cornale, citant aussi « les maladies, qui impactent l’état nutritionnel de l’enfant », l’éloignement des services de santé, des infrastructures déficientes (absence de latrines ou d’eau potable). La bonne santé de la mère allaitante est également un facteur prépondérant. »
« Le 7 octobre, le Bureau de affaires humanitaires de l’Onu (Ocha) à Niamey avait rapporté le décès de 362 décès d’enfants dans la seule région de Zinder (centre-est), où 79.087 cas de malnutrition ont été enregistrés du 1er janvier au 23 septembre. »
« Le Niger est l’un des dix pays les plus pauvres au monde, malgré des richesses en matières premières (uranium, pétrole). »

Acte trois: Kanar publie un « dessin » dans « Moustiques (Belgique) », repris dans « Le Monde »

Prix Nobel de physique (C)Kanar

Acte quatre: Le capital au XXI° siècle, de Thomas Piketty. (pages 118 et suivantes).
« La seule situation de déséquilibre continental caractérisé concerne l’Afrique qui est structurellement possédée par les autres continents. Concrètement, d’après les balances des paiements au niveau mondial établies chaque année depuis 1970 par les Nations Unies et les autres organisations internationales (Banque Mondiale, FMI), le revenu national dont disposent les habitants du continent africain est systématiquement inférieur d’environ 5% à leur production intérieure (l’écart dépasse 10% dans certains pays). Il est intéressant de noter que ce flux sortant de revenus du capital est de l’ordre de trois fois plus élevé que le flux entrant de l’aide internationale. Avec une part de capital dans la production de l’ordre de 30%, cela signifie que près de 20% du capital africain est actuellement possédé par des propriétaires étrangers.
« Il est important de réaliser ce que signifie en pratique un tel chiffre. Compte tenu du fait que certains éléments du patrimoine (l’immobilier d’habitation ou le capital agricole) ne sont qu’assez peu possédés par les investisseurs étrangers, cela signifie que la part du capital domestique détenue par le reste du monde peut atteindre 40%-50% dans l’industrie manufacturière, voire davantage dans certains secteurs. Même si les balances de paiement officielles ont de nombreuses imperfections, il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’une réalité importante de l’Afrique actuelle. »
(…)
« Quand un pays est pour une large part possédé par des propriétaires étrangers, la demande sociale d’expropriation est récurrente et presque irrépressible. D’autres acteurs de la scène politique répondent que seule la protection inconditionnelle des droits de propriété initiaux permet l’investissement et le développement. Le pays se retrouve ainsi pris dans une interminable alternance de gouvernements révolutionnaires (au succès souvent limité pour ce qui est de l’amélioration réelle des conditions de vie de leurs populations) et de gouvernements protégeant les propriétaires en place et préparant la révolution ou le coup d’Etat suivant. »
(…)
« L’expérience historique suggère que le principal mécanisme permettant la convergence entre pays est la diffusion des connaissances, au niveau international comme au niveau domestique. Autrement dit, les plus pauvres rattrapent les plus riches dans la mesure où ils parviennent à atteindre le même niveau de savoir technologique, de qualifications, d’éducation, et non pas en devenant la propriété des plus riches. »

Acte cinq: 16 octobre-Ségolène Royal appelle la gauche à se calmer (http://lelab.europe1.fr/t/segolene-royal-appelle-la-gauche-a-se-calmer-apres-l-expulsion-d-une-jeune-kosovare-11442) après l’expulsion d’une jeune kosovare.
Rappelant que « la lutte contre l’immigration clandestine était une valeur de gauche », Ségolène Royal explicite son propos en affirmant: « La gauche ne peut pas accepter que ce soit les populations les plus défavorisées et les immigrés en situation régulière qui subissent l’immigration clandestine ».
En clair, Ségolène Royal refuse d’accepter inconsidérément des réfugiés afin de ne pas pénaliser « nos pauvres » et « nos immigrés » !!

Acte six: 24 et 25 octobre-Conseil Européen
Devant l’indignation causée par les récents naufrages en Méditerranée, le Conseil Européen devait aborder la question de sa politique migratoire. Las, les indignations feintes nées des déclarations de Snowden et la révélation du suivi des communications par les USA emportent la mise, et la question de l’immigration reste pratiquement (ou presque) au placard.

Acte sept: 31 octobre-Nouveau drame en Afrique.
87 migrants sont retrouvés morts de faim (http://www.afrik.com/niger-87-migrants-retrouves-morts-dans-le-desert) dans le désert nigérien à quelques kilomètres de la frontière algérienne.


Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que la première cause de l’immigration, c’est la guerre ? (Syrie, Ethiopie, Soudan)
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que la seconde cause de l’immigration, c’est la misère ? (Afrique, Niger, Mali, Sénégal, ..)
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que notre monde est un monde de « libre circulation » de toutes les marchandises et de l’argent (mondialisation) et qu’il n’y a aucune raison pour que n’existe pas la libre circulation des hommes ?
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que notre occident étale des richesses matérielles (argent, mode, technique, ..) et humaines (liberté, émancipation, libre expression, …) qui ne peuvent que susciter l’envie et la convoitise ?
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que toujours et partout les migrants chassés par la guerre, par la misère ou par l’envie, tenteront de rejoindre les pays de leurs rêves ? Et que Frontex ne servira à rien ? Et que les passeurs existeront toujours (terrible loi de l’offre et de la demande) ?

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Syrie

Une réhabilitation du régime syrien est-elle possible ?

Voici notre traduction du dernier billet d’Azmi Bishara (Egypte:-les-analyses-d-Azmi-Bishara), publié le 12 octobre (https://www.facebook.com/Azmi.bishara.en?fref=ts). Il est consacré à la situation syrienne.

 »Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, il n’y a que deux questions en Syrie qui intéressent les Etats-Unis et Israël : les armes chimiques et le chaos que pourrait apporter avec elle la « terreur islamiste ». La souffrance du peuple syrien, même par suite de l’utilisation d’armes chimiques, ne les concerne pas vraiment ».
 »L’enthousiasme et l’efficacité avec lesquels le régime syrien a déposé ses armes chimiques a même suscité des éloges américains. Ce même régime se présente, depuis bien avant le début de la révolution, comme étant le meilleur allié contre le terrorisme islamiste et comme ayant combattu cette menace bien avant que l’Occident ne la réalise. Cette rhétorique présentée à l’Ouest diffère de celle qui a été présentée aux peuples arabes avant la révolution. Lorsque le régime syrien a aidé les djihadistes en Irak, il l’a fait pour montrer à l’Ouest la menace qu’ils constituaient et prouver qu’il était le seul à pouvoir les combattre. »
 »La possible réhabilitation d’Assad ne devrait alors être une surprise pour personne, dans la mesure où il a remis ses armes chimiques et a prouvé qu’il était capable de lutter contre la « terreur islamiste » ».

 »Empêcher que se produisent ces évènements, et achever la libération de la tyrannie, ne sera possible que si les révolutionnaires syriens réalisent ceci : »
 »- 1) Ils doivent modifier l’équilibre des forces sur le terrain par une véritable réorganisation sous une stratégie militaire unifiée. Tandis que le régime est faible, le chaos accompagnant la lutte armée, sera leur source principale de puissance. En attendant, les actions des djihadistes qui ne partagent pas les objectifs de la révolution fournissent au régime une raison d’être. »
 »- 2) Les forces révolutionnaires syriennes doivent fournir une alternative politique forte et démocratique au régime. »
 »- 3) En s’adressant à l’opinion publique occidentale et arabe, ils doivent se présenter comme en révolution contre la tyrannie, et rien d’autre. »

Une Syrie dévastée (C)Maxppp
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Démocratie

La France et la guerre

Encore une fois, il nous faut revenir sur le thème de la guerre et de ses justifications puisque la France vient d’obtenir une résolution à l’ONU afin de préparer une intervention en République Centrafricaine. Comme de bien entendu, nos ministres de la Défense et des Affaires Etrangères se sont empressés de déclarer qu’il était hors de question que la France intervienne seule dans ce pays, que le Centrafrique n’est pas le Mali, etc … etc …
Attendons de voir la conformité des promesses avec la mise en œuvre des décisions.
Si nous reparlons de ce sujet, c’est parce que notre Ministre des Armées, Jean-Yves Le Drian, se répand dans la presse et sur les tribunes (à Blois récemment) et développe une théorie contestable en ce qui concerne la guerre et le rôle de la France.
Faisons tout d’abord justice d’une affirmation répétée tant par François Hollande que par son Ministre des Armées, selon laquelle la France aurait gagné une guerre au Mali. La France n’a rien gagné du tout au Mali !
Qu’il soit bien clair que les 500000 personnes déplacées par ce conflit le sont toujours et vivent dans des conditions misérables, soit dans leur propre pays, plus au sud dans la région de Bamako notamment, ou dans des camps de Mauritanie ou du Burkina Faso.
Qu’il soit bien clair que les combattants djihadistes n’ont pas été neutralisés, mais qu’ils ont simplement été repoussés plus ou moins loin, pas toujours hors des frontières du pays, d’où ils reviendront, d’où ils reviennent déjà pour fomenter troubles et attentats dans tout le nord du pays (attentats à Gao, destruction d’un pont sur le Niger, …).
Qu’il soit bien clair que les revendications des touaregs (justifiées ou non, là n’est pas aujourd’hui la question !) en faveur d’une autonomie de leur région n’ont pas obtenu le moindre début de réponse.
Qu’ils soit bien clair que cette insuffisance de réponse entraîne des affrontements ethniques qui ne demandent qu’à se développer au fur et à mesure que la situation se dégradera.
Enfin, qu’il soit bien clair que l’armée française, loin de se retirer, reste en place à l’échelle de plus de 3000 combattants sur place dont certains qui étaient rentrés en France sont déjà repartis.
Si c’est cela que l’on appelle « gagner la guerre » !

Réfugiés maliens au Burkina (C)AFP

Alors, que nous dit Jean-Yves Le Drian ? Deux choses.
La France ne fait la guerre que « si la sécurité de la France, de la nation, du pays, est mise en danger ».
La France ne fait la guerre que « pour défendre des valeurs dont elle est héritière depuis la Révolution Française ».
Associant quasi indissolublement les deux affirmations, Jean-Yves Le Drian en vient à affirmer que « la guerre et la République sont concomitantes ». On aurait pu penser qu’étaient concomitantes la guerre et la naissance de la République. On verra qu’il n’en est rien: il s’agit bien de la guerre et de la République aujourd’hui.

La guerre, la sécurité et la défense des valeurs lui sont indissociables: le terrorisme est explicitement visé.
Il reste cependant à expliquer en quoi « laisser les djihadistes mener leurs opérations pour s’emparer de l’Etat malien touche à notre propre sécurité ». Outre qu’il n’a jamais été démontré que l’Etat malien était visé par les djihadistes, alors même qu’il était totalement déliquescent par les fautes d’un Capitaine putschiste (depuis nommé général !), il est difficilement compréhensible que notre sécurité ait été en jeu. Sauf à considérer que ce sont nos intérêts qui aient été en danger, ce qui n’est, on l’admettra, pas tout à fait la même chose.
Par ailleurs, comment imaginer que la sécurité de la seule France ait été compromise par l’action des djihadistes au Mali ? Parce que nous sommes l’ancien colonisateur ? C’est difficile à admettre, ce qui signifie que l’éventuel danger concerne tout autant la France que ses voisins européens. Alors pourquoi se sentir concerné au point d’intervenir seul au Mali, après avoir saboté des négociations, après avoir snobé la Communauté Européenne (avant de lui demander sa participation !)?

Le raisonnement est aussi contestable en ce qui concerne le volet des « valeurs ». « Les images des victimes des tribunaux islamiques, les actes commis, nous amènent à défendre une certaine conception du droit ». Le propos va encore plus loin lorsqu’il est question de la Syrie. « Nous assistons à des atrocités et l’arme chimique remet en cause des traités qui traduisent les fondamentaux universels auxquels la France est très attachée. S’ils ne sont pas respectés, elle doit jouer le rôle de gardienne des valeurs collectives du monde. Son histoire porte la France à dire, à interdire ».

Il y a quelque chose de fabuleusement hégémonique dans cette affirmation ! Les valeurs sont jugées universelles et c’est la France qui se donne le droit de dire, d’interdire et… de punir ! Au nom de quoi ? Au nom de Valmy (bataille fondatrice de la République), au nom de 1940 (qui exige le ressaisissement de la France), au nom sans doute de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (à la rédaction de laquelle la France a participé), enfin au nom de traités comme l’interdiction des gaz de combat … Tout cela est bien vrai, mais sont-ce là des justifications suffisantes ?

NON, et pour deux raisons.
La première est que les dites valeurs universelles ne le sont pas tant que ça. Notre ethnocentrisme les appelle ainsi, mais elles sont quotidiennement contestées par de très, très, nombreux pays d’Asie, d’Afrique, d’Océanie, voire d’Amérique Latine. Le fait de les avoir souvent rédigées après la seconde guerre mondiale, laquelle ne faisait que reconduire la première avec encore plus d’horreur et d’impérialisme, ne suffit pas, aux yeux des peuples et des dirigeants des pays en développement, pour qu’elles soient qualifiées d’universelles. Notre effroi d’alors et notre honte n’étaient pas les leurs !

La seconde est que si nous voulons tant leur attribuer un statut d’universalité, encore faudrait-il se mettre à plusieurs. Les temps ont changé, la France n’a plus rien à exprimer à titre personnel en ce domaine. Elle a sans doute à sensibiliser ses voisins européens, ses amis d’outre Atlantique, pour que tous ensemble, sous l’égide des grands organismes que sont l’ONU et tous ses satellites (UNICEF, UNESCO, PAM, HCR, …) les valeurs dites universelles le deviennent réellement et pour que le reste du monde commence à y croire.

Ajoutons qu’il existe une troisième raison pour que les belles valeurs universelles ne soient pas la « propriété » d’un seul pays: elles sont trop souvent bafouées !Le dramatique problème des immigrants qui traversent (qui ne traversent pas !) la Méditerranée vient à point pour rappeler que la guerre ne sert qu’à produire des victimes et des misères. Et que si les négociations venaient à bout des conflits et permettaient que s’installent les conditions d’un développement économique réel, il y aurait moins de réfugiés.
Les populations du Nord-Mali attendent, malgré la « fin » de la guerre que l’on vienne un tant soit peu les aider. Elles attendront longtemps encore et cela fera le lit de nouveaux djihadistes.

Les négociations ! Sur ce blog, on a un tout petit peu de fierté à s’être opposé à une intervention en Syrie et à prôner des négociations. La France, sur cette question, a été particulièrement mise en minorité et nous n’irons pas plus loin dans les qualificatifs. Les explications sont tout simplement à rechercher dans cette volonté de nos ministres à vouloir que la France dise, interdise et … punisse, au risque de se retrouver toute seule ! Et qu’on ne nous ressorte pas que sa détermination a vouloir faire des « frappes » a pesé dans la décision de Poutine. Ou alors, ce n’est pas pour le motif invoqué ! Les troupes de Bachar El Assad sont probablement allées « trop loin ». Les « renseignements » allemands ont parlé d’erreur de dosage ! Une frappe française, européenne, ou américaine aurait probablement entraîné des ripostes incontrôlables du dictateur syrien, ajoutant la guerre à la guerre. Si les menaces de frappes ont eu un effet, c’est bien à leur corps défendant !
Rien n’est acquis, rien n’est définitif, mais les gaz de combat sont en cours de destruction, la structure chargée de ce travail, l’OIAC, reçoit le Nobel de la Paix. Il faut désormais que toutes les parties se mettent autour de la table et discutent à minima d’un cessez-le-feu. Pour cela, nos ministres, Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius auraient mieux à faire que de donner des leçons en Centrafrique ou au Mali, ou de construire la « première armée d’Europe, celle qui demain sera à même de mener deux opérations comme le Mali en même temps ». Ils doivent exiger du Conseil National Syrien, comme de la Coalition Nationale des Forces de l’Opposition et de la Révolution qu’il s’assoient à la table de négociations. le but n’étant pas de reconnaître quelque droit à Bachar El Assad, mais de mettre en place un cessez-le-feu.

Jean-Yves Le Drian (C)Fred Tanneau/AFP

Dans le tout dernier Hors-Série du « Monde », « 1914-2014: un siècle de guerre », où nous avons lu les déclarations contestables de Jean-Yves Le Drian, se trouve également une analyse des différentes écoles de pensée en matière de guerre et de sécurité. Il y a les « réalistes », les « idéalistes », les « transnationalistes », les « constructivistes » et les « critiques ». Il en ressort que le ministre des Armées est un « réaliste », lui qui privilégie la sécurité nationale et se porte garant de la sécurité internationale !!
Thermopyles se verrait plutôt « transnationaliste », dans un système où les Etats et les sociétés civiles cohabitent dans le système mondial, au nom d’une sécurité globale. L’Etat n’a plus le monopole des affaires diplomatiques dans un monde interdépendant. (Descriptions extraites de ce N° Hors Série)
Avec la faiblesse de croire que cette attitude est plus conforme et plus progressiste pour un homme de gauche ! Et qu’il est temps de repenser ce que signifie l’universalité des valeurs et la façon de les défendre.

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Démocratie

Droit d’ingérence et droit de punition

Ce n’est pas l’objet de ce blog. Et donc chacun aura pu constater que nous n’avons fait quasiment aucun commentaire à propos de la crise syrienne. Nous n’avons pas l’envie de modifier notre position et nous limiterons donc notre analyse à une réflexion sur ce fameux droit d’ingérence, prétexte aujourd’hui à un « droit de punition » invoqué à l’encontre du régime syrien.
Si le sujet fait débat, c’est parce que l’opinion publique ne comprend pas les subtilités qui font que la France intervient au Mali pour en chasser les djihadistes et autres islamistes radicaux et veut intervenir en Syrie pour punir Bachar el Assad et, par voie de conséquence, « rééquilibrer » l’avancée des combattants rebelles qui sont quelque peu en difficulté, et qui sont de plus en plus dominés par … les islamistes radicaux. Ajoutons à cela une phase critique en politique intérieure: la rentrée sociale et politique, les indices de satisfaction toujours à la peine, l’augmentation des impôts, le chômage toujours croissant, .. tout cela conduit l’opinion a solliciter une énergie nouvelle en faveur des questions domestiques et non des questions diplomatiques et internationales.
Nous avons cité le Mali. L’attitude de la France au cours de la récente intervention militaire dans ce pays relève également d’un droit d’intervention, d’un droit d’ingérence, d’un droit de punir, qu’elle s’est attribué. Ici-même, nous avons suffisamment critiqué cette intervention, pour souligner qu’elle ne se faisait pas dans le cadre défini par l’ONU, qu’elle ne respectait pas les diverses résolutions de cet organisme, que la France intervenait directement et quasi seule dans un premier temps alors qu’elle s’était engagée sur l’inverse exactement et que cette opération Serval se traduisait au final par le maintien sur place d’un fort contingent de militaires français (3000 hommes). Rappelons-nous le vocabulaire. Il convenait de « tuer », « éliminer » les terroristes d’Al Qaïda et autres structures djihadistes. Il fallait intervenir vite, sans attendre, parce que ces « terroristes » étaient aux portes de Bamako …
Le droit d’ingérence, le droit d’intervention, déjà le droit de punir, argumentaient l’intervention et la présence de la France, tout autant pour sauver le Mali que pour défendre nos intérêts.
A l’exception du fort contingent militaire resté sur place, à l’exception des milliers de réfugié qui ne sont toujours pas rentrés chez eux, à l’exception du problème touareg qui n’est aucunement réglé, à l’exception des conflits persistants dans le nord entre touaregs et arabes, entre noirs et arabes et touaregs, conflits qui font des victimes quotidiennes, à l’exception du retour dénoncé des djihadistes, l’opération Serval se sera plutôt bien passée et pourra être qualifiée de « succès ». IBK a été élu à la régulière, son challenger Soumaila Cissé est en mesure, s’il le veut, de représenter une opposition crédible, le capitaine putschiste a été promu général et le président intérimaire a nommé toute une kyrielle de diplomates, de hauts fonctionnaires et grands administrateurs de l’Etat à la veille de son départ. François Hollande pourra assister à l’investiture du nouveau Président le 19 septembre prochain !
Juste une toute petite information ! Que l’on se souvienne que les élections présidentielles maliennes étaient prévues pour avril 2012, auxquelles IBK et Cissé avaient fait acte de candidature. Et que si ces élections n’ont pas eu lieu, c’est parce qu’un capitaine putschiste a pris le pouvoir et a indirectement permis aux « terroristes » de s’approcher de la Capitale.

Aujourd’hui, le même tandem français est à la manœuvre au sujet de la Syrie: Fabius et Le Drian, les Affaires Etrangères et l’Armée. En ce qui concernait le Mali, c’était Fabius qui était à la remorque de Le Drian. Pour la Syrie, c’est l’inverse.
Le résultat est le même. Après de fracassantes déclarations concernant l’impérieuse obligation de punir que la France faisait sienne, les difficultés sont apparues: c’est à reculons qu’Obama se dirige vers une intervention militaire dont il n’a pas du tout envie, la Grande-Bretagne s’y est opposée et le précédent irakien n’en est pas la seule cause, l’Europe, si elle condamne l’utilisation de gaz mortels, ne veut pas d’une intervention, l’Allemagne sans doute encore moins que ses voisins, la Ligue Arabe refuse de s’engager dans un guêpier pareil. La France est seule et toute les rhétoriques autour de la condamnation morale du régime syrien ne changeront rien à l’affaire.
En conformité avec ses choix éditoriaux, « Le Monde » s’est résolument engagé du coté des guerriers. Le « général » Nougayrède a rédigé un exceptionnel (de par sa longueur) éditorial nous expliquant ce qu’il fallait faire, pourquoi il fallait le faire et comment il fallait le faire. Depuis, toute sa rédaction développe les argumentaires présentés et les éléments de langage mis en exergue. Comme il moins facile que pour le Mali de négliger les opposants à la guerre, alors on les présente sous forme d' »opinions » divergentes. Sur Lemonde.fr, à deux reprises déjà, les opposants à la guerre ont été assimilés à l’extrême-droite et aux militants anti-mariage gay. C’est dire jusqu’où peut aller une certaine forme de malhonnêteté intellectuelle: faire passer pour progressistes les tenants de la guerre !

 »Il faut punir », disent-ils.

Il existe deux sortes de punition.
La première se veut éducative, voire pédagogique. C’est la sanction infligée à l’élève, à l’apprenti, à l’esclave, lorsque celui-ci n’a pas respecté les méthodes et principes de réalisation d’un processus, n’a pas appris une leçon, n’a pas appliqué correctement des consignes. Cette punition est appliquée par un « maître ». On peut discuter à l’infini de ses valeurs pédagogiques, mais il est évident, philosophiquement parlant, que le maître et l’élève se « reconnaissent » mutuellement, même si cette reconnaissance peut être hautement conflictuelle. Il n’y aura plus de punition lorsque l’élève ne reconnaîtra plus le maître et s’émancipera.
Dans le cas syrien, est-ce ce type de sanction qui est envisagé ? En ce cas, qui donne à la France, aux Etats-Unis, à l’Occident le mandat de punir et, conjointement, la toge du « maître » ? A l’évidence, personne.


La seconde forme de punition s’apparente davantage au règlement de compte. Elle intervient d’ailleurs souvent après des tentatives infructueuses de la première méthode. Méthode radicale, le règlement de compte vise à éliminer celui qui tente d’échapper, par le bien ou par le mal, par le haut ou par le bas, aux règles imposées par les tenants de l’ordre. Il s’agit, dans notre cas, de l’ordre mondial ou de l’image que veulent diffuser les maîtres de l’ordre mondial. La guerre chimique est une « ligne rouge ». Pourquoi ? Pourquoi davantage de répréhension à l’égard du gazage qu’à l’égard du bombardement aveugle ? Peut-on qualifier d’immoral l’emploi de gaz de combat ? L’usage de bombes à fragmentation serait-il plus moral ?
Quoi qu’il en soit, le règlement de compte vise à éliminer celui qui, délibérément, ne respecte pas les règles imposées, celui qui fait un usage personnel, et souvent à son avantage ou bénéfice, des processus et méthodes généralement reconnues. Dans notre cas syrien, le but recherché est d’abord celui d’un « rééquilibrage » en faveur des forces rebelles. Le cas libyen nous rappelle cependant que l’expédition de l’OTAN s’est achevée par l’assassinat, par la France, de Mouammar Khadafi. La question est la même: qui donne à l’Occident, aux Etats-Unis, à la France, mandat pour mettre sur pied un règlement de compte ? A l’évidence, personne !

« Au départ on peut penser qu’on est seuls quand on prend la responsabilité d’agir et de prévenir les autres que nous, parce que nous sommes la France, avons un rôle particulier mais ensuite, il y a un travail de conviction, il se fait ». Ainsi s’est exprimé François Hollande le 8 septembre, à Nice, dans le cadre des « Jeux de la Francophonie ». Quel « rôle particulier » est celui de la France ? Quelle idée de la mission de ce pays François Hollande se fait-il ?

A woman holds up a placard during a demonstration against British military involvement in Syria opposite Downing Street in central London on August 28, 2013. AFP PHOTO/CARL COURT (Photo credit should read CARL COURT/AFP/Getty Images)


La seule autorité susceptible de délivrer un mandat pour une intervention en Syrie (ou ailleurs) est l’ONU. Il n’y en a aucune autre.
 »L’ONU n’est qu’un « machin » inefficace, lent à se décider, doté d’une incroyable inertie ? »
C’est exact ! L’ONU n’a pas 70 ans d’existence et l’ONU n’est que la somme de tous les pays qui la composent. Elle ne peut agir avec efficacité et promptitude que si les pays qui la composent prennent soin d’elles et l’utilisent aussi souvent que possible. L’ensauvagement du monde (cher à Madame Nougayrède), ne se renforce que lorsque les Etats mettent en avant leur prétendu « rôle particulier » et, ce faisant, tuent le multilatéralisme et une future gouvernance mondiale !
Si l’on doit rechercher où se trouve le progressisme, c’est ici qu’on le trouvera !

Si l’on refuse les « punitions », la seule méthode permettant de résoudre les conflits s’appelle la diplomatie. Il n’y en a aucune autre.
 »La diplomatie n’est que procédures et discussions longues et lentes, ne débouchant sur rien ou pas grand-chose, et pendant ce temps les victimes continuent de s’accumuler ? »
C’est sans doute exact ! Sauf que rien ne prouve que les victimes ne seraient pas encore plus nombreuses en cas de dissémination des affrontements si l’on pratique les expéditions punitives et si l’on ajoute la guerre à la guerre. Liban, Iran, Irak, Israël, qui pense à tous ces pays et aux éventuelles conséquences d’un déferlement de violences ?
La diplomatie, c’est déjà remplacer le bruit des armes par la parole. Et ceci sans aucun préalable, d’aucune sorte. Lorsque tirent les armes, elles le font sans préalable. Dans un premier temps, la diplomatie ne doit avoir pour objet que de remplacer les cris des armes par des paroles, des propos, violents s’il le faut, avec des intermédiaires s’il le faut. Il est singulier que de tous nos va-t-en-guerre, il n’en est aucun pour réclamer et aider à mettre en œuvre un cessez-le -feu, de quelques heures, de quelques demi-journées, de quelques jours. La diplomatie, dans sa fonction d’entremetteuse, est devenue gênante et obsolète, alors que la notion même de négociation fait partie de la guerre. L’exemple malien, cette fois-ci, l’illustre bien: la France a décidé de son intervention alors même que des discussions se tenaient à Bamako et au Burkina sous l’égide de l’ONU avec la présence de Romano Prodi, discussions qui ont été sabotées par le Mali fantoche et par la France. Les participants au conflit syrien qui, aujourd’hui encore, se refusent à prendre place autour d’une table (Genève 2, par exemple) doivent y être poussés par leurs propres soutiens. En l’occurrence, la France a l’impérieux devoir de pousser à la table la Coalition Nationale Syrienne (même si elle ne représente pas grand chose) plutôt que de chercher à « rééquilibrer ses positions » (Laurent Fabius).
Ici encore; l’ensauvagement du monde ne se renforce que lorsque les Etats mettent en avant leur prétendu « rôle particulier » et, ce faisant, assassinent le dialogue et la négociation !
Si l’on doit rechercher où se trouve le progressisme, c’est ici qu’on le trouvera !


Peux-t-on ajouter un commentaire plus général ?
Le prétendu « rôle particulier » des Etats ne s’exprime pas que dans le domaine guerrier. On le retrouve en matière de commerce, par exemple, dans le cadre de l’OMC où les occidentaux alternent avec mépris les demandes d’allègement des taxes douanières ou l’imposition de nouvelles taxes aux pays émergents et en développement, selon que les fluctuations des marchés les avantagent ou non.

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Egypte, les analyses d’Azmi Bishara

Azmi Bishara est un homme politique. Il est l’actuel Directeur Général de l’Arab Center for Research and Policy Studies, à Doha, au Qatar.
C’est un homme complexe. Palestinien d’origine chrétienne, il a été membre de la Knesset en Israël. Un Parlement dont il a été banni.
(http://en.wikipedia.org/wiki/Azmi_Bishara) Wikipedia fournit une note biographique acceptable dans sa version anglaise (la version française est famélique !).

Azmi Bishara écrit beaucoup. Il tient plusieurs blogs et une page Facebook en arabe (https://www.facebook.com/Azmi.bishara) et en anglais (https://www.facebook.com/Azmi.bishara.en?fref=ts).
Nous avons traduit certains de ses récents commentaires en français. Sans revenir sur le calendrier des évènements égyptiens, nous vous les livrons ci-après, avec mention de la date d’écriture.

Azmi Bishara (DR)

Réflexions sur le dilemme présent en Egypte

Ecrit le 4 juillet 2013

 »1) Les Frères Musulmans n’ont pas compris la nature de la phase transitoire. Ils n’ont pas saisi que la question n’était pas de savoir qui était le plus fort pour avoir le droit de diriger le pays, mais comment tout groupe impliqué pouvait assumer son devoir et sa responsabilité dans la gestion de l’Egypte. Ce devoir partagé de gouverner signifiait qu’ils auraient pris part à toutes les composantes de l’administration du pays. Ils n’auraient pas dû tomber dans le piège du monopole, et porter de ce fait le blâme pour leurs échecs et difficultés. Au lieu de refuser la participation aux factions politiques qui les ont soutenus pendant le deuxième tour des élections présidentielles, la Confrérie aurait dû insister sur la participation de ces groupes pendant la phase transitoire dès le début . Le rejet des généraux Tantawi et Annan (des SCAF) a fourni aux Frères Musulmans un moment de conviction dont elle avait bien besoin pour amener les autres à ses cotés. Au lieu de cela, les Frères Musulmans ont annoncé la Déclaration constitutionnelle (en Novembre 2012), et avec elle, une grande partie de la crédibilité gagnée par Morsi a été perdue. Le résultat final a été que d’autres groupes ont commencé à éviter de participer à la phase de transition. Déjouer les tentatives des Frères Musulmans à la gouvernance est devenue leur nouvel objectif. La situation leur a donné toutes les justifications pour le faire. »

 »2) Les adversaires des Frères Musulmans n’ont pas réalisé que c’était des institutions dominées par l’ancien régime ; les médias, le système judiciaire et d’autres organismes d’État, qui étaient les principaux obstacles à l’œuvre du Président. »

 »3) Dans le même temps, les Frères Musulmans n’ont pas saisi qu’il fallait s’allier avec d’autres forces révolutionnaires dans le but de faire face aux vestiges de l’ancien régime qui sont restés ancrés dans l’État. Ces autres forces, qui ont exclu d’assumer toute responsabilité, sont venues soutenir les restes du régime de Moubarak, comme le Procureur Général, au motif que les mesures prises contre eux n’étaient pas juridiquement valables. Pourtant, par des actions «révolutionnaires» et «extra-légales», ou un changement de la loi, il aurait été possible d’éliminer ces personnes. Les Frères Musulmans, invités à prendre ces mesures révolutionnaires, sont restés attachés aux formalités alors que d’autres voulaient se joindre à eux. Pourtant, ils ont aussi violé quelques formalités lorsque celles-ci se tenaient sur le chemin de leurs objectifs ! »

 »4) Les restes du régime de Moubarak ont saisi leur chance et déployé leur agitation contre le président élu dans un climat de récriminations contre les Frères Musulmans par d’autres factions révolutionnaires. »

 »5) La déposition d’un président élu, de cette manière, grâce à une intervention militaire, présente le risque d’une spirale d’événements qui peuvent compliquer une transition démocratique. Une autre série de dangers provient des conclusions possibles que les islamistes pourraient tirer de la politique électorale, étant donné qu’ils ont été exclus de ce qui avait été pour eux une expérience importante. Vont-ils suivre l’exemple de l’AKP en Turquie, devenant de plus en plus démocratiques après chaque acte de répression militaire ? Ou vont-ils réagir plutôt contre toute forme de participation démocratique ? Ces questions sont au cœur de l’expérience démocratique et de son avenir, ainsi que du comportement de larges pans de la population à son égard. Elles doivent être posées par toutes les personnes responsables, et ne sont pas à prendre à la légère. »

 »6) Une autre problématique, c’est quand de vastes courants des mouvements révolutionnaires défendent un système judiciaire qui émet constamment des décisions en faveur de l’ancien régime, au lieu d’exiger que cette justice soit réformée. »

 »7) La pierre d’achoppement des Frères Musulmans a été leur partialité qui est en fait plus extrême que leur religiosité. Ceci les a empêchés de permettre aux intérêts de la nation et de la société de remplacer ceux du Parti. Le fait qu’ils n’ont pas vu que les restes de l’ancien régime ont exploité ceci à des fins contre-révolutionnaires est un problème. »

 »8) Une autre questionnement est le silence qui a fait face au discours absurde des médias de l’ancien régime, riche en mensonges et en mythes. L’agitation injustifiée contre les Palestiniens n’est pas sans rappeler la façon dont le régime de Moubarak s’est comporté pendant la guerre 2008/2009 sur Gaza. »

 »9) Les révolutionnaires démocratiques doivent maintenant tracer un chemin à travers l’ensemble de ces problèmes et les défis qu’ils soulèvent, ils ne peuvent pas stagner lorsque vient le temps de faire la distinction entre ce qu’on peut appeler « la révolution dans la révolution », sur la voie de la démocratie, et une contre-révolution. »

 »10) La déposition d’un président élu est maintenant un point discutable: avec un gouvernement d’union nationale, la date des élections présidentielles et parlementaires peut être reportée. L’acte de s’entendre sur des élections anticipées est lui-même une procédure fondamentalement démocratique. Le point important à ce stade est de savoir comment la volonté d’une grande et importante partie de la population a remplacé une autre avec force, et l’a brisée. Le désir d’une forte rupture d’une partie de la population conduira à un schisme social profond, ce qui posera un défi à la transition démocratique. Les bénéficiaires en seront les ennemis habituels de la démocratie. »

 »11) Le chemin vers la démocratie est long, il ne peut être décidé en l’espace de deux jours. Il n’est pas nécessaire de se précipiter sur les barricades. La chose importante est que la génération de la révolution du 25 Janvier reste sur la bonne voie. Cette génération détient la clé de la démocratie, l’avenir arabe de l’Egypte, et non la vieille garde qui vit aux crochet des efforts de la jeunesse et se chamaille sur le butin. »


Un retour au tunnel

Ecrit le 8 juillet 2013

 »1) Il y a un problème structurel derrière les événements actuellement en cours en Egypte. Ce problème a ses racines dans la faiblesse, simultanément, des institutions de la société civile et du corps politique qui, autrement, serait en mesure de mener un débat rationnel sur l’avenir du pays. Cela signifie également que libre cours a été laissé aux actions de rue spontanées. Une deuxième facette est la faiblesse de l’appareil civil de l’Etat, contrairement aux services de sécurité, qu’il s’agisse des forces de police et auxiliaire ou des Forces de la défense nationale. »

 »2) L’influence de la révolution sur le rouleau compresseur de l’appareil d’Etat de l’Egypte a été limitée aux seuls individus qui pouvaient être affectés sentimentalement ou en termes de morale. En conséquence, ce mastodonte n’a respecté aucune des mesures de réforme révolutionnaires. L’unité de tout le spectre révolutionnaire aurait été le seul moyen pour que ces mesures soient imposées à l’Etat. Pourtant, cette unité ne s’est jamais matérialisée. Les forces au sein de la révolution ont préféré submerger l’autre de récriminations à l’encontre des actions perpétrées par la vieille garde au sein de l’Etat. »

 »3) Les personnes qui ont ouvert le feu sur des manifestants au cours des deux derniers jours en Egypte sont les mêmes personnes qui ont ouvert le feu sur un groupe de manifestants à Maspero, et Mohammad Mahmoud Street. Au cours de ces incidents antérieurs, la Confrérie a gardé le silence, en concentrant toute son énergie sur les élections législatives. Aujourd’hui, ce sont les adversaires de la Confrérie qui s’entendent dans le silence. Dans les deux cas, ceux qui ont ouvert le feu jouissent de l’impunité, que ce soit les forces de police ou de l’armée. L’une ou l’autre de ces institutions a-t-elle fait l’objet d’une quelconque réforme en termes de structure interne, morale ou idéologique depuis la révolution de 2011 ? »

 »4) Comme si cela ne suffisait pas, les victimes des tirs antérieurs de la police sont maintenant alliés avec les services de sécurité contre les nouvelles victimes. Chaque fois que cela se produit, la responsabilité est davantage attribuée aux complices silencieux qu’aux auteurs effectifs. »

 »5) Certaines (pour ne pas dire la totalité) des forces laïques en Égypte ont seulement respecté superficiellement la démocratie et les principes de la démocratie. Certaines ont encore beaucoup à faire. Tout comme de nombreux groupes religieux, elles n’ont pas encore vraiment intériorisé le respect de la démocratie et de ses principes fondateurs. Nous avons vu comment ces groupes laïques aspirent à un régime militaire, dont ils imaginent qu’il les portera au pouvoir. On peux dire que ni les forces laïques, ni les forces religieuses se sont distinguées en termes de respect de la démocratie ou de sensibilité aux droits de l’homme. »

 »6) Je vais le répéter: il est impératif que tous soient d’accord sur les bases d’une démocratie. Tout comme de nombreuses autres vérités d’une importance vitale, cet impératif est devenu simple et incontestable. »


Les producteurs magistraux et sans scrupules de la haine

Ecrit le 16 août 2013

 »La haine est habituellement bavarde, mais toujours sourde et aveugle. La haine est aussi stupide, en fermant les esprits et transformant les cœurs en pierre. Elle ne peut jamais être le fondement de la coexistence, en fait, elle empêche même la coexistence avec soi-même. »

 »La compétence experte démontrée par ceux qui s’expriment dans l’industrie productrice de haine provoque l’angoisse aussi bien que la perplexité : nous avons attendu fort longtemps pour qu’il y ait la maîtrise arabe de n’importe quelle industrie. Dans ce cas cependant, l’explication de cette maîtrise de la production de la haine est que le produit fini est utilisé pour accorder sans scrupules la légitimité à des crimes. »


Sur la rhétorique employée pour soutenir la junte contre-révolutionnaire d’Égypte

Ecrit le 19 août 2013

 »1) Dans son contenu et dans sa tonalité, dans son soutien inégalé pour l’assassinat et l’exclusion des autres, la rhétorique de soutien à la junte est bien pire que tout ce qui a été rencontré pendant l’ère Moubarak. »

 »2) En général, la rhétorique d’une contre-révolution est pire que la situation avant la révolution: elle est vindicative et vise à inciter à la violence. »

 »3) Une personne qui appelle à l’exclusion d’un million de personnes sur terre au motif qu’ils sont tous des terroristes aura des soupçons sur dix autres millions. Si vous suspectez dix millions, vous devrez surveiller 100 millions de personnes: le résultat final sera la tyrannie et la fin de la liberté d’expression. »

« 4) Il y a des gens qui soutiennent les assassinats et la répression qui ont lieu en ce moment, mais qui émettent des critiques sur certains détails. De tels gens ne peuvent pas être convaincus par le dialogue : leur but n’est pas de déterminer la vérité, mais plutôt de justifier le meurtre. »

 »5) Il est inutile de débattre de la réalité et de la vérité avec des gens qui croient que la fin justifie les moyens. En ce qui concerne ces personnes, le mensonge est le moyen le plus facile pour une fin donnée, et cette fin devient l’unique vérité. »

 »6) Les gens qui prétendent que les actions méprisables comme des incendies criminels contre des églises sont un complot contre leur crédibilité doivent lutter contre ces actes. Ils doivent faire ceci sans regarder si ces actions sont en effet l’œuvre de provocateurs ou d’extrémistes dans leurs propres rangs. Même au cœur d’une contre-révolution, il n’y a pas à se dérober à la lutte contre les extrémistes chauvins qui sont nombreux au sein de nos propres sociétés. Ce dernier groupe, par ses actes et déclarations, fait partie intégrante de la contre-révolution. »

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Une armée qui tire sur son peuple ne peut pas être démocratique

Nous aimons bien Plantu. C’est un dessinateur et caricaturiste d’humour politique habituellement très fin et très subtil. C’est un régal quasi quotidien que de découvrir son « dessin du jour » et d’y rechercher les allusions et références à divers sujets n’ayant bien souvent que peu à voir avec le contexte général du dessin: le choc des situations est permanent.

En 2002, il y a déjà plus de dix ans, nous avions eu l’occasion de rencontrer Plantu en … Egypte, à Alexandrie, dans le cadre d’une soirée-débat-échanges organisée par le Centre Culturel Français. Si nous rappelons ce (bon) souvenir, c’est parce qu’il s’agit d’Egypte, encore une fois, dans notre post de ce soir !

Dans « Le Monde » daté du 9 août 2013, Plantu a publié un curieux dessin. Ou bien, autre version, Le Monde a publié un curieux dessin de Plantu. D’une simplicité presque scolaire, d’un contenu assez brutal, ce dessin sommaire représente deux flèches « pharaoniques » orientées dans les deux directions opposées (droite et gauche) et portant les labels respectifs de « démocratie » et « obscurantisme », le tout dans un contexte intitulé « Egypte » et mis en images par une cité HLM truffée de paraboles, un palmier et une famille de fellahs. Le dessin est signé Plantu et la petite souris habituelle s’enfuit dans la direction de la « démocratie ».

Plantu est-il content de son dessin ? Plantu s’est-il rendu compte que par un dessin aussi schématique, il n’apportait aucun enseignement particulier sur ce qui se passe en Egypte ? En effet, peut-on résumer le débat à un choix aussi simpliste ? Y a t-il vraiment d’un coté les tenants de la démocratie et de l’autre coté les suppôts de l’obscurantisme ? Même avant les évènements d’hier et d’aujourd’hui, était-il possible de taxer l’armée égyptienne de « démocratique » ? Etait-il possible d’accuser globalement les partisans de Morsi d' »obscurantisme » ? Non, certainement non !

Plantu – Le Monde 9 août 2013 (C)


Les saisons passent vite dans les pays arabes ! Après le printemps, nous voici en plein hiver !Les Forces Armées assassinent leur peuple. Même si ce peuple est celui des opposants, est-il possible de dire de forces armées qui l’assassine qu’elles sont démocratiques ?
Non, certainement non ! Et pourtant l’Occident, ses médias, en France Le Monde, dans Le Monde Christophe Ayad, en sont encore à reprocher aux Forces Armées égyptiennes d' »avoir écrasé la démocratie naissante » en raison de leur démonstration de force et des centaines de victimes. Mais quelle démocratie naissante ?

Qu’il soit bien clair que les Forces Armées égyptiennes se sont liguées 1°) avec les révolutionnaires devenus anarchistes, 2°) avec les libéraux devenus ultra-libéraux et en recherche d’affaires et d’opportunismes à saisir et 3°) avec les revanchards de l’époque Moubarak. Tout ceci dans un seul et unique but: éliminer les Frères Musulmans accusés de tous les maux et de tous les torts, y compris les plus fantaisistes et les plus irréalistes. Hélène Sallon, une autre « spécialiste » de l’Egypte en arrive même à reconnaître (il est bien tard !) que « Les Frères musulmans et le président Morsi ont été constamment pointés du doigt comme voulant islamiser le pays. En un an de présidence Morsi, ces accusations ne se sont pas réellement confirmées dans les faits, notamment dans l’écriture de la Constitution. Mais cela reste une accusation très forte chez les détracteurs des Frères musulmans et chez ceux qui au sein de la population s’opposent à un régime islamiste. »

La « démocratie naissante » n’est pas morte dans les violences d’hier 14 août et d’aujourd’hui 15 août, elle est morte définitivement le jour où le conglomérat décrit ci-dessus a renversé le Président élu. De ce jour, il était inscrit que l’affrontement était inéluctable, inévitable.
La « démocratie naissante », en réalité, était déjà bien morte depuis que l’armée, la police, les administrations, les médias et Tamarrod avaient décidé du sort du gouvernement. Il y a donc plusieurs mois de cela. Et le gouvernement pouvait bien désigner des Gouverneurs de Provinces à son image, ceux-ci n’avaient guère de pouvoirs !

Aujourd’hui, les « intellectuels » chers au Monde et à ses journalistes peuvent bien se mordre les doigts d’avoir pactisé avec une sorte de diable, Al-Azhar, la Grande Mosquée, peut bien se retirer du jeu et dénoncer les violences. Mohamed El-Baradei peut bien démissionner et refuser d' »avoir du sang sur les mains », il est déjà trop tard. C’est AVANT qu’il fallait savoir si la « démocratie naissante » valait le coup de discuter, échanger, confronter, aménager … C’est AVANT qu’il fallait refuser de pactiser avec un armée qui a déjà été capable de montrer ce qu’elle sait faire, ce qu’elle peut faire, pour défendre sa place et ses intérêts.


La seule question qui se pose est celle-ci: la « démocratie naissante » pouvait-elle s’accommoder de l’islamisme des Frères Musulmans ? Nous le croyons, et ceci pour plusieurs raisons.

  • Parce que le pouvoir de Mohamed Morsi était régulièrement et légitimement élu et mis en place, ceci pour la première fois en Egypte.
  • Parce que les Frères Musulmans participent déjà au pouvoir en Jordanie, au Koweit.
  • Parce que (en 2011) les Frères Musulmans ne sont plus dans le discours de violence islamiste, discours laissé aux salafistes et djihadistes, et que de forts courants jeunes (qui s’expriment d’ailleurs encore aujourd’hui), souhaitent que place soit faite à un islam moins rigoriste.
  • Parce que, à peine élu, le Président faisait savoir qu’il ne remettait pas en cause les accords de paix signés avec Israël et qu’ainsi il ne se posait pas en nouveau facteur de déséquilibre dans le proche-Orient.
  • Parce que le gouvernement Morsi a rapidement compris qu’il devait « négocier » avec l’armée et lui concéder une place comparable à celle dont elle bénéficiait dans l’ancien régime.
  • Parce que ce même gouvernement a fait de l’aide et de l’appui américain l’un des piliers de sa politique.

    Tout cela était bien loin de la « révolution » et ressemblait fort à de la « realpolitik ».
    Pour toutes les raisons que l’on sait (lire nos posts sous le tag « Egypte »), cela ne s’est pas fait. Et la « démocratie naissante », même fragile et ambigüe, s’achève dans le sang.

    Et maintenant ?

    Il est probablement trop tard. L’Egypte est entrée en guerre civile pour quelques années.
    Les Frères Musulmans ne vont que se radicaliser de plus en plus, se présenter en martyrs, gagner des soutiens populaires grâce ou à cause des inévitables difficultés économiques qui vont gagner tout le pays, toutes les activités, …
    Quand aux anti-Morsi, qui deviendront des anti-Frères Musulmans, ils vont se radicaliser eux aussi, se constituer en milices plus ou moins fascistes (c’est dans la logique du mélange des blocks anarchistes, des ultra-libéraux, de l’armée et des foulouls), …
    La guerre ne fait que commencer ….
    Le Conseil de Sécurité se réunit demain; que peut-il faire ?
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La croisade anti-islamique, anti-islamiste du Monde

C’est un excellent article qu’a publié « Le Monde », ce mardi 23 juillet. Il s’agit d’analyser la lecture (ou les lectures) que l’on peut faire d’une image. Et l’image en question ( de Spencer Platt) se situe au Liban, à Beyrouth. L’on y découvre une automobile d’apparence sportive, occupée par des jeunes d’apparence bourgeoise et quelque peu friquée, qui font des photos d’un ensemble de logements bombardés. En fait, cette lecture biaisée se révèle totalement erronée à l’examen, et des faits et des intentions du photographe. La cause de la méprise est à rechercher dans une attitude ethnocentrique dont l’Occident a toutes les peines du monde à se débarrasser.
Ce même ethnocentrisme est également à l’origine de discours et d’interprétations des faits de la part du même « Monde », au sujet de ce qui se déroule depuis deux ans dans les pays arabes et du Proche-Orient.
Nous prenons nos précautions, car le quotidien accepte difficilement ce genre d’observations qu’il a l’habitude de classer dans la catégorie des propos de complotistes (de ceux qui voient des complots partout !).
Nous ne voyons pas de complots partout.

Mais l’histoire récente des évènements en Egypte s’est traduite par quelques exercices de funambulisme remarquables.

C’est ainsi que les 14-15 juillet, Christophe Ayad, dans un article intitulé « Climat de guerre civile en Egypte » a pu écrire:
« Pendant les dix-huit jours du soulèvement qui avait conduit à la chute d’Hosni Moubarak, la célèbre place du centre du Caire (Tahrir) avait offert un spectacle inédit en Egypte: islamistes, communistes, femmes, hommes, coptes, musulmans et athées, Egyptiens de toutes opinions et de toutes conditions, avaient uni leurs forces dans un but commun, mais aussi dans le respect de leur différences et la certitude de partager une humanité commune… »
« Les Frères musulmans ont conçu, pendant leur année au pouvoir, l’exercice démocratique comme un absolutisme de la majorité, refusant la moindre concession à leurs opposants, traités comme des perdants. A l’inverse, les jeunes révolutionnaires de Tamarrod ont une conception de la souveraineté populaire qui surpasse la légalité constitutionnelle. »
« Dans ces conditions, le retour aux urnes souhaité par la communauté internationale, n’est pas forcément le moyen le plus sûr pour apaiser les choses. Dans les démocraties naissantes, les élections creusent parfois les divisions de la société plus qu’elles ne les surmontent. »

Une première remarque s’impose. Tout comme pour le Mali, voilà encore des journalistes qui s’accommodent facilement des interventions militaires musclées et anti-démocratiques pour peu qu’elles rentrent dans leurs analyses. Mais revenons sur le fond du cas égyptien.
Voici deux ans, il y avait certes foule pour réclamer le départ de Moubarak. Il y avait certes des hommes et femmes égyptiens de toutes confessions et de toutes conditions. Leur but commun était le départ d’Hosni Moubarak dont ils étaient convaincus, à juste titre probablement, qu’il n’était devenu qu’un profiteur de la nation égyptienne, à la tête d’un petit clan de favorisés. Au-delà de ce « but commun », il n’y avait RIEN. Pas le moindre commencement d’une union politique permettant de prendre le pouvoir et de réorienter la société. La raison en était bien simple.

Contrairement à une idée largement répandue dans les médias occidentaux, (sous le nom de « Printemps arabe »), nous n’étions pas en face d’une révolution sociale, d’une exigence d’égalité, de justice, d’accession à un statut honorable pour tous.
Non, nous étions en face d’une « révolution » (sans doute) de caractère libéral. D’une « révolution » conduite par la classe moyenne, ses jeunes, ses forces vives, ceux qui voulaient et exigeaient un emploi, la liberté de circuler, la liberté de commercer, … Une même « révolution » que celle qu’a connue la Tunisie. Une même « révolution » que celles que l’on a vues naître et disparaître aux USA, en Israël, en Turquie, au Brésil, en Espagne … Des « révolutions » immanquablement conduites par la jeunesse des classes moyennes qui se mobilise sur des motifs parfois peu en rapport avec la force et la violence du mouvement: là le prix des yaourts, ici la destruction d’un jardin public, ailleurs le prix du billet de tram, … Et des « révolutionnaires » qui refusent de façon systématique de s’organiser, de devenir force de propositions, vecteur d’un changement sociétal.
Ce fut le cas en Egypte. Les dits-révolutionnaires ont systématiquement refusé de faire la moindre proposition constructive quant à l’avenir de leur pays, passant successivement des campagnes de boycott des Forces Armées aux actions violentes et anarchistes des « blocks ». Le but à atteindre était la chute du gouvernement Morsi. Ce but a été atteint !

Et c’est mensonge que d’écrire que les Frères musulmans se sont comportés de façon absolutiste, en traitant leurs opposants comme des perdants.
C’est mensonge parce que le gouvernement régulièrement et démocratiquement élu des Frères musulmans s’est trouvé confronté immédiatement à l’opposition des corps constitués que sont l’Armée, la Police, la Justice, les Administrations diverses. Le gouvernement s’est trouvé confronté à une opposition systématique des libéraux et des révolutionnaires, opposition caractérisée par le refus de participer à quoi que ce soit, y compris la rédaction de la nouvelle Constitution, freinée jusqu’à plus supportable. Certes oui, le gouvernement de Mohamed Morsi n’a pas réussi à briser cette opposition et il s’est parfois comporté de façon brutale.
Mais NON, le gouvernement de Mohamed Morsi n’a pas appliqué la charia, laquelle n’était pas inscrite dans la Constitution approuvée d’arrache-pieds.
NON, Mohamed Morsi n’a pas instauré la présence des Frères dans tous les rouages de l’Etat; il en aurait d’ailleurs bien été incapable, compte tenu du blocage de toutes les institutions par les libéraux et les partisans de l’ancien régime.
NON, Mohamed Morsi n’a pas favorisé les viols et agressions des femmes sur la Place Tahrir et en d’autres lieux du pays, et les observateurs impartiaux savent bien que ce problème égyptien est récurrent dans tout rassemblement de foules.
NON, le gouvernement de Mohamed Morsi, même s’il n’a pas été un foudre de guerre en matière économique, ne s’est pas comporté comme un incapable en la matière, tout autre gouvernement aurait été dans l’impossibilité de faire mieux. D’autant plus que l’Europe et le FMI n’ont jamais accordé les fonds promis, exigeant en retour des bouleversements économiques suicidaires pour l’Egypte (suppression du subventionnement du pain et de l’essence).
NON, le gouvernement de Morsi n’a pas envisagé de mettre en place une corruption, sans en avoir eu le temps, comme l’en a accusé le politologue Olivier Roy développant ainsi une fumeuse thèse basée sur le procès d’intention.

Le gouvernement des Frères musulmans est tombé sous les coups d’un conglomérat de libéraux et de révolutionnaires aveugles, financés et aidés par quelques majors de l’économie égyptienne, soutenus pas les revanchards de l’ère Moubarak et par l’armée !
Le peuple qui s’est exprimé majoritairement ? Des foules manipulées par des privations d’essence qui déséquilibraient toute l’économie, aussi bien l’industrie que l’agriculture (alimentation des tracteurs ou des moteurs de pompes d’irrigation), par des coupures quotidiennes d’électricité et par le chantage sur le prix du pain ou de la farine. Mais jamais, et en aucun cas, une révolte massive et sincère sans laquelle l’armée n’aurait rien pu faire (dixit Le Monde) !
Ils ont eu bon dos, les islamistes !
Comme par miracle, le carburant, le pain et l’électricité sont revenus au lendemain du putsch des militaires. Et les animateurs de Tamarrod de se mettre à rêver des prochaines élections présidentielles dans lesquelles ils pourraient jouer un rôle !

Et maintenant ?
Maintenant, chaque instant qui passe nous rapproche de la guerre civile. Parce que la coalition improbable des libéraux, des révolutionnaires, des revanchards et des opportunistes n’a pas tenue devant l’armée (normal, elle n’a d’autre programme que celui de l’ambition libérale !). Parce que les Frères musulmans n’acceptent pas le traitement qu’ils ont subi et persistent, contre toute vraisemblance, à croire au retour de Mohamed Morsi. Parce que les salafistes en profitent pour essayer de tirer les marrons du feu, jouant tantôt l’un, tantôt l’autre des camps en présence. Parce que l’armée, incapable de gérer quoi que ce soit en matière d’unité nationale, fera appel au peuple qu’elle sait si bien manipuler quand elle ne l’écrase pas et cherchera à le convaincre de chasser les « terroristes » !

L’armée égyptienne appelle à manifester-19 juillet (C) Amr Abdallah Dalsh/Reuters


Les salafistes… Nous avions, ici, déjà souligné cette « nuance » dans le débat égyptien. L’opposition caricaturale aux Frères musulmans, telle que le conglomérat d’opposants à l’intérieur de l’Egypte l’a pratiquée, telle que « Le Monde » la pratique depuis deux ans, telle que l’Occident la pratique également, est très probablement improductive. Elle favorise l’émergence de la tendance salafiste, beaucoup plus radicale. Et cette tendance saura s’affirmer, comme elle vient encore de le faire en Tunisie (mais comme l’histoire se répète, là aussi, c’est Ennahda qui est accusé …)
Avant que de faire la leçon à l’Egypte, et au-delà à l’ensemble des peuples majoritairement musulmans, en affirmant que « l’islamisme n’est pas un projet de gouvernement » et que « le refus de séparer la Mosquée et l’Etat est, profondément, incompatible avec la liberté politique », peut-être aurait-il fallu aider Mohamed Morsi à évoluer sur un chemin qu’il n’a jamais refuser d’aborder, et où il aurait pu aller pour peu que son pays ait eu quelque chose à gagner: de la paix, du développement, … . Il est désormais trop tard.

Quand à la référence au sécularisme, ne vaudrait-il pas mieux commencer par balayer devant sa porte, en supprimant le « In God, we trust » des dollars US, le « Au nom de Dieu tout puissant » de la Constitution suisse et les nombreux crucifix encore accrochés ici ou là en Europe, sans parler du débat récurrent sur les origines chrétiennes de l’Europe.

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Quand l’Egypte se noie, l’Occident appuie sur la tête

C’est juste une sorte de suite au billet précédent.
Afin de préciser deux choses !

La première concerne les discussions du FMI avec l’Egypte afin de lui accorder une aide de 4,8 milliards de dollars. Ces discussions sont engagées depuis plus de deux ans ! Le FMI ayant annoncé en date du 12 mai 2011 avoir reçu une demande d’aide officielle de la part de l’Egypte !
Rien n’a été versé à ce jour. De plus, le FMI conditionne l’octroi de son aide à une baisse des subventions publiques accordées par le gouvernement égyptien tant sur les carburants que sur certaines denrées alimentaires, en particulier la farine et le pain.
Mohamed Morsi s’est toujours refusé à céder à ces demandes, certain qu’il était de soulever une violente colère populaire. Rappelez-vous des émeutes de la faim en 2008 !
Les caisses de l’Etat égyptien sont vides (http://www.rfi.fr/afrique/20130206-egypte-sous-le-coup-une-crise-financiere-plus-plus-marquee-fmi-economie). Avant d’accuser les « sortis » d’incompétence, encore faudrait-il avoir connaissance des chiffres réels et savoir que ni l’Europe, ni le FMI n’ont aidé ce pays, malgré leurs promesses.

La seconde précision concerne les incapacités des « Frères Musulmans » à organiser le pouvoir. Faut-il rappeler qu’à peine élus, régulièrement élus, ils ont été dans l’obligation de « composer » avec l’armée, avec la justice, avec la police, avec les journaux et stations de TV ou radio, avec l’administration au sens large, toutes structures qui, d’emblée, se sont comportées en opposants.

Ajoutons à cela les forces de gauche, les libéraux, les « ultras », les anarchistes …

Rien n’autorise à dire que cette opposition était coordonnée, bien au contraire. Les divisions, les intérêts particuliers, le poids de l’anarchie, étaient bien trop puissants pour qu’un semblant d’organisation puisse la structurer. Aujourd’hui encore, aucun facteur d’unité n’existe si ce n’est un Front de Salut National sans programme autre que « Dégage ». La seule différence entre il y a un an et maintenant, est que cette collusion d’opposants a bénéficié de la forte dégradation économique (cf point 1) pour rassembler le peuple en colère.
Bien entendu, face à ces opposants, le pouvoir s’est cabré, durci, raidi et a fait quelques bêtises, comme cette tentative de s’arroger les pleins pouvoirs ou cette constitution bâclée.
Cela n’autorise pas les forces armées à prendre la pouvoir par la force ! Cela autorise encore moins le Service Politique du « Monde » a exprimer quelque compréhension à l’égard de ce Coup d’Etat !!

L’armée égyptienne à Gizeh (C)TF1

A l’arrivée, c’est l’Egypte entière qui va payer très cher cette incapacité, des uns et des autres, à définir l’orientation du pays. Et, on peut en être certain, c’est la naissante démocratie égyptienne qui va en faire les frais !

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La guerre des civilisations a bien lieu

L’affaire est passée largement inaperçue, car qui en a parlé ? Les trois Femen européennes incarcérées en Tunisie pour avoir manifesté en faveur de la militante tunisienne Amina Sboui ont présenté des excuses, disant qu’elles regrettaient d’avoir pu choquer par leur comportement.
Bien entendu, sitôt arrivées en France, elles ont démenti avoir présenté des excuses, ont tout au plus affirmé avoir émis des regrets, et surtout les ont justifiés par leur incarcération de près d’un mois.
Il n’y a aucun intérêt à discuter sur la nature même des propos qu’elles ont pu tenir. Le plus important est le fait qu’elles les aient tenus, que ce soit sous la pression (en l’occurrence celle de leurs ambassades respectives) ou de façon plus ou moins spontanée. Le contenu de leur déclaration fait étalage d’une méconnaissance totale du pays dans lequel elles sont allées s’exprimer.
Femen France, le mouvement lui-même, ajoute au cynisme en précisant qu’il fallait « comprendre ces déclarations après un isolement total du monde et face à la machine répressive islamique ». Et que, de plus, ce serait « une duperie que de croire, ou faire croire, que le régime islamique pourrait libérer les Femen face à la pression du public démocratique ».

L’univers mental des Femen consiste à dire, écrire, affirmer et démontrer que l’islamisme ne peut être QUE répressif et que toute action d’un gouvernement peu ou prou dirigé par des musulmans n’est que de l’islamisme. La Tunisie, la Turquie sont actuellement les cibles de cette analyse réductrice.

Mais est-ce seulement le point de vue des Femen ? Bien sur que non ! C’est même le point de vue de la majorité des organes de presse et des responsables politiques ou intellectuels.

Les Femen à Tunis (DR)

Prenons l’exemple des récents évènements égyptiens. Depuis plus d’un an, tout l’occident se ligue contre le Gouvernement de Mohamed Morsi qui a été accusé d’incapacité à gérer le pays. Sans doute a t-il commis des erreurs, notamment d’autoritarisme. Mais enfin, n’est-il pas vrai que jamais, au grand jamais, l’opposition hétéroclite des libéraux, des gauchistes et des revanchards n’a accepté le moindre début de dialogue ? Cette opposition, dans la rue ces derniers jours, n’avait qu’un seul objectif: celui de revenir un an en arrière et de pouvoir redistribuer les cartes. N’est-il pas singulier que ceux qui vouaient l’armée (les SCAF) aux gémonies et prônaient leur boycott en soient aujourd’hui à les applaudir ?
N’est-il pas vrai que les fonds accordés par la Communauté Européenne pour aider l’économie égyptienne (5 milliards d’euros), en novembre 2012, n’ont encore été que très parcimonieusement versés, si tant est même qu’un début de versement ait été effectué ?
N’est-il pas vrai que le FMI, le 27 juin encore, n’avait toujours pas décidé du versement de l’aide à l’Egypte d’un montant de 4,8 milliards de dollars ?
L’univers mental de la presse et des commentateurs occidentaux vise à réaffirmer avec constance que l’islamisme égyptien a chassé tous les opposants, ce qui est faux ! que la constitution élaborée avec trop peu de dialogue (la faute à qui ?) vise à instituer la charia, ce qui est faux !, que les agressions sexuelles commises par les voyous inoccupés du Caire et d’ailleurs relève d’une action politique voulue, ce qui est faux !

Si l’on ne sait pas encore aujourd’hui ce que donnera l’évolution politique en Tunisie, il est possible de prévoir sans crainte et presqu’à coup sur, ce qui va se passer en Egypte. L’armée a pris le pouvoir, elle va le garder en sous-main et Baradei ne sera qu’une marionnette. Le conflit sera dur, très dur et les prochaines élections libres (mais quand ?) verront probablement le retour des Frères Musulmans.
Pourquoi ? Parce qu’ils sont organisés, parce qu’ils ont l’expérience de la prison et de la clandestinité dans lesquelles les forces armées veulent les repousser, parce qu’ils épousent les sentiments profonds de la majorité de la population et parce l’union des libéraux, des révolutionnaires et des revanchards ne donnera jamais une majorité solide. Les 14, les 17, voire les 21 millions d’Egyptiens descendus dans la rue ne sont qu’une grossière illusion. Ce sont avant tout des Egyptiens qui veulent travailler, manger et élever leurs enfants. On leur a fait croire que Morsi était seul responsable de leurs difficultés, on les manipule même sans vergogne … Leurs revendications ne sont pas l’an II d’une révolution qui n’a jamais eu d’an I

Opposants à Mohamed Morsi sur la Place Tahrir, le 5 juillet (C)Amr Nabil/AP

Entretemps, c’est la Turquie qui s’est distinguée par des mouvements revendicatifs fortement inspirés de l’Occident et, à ce titre, largement salués par celui-ci ! Voilà la Turquie, modèle des commentateurs et des analystes du « Printemps Arabe », devenue subitement un pays totalitaire, répressif et … islamique ! Oui, la Turquie a de graves problèmes à régler, avec les Kurdes, avec Chypre, avec ses minorités, avec son identité culturelle, avec ses avocats et ses militants, mais est-ce l’aider que de la stigmatiser sans nuances ?

En Tunisie, en Egypte, en Turquie, mais également au Sahel africain (Mali, Niger ..), l’occident adopte une attitude colonialiste égoïste et prétentieuse en croyant et en affirmant que seule la démocratie libérale a une vocation universelle et inéluctable à s’implanter, partout sur notre terre, quelle que soit la civilisation, quelle que soit la culture. La démocratie libérale est LA civilisation, elle est LA culture, tout autre projet est appelé à se soumettre.
Cette attitude s’accompagne d’un anti-islamisme de plus en plus affirmé, de plus en plus banalisé. Il n’est que de lire les réactions des lecteurs à un évènement aussi peu signifiant que celui de l’interpellation d’une femme en niqab (Argenteuil): l’immense majorité de ces commentaires relèvent du mépris, de l’exclusion, de la peur, de l’anti-islamisme quand ce n’est pas du racisme tout court. L’évolution récente de l’Egypte a suscité quelques délires dont les journalistes (ceux du « Monde » notamment) n’ont pas su rester à l’écart. Des calculs savants ont été effectués afin de comparer le nombre d’Egyptiens dans la rue et le nombre d’Egyptiens ayant voté pour Morsi lors des élections présidentielles. Et de conclure, au mépris des premières élections libres dans ce pays, que les majorités étaient renversées. Combien de journalistes auraient accepté une telle analyse dans un pays occidental ? Plus grave encore, certains sont allés jusqu’à rappeler que la démocratie n’est pas une « assurance tous risques » en matière de démocratie et qu’Hitler lui-même avaient été élu ! De telles considérations plus ou moins nauséabondes débouchent tout naturellement sur une relative compréhension à l’égard des Forces Armées ! Curieux comme les hommes de gauche se mettent à aimer les armées putschistes qui leur apportent des solutions « clefs en main »: après le Mali, voici l’Egypte ! Cette attitude dangereuse entraîne une inévitable réaction de la société islamisée traditionnelle, réaction que savent exploiter les meneurs salafistes et djihadistes.

Il est grand temps de mettre un terme à cette guerre de civilisations et d’aider l’islam, civilisation et culture mêlées, à se définir et à se positionner au regard de la démocratie.

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Après le Mali, la recolonisation programmée en Afrique

C’est une sorte de pavé dans la mare que viennent de publier Isabelle Lasserre et Thierry Oberlé, tous les deux journalistes au « Figaro ». Leur ouvrage (au titre racoleur: qu’y a t-il de « secret » ?) s’intitule « Notre guerre secrète au Mali » et défend l’idée que l’intervention française dans ce pays était prévue depuis longtemps, depuis 2009 plus précisément. Elle est un héritage de l’ère Sarkozy qu’ont repris à leur compte Jean-Yves Le Drian, Jean-Marc Ayrault et François Hollande, à la fois pour des raisons stratégiques et pour des raisons militaires. Pour que cela soit bien clair, il s’agit de notre conviction bien avant le déclenchement de l’intervention elle-même: les déclarations auprès de l’ONU afin d’obtenir les résolutions adéquates, les engagements de Dakar du Président Hollande, annonçant qu’il n’y aurait jamais d’intervention au sol de la part de la France, et qu’il n’y aurait jamais d’initiative ou d’action individuelle n’étaient qu’un rideau de fumée, un brouillard épais diffusé essentiellement afin de permettre la montée organisationnelle de l’opération. Il est indéniable que tout cela a bien marché. En effet, la « qualité » de l’organisation, du déploiement et de l’action militaire suffisent à prouver que l’intervention était préparée et programmée depuis longtemps.

(DR)

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La question qui se pose désormais est celle de savoir si cette intervention a été un succès. Ici même, nous avons souvent et longuement analysé les risques que comportaient cette opération militaire.

Des risques humanitaires, disions-nous.
Personne n’en parle, ce sujet ne fait pas partie du « tableau » que la presse française se complait à développer quand elle aborde cette guerre. Or, les réfugiés sont plusieurs centaines de milliers dans les pays limitrophes. Or, la situation (http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=30416&Cr=Mali&Cr1#.UakLwJxdxMh) de ceux qui restent dans le Nord-Mali est de plus en plus précaire: il n’y a plus d’eau à Gao, le choléra reprend du service …

Des risques ethniques, disions-nous ensuite.
Force est de constater que ceux-ci ne se sont pas produits à grande échelle, malgré quelques actes commis entre communautés noires, arabes et/ou touarègues. Sans doute, la présence ordonnée et disciplinée de l’armée française y est-elle pour beaucoup. cela ne garantit pas l’avenir pour autant. Un conflit localisé mais puissant germe progressivement à Kidal. Cette ville est « occupée » par les combattants du MNLA qui refusent l’accès aux troupes maliennes. Cette forme d’occupation se fait avec la complicité plus ou moins explicite de la France qui voit dans les Touaregs une force avec laquelle il serait utile de discuter. La quasi totalité des forces politiques du Mali, de Bamako plus exactement, ne veulent pas en entendre parler. Les négociations sont en cours,mais leur échec est susceptible de réveiller de vieux démons, surtout au moment ou la France commence son désengagement.

Enfin des risques politiques, et ils sont nombreux !
Les récents attentats d’Arlit (auprès d’AREVA) et d’Agadez mettent en évidence une situation prévisible et redoutée. L’intervention de l’armée française, si elle a « détruit » quelques centaines de combattants, a surtout eu l’effet d’un coup de pied dans la fourmilière. Ceux que l’on nomme, à tour de rôle, des terroristes ou des djihadistes ont pris la piste et quitté le théâtre des opérations. Seuls, restent quelques kamikazes dont la fonction première et d’attester de la détermination des combattants et de fixer les armées d’intervention. Les autres, tous les autres, ont quitté le Mali, en fuite devant les troupes françaises, et se trouvent actuellement dans le sud de la Libye, un pays dont la décomposition est telle qu’il lui est impossible, même s’il le voulait, d’intervenir. Ces combattants sont des Maliens, des Soudanais, des Nigériens et des Sahraouis. Les attentats du Niger sont leur œuvre. La volonté est parfaitement claire de généraliser le combat djihadiste à l’ensemble de la zone sahélienne. Et non seulement généraliser le combat, mais y entraîner la France.
Laurent Fabius est déjà tombé dans ce panneau, en déclarant auprès du Président du Niger qu’il est du devoir des Etats voisins (Algérie, Tunisie, Maroc, Egypte, Niger, …de se coordonner et de conduire une action contre les terroristes. « La France est et sera à vos cotés ».
Pourquoi ? Parce que l’intérêt de la France est de contrôler efficacement cette zone. Ce n’est pas sans arrière-pensée que la France a obtenu la présence constante d’un millier de soldats français au Mali. Mais l’armée française a d’autres besoins: l’uranium d’Arlit, au Niger, l’uranium à venir dans les prochaines exploitations minières, n’a pas pour seule finalité la filière nucléaire civile. L’armée a besoin d’uranium et elle fera tout pour maintenir sa présence et rester en Afrique …. comme cela a toujours été fait ! Et avec le soutien , l’aide et l’appui stratégique des USA, dont nous ne sommes pas autonomes.
Voici quelques jours, France24 a organisé un passionnant débat, ici (http://www.france24.com/fr/20130528-debat-partie1-sahel-guerre-mali-mujao-hollande-libye) et ici (http://www.france24.com/fr/20130528-debat-partie2-sahel-guerre-mali-mujao-hollande-libye) à propos de cette évolution. Il faut l’écouter.

AREVA à Arlit (DR)

Un autre risque politique est celui de la destruction des petits restes de démocratie qui existent encore au Mali. Des élections présidentielles (à minima) destinées à désigner un pouvoir politique légitime, en lieu et place d’un président issu d’un putsch, doivent avoir lieu le 28 juillet prochain. L’impréparation à ce sujet est totale: listes électorales, matériel, organisation matérielle et administrative …les populations du Nord, dont on a vu dans quelles conditions elles vivaient, sont incapables de participer à cette élection. Les réfugiés hors du Mali ne sont même pas pris en considération.
Face à cela, la France, par la voix de François Hollande et celle de Laurent Fabius, exige que cette élection ait lieu et que les délais en soient respectés. Or, la même exigence était impossible à satisfaire en janvier dernier parce que le Nord du pays était occupé.
François Hollande est allé jusqu’à « humilier » certaines personnalités politiques (de celles dont on ne parle jamais en France) en déclarant qu’il serait « intraitable » sur la tenue de ces élections à la date prescrite, le même François Hollande qui hausse le ton et se drape dans sa dignité vexée lorsque l’Europe lui demande de faire des efforts en matière d’économie !

Aujourd’hui, nous ne sommes plus face à un « risque », mais bien en présence d’une « recolonisation programmée » de l’Afrique sub-saharienne. Le comble, c’est que ce soit un gouvernement de gauche, déjà bien décontracté avec l’idée de guerre, qui se charge de cette question !
Aminata Traoré, dont on a souvent parlé ici, ne décolère pas. On en a souvent parlé, tout en étant bien seul, car à part l’Huma, Rue89 et Médiapart, il n’y a pas eu beaucoup d’autres organes de presse qui se soient fait l’écho de ses propos.
Bien sur, elle gêne encore avec son approbation à peine déguisée du putsch militaire qui a renversé ATT. Elle nous gêne également et nous ne saurions accepter que la force militaire soit une méthode pour faire avancer les solutions politiques. D’autant qu’en l’occurrence, la méthode s’est révélée désastreuse ! Par contre, nous ne pouvons que la suivre quand elle affirme, haut et fort, que la solution à cette crise ne peut être trouvée que par les Africains, ne peut être mise en œuvre que par les Africains. Le scrutin programmée en juillet ne relève que d’une « démocratie de façade », bien utile à la France pour camoufler ses intentions.

Ces deux évolutions politiques seront probablement au cœur du débat africain dans les mois à venir et il est fort probable que le reproche d' »ingérence » devienne de plus en plus fréquent à l’égard de la France.
Il sera alors bien difficile de parler de succès pour l’opération Serval.

Nous n’avons pas parlé des otages … mais la question reste sans réponse: où sont-ils ?